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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Dogme et théologie

Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /2007 09:22

Les croyants de confession catholique sont tenus de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. "Réelle" signifie par exemple qu'il ne s'agit pas d'une présence symbolique, mais aussi que :

(1) La présence du Christ dans l'hostie consacrée ne dépend pas de l'attitude des célébrants ou des fidèles qui participent à la messe (même si aucun d'eux n'est dans une attitude de prière, le Christ est réellement présent).

Or d'après la tradition catholique, la présence réelle suppose la transsubstantiation, autrement dit ceci :

(2) L'hostie consacrée, en devenant le corps du Christ, cesse d'être un morceau de pain. Elle n'est plus un morceau de pain, même si elle en a l'apparence. 

Précisons qu'aucun catholique n'est tenu d'adhérer aux théories imaginées par les théologiens pour montrer la possibilité de la présence réelle. Souvent, les philosophes ne distinguent pas assez le dogme et les théories théologiques. En ce qui concerne la transsubstantiation, on a souvent recours à la théorie de St Thomas d'Aquin, mais elle ne fait pas partie du dogme. Voyons maintenant les principales objections contre ce dogme.

 

 

 

Objection : comment pourrait-ce être le corps du Christ, puisque ce n’est que du pain ?

Réponse : cette objection suppose d’accorder une priorité à la connaissance sensible sur la connaissance par témoignage. Soit notre critère d’identification du pain et du corps du Christ est purement sensible : nous appelons alors « pain » ce qui a tel goût, tel couleur, telle consistance. Soit notre critère d’identification est celui du témoignage d’une personne en qui nous avons confiance : Jésus lui-même nous a dit que ceci serait son corps dans le sacrement de l’eucharistie.

En dernière analyse, la dénotation d’un terme comme « pain » est fixée par ostension. Quand nous apprenons la signification de ce mot, nous percevons un objet, et nous nous fions à une personne qui désigne cet objet en employant le mot « pain » : c’est ainsi que nous savons que c’est du pain. La connaissance du sens des mots repose donc sur le témoignage d’autrui. Quand Jésus dit « ceci est mon corps », il nous apprend, par une définition ostensive, que dans des conditions particulières (celle de l’eucharistie après son sacrifice parfait sur la croix), ce que nous appelons autrement du pain devient son corps. 

 

Mais tout cela ressemble à une querelle de mot. Le pain ne reste-t-il pas le pain, avec sa couleur habituelle, sa consistance, etc. ? Non, il n’est plus le même. Il a acquis des propriétés absolument nouvelles : il transmet la Vie à ceux qui le reçoivent dans de bonnes dispositions de cœur et d’esprit. Le chrétien n’a plus besoin de sacrifier un agneau et d’en manger la viande. Il mange l’hostie et celle-ci, transformée miraculeusement par la puissance divine, le fortifie en vue des épreuves qui l’attendent. Les propriétés causales de l’hostie ont changé. Donc il n’est pas excessif de dire que sa substance a changé. Il y a eu transsubstantiation. 

 

 

 

On peut formuler l’objection autrement : vous croyez donc, nous dit-on, qu’en mangeant ce morceau de pain, vous mangez de la chair humaine (Jésus étant vrai Dieu et vrai homme par son incarnation) ?

 

Réponse : Le mot « chair », tel que nous l’entendons spontanément, désigne des propriétés sensibles particulières. Or le pain azyme, dans le sacrement de l’eucharistie, conserve ses propriétés sensibles. Ce n’est donc pas en ce sens-là qu’il devient le corps du Christ.

Que signifie cette expression : « corps du Christ » ? Le corps du Christ peut être défini comme la réalité matérielle (c’est-à-dire sensible) en laquelle le Christ se rend réellement présent. En ce sens, le pain azyme consacré peut être le corps du Christ, bien qu’il ne soit pas de la chair humaine. Le fidèle catholique, d’ailleurs, s’il est tenu de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, n’est pas tenu, en revanche, de croire que le pain consacré soit réellement de la chair humaine. Au contraire.

 

 

 

En instituant le sacrement de l’eucharistie, le Christ a choisi un moyen très simple de fortifier les croyants grâce à un objet (le pain) qui remplace à la fois l’agneau pascal et le pain du sacrifice. Une fois de plus, ici, on peut admirer la continuité entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, et la manière dont la Nouvelle Alliance, tout en réalisant les prophéties, unifie de façon cohérente des éléments divers de l’ancienne religion.

 

 

 

Qu’est-ce qu’être présent ?

 

Pourquoi puis-je dire que je suis présent ici, et dans ce corps ?

Imaginons une hostie qui se met à bouger, en se tordant toute seule, puis en bondissant. Dirait-on alors que c’est du pain ? Non, en dépit de sa couleur et de sa consistance, on ne la verrait plus comme un morceau de pain, à cause de son comportement.

De même, l’hostie consacrée n’est plus du pain parce qu’en dépit de sa couleur, de sa masse et de sa consistance, elle « fait » certaines choses qu’aucun morceau de pain ne peut « faire ». Elle n’a pas les mêmes facultés ou les mêmes propriétés causales que le pain, car elle donne aux croyants une force qu’ils n’auraient pas autrement.

 

L’hostie est donc le corps du Christ, parce qu’elle est la matière sensible dans laquelle il est présent, c’est-à-dire à travers laquelle il agit. Pourquoi puis-je dire, quand je vois un ami, que le corps que je vois est bien son corps, ou qu’il est présent dans ce corps ? Parce que ce corps se comporte d’une certaine manière. Il accomplit certaines actions, certains gestes, et il manifeste des expressions bien particulières, que j’attribue à une même personne.

Imaginons que l’on m’ampute de la main ou de l’avant bras, et que ce membre, une fois coupé, soit conservé quelque part. Peut-on dire qu’il fait partie de mon corps ? Non, bien sûr. Un membre mort ne peut pas faire partie d’un corps vivant. Je suis présent dans mon corps tant que ce corps manifeste mon action et la permet. Je ne suis donc plus présent dans cette main inerte. Ainsi, ce qui définit la présence d’une personne dans une matière sensible, ou sa possession d’un corps, ce n’est pas la matière qui constitue ce corps (peau, sang, muscles, etc.) mais ce sont les relations causales existant entre cette personne et ce corps.

Il n’est donc pas contradictoire de croire que Jésus est réellement présent dans le pain consacré (ou ce qui en garde les apparences sensibles), devenant ainsi tout à la fois le grand prêtre et la victime parfaite, l’agneau pascal et le pain du sacrifice.

Ce fait n’est pas contradictoire, mais mystérieux. C’est un mystère sublime parce qu’il est le point d’aboutissement, non seulement du judaïsme, mais de toute l’histoire religieuse de l’humanité. Dans ce sacrement si paradoxal, de nombreux rites anciens trouvent leur unité, non seulement des rites, mais aussi des prophéties et des préfigurations. 

 

Nous voyons maintenant que la croyance à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie n’est pas contradictoire, en dépit de son caractère paradoxal. En fait, il est possible d’aller beaucoup plus loin en montrant quelle est la signification de cette présence réelle. Le sacrifice du Christ et l’institution de l’eucharistie, qui en découle, ont un sens très profond et sont le point d’aboutissement de nombreuses prophéties et préfigurations.

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 27 février 2007 2 27 /02 /2007 08:56

La mort de Jésus sur la croix, et le fait qu’il ait subi cette mort volontairement, est ce qu’il y a de plus choquant dans la religion chrétienne : « scandale pour les Juifs, et folie pour les païens », elle l’est aussi pour les musulmans, et on sait que les premiers chrétiens en avaient souvent honte, parce que le supplice de la croix étaient le plus infâmant chez les Romains. Pourtant, cet acte de Jésus est le plus riche de signification. Tout semble converger dans le sacrifice de la croix. En mourant sur la croix, Jésus

1.      réalise de nombreuses prophéties (par ex, Is 53). Voir la rubrique "prophéties" où on peut en lire quelques unes.

2.      il prolonge plusieurs préfigurations. Par exemple, Joseph, vendu par ses frères (notamment Juda), sort de la citerne (ce qui préfigure sa résurrection). Ensuite, il les sauve tous. Avant cela, il est dans une prison entre deux hommes. A l’un, il promet le salut (la liberté). A l’autre, qui se moque de lui, il ne la promet pas (préfiguration des deux larrons). Jonas est à bord d’un bateau, pendant une tempête. L’équipage le choisit comme bouc émissaire et veut le sacrifier en le jetant à l’eau pour faire cesser la tempête. Jonas accepte d’être tué pour sauver les autres, ce qui préfigure la passion du Christ. Il est avalé par une baleine, puis il sort de son ventre, ce qui préfigure la résurrection. La mort de certains prophètes comme Jérémie ou Zacharie, préfigure la mort du prophète par excellence, Jésus Christ. La mort d’Abel le juste, tué par son frère Caïn, préfigure aussi celle du juste par excellence.

3.      La croix existait chez les Juifs (notamment sur les tombes) et représentait la protection de Dieu (cf. aussi avant le passage de la mer rouge, quand les Hébreux doivent dessiner une croix sur leurs maisons pour être protégé du fléau envoyé contre les Egyptiens).

4.      Cette mort sur la croix abolit et accomplit tous les sacrifices des religions plus anciennes. Ceux-ci étaient toujours des sacrifices de substitution, consistant à tuer un animal ou un être humain au lieu de se sacrifier soi-même d’une manière ou d’une autre. Les sacrifices anciens sont donc des préfigurations de ce sacrifice parfait, qui est le dernier. Ce sacrifice signifie aussi que l’homme ne peut pas se sauver ou se racheter par ses propres forces. Seul Dieu peut le sauver en lui pardonnant. La mort de Jésus sur la croix (et sa résurrection) est l’aboutissement de toute l’histoire religieuse de l’humanité.

5.      En mourant ainsi, Jésus donne un parfait exemple de la non-violence, du pardon, surtout quand il dit « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »

6.      Il donne aussi le plus parfait exemple de l’amour. Il fait ce qu’il a enseigné en disant : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Il donne aussi un parfait exemple de la foi et de l’espérance (confiance en la bonté du Père, et assurance qu’il peut redonner vie).

7.      Il manifeste l’amour de Dieu pour l’homme.

8.      Il montre que la mort peut être vaincue et que Dieu veut donner aux hommes la vie éternelle.

9.      Enfin, il donne un sens à la souffrance. Désormais, si un homme souffre, il peut offrir cette souffrance pour les autres, ce qui lui donne un sens et une valeur (ce qui ne veut pas dire que la souffrance soit bonne en elle-même, bien sûr).

 

Le fait qu’un acte apparemment absurde ait autant de signification et qu’il prolonge autant de prophéties et de préfigurations est tout simplement extraordinaire.

 

Pour lire des prophéties annonçant la mort de Jésus, rendez-vous à la rubrique "Bible et prophéties" sur ce site. Nous n'y avons pas mis le psaume 22, car elle porte avant tout sur les livres prophétiques. D’après les évangélistes, Jésus, au moment de sa mort, a cité le début du psaume 22, comme pour exprimer sa souffrance tout en indiquant que ce psaume était une prophétie de sa mort. Le début du psaume est un cri de détresse (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »). La suite préfigure certains détails de la passion relatés par St Jean et correspond au genre de supplice infligé à Jésus, à savoir la crucifixion (« une bande de vauriens m’entourent, comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds »). La fin du texte est une louange affirmant joyeusement que Dieu aime les pauvres, qu’ils « mangeront et seront rassasiés », puis que les hommes de toutes les nations adoreront Yavhé.

 

Quelques préfigurations

Le pain de l'eucharistie est préfiguré dans l'Ancien Testament par le pain que donne le grand prêtre Melchisédek en offrande à Yahvé, mais aussi par les pains du sacrifice qui sont dans l'arche d'alliance. Enfin, la manne préfigure l'eucharistie car elle nourrit le peuple de Dieu pendant sa traversée du désert. Le sacrifice du Chist est préfiguré par l'offrande de Melchisédek, par celle d'Isaac (qui accepte d'être sacrifié), par celui de l'agneau pascal, renouvelé chaque année par les Juifs, et par celui de Jonas, qui se laisse jeter par dessus bord pour calmer la tempête alors que les marins l'accusent injustement. La mort de Jésus est aussi préfigurée par celle d'Abel le juste, par celle de plusieurs prophètes, et par celle à laquelle Joseph et Jonas échappent de justesse.

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /2007 08:58

 

Il est clair que les chrétiens et les hommes d’Eglise ont commis des fautes. Mais que prouve-t-on en disant cela ? Les chrétiens ne prétendent pas être parfaits. Ils pensent que même les saints sont des pécheurs. Voici comment Newman répond à l’objection des fautes de l’Eglise :

 

Alors qu'il est si fortement établi dans les Evangiles, que l'histoire du Royaume des Cieux commence dans la souffrance et la sainteté, il est aussi clairement dit qu'il aboutit à l'infidélité et au péché, c'est-à-dire que, bien qu'il y ait en lui, dans tous les temps, beaucoup de personnes saintes, beaucoup de personnes religieuses, et bien que la sainteté, comme à ses débuts, soit toujours la vraie vie, la substance et la semence germinale du Royaume de Dieu, il y en aura toujours un grand nombre, il y en aura davantage dont la vie sera un scandale et un déshonneur, non une défense pour ce Royaume.

Ceci encore est une annonce étonnante (…). Pourtant, les paroles du Seigneur sont for­melles : Il nous dit que « Plusieurs sont appelés, peu sont élus » ; dans la parabole du Festin des Noces, les serviteurs sont envoyés pour rassembler « tout ce qu'ils trouveront, à la fois les bons et les mauvais » les vierges folles « n'avaient pas d'huile dans leurs lampes» ; au milieu du bon grain, un ennemi a semé une semence qui est nuisible et sans valeur ; et « le royaume est semblable à un filet qui ramasse toutes sortes de poissons » ; et « à la fin du monde, les Anges sortiront et sépareront les mauvais d'avec les justes ». (…) Si donc l'on objecte que le christianisme n'abolit pas, comme les vieux prophètes semblent le promettre, le péché et l'irréligion à l'intérieur de son enceinte, nous pouvons répondre, non seulement qu'il ne s'est pas engagé à le faire, mais qu'en fait, en esprit prophé­tique, il avertit ses adeptes de ne pas s'attendre à ce qu'il le fasse. (Grammaire de l’Assentiment, 1870)

 

Mais si les hommes d’Eglise sont faillibles, pourquoi penser que l’Eglise est infaillible ? Tout simplement parce qu’elle a été instituée par Dieu. Or si Dieu permet que certaines fautes soient commises à l’intérieur de l’Eglise, il ne peut pas laisser un pape ou un concile faire fausse route en une matière grave ou sur un point de doctrine important. S’il permettait cela, l’Eglise ne remplirait plus la fonction pour laquelle il l’a instituée. Le dogme de l'infaillibilité est donc une conséquence logique de l'idée que Dieu existe et a fondé l'Eglise pour guider les hommes.

Il est important de voir que le dogme n'attribue pas aux papes et aux conciles l'infaillibilté dans tous les domaines et à n'importe quel moment ; il les déclare infaillibles quand ils se prononcent sur un point de doctrine important. Si un pape s'est trompé en portant un jugement faux sur une théorie scientifique ou philosophique, on peut considérer qu'il a eu tort et qu'il a parlé trop vite, mais ça ne prouve pas que l'Eglise soit faillible au sens précédent.

Mais pourquoi Dieu laisse-t-il les chrétiens faire des fautes ? Pourquoi ne les rend-il pas entièrement parfaits ? Premièrement, Dieu respecte la liberté des hommes. L'assentiment à une vérité n'a aucune valeur si elle est prédéterminée par des causes (imaginons un homme qui pour être aimé de sa femme, lui fait installer un appareil dans le cerveau, appareil qui provoque mécaniquement l'amour - cette solution est évidemment absurde).

Deuxièmement, s’il n’y avait jamais de faute dans l’Eglise, la vérité du christianisme s’imposerait tellement à l’esprit des hommes qu’ils ne pourraient pas éviter de croire. Ils ne seraient donc pas libres d’accepter ou de refuser la vérité. Le scandale des fautes commises par les chrétiens, c’est encore, au fond,  le scandale de l’Incarnation. Quand Dieu s’incarne, puis quand il se rend présent dans l’Eglise, c’est toujours de manière assez visible pour que ceux qui cherchent la vérité puissent la trouver, et assez discrète pour que ceux qui ne la cherchent pas ne la trouvent pas. Car si Dieu a créé l’homme libre, ce n’est pas pour lui imposer la vérité, ni pour le contraindre à l’aimer. Bref, le dogme de l’infaillibilité ne signifie pas que toutes les décisions des hommes d’Eglise soient justes, mais que l’Eglise parvient toujours à remplir sa fonction essentielle malgré la faiblesse des hommes qui la composent. Autrement dit, quand un pape, un homme d’église, ou un chrétien se trompe, ce n’est pas l’Eglise elle-même qui se trompe, mais un individu qui est censé appartenir à l’Eglise.

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /2007 08:35

 

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Le dogme de la Trinité est tiré de nombreux passages de l’Ecriture sainte, qu’il faut accorder entre eux. Une interprétation rigoureuse de ces passages aboutit à un ensemble d’affirmations :

 

  • Il y a un seul Dieu, mais trois personnes qui sont de nature divine. Autrement dit, il y a trois personnes qui sont éternelles, incréées, parfaites, etc.
  • On ne dit pas qu’il y a trois dieux, mais un seul, parce qu’il y a une seule nature divine, et parce que Jésus a dit « celui qui m’a vu, a vu le Père », ou encore « le Père et moi, nous sommes un ». Il y a donc une seconde raison : l’action des trois personnes est commune, leur volonté est commune, etc. Ces trois personnes sont en parfait accord. Enfin, Jésus s’est attribué plusieurs fois le nom divin « Je Suis » (« Yahwé »).
  • Le Fils et l’Esprit sont engendrés du Père. Le Père est donc premier ontologiquement ou causalement. La thèse philosophique selon laquelle il n’existe qu’un seul Dieu, celui-ci étant défini comme la Cause première, ne s’oppose donc pas au dogme de la Trinité.
  • Excepté cette différence ontologique entre les trois personnes, elles sont égales en tout.

On pourrait croire qu'il y a une contradiction dans le dogme de la Trinité, car les trois propositions suivantes ne peuvent être affirmées en même temps : 

  • Un dieu est une personne.
  • Il y a un seul Dieu.
  • Il y a trois personnes que l’on peut appeler « Dieu ».

 

Conclusion : En fait, l’interprétation de l’Ecriture sainte nous conduit à renoncer à la première proposition, selon laquelle un dieu se définit comme une (seule) personne. Ainsi, dans la religion chrétienne, le mot « dieu » prend un sens nouveau. Je dis « dans la religion chrétienne », car la croyance à la Trinité est commune aux catholiques, aux protestants, et aux orthodoxes. Le dogme de la Trinité est cohérent. L'Ecriture ne nous oblige pas à croire quelque chose d'incohérent, mais à concevoir Dieu d'une façon radicalement nouvelle. C'est une vérité révélée au sens le plus fort. Les théologiens disent que dogme de la Trinité, une fois admis, permet de mieux comprendre beaucoup de questions théologiques et d'aspects de la vie morale et spirituelle. 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 13:56

  Bradi-Barth-Vierge-au-pommier.JPG  

Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura 144000 élus, en prenant au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).

 

Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé sur un argument théologique, sur le sens indirect de l’Ecriture, sur la tradition, puis confirmé par des révélations privées. L’argument théologique a été formulé par Duns Scot. La forme de l’argument est la suivante :

-         (1) Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).

-         (2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.

-         (3) Dieu l’en a donc préservée.

 

Pour accomplir leurs missions, les prophètes et les saints reçoivent des grâces particulières. De même, pour que Marie accomplît sa mission de mère du Sauveur, il convenait qu’elle eût des grâces exceptionnelles. La plus grande grâce pouvant être accordée à un être humain excepté Jésus lui-même, c’est la préservation du péché originel (c’est-à-dire de la tendance au mal). Marie devait avoir une humilité parfaite pour être la mère du Sauveur. Elle devait aussi avoir une foi parfaite pour croire que son Fils était le Messie et le Fils de Dieu alors même qu’il subissait la torture et mourait crucifié comme le pire des criminels. Face à de tels événements, il lui fallait aussi une charité très grande, etc. On peut concevoir que les forces du mal se sont liguées contre Marie d'une façon toute spéciale parce qu'elle apportait au monde le Sauveur. Il convenait donc qu’elle fût préservée de toute tendance au mal. Duns Scot insiste également sur des raisons symboliques : en étant préservée du péché originel, Marie pouvait être le type de l’Eglise (autrement dit, elle pouvait représenter l’Eglise) ; elle pouvait être le type parfait du justifié, qui puise dans sa sainteté même la raison de son humilité. L’immaculée Conception est le type absolu de la grâce conférée  sans aucun mérite, avant toute œuvre. Ainsi, paradoxalement, l'idée que Marie a été préservée du péché est étroitement liée au principe de la Sola Gratia qui est à la source du protestantisme. Ce principe n'est pas une invention de Luther ou de ses successeurs, mais une idée classique dans la théologique catholique bien avant Luther (voir là-dessus Bouyer, Du protestantisme à l'Eglise).
Je m'arrête ici pour ce sujet, mais l’argument de convenance est fort complexe (ceci n’est qu’un aperçu).
Passons aux autres arguments.

 

Newman a montré que les chrétiens des premiers siècles avaient une très grande dévotion à la Sainte Vierge. Il le prouve en citant St Justin et St Irénée (IIe siècle), Tertullien, St Augustin, et beaucoup d'autres. Cet argument comptait aux yeux des anglicans de son époque, car l'opinion des premières générations de chrétiens étaient pour eux un critère d'orthodoxie. Mais il y a bien sûr d'autres chrétiens qui raisonnent autrement et ne tiennent pas compte des traditions, même les plus anciennes. Cette position est difficile à tenir. Par exemple, St Irénée a été formé par St Polycarpe, qui a été formé par St Jean l'évangéliste... Soit on tient compte de l'opinion des premiers pères de l'Eglise, soit on est réduit à supposer qu'il y a eu une vaste apostasie juste après la génération des apôtres, hypothèse hasardeuse et qui ne s'appuie sur aucune preuve historique.

Le témoignage de la tradition chrétienne milite massivement et de façon continue en faveur de la dévotion mariale, mais sur quels passages de l'Ecriture s'appuie cette tradition ?  
On sait que la Bible dit peu de choses sur Marie. Ce n'est pas étonnant puisqu'elle était en vie au moment où ont été rédigés les livres du Nouveau Testament. Le seul livre qui a sûrement été écrit après sa mort est l'Apocalypse. Or nous allons voir que l'auteur de l'Apocalypse n'hésite pas à l'exalter. Mais d'abord, notons que dans l'Evangile selon St Luc, lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel la salue en lui disant « Réjouis-toi, comblée de grâces ». Cette salutation confirme l’argument de convenance. On sait aussi que dès le IIe siècle, les chrétiens ont reconnu la mère du Sauveur dans la femme de l’Apocalypse (Ap. 12). Ils reconnaissaient que cette femme symbolisait l’Eglise, mais ils pensaient qu’elle représentait aussi Marie. Pourquoi ? Tout d'abord, la Bible utilise très peu d'allégories. Cette femme représente donc une personne avant de représenter l'Eglise. Or elle est sur le point d’accoucher, et met au monde « un enfant mâle, celui qui doit mener les nations avec un sceptre de fer » (allusion à Is. 66, qui désigne le Messie). Puisque cet enfant est une personne (Jésus), sa mère aussi doit être une personne : Marie. Ensuite, cette femme est menacée par un dragon, symbole de Satan, ce qui rappelle le passage de la Genèse où Eve est trompée par le serpent. Il y a un parallèle entre ces deux passages, dont l’un se trouve au début de la Bible tandis que l’autre est à la fin. Marie serait la nouvelle Eve, comme Jésus, d’après St Paul, est le nouvel Adam. Donc si Marie est assez discrète au début des Evangiles, ici, en revanche, elle est exaltée par l’auteur de l’Apocalypse.  Cette interprétation se trouve chez St Irénée et d'autres Pères représentant l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Ainsi, dès le deuxième siècle, elle semble admise partout, vu qu'il n'y a aucun témoignage contraire. Pour une argumentation plus complète, lire la Lettre à Pusey, de John-Henry Newman.
 

Chez les orthodoxes, l'Immaculée conception est restée un croyance plus ou moins facultative mais admise de fait, en continuité avec la Tradition. C’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise catholique a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt. 

 

Les protestants refusent généralement ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur le sens littéral de l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :

 

  1. quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent parfois.
  2. il n’y a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la raison.
  3. Il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue en un certains sens après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de la réflexion théologique.
  4. Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.
  5. Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.


En ce qui concerne les protestants, il faut savoir qu'une partie d'entre eux accorde une grande importance à la dévotion mariale. Entre les anglicans (de la "haute église") et les calvinistes, par exemple, les différences sont parfois très profondes.

Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :

http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731

Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :

www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")

Pour aller plus loin, lire par exemple : Louis Bouyer, le Trône de la Sagesse.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 12:22
(Nota bene : pour le lecteur pressé, j'ai mis souligné quelques passages. Note de Héron).

John Henry NEWMAN, Essai sur le développement de la 
doctrine
 chrétienne,

deuxième partie, ch. VII, éd. Desclée de Brouwer, p. 407.
 
 
4. L'ÉCRITURE ET SON INTERPRÉTATION MYSTIQUE
Torah-with-pointer.jpg (...) Le fait que Théodore de Mopsueste ne reconnaît que le sens littéral de la sainte Écriture et rejette toute interpré­tation mystique, nous amène à regarder cette dernière comme l'une des conditions, l'un des principes carac­téristiques sur lesquels s'est toujours guidé l'enseignement de l'Eglise. C'est ainsi qu'elle s'est développée, comme nous l'avons remarqué en passant, sous la forme d'une Eglise catholique, puis d'une Eglise papale. Or ce qu'on invoque comme la règle que le développement devait suivre dans tous les cas, c'est bien l'Ecriture, mais l'Ecriture interprétée dans un sens mystique. Sans doute, au début, on se confina illogiquement, pour certains textes, dans le sens littéral; et c'est ainsi qu'on attendit un Millenium. Mais la suite même des événements, au cours du temps, donna une interprétation plus vraie des prophéties sur l'Eglise, d'abord en ce qui concerne sa prérogativede conquérirl'orbis terrarum, ensuite pour appuyer les prétentions du Siège de Pierre. Ce n'est là qu'un des exemples d'une certaine loi de l'enseignement chré­tien, savoir: la référence perpétuelle à l'Ecriture, et spécialement à son sens mystique 1.
 
 
Ce trait caractéristique deviendra pour nous de plus en plus manifeste, à mesure que nous l'examinerons de plus près. Dans chaque siècle, les théologiens de l'Église s'attachent à se régler sur l'Ecriture, à y faire appel pour prouver leurs conclusions, à se conformer à ses pensées et à son langage pour exhorter et en­seigner. On peut dire que l'Ecriture est le milieu au sein duquel l'esprit de l'Eglise a déployé son énergie et s'est développé 1.
Quand saint Méthode veut faire prévaloir la doc­trine des voeux du célibat, il se réfère au livre des Nombres; et quand saint Irénée proclame la dignité de la Sainte Vierge, c'est en comparant l'évangile de saint Luc et la Genèse. Saint Cyprien, dans ses Témoignages, fonde les prérogatives du martyre, comme d'ailleurs tout le cycle de la doctrine chrétienne, sur les affirmations de certains textes; et quand, dans sa lettre à Antonien, il semble faire allusion au pur­gatoire, c'est en se référant aux paroles de Notre-Seigneur sur « la prison » ou « le paiement jusqu'au dernier sou 2 ». Saint Ignace exhorte à l'unité en s'ap­puyant sur l'autorité de saint Paul ; et il cite saint Luc contre les docètes de son temps. Nous avons un premier exemple de cette loi dans l'épître de saint Polycarpe, et un dernier dans les oeuvres de dévotion de saint Alphonse de Liguori. Saint Cyprien, saint
 
Ambroise, saint Bède, saint Bernard, saint Charles, ou des ouvrages populaires comme le Paradis de l'âme d'Horstius 1,sont des spécimens d'une règle trop manifeste pour avoir besoin de preuve formelle. On la trouve appliquée dans les décisions théologiques de saint Athanase au Ivesiècle et de saint Thomas au XIIIe; dans la structure du droit canon et dans les bulles et les lettres des papes. On en voit un exemple dans cette opinion qui a longtemps prévalu dans l'Église, et que les philosophes d'aujourd'hui ne man­quent pas de nous rappeler, que toute vérité, toute science, doit être tirée du Livre inspiré. Et elle est aussi explicitement reconnue par les écrivains de la Compagnie de Jésus que copieusement appliquée par les Pères anténicéens.
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« Les Écritures sont appelées canoniques, dit Sal­meron, comme ayant été reçues et insérées par l'Eglise dans le canon des Livres sacrés. On les appelle ainsi parce qu'elles sont pour nous une règle de sainte croyance et de bonne conduite, et aussi parce qu'elles doivent régler et mesurer toutes les autres doctrines, lois et écrits, qu'ils soient ecclésiastiques, apocryphes ou purement humains; car ils ne sont acceptés qu'autant qu'ils s'accordent avec les saintes Écritures, ou du moins qu'ils ne les contredisent pas; mais nous les rejetons et les réprouvons dans la mesure où ils s'en séparent, même de la manière la plus légère. » Et encore: « Le sujet de la sainte Écriture est simplement de traiter du Dieu-homme, ou de l'Homme-Dieu, le Christ Jésus, non seulement dans le Nouveau Testament, ce qui est évident, mais aussi dans l'Ancien. Car l'Ecriture n'a pas d'autre contenu que des préceptes
 
 
 
sur la croyance et la conduite, la foi et les oeuvres, la fin et les moyens d'y parvenir, le Créateur et la créa­ture, l'amour de Dieu et du prochain, la création et la rédemption; or puisque tout cela nous le trouvons dans le Christ, il s'ensuit que le Christ est le sujet propre des Ecritures canoniques. Car toutes les matières de foi, qu'elles concernent le Créateur ou lescréatures, sont récapitulées en Jésus, que chaque héré­sie renie, suivant ce texte: «Tout esprit qui rejette (solvit) Jésus n'est pas de Dieu. » En effet, comme homme il est uni à la divinité, et comme Dieu à l'hu­manité, uni au Père parce qu'il est engendré, à l'Esprit Saint qui procède à la fois du Père et du Fils, à Marie sa très sainte Mère, à l'Eglise, aux Ecritures, aux sa­crements, aux saints, aux anges, aux bienheureux, à la grâce divine, à l'autorité et aux ministres de l'Eglise: de sorte qu'il est vrai de dire que toute hérésie rejette Jésus. » Ailleurs encore : « La sainte Écriture est ar­rangée et composée de telle sorte par le Saint Esprit, qu'elle convient à tous les lieux, temps et personnes, aux difficultés, dangers et maladies, à l'expulsion du mal et à l'obtention du bien, à l'extirpation des erreurs et à l'établissement des doctrines, au raffermissement des vertus et à l'éloignement du vice. Aussi est-elle justement comparée par saint Basile à un dispensaire qui fournit des remèdes divers pour chaque maladie. C'est d'elle que l'Eglise a tiré sa fermeté et sa force au temps des martyrs; sa sagesse et la lumière de la connaissance au temps des Pères; au temps des héré­tiques, les moyens de renverser l'erreur; en temps de prospérité, l'humilité et la modération; la ferveur et l'activité aux époques de tiédeur; et dans les temps de dépravation, où croissaient les abus, la puissance de réformer les habitudes de corruption et de revenir à son premier état 2.»
1.I Jn, Iv, 3.
2.Alph. SALMERON, S. J., Commentarii in Evangelicam Historiam, 12 vol., 1601, réédité en 16 vol. en 1604, vol. I, p. 4, 5 et 9.
« La sainte Écriture, dit Corneille de la Pierre, ren­ferme les commencements de toute théologie. Car la théologie n'est pas autre chose que la science des con­clusions tirées des principes certains de la foi: elle est donc, de toutes les sciences, la plus auguste aussibien que la plus certaine. Mais les principes de la foiet la foi elle-même sont contenus dans l'Ecriture; d'oùil suit évidemment que la sainte Écriture pose les prin­cipes de théologie selon lesquels le théologien conçoit ses démonstrations par le raisonnement de l'esprit. Celui-là donc qui croit pouvoir rompre les attaches dela théologie scolastique avec une étude commentée de la sainte Écriture, est un homme qui attend la nais­sance d'une progéniture sans mère. » Et ailleurs : « Quel est le sujet de l'Ecriture? Dois-je le dire d'un mot? Son objet estde omni scibile; elle embrasse dans son sein toutes les études, tout ce que l'on peut connaître; aussi, c'est une sorte d'université des sciences, qui les renferme toutes ou,formaliter ou eminenter1. »
Je ne sache pas non plus que les théologiens post-tridentins nient que la foi catholique tout entière puisse être prouvée par les Ecritures, - quoiqu'ils soutiendraient certainement qu'il ne suffit pas de la lire en surface; et ils n'admettraient pas davantage que l'on puisse tout tirer de l'Ecriture sans l'aide de la tradition.
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Telle a été la doctrine de tous les siècles de l'Église, comme le montre la répugnance de ses docteurs à se confiner dans l'interprétation purement littérale de l'Écriture. Leur méthode de preuve la plus subtile et la plus puissante, dans les temps anciens comme dansles temps modernes, c'est le sens mystique, et dans lescontroverses dogmatiques il est si souvent invoqué qu'il en arrive parfois à supplanter tout autre.C'est ainsi que le concile de Trente rappelle l'offrande pacifique dont il est question dans Malachie1,pour prouver que l'Eucharistie est un sacrifice; dans ses avis sur le mélange d'eau et de vin à l'offertoire, il rappelle l'eau et le sang qui coulèrent du côté de Notre Seigneur et mentionne les « eaux » de l'Apocalypse 2.Bellarmin justifie le célibat monastique par les paroles de Notre-Seigneur en Matth. XIX 3 et renvoie au psaume « Nous allâmes à travers l'eau et le feu 4 », comme argument en faveur du purgatoire. Et l'on voit bien que ce ne sont là que des exemples d'une règle générale.
Et si maintenant nous remontons aux controverses de l'antiquité, nous voyons que l'on s'appuie sur cette méthode d'interprétation pour prouver la doctrine catholique de la Sainte Trinité. Adressez-vous aux écrivains d'avant Nicée ou à ceux de Nicée, vous ren­contrerez des textes qui ne se rapportent pas directement à cette doctrine et qui cependant sont avancés comme des preuves capitales; par exemple, au sujet de la divinité de Notre-Seigneur: « De mon coeur a jailli une bonne parole 5 »;« Le Seigneur m'a faite (ou m'a possédée) au commencement de ses voies6 »;« J'étais avec Lui, moi en qui Il se plaisait' »; « Dans ta lumière nous verrons la lumière$ »; «Qui pourra narrer sa génération? 9 »;« Elle est le souffle de la puissance de Dieu' »; « sa puissance éternelle et sa divinité 2 ».
Par contre, l'école d'Antioche, qui adoptait l'interprétation littérale, fut, comme je l'ai noté plus haut, métropole même de l'hérésie. Sans parler de Lucien, dont l'histoire est assez mal connue, - mais qui fut un des premiers maîtres de l'école, le professeur d'Arius et de ses principaux partisans -, Diodore et Théodore de Mopsueste, qui dans la génération sui-vante furent les deux maîtres les plus éminents de l'interprétation littérale, furent, nous l'avons vu, les précurseurs du nestorianisme.
Il en avait été de même à une époque encore plus reculée : les Juifs s'attachaient au sens littéral de l'An­cien Testament pour rejeter l'Évangile: les apologistes chrétiens prouvèrent sa divinité en usant du sens allé­gorique. La liaison formelle de ce mode d'interpré­tation et de la théologie chrétienne a été bien aperçue par Porphyre; selon lui, Origène et d'autres l'ont emprunté à la philosophie païenne, tout à la fois pour expliquer l'Ancien Testament et pour défendre leur propre doctrine. On peut presque poser comme une vérité historique, que l'interprétation mystique et l'orthodoxie ont partie liée, tiendront ou tomberont ensemble.
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C'est ce qu'a vu très clairement, en ce qui touche à la théologie primitive, un écrivain récent, dans une dissertation sur saint Éphrem. Il observe que Théodore d'Héraclée, Eusèbe et Diodore se sont opposés sys­tématiquement à l'interprétation mystique, qui,était en quelque sorte sanctionnée par l'antiquité et 1'Eglise orthodoxe. Puis il continue: «Éphrem n'est pas aussi
réservé dans ses interprétations, et il ne pouvait pas l'être, puisqu'il était disciple zélé de la foi orthodoxe. Car tous ceux qui se sont fait le plus remarquer par leur réserve étaient aussi éloignés que possible de la foi des conciles. Par contre, tous ceux qui retenaient la foi de l'Eglise ne se passaient jamais entièrement du sens spirituel des Écritures. Car les conciles veil­laient sur la foi orthodoxe; et il n'était guère prudent à cette époque, comme nous le montre surtout l'exem­ple de Théodore de Mopsueste, de délaisser le sens spirituel pour s'adonner exclusivement à la méthode littérale. Il y a plus : même lorsque l'on faisait plein droit au sens littéral, on conservait aussi à côté l'in­terprétation allégorique. A cette époque, en effet, les hérétiques aussi bien que les Juifs, dans les contro­verses, s'obstinaient dans leurs objections contre la doctrine catholique en soutenant que le Messie était encore à venir, en niant l'abrogation du sabbat et des lois cérémonielles, en ridiculisant la doctrine chré­tienne de la Trinité et surtout celle de la nature divine du Christ ; dans ces circonstances, les écrivains ecclésiastiques jugeaient utile, pour répondre à ces objections, de rapporter de force, par allégorie, chaque partie de l'Ecriture au Christ et à son Eglise » 1.
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A cette page d'un savant allemand, qui souligne le rôle de la méthode allégorique dans les controverses avec les Juifs ou avec les adversaires d'Athanase, il sera bon de comparer le passage suivant des Golden Remains du latitudinarien Hale, qui attaque la théo­logie romaine: « Le sens littéral, simple et incontes­table de l'Ecriture, sans aucune addition ou supplé­ment sous couleur d'interprétation, est le seul que nous
soyons absolument obligés d'accepter par motif de foi, sauf là où le Saint-Esprit lui-même nous trace une autre voie. Je ne prends pas cela pour une opinion qui me serait personnelle, mais comme une vérité à laquelle notre Eglise reste nécessairement liée. Lorsque nous nous sommes séparés de l'Eglise de Rome, l'un des motifs était qu'elle ajoutait à l'Ecriture ses propres gloses comme canoniques, pour suppléer à ce que ne pouvait fournir le texte pur et simple. Si, à la place de sesgloses, nous mettons les nôtres, nous ne faisons rien d'autre que de renverser Baal pour relever un Éphod, que tourner en rond pour venir retrouver l'Église de Rome au point où nous l'avons autrefois quittée... Cette doctrine du sens littéral n'a jamais paru importune ni préjudiciable à personne, sinon à ceux qui avaient intérieurement conscience que leurs positions n'étaient pas suffisamment fondées. Lorsque le cardi­nal Cajetan, au temps de nos ancêtres, eut renoncé au penchant d'apostiller et d'allégoriser sur l'Ecriture, qui avait prédominé longtemps dans l'Eglise, et s'en tint au sens littéral, la chose parut si contraire au goût de l'Eglise de Rome, qu'il fut forcé de trouver maint artifice et maintes justifications pour son attitude. Le fait est (comme s'en apercevra celui qui lira ses écrits) que c'est uniquement pour s'être attaché de près au sens littéral qu'il a rejeté plusieurs des doctrines sur lesquelles diffèrent l'Eglise de Rome et les Églises réformées. Mais lorsque l'insistance des réformateurs, et le grand crédit que méritaient les écrits de Calvin en ce genre, eurent forcé les théologiens de Rome à ali­gner leurs interprétations sur le même niveau ; lorsqu'ils virent que ni efforts, ni subtilité d'esprit ne pouvaient arriver à détruire l'évidence littérale de l'Écriture, cela les jeta dans ces expédients désespérés auxquels ils s'attachent encore aujourd'hui, comme de mettre en question, autant qu'ils croient pouvoir oser le faire, la valeur du texte hébreu, de recommander contre lui une traduction inexacte, d'ajouter des
traditions à l'Écriture, et de vouloir placer au-dessus de toute contestation ce qu'ils prétendent être l'inter­prétation de l'Église 1.»
Il ajoute ensuite en ce qui touche le sens allégorique :« Si nous condamnons absolument ces interprétations, il nous faut donc condamner une grande partie des écrivains de l'antiquité, qui sont très familiers avec cette manière d'interpréter. Car les critiques les plus partiaux en faveur de l'antiquité n'ont pas à choisir; ils ne peuvent que voir et avouer au moins ceci : pourle sens littéral, les exégètes de notre époque, à cause deleur connaissance des langues originales, du soin qu'ilsont de tenir compte des circonstances et de la cohérencedu texte, de la comparaison avec les passages sembla­bles de l'Écriture, ont généralement surpassé les meil­leurs interprètes de l'antiquité. »
L'usage de l'Écriture, et spécialement de son sens second ou spirituel, comme d'un instrument de pensée et de déduction, est donc un principe caractéristique de l'enseignement doctrinal dans l'Église.
Le principe que les opinions, en matière de religion, ne sont pas chose indifférente, mais définissent au regard de Dieu la position de ceux qui les professent, est un principe qui a guidé dès l'origine le dévelop­pement de la foi évangélique, et sur lequel elle a été la première à appuyer ses développements. Il n'a
guère trouvé à s'employer, je suppose, sous la Loi ancienne: car le zèle et l'obéissance des gens d'autrefois s'appliquaient surtout à maintenir le culte divin et à renverser l'idolâtrie, plutôt qu'à faire oeuvre intel­lectuelle. La foi est, à ce point de vue comme à d'autres, une caractéristique de l'Evangile; elle n'apparaît auparavant que dans la mesure où il était anticipé, où son temps approchait. Élie, et les prophètes jusqu'à Esdras, combattirent Baal ou restaurèrent le service du Temple; les trois jeunes gens refusèrent de se pros­terner devant la statue d'or; Daniel tournait son visage vers Jérusalem; les Macchabées rejetaient avec mépris le paganisme grec. (…)
1.Jn, xvIII, 37.
2.I Tim., vI, 13.
3.Cf. II et III Jn.
4.Gal., I, 6.
 
 
 
 2
Saint Irénée, à la suite de saint Polycarpe, nous donne un exemple de la même doctrine: «Je t'ai vu, dit-il à l'hérétique Florinus, quand j'étais encore enfant, en Asie Mineure, avec Polycarpe; tu vivais dans les splendeurs de la cour impériale, et tu essayaisde te recommander à lui. En vérité, je me souviens de ce qui se passa alors, mieux que d'événements plus récents, car les leçons de l'enfance grandissent avec l'esprit et ne font plus qu'un avec lui. Ainsi, je pourrais indiquer l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'as-seyait et conversait, ses allées et venues, son genre de vie, l'aspect de sa personne et ses discours au peuple; sa familiarité avec saint Jean, dont il aimait à parler, et avec les autres qui avaient vu le Seigneur; commentil aimait à répéter leurs paroles et ce qu'il avait appris d'eux touchant le Seigneur... Et devant Dieu je puis attester que si ce bienheureux, cet apostolique vieil-lard avait entendu quelque chose de ta doctrine, il se fût bouché les oreilles, en s'écriant selon sa coutume: « O Dieu bon, à quels temps m'as-tu réservé, que je doive souffrir cela! » et en entendant tes discours, qu'il eût été debout ou assis, il aurait fui loin du lieu où il se serait trouvé. » Tout chrétien de la primitive Église semble donc avoir jugé de son devoir de pro-tester, partout où il se trouvait, contre toutes les opi­nions contraires à ce qu'on lui avait enseigné dans sa catéchèse baptismale, et d'éviter la société de ceux qui les soutenaient. Saint Irénée, après avoir raconté ses souvenirs sur saint Polycarpe, continue: «Les apôtres et leurs disciples étaient si religieux, qu'ils n'adressaient même pas la parole à ceux qui falsi­fiaient la vérité'. »
1. Cf. EusÈBE, Hist. Eccl., lib. IV, cap. 14 et lib. V., cap. 20; P. G., 20, 340 et 486.
Un tel principe, cependant, n'aurait pu qu'anéantir bientôt l'Eglise en réduisant ceux qui la composaient àune poussière d'individus, si la Vérité, à laquelle ils de­vaient rendre témoignage, n'avait pas eu quelque chosede défini, de formel et d'indépendant d'eux.Les chrétiensétaient tenus de défendre et de transmettre la foi qu'ilsavaient reçue, et ils la recevaient des chefs de l'Église;et, d'autre part, c'était le devoir de ces chefs de veiller sur cette foi traditionnelle et de la définir. Il n'est pas nécessaire de revenir sur un terrain qui a été si souvent exploré dans ces dernières années. Saint Irénée nous met le sujet sous les yeux dans son récit sur saint Polycarpe, dont je viens de citer une partie, et c'est à lui que nous pouvons nous en tenir. On lit dans son écrit contre les gnostiques: « Polycarpe, que j'ai vu dans ma première enfance, a toujours enseigné les leçons qu'il avait apprises des apôtres, leçons que l'Eglise transmet aussi, et qui seules sont la vérité. Toutes les Églises d'Asie en portent le témoignage, entre autres ceux qui ont succédé à Polycarpe jusqu'à ce jour; et il est un témoin de la vérité autrement sûr et digne de confiance que Valentin, Marcion et leurs compagnons obstinés dans l'erreur. C'est lui qui vint à Rome au temps d'Anicet, et qui ramena à l'Église de Dieu beaucoup des hérétiques dont j'ai parlé plus haut, en proclamant qu'il avait reçu des apôtres cette seule et unique vérité qui avait été transmise par l'Église. »
 
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Et ne voyons pas là seulement la doctrine ou la pratique d'une école, qui pouvait être ignorante en fait de philosophie. Les Pères alexandrins, d'un espritsi cultivé, et dont on dit qu'ils doivent tant à la sciencepaïenne, ne montrèrent certainement ni gratitude ni révérence à l'égard de leurs prétendus maîtres, mais soutinrent la suprématie de la tradition catholique.

(la suite du chapitre mériterait aussi d'être citée. Ce livre est en ligne sur
www.jesusmarie.com
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /2007 10:18
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Depuis Vatican II, tous les textes officiels sur la musique liturgique demandent qu'on accorde au grégorien la première place dans le répertoire liturgique (voir Sacrosanctum Concilium, Sacramentum Caritatis, de 2007, et l'Introduction au nouveau missel romain, de 2002). 

Il y a des paroisses où le chant grégorien est progressivement abandonné ; il y en a d'autres où on réapprend à le chanter. Les catholiques français n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la place qui revient au grégorien dans la liturgie. Plusieurs fois, j'ai vu des vieux prêtres me dire (à moi, un jeune !) que le grégorien était bon pour les vieux et que les jeunes n'en voulaient pas. Pour ma part, il faudrait me faire subir un lavage de cerveau pour me faire croire que le grégorien n'est pas la meilleure musique liturgique qu'on puisse trouver chez les catholiques. J'ai commencé à étudier la musique à l'âge de six ans.  Ensuite, j'ai appris le piano et l'orgue. En tant qu'organiste, j'ai l'expérience de l'accompagnement liturgique. Enfin - ce qui est le plus important - je connais la plupart des chefs-d'oeuvre de la musique sacrée depuis le début du XIIIè siècle, de Pérotin le Grand à Jean-Louis Florentz, en passant par Ockeghem, Josquin, Tallis, Byrd, Palestrina, Victoria, Monteverdi, Bach, etc., et au XXè siècle, Caplet, Jolivet, Poulenc, Rachmaninov, Bloch, Zemlinsky, Martin, Messiaen, Duruflé.

Pour savoir ce que vaut le grégorien, le plus important est sûrement de savoir le goûter, ce qu'on ne saurait faire sans une bonne culture musicale. Tous les mélomanes, musicologues, et musiciens cultivés disent que le grégorien est d'une valeur artistique et liturgique exceptionnelle. Les athées nous reprochent de ne pas le chanter ; les orthodoxes aussi ; les traditionnalistes aussi. Alors qu'attendons-nous pour lui donner la place qu'il mérite ?


L'argument linguistique : "C'est du latin"

Cet argument n'est pas recevable, car nous chantons très souvent des ordinaires non grégoriens en latin, comme les messes de San Lorenzo, de St Paul, de St Boniface, etc. Nous voyons bien que le fait de les chanter en latin ne nous pose pas de problème.

Deuxièmement, la messe n'est pas une conférence ou un cours de catéchisme. Il n'est pas nécessaire de comprendre chaque mot de la messe pour la suivre. 

Troisèmement, on peut aller à la messe avec un missel (si elle est tout en latin) ou avoir des carnets de chants où il y a la traduction française à côté des paroles en latin.


L'argument musical : "C'est trop compliqué, et les gens sont incapables de chanter ça"

Là encore, l'expérience prouve le contraire : il y a de nombreuses paroisses, en ville ou en campagne, où les fidèles chantent le grégorien sans que cela pose aucun problème.

Deuxièmement, il faut distinguer les pièces chantées par l'assemblée (hymnes et ordinaires), et celles qui sont destinées au choeur ou à un soliste (graduels, offertoires, communions, voire introïts). L'assemblée est tout à fait capable de chanter quatre ou cinq ordinaires grégoriens, ainsi que les hymnes les plus connues : Veni Creator, Tantum ergo, Ubi caritas, etc.


L'argument puriste : "Oui, mais les gens ne chanteront pas bien le grégorien"

A mon avis, l'expérience prouve qu'ils ne chantent pas mieux les chants charismatiques aux rythmes syncopés, ni les chants dans le style oriental (orthodoxe - cf. Gouze, Chevetogne, etc.). Ils se trompent dans le rythme des chants charismatiques, et les prennent trop lentement. Quant aux chants de style oriental, on ne les chante presque jamais à plusieurs voix. A une seule voix, la plupart de ces chants sont pourtant insipides. Et quand on les prend à plusieurs voix, il faut chanter juste, ce qui est difficile. L'assemblée est incapable de faire cela.

Deuxièmement, il vaut mieux un beau chant mal chanté qu'un chant médiocre mal chanté. 
Personnellement, quand j'ai l'occasion (trop rare) d'entendre un credo ou un ordinaire grégorien, le fait qu'il soit mal chanté ne m'empêche pas d'être transporté par la beauté de sa mélodie.

La peur de l'opinion

Les sociologues et les philosophes disent que dans une culture démocratique, beaucoup de comportements s'expliquent par la peur de l'opinion. Cette loi se vérifie dans le domaine de la liturgie, où est obsédé par le souci de plaire aux fidèles. 
On ne voit pas assez que depuis une quarantaine d'années, la nullité esthétique de nos liturgies a largement contribué à vider nos églises. Demandons aux fidèles d'une paroisse s'il faut chanter du grégorien. La plupart répondront peut-être qu'il faut abandonner les vieilles traditions. 
Revenons pourtant au grégorien, progressivement et sans exclure les chants en français : nous verrons les fidèles découvrir la beauté du grégorien, et ils ne diront plus qu'il faut le remplacer par autre chose.
Il ne faut pas se demander ce que les gens pensent du grégorien, car ils ne connaissent pas ce répertoire. Il faut se demander ce qu'ils en penseraient s'ils le connaissaient vraiment.
Les jugements sur les chants liturgiques sont trop souvent fondés sur des vieux souvenirs totalement subjectifs et surchargés affectivement. Un tel dira que le grégorien n'est chanté que dans des paroisses de vieux, parce qu'il a vu une paroisse de ce genre, tel autre pensera au contraire à une paroisse jeune et dynamique où on le chantait. Un tel a vécu avant le concile, tel autre comme moi est né à la fin des années 70, ou au début des années 80. 

Le répertoire d'une paroisse ne doit pas être conçu pour attirer telle ou telle classe d'âge (les enfants, les jeunes, les étudiants, etc.) au détriment des autres. Il doit être objectivement beau pour convenir à tout le monde. Rien n'est moins fiable que le jugement esthétique d'un adolescent. Il faut le valoriser en lui donnant des responsabilités, mais il ne faut jamais lui donner carte blanche. Il faut toujours lui donner en même temps des indications, voire une formation appropriée à son service. Ceci est une remarque de bon sens.
 



 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /2008 17:01

undefined On le dit souvent, surtout depuis les années 90 : beaucoup de chrétiens ne se satisfont pas de la liturgie romaine telle qu'elle est pratiquée actuellement dans la plupart des paroisses. Il y a un gouffre entre la réforme modérée proposée par le concile Vatican II, et les habitudes prises dans la quasi totalité des paroisses et des mouvements d'Eglise.

En 2000, lorsqu'il était encore cardinal, Ratzinger a écrit un livre intitulé L'Esprit de la Liturgie, dans lequel il propose une réflexion de fond sur la signification des gestes, des prières et des parties de la messe, dans le but de corriger les excès nés dans l'ambiance fébrile des années 70. Pendant les années, 90, les idées de Ratzinger se sont diffusées aux Etats-Unis et ont suscité de nombreux débats, mais en France, elles sont moins connues malgré Sacramentum caritatis et le Motu proprio.

Il est assez amusant, d'ailleurs, de voir comme les journalistes s'emmêlent les pinceaux : ils opposent la messe Paul VI à la messe en latin, mais la messe Paul VI peut être dite en latin ! Ce qui distingue la messe tridentine ( = d'avant le concile) de la messe Paul VI, ce n'est ni le latin, ni le grégorien, ni même le fait que le prêtre soit "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix. Ce qui les distingue, c'est principalement leur structure. Par exemple, il n'y a plus de Benedictus dans la messe Paul VI, ni le Prologue de St Jean tout à la fin. En revanche, elle contient une nouvelle prière : l'anamnèse.

Je me propose de résumer ici les propositions faites par Ratzinger et par beaucoup de catholiques qui ne sont ni lefevristes, ni traditionnalistes, mais simplement désireux que la liturgie romaine soit belle et priante. 

1°) Il faut célébrer la messe face à la croix (face à l'abside). Pourquoi ? Pendant la prière eucharistique, le prêtre ne s'adresse pas à l'assemblée, mais à Dieu. Il réitère le sacrifice du Christ. C'est pourquoi il prie avec l'assemblée, et tous sont tournés vers la croix posée sur le maître autel. De plus, traditionnellement, les églises sont tournées vers l'est, le soleil levant symbolisant le Christ ressuscité. D'un point de vue symbolique, il n'y a aucune raison de dire cette prière face à l'assemblée. J'ajoute qu'il est très difficile de prier, à ce moment de la messe, en voyant le célébrant en face de soi. Ceux qui ont participé à de "vraies" messe Paul VI ont pu apprécier la différence. A St Pierre de Rome, le célébrant est face à l'assemblée, mais pour une raison accidentelle : le tombeau de St Pierre, sur lequel a été édifiée la basilique, est à l'ouest de Rome. Pour que l'entrée de la basilique soit du côté de la ville, il fallait donc que l'abside soit tournée vers l'ouest, et comme la tradition veut que le célébrant se tourne vers l'est, il se trouve ainsi face à l'assemblée. 
Après le concile, on a pris l'habitude de célébrer face à l'assemblée, mais souvent pour se rapprocher des protestants. C'est oublier que la liturgie fonctionne tout autrement chez eux, et consiste essentiellement en une liturgie de la parole (centrée sur la Bible et la prédication).

2°) Il n'est pas nécessaire cependant d'éliminer tous les autels qui ont été rajoutés dans le choeur après le concile. D'après Ratzinger, là où l'autel est trop loin de l'assemblée, il vaut mieux célébrer la messe sur le nouvel autel. Symboliquement, c'est meilleur, car il se situe plus près du centre de l'église. Ceci est donc à déterminer au cas par cas, et Benoît XVI a décidé récemment d'enlever le nouvel autel de la chapelle sixtine pour des raisons à la fois artistiques et liturgiques (il est vrai que dans une chapelle, on n'est jamais très loin de l'assemblée).

3°) Il faut accorder une place beaucoup plus grande au chant grégorien, à la fois pour avoir un répertoire commun (fort utile dans toutes les cérémonies internationales, désormais fréquentes), et en raison de la qualité exceptionnelle du chant grégorien aux points de vue musical, poétique, et liturgique. Les mélomanes et les "lettrés" sont d'accord...

4°) Il faut prier d'avantage avec son corps, non en dansant autour de l'autel, mais en utilisant les gestes traditionnels de la liturgie, dont la signification est claire et objective : on s'incline profondément en se frappant la poitrine au moment du "je confesse à Dieu" (sur les mots "oui, j'ai vraiment péché") ; on reste à genoux en signe d'adoration entre le sanctus et la fin de la doxologie ; on s'incline profondément (éventuellement en s'agenouillant) et en se frappant la poitrine sur les mots "Seigneur, je ne suis pas digne...), on s'incline pendant le Credo sur les mots "et incarnatus est", etc.

5°)
Il faut être capable de célébrer la messe (Paul VI) en latin, et recourir au latin lors des cérémonies internationales.

6°) La messe n'est pas un cours de catéchisme, c'est pourquoi il est inutile d'accompagner chaque geste liturgique d'un commentaire explicatif. Les néophytes n'ont pas besoin de tout comprendre dès la première messe (c'est d'ailleurs impossible), mais plutôt de voir une vraie liturgie et d'être touchée par sa beauté.
 
7°) Ratzinger propose de réfléchir sur le moment opportun pour le geste de paix. Actuellement, nous passons sans transition des poignées de main chaleureuses à la contemplation de l'Agneau immolé dans la prière de l'Agnus Dei, ce qui est assez étrange. Dans la liturgie zaïroise, le geste de paix a lieu à l'offertoire. Ratzinger se demande donc s'il ne faut pas déplacer le geste de paix. Le débat est ouvert, et rien de précis n'est fixé pour l'instant. 

Si vous voulez voir une "vraie" messe Paul VI, sachez que ça existe : par exemple, en Autriche, en Europe de l'est, à Kergonan (en particulier chez les soeurs, où la messe est célébrée face à la croix).
Je connais un certain nombre de jeunes prêtres et de séminaristes qui rêvent de célébrer la messe dans le bon sens. Du côté des laïcs, surtout les jeunes, beaucoup en ont assez de voir une église complexée et incapable d'offrir une liturgie vraiment belle. Les artistes et les intellectuels, les orthodoxes, les protestants, les traditionnalistes critiquent la "nullité esthétique" (dixit un ami athée) de la liturgie catholique. On vante la beauté des rites orthodoxes. Qu'attendons-nous pour les imiter (mais à notre manière) dans l'attachement à la belle liturgie ? 
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Ci-contre, le père Alexandre Men, prêtre orthodoxe assassiné à coups de hache par les communistes le 9 septembre 1990
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /2008 13:38
Louis Bouyer, prêtre de l'Oratoire, expert au concile Vatican II, est un des principaux théologiens français de l'époque du concile. Il a écrit un petit livre passionnant intitulé Architecture et Liturgie (1967). Ratzinger le cite dans l'Esrpit de la liturgie (2000). En le lisant, on découvre l'organisation des lieux et des objets liturgiques à l'intérieur du temple, de la synagogue, puis des églises syriennes, romaines, byzantines, et occidentales. Dans le dernier chapitre, Bouyer dégage quelques principes généraux pour la construction des nouvelles églises et l'utilisation des églises déjà construites. On est surpris de voir comment Bouyer conçoit la liturgie participative. Son idée de la liturgie participative (comme celle d'autres théologiens du concile) est à mille lieux de celle qui est actuellement répandue dans beaucoup d'esprits. Participer, c'est prier, donc aussi s'incliner et se mettre à genoux quand il convient, et ne pas regarder passivement le prêtre comme si la messe était une sorte de spectacle. Pour faciliter la participation des fidèles, Bouyer propose ceci :

- il faut que la communauté ne soit pas refermée sur elle-même, mais orientée vers un côté de l'église où se trouve la croix et une image (fresque, mosaïque, vitrail, etc.) donnant une dimension cosmique ou supracosmique à la liturgie. 
- il est bon que le prêtre dise la prière eucharistique dans cette direction, et par conséquent "dos au peuple". Cette orientation de l'assemblée et du célébrant existe dans toutes les liturgies catholiques et orthodoxes ; elle manifeste l'espérance chrétienne et l'attente de la parousie. Dans cette position, le prêtre invite les fidèles à se tourner vers un au-delà (au-delà de la communauté chrétienne rassemblée dans l'église)*. 
- Cependant, il faut que le prêtre ne soit jamais trop loin des fidèles. Dans les églises occidentales, l'autel ne ressemble pas assez à une table ; de plus, il est souvent trop loin des fidèles, ce qui donne l'impression que seule une petite élite de clercs participe vraiment à la liturgie. Le choeur pourrait être en plein milieu de l'assemblée, et l'autel (séparé du choeur) se trouverait plus au fond, séparé par quelques marches de la nef, mais pas trop loin des fidèles. Pendant la liturgie de la parole, le prêtre est face au peuple et au milieu des fidèles ; puis il se déplace jusqu'à l'autel pour la prière eucharistique, qu'il prononce "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix.
Or, même pendant cette partie de la messe, le célébrant ne doit pas être éloigné des fidèles, sinon on retrouve l'héritage le plus criticable du Moyen-Age occidental : la cléricalisation de la liturgie.
 - Pour que les fidèles participent pleinement à la liturgie, l'idéal serait de supprimer les bancs, en gardant seulement quelques chaises pour les personnes âgées ou fatiguées. Chez les orthodoxes, il n'y a pas de bancs, et cela contribue beaucoup à l'impression de participation intense que l'on ressent dans les liturgies orientales. Les fidèles sont debout ou à genoux selon les moments, mais jamais assis et "coincés" entre les bancs ; il se déplacent d'un endroit à l'autre en suivant le prêtre et les ministres. En occident, d'ailleurs, les bancs n'existaient pas avant le XVIe siècle.


L'autel "face-au-peuple"

La position face au peuple a existé dans les basiliques romaines, mais elle n'a jamais eu le sens qu'on se plaît à imaginer. L'autel se trouvait soit au fond de l'église, soit au milieu, dans la nef. Dans le second cas, le prêtre se trouvait face à une partie des fidèles au moment de l'eucharistie, mais une autre partie des fidèles se trouvait derrière lui. Plus tard, il y eut des églises de Rome où le célébrant était vraiment face au peuple.

L'évolution des pratiques n'étaient pas nécessairement la même dans tous les cas. A St Pierre, l’autel était d’abord au milieu (et le célébrant était face à l’est, au soleil levant, symbole du Christ, donc face à la grande porte), puis il fut déplacé pour être mis au-dessus du tombeau de St Pierre, donc au fond. Par conséquent, au lieu d’avoir la moitié de l’assemblée derrière lui, le célébrant se trouvait face à toute l’assemblée. Dans le passage cité ci-dessous, Bouyer prend un autre exemple, celui de Ste Marie Majeure, où l’origine de la célébration face au peuple est toute autre. Cette pratique avait donc des causes différentes selon les endroits. Mais, insiste Bouyer, jamais la messe face-au-peuple n'a eu le sens qu'on lui donne actuellement :

(...) Le Liber pontificalis nous dit que, deux siècles après saint Grégoire, le pape Pascal Ier, à Sainte-Marie-Majeure, avait toujours son siège au milieu de la nef, les hommes étant devant lui et les femmes derrière lui, l'autel demeurant au fond. Ce qui lui fit, là aussi, placer le trône pontifical pour le transférer dans l'abside, derrière l'autel, ce fut, nous dit-on son mécontentement d'entendre les femmes faire des remarques sur ce qu'il disait à ses diacres. Tous ces faits - et ce sont là tous les faits que nous avons concernant l'origine de l'autel « face au peuple » - montrent que la disposition rendue célèbre par Saint-Pierre de Rome, et la plus grande partie des autres basiliques romaines qui ont suivi son exemple, remonte sans aucun doute à une grande antiquité et s'autorise d'une longue pratique des papes. Mais ils montrent non moins clairement qu'on en est arrivé là par toute une série d'évolutions qui ne correspondent guère à ce que bien des gens aiment à imaginer aujourd'hui. Ce qui est plus important, c'est que l'origine de l'autel « face au peuple » n'a peu ou rien à voir avec le sens qu'on lui a attribué aux temps modernes.

Loin d'être primitif, l'usage d'un autel « face au peuple » est tout d'abord le produit relativement récent (il n'est pas antérieur au Ve siècle) d'une évolution assez complexe. Tout ce que nous savons de la célébration primitive ou de la célébration qui s'organisa à l'époque constantinienne indique un autel situé soit au fond de l'édifice, soit au milieu de la nef. Dans le premier cas, personne ne pouvait se trouver en face du célébrant. Dans le second cas, il n'y avait qu'une partie de l'assistance à se trouver en face de lui, et elle semble n'avoir été composée que des femmes.

L'idée qu'une célébration face au peuple ait pu être une célébration primitive, et en particulier celle de la Cène, n'a d'autre fondement qu'une conception erronée de ce que pouvait être un repas dans l'antiquité, qu'il fût chrétien ou non. Dans aucun repas du début de l'ère chrétienne, le président d'une assemblée de convives ne faisait face aux autres participants. Ils étaient tous, ou allongés, sur le côté convexe d'une table en forme de sigma, ou d'une table qui avait en gros la forme d'un fer à cheval. L'autre côté était toujours laissé libre pour le service. Donc nulle part, dans l'antiquité chrétienne, n'aurait pu survenir l'idée de se mettre « face au peuple » pour présider un repas. Le caractère communautaire du repas était accentué bien plutôt par la disposition contraire : le fait que tous les participants se trouvaient du même côté de la table.

 

Louis Bouyer, Architecture et Liturgie (1967), p. 48-49.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 14:25

 

  

La suprématie du pape s’appuie sur plusieurs arguments :

 

  1. L’argument de convenance : il convenait de donner aux chrétiens une autorité visible, pour que tous soient un. Jésus lui-même a exprimé ce désir « que tous soient un », et le souci de l’unité et de l’organisation dans l’Eglise se manifeste aussi dans les Actes des Apôtres (ch. 15) lorsqu’ils envoient une lettre apostolique à Antioche. Sans une autorité suprême identifiable à partir de signes extérieurs (son unité, son universalité, sa sainteté, et le fait qu’elle descende de St Pierre), les hommes sont perdus, car la doctrine chrétienne n’est pas contenue de façon explicite dans l’Ecriture. Elle se fonde sur elle, mais moyennant des principes d’interprétation, une certaine exégèse et une certaine traduction. Pour interpréter la Bible à la seule lumière de son intelligence, il faut donc être à la fois philosophe, théologien, historien, exégète et archéologue. Bref, c’est impossible. C’est pourquoi les réformateurs protestants, tout en adoptant le principe du libre examen, censé affranchir l’homme de toute autorité autre que celle de l’Ecriture, n’ont pas pu s’empêcher de créer de nouvelles institutions en concurrence avec l’Eglise catholique. Pour éviter l'anarchie doctrinale, Calvin a mis en place une autorité religieuse officielle liée aux pouvoirs politiques. Mais cette solution est peu satisfaisante, puisqu'une telle autorité est purement humaine. La légitimité d'une autorité religieuse dépend du fait qu'elle est assistée ou non par Dieu. Or en l'absence de toute autorité, c'est l'esprit de division (ou de clocher) qui l'emporte, comme chez les évangéliques. Rien qu’en France, ils se divisent en plus de 1800 églises !

 

  1. Le recours aux Pères de l’Eglise : les pères de l’Eglise à partir du IIIe siècle croient à la primauté de l’évêque de Rome. Ils le considèrent comme l’autorité suprême et font appel à lui lrosqu'ils sont en désaccord sur des questions doctrinales. C’est une des raisons qui ont poussé Newman et d’autres théologiens du mouvement d’Oxford à se faire catholiques. On peut ajouter que le judaïsme avait sa hiérarchie et son autorité suprême. Il était somme toute assez naturel que les chrétiens en eussent également une, en continuité avec la religion instituée par Dieu lors de l’Ancienne Alliance. On connaît l’attachement des orthodoxes à l’Eglise des premiers siècles. Or ils ont signé en 2007 un accord par lequel ils reconnaissent tous la primauté de l’évêque de Rome (reste à préciser quelle primauté : les orthodoxes parlent d'une "primauté d'honneur" et celle-ci n'est pas comprise exactement de la même façon, pour l'instant, par les patriarchats de Moscou et de Constantinople. Les discussions continuent entre eux et avec l'Eglise catholique). Les protestants et les témoins de Jéhovah sont en rupture avec l’Eglise des premiers siècles en refusant toute primauté à l'évêque de Rome.

 

  1. L’argument scripturaire :

·        « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Mt 16, 18). Dans la Bible, le mot pierre ou rocher (en effet, le mot Kephas signifie roc, rocher) signifie la solidité, la stabilité. Et on sait que les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Jésus dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc. Le rocher désigne même Dieu dans certains passages, pour la même raison (il est fiable). La suite de la phrase va dans le même sens : les portes de l’enfer ne l’emporteront pas contre l’Eglise construite sur Simon-Pierre. Si Luther avait raison en croyant que la papauté est l’œuvre du diable, ce passage deviendrait très difficile à interpréter. A propos des clefs du royaume, voir Isaïe 22, 20-24 : Ezechias remet les clefs à Elyaqim pour que tous voient qu'il est son nouveau premier ministre. Jésus fait allusion à ce passage pour signifier que Pierre et ses successeurs auront désormais, de façon visible, l'autorité légitime.

·        A la fin du dernier évangile, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21, 15). Que veut dire ce passage, sinon que c’est à Pierre et à ses successeurs que Jésus confie l’autorité sur son troupeau ?

·        « Satan vous a réclamés ; j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères… » (Lc 22, 32). Ce passage indique que Jésus préserve son Eglise de l’influence de Satan. Il confirme l’interprétation catholique du premier passage : les portes de l’enfer ne peuvent pas l’emporter contre l’Eglise, tout simplement parce que Dieu, dans sa toute-puissance, la protège des corruptions doctrinales. 

·        Il faut ajouter à cela plusieurs indices insuffisants en eux-mêmes, mais qui ont valeur de confirmation : avec l’aide du Seigneur, Pierre marche sur le lac (la mer et l’eau symbolisent le mal – el la Bible voit en Dieu le « maître des eaux ») ; il accomplit une pêche miraculeuse (deux fois) (ceci semble avoir un sens prophétique, Jésus ayant dit à Pierre qu’il le ferait pêcheur d’hommes) ; la prédication de Notre Seigneur se fait à partir de la barque de Pierre ; enfin, après sa prédiction, c’est à Pierre que Jésus apparaît en premier.

 

N. B. : le chiffre de la bête dans l’Apocalypse ne peut pas désigner le pape. Les adventistes du septième jour pensent qu’il désigne le pape parce que le total des lettres VICARIUS FILII DEI est 666. Mais l’argument est sans valeur car ce n’est pas un titre du pape. Aucun document de l’Eglise catholique ne porte cette signature. Ce titre n’a jamais été donné au pape. En revanche, il est VICARIUS CHRISTI, ou PONTIFEX ROMANUS, mais ça ne fait pas 666. Il paraît d’ailleurs que le nom de la fondatrice des Adventistes correspond à un total de 666…Nous ne dirions pas pour autant que c’est la bête de l’Apocalypse.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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