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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Dogme et théologie

Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /Jan /2009 21:35
Exceptionnellement, j'ai envie d'écrire un article sur un sujet d'actualité. Je ne suis pas un grand connaisseur du mouvement lefebvriste, mais je trouve que beaucoup d'articles publiés sur ce sujet sont superficiels et déforment la vérité.
On reproche à Benoït XVI de lever l'excommunication portant sur les quatre évêques de la Fraternité St Pie X fondée par Mgr Lefebvre alors que l'un d'entre eux, Mgr Williamson, a dit qu'il ne croyait pas à l'existence des chambres à gaz. AInsi, dit-on, Benoît XVI aurait réhabilité un évêque négationniste. Il faudrait dire plutôt qu'il a réhabilité un évêque qui se trouve être un négationniste, car son intention n'était évidemment pas de réhabiliter un négationniste, mais de faire un geste fort destiné à éviter que la Fraternité St Pie X se transforme petit à petit en une véritable secte.
C'est jeudi dernier, paraît-il, que Williamson a exprimé son opinion négationniste, alors que la levée de l'excommunication était prévue de longue date. Le pape n'allait donc pas revenir en arrière au dernier moment. Mais surtout, encore une fois, le but du pape est d'éviter que se crée une église parallèle ou une secte. Il pense aux quelques dizaines de milliers de personnes qui appartiennent à la Fraternité St Pie X.

Il ne faut pas être trop sévère à l'égard des membres de ce mouvement. En effet, il est indéniable que pendant les années 60-70, il y a eu une crise de l'Eglise, en particulier du point de vue liturgique. D'un seul coup, la plupart des prêtres ont abandonné la liturgie traditionnelle, qui était belle et priante, pour célébrer la messe d'une manière insipide, voire totalement fantaisiste (certains réécrivaient eux-mêmes le texte de la prière eucharistique, et on expérimentait toutes sortes d'idées farfelues). Les meilleurs théologiens français, qui étaient à l'époque experts aux concile Vatican II et ne s'opposaient pas au concile, ont critiqué très sévèrement ces abus (voir De Lubac, Considérations sur la crise actuelle, Bouyer, La Décomposition du catholicisme, etc.). Les écrivains français et étrangers (Maritain, Borghes, et tant d'autres), les musiciens (Olivier Messiaen, Maurice Duruflé et tant d'autres), une multitude d'intellectuels catholiques (Etienne Gilson, etc.) ont également critiqué les comportements délirants que l'on observait fréquemment dans l'Eglise. La cause de ces excès n'était pas le concile, mais la mentalité progressiste qui régnait pendant les années 60, caractérisée par un besoin de rompre avec le passé, quitte à inventer pour cela les pires absurdités. Face à cette crise, les catholiques de sensibilité traditionnelle mais qui n'avaient pas lu les documents du concile ont cru que l'Eglise officielle approuvait ces excès. Ou bien ils croyaient que le magistère de l'Eglise avait le pouvoir de contrôler la situation et de ramener les progressistes à la raison, et ils lui reprochaient donc de ne pas réagir, et de les approuver secrètement.

Bref, il y a bien des circonstances atténuantes en faveur de la fraternité St Pie X. Cela dit, l'acte de Mgr Lefebvre était injustifiable. Il pensait qu'une mission lui était confiée par Dieu : continuer la Tradition de l'Eglise. Malgré l'interdiction que lui avait imposée Jean-Paul II d'ordonner des évêques (sous peine d'excommunication), Mgr Lefebvre a accompli cet acte de désobéissance après s'être rétracté concernant l'accord qu'il avait signé avec le cardinal Ratzinger. Or il faut savoir que du point de vue catholique, un tel comportement est inacceptable, même en période de crise. Personne ne peut s'envoyer lui-même en mission. Il doit y être envoyé par Dieu, ce qui peut se faire de deux manières : soit par le biais de la hiérarchie, ce qui n'était évidemment pas le cas, soit directement par Dieu, mais dans ce cas, il faut que cette mission soit confirmée par une sainteté manifeste ou des miracles, etc., et même dans ce cas, il faut que la personne en question n'accomplisse pas sa mission en désobéissant. St François d'Assise et Ste Catherine de Sienne ont réformé l'Eglise, mais ils l'ont réformée de l'intérieur : leur sainteté était évidente aux yeux de tous, ils faisaient des miracles, et ils évitaient consicencieusement la désobéissance. Beaucoup de saints ont été traités injustement par la hiérarchie, mais ils n'ont pas désobéi pour autant.

Ce reproche n'est pas de mon invention. St François de Sales lui-même l'adresse auix réformateurs protestants dans sa Lettre ouverte aux protestants (à lire sur JesusMarie.com). Or il s'applique parfaitement à Mgr Lefebvre et à son mouvement, qui a néanmoins souvent accusé Ratzinger d'être un "libre penseur". Libre penseur ? N'oublions pas en effet que Ratzinger a participé activement au concile Vatican II, et qu'il n'avait pas peur des innovations. D'un autre côté, à l'époque du concile, il a émis quelques réserves à propos de certaines formulations des documents conciliaires (par exemple dans Gaudium et Spes). Mais il est ridicule de soupçonner Ratzinger de sympathie à l'égard des idées traditionnalistes et de la liturgie tridentine. Dire cela, c'est ignorer complètement sa pensée. Benoît XVI tient à la nouvelle liturgie, la liturgie Paul VI, mais il aimerait que l'on dise la prière eucharistique face à la croix (donc "dos au peuple") puisque cette prière ne s'adresse pas au peuple mais à Dieu. Il veut aussi qu'on se serve d'avantage du grégorien, par exemple. Mais rien de cela n'est contraire au concile. 
Autre différence entre Ratzinger et les lefebvristes : Ratzinger a toujours cru à la l'utilité de l'oecuménisme, il y a travaillé activement, signant un accord avec les luthériens sur la justification, invitant les patriarches orthodoxes à Rome, etc. Or les traditionnalistes ont toujours été extrêmement méfiants envers l'oecuménisme, qu'ils considèrent comme du syncrétisme ou du relativisme. Autre différence encore : Benoît XVI n'hésite pas à dire aux catholiques d'Europe occidentale qu'ils devront s'habituer à rester minoritaires, alors que beaucoup de traditionnalistes rêvent à l"Occident chrétien", à un système césaro-papiste ou à une monarchie de droit divin.

Mais revenons au grief relatif  à Mgr Williamson. Que se passerait-il si Benoît XVI le maintenait excommunié ? Je pense que ses ouailles le suivraient par solidarité et seraient donc toujours dans le schisme, avec tout ce que cela implique comme ressentiments envers le magistère de l'Eglise.Il faut comprendre que là où il y a schisme, le courant séparé de Rome développe insensiblement une justification ad hoc de sa propre séparation de l'Eglise-mère. Ainsi se constitue une nouvelle théologie, de plus en plus différente de la théologie catholique. Dans le cas des traditionnalistes, cette dérive est limitée par le fait qu'ils se justifient à partir des documents magistériels antérieurs au concile Vatican II. Mais ils appliquent le principe du libre examen dans l'interprétation de ces documents, au lieu de se fier, comme est censé le faire tout catholique, à l'interprétation qu'en donne le magistère actuel de l'Eglise. Cela suffit pour qu'ils développent leur propre théologie. Il faut comprendre également que les schismatiques, parce qu'ils sont exclus de la communion et sont extrêmement minoritaires, ont naturellement tendance à médire du magistère et même à le considérer comme investi par les forces du mal (de même que les protestants ont eu tendance à haïr l'Eglise et à considérer le pape comme l'Antichrist). Plus le temps passe, plus cette tendance se renforce, et plus l'unité devient difficile à réaliser. Petit à petit, cette minorité qui se sent assiégée de tous côtés se coupe intellectuellement du reste du monde : elle cherche à distinguer les "bons" et les "mauvais" livres, elle évite les écoles ou les collèges ordinaires (publics ou privés) pour élever ses enfants dans une doctrine pure et irréprochable à ses yeux. Enfin, les jeunes traditionalistes, qui sont nés après la séparation, ne ressentent pas comme leurs aînés la nécessité de retrouver la pleine communion avec Rome. Ils se sont habitués à cette séparation et peuvent même y trouver une certaine satisfaction, contents d'appartenir à l'élite, au petit reste d'Israël. Bref, ce que je veux dire, c'est que si nous ne donnons pas dès maintenant aux lefebvristes la possibilité d'aimer un peu plus le pape et l'Eglise, puis de s'y fier d'avantage, la fraternité St Pie X risque de devenir une véritable secte, c'est-à-dire un mouvement religieux de plus en plus coupé du monde et de plus en plus malsain. 
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 21:50
 

Bonjour,


deux fois, j'ai voulu vous répondre, mais à chaque fois, tout ce que j'ai écrit a disparu lorsque j'ai tapé sur « entrée » pour passer à la ligne. Bref, je recommence, en utilisant une méthode plus prudente, c'est-à-dire en rédigeant sur open office ; or je ne peux faire copier-coller dans l'endroit prévu pour répondre aux commentaires. C'est pourquoi je publie cette réponse ici.

Tout d'abord, vous mentionnez deux passages de l'Ecriture pour soutenir que l'évêque de Rome ne peut être le primat de l'Eglise. Ces deux passages disent que la Bonne Nouvelle doit être annoncée partout dans le monde à commencer par Jérusalem. Et Jésus dit à ses apôtres de demeurer à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils reçoivent l'Esprit Saint. Or rien de cela n'exclut que l'Eglise se développe ensuite ailleurs et soit gouvernée à partir d'une autre ville comme Rome, lieu où St Pierre fut martyrisé. Deuxièmement, on peut dire qu' Israël préfigure l'Eglise, car Israël est le peuple de Dieu, puis c'est l'Eglise qui est le peuple de Dieu après la Pentecôte. Mais en quoi cela prouve-t-il que l'Eglise doive être gouvernée à partir de Jérusalem ? Bien entendu, on peut citer une foule de passages qui parlent de Jérusalem comme d'une ville sainte, la ville du Temple, la ville du grand Roi, etc., mais en quoi cela prouve-t-il ce que vous soutenez ? Pour un catholique, Jérusalem est effectivement une ville sainte, c'est une ville où Jésus a enseigné (dans le Temple, notamment) et où il est mort. Elle a donc une place toute particulière. Mais pourquoi faudrait-il absolument qu'en plus de cela, elle soit le lieu où l'Eglise comme institution ait sa hiérarchie ? Notez que le Temple a été détruit en 70 et, avant cela, Jésus avait dit à la Samaritaine du puits de Jacob que Dieu serait adoré non seulement à Jérusalem mais partout (“en esprit et en vérité”). Il est donc clair que Jérusalem, la ville du Temple, n'a pas une importance aussi grande avant et après la venue du Christ. Je pense que certains protestants, à force de parler de Rome, se font des idées fausses sur la place qu'a cette ville dans l'esprit d'un catholique. Pour nous, Rome est importante parce que St Pierre et St Paul, colonnes de l'Eglise, y furent martyrisés comme beaucoup d'autres chrétiens. Du coup, elle est le lieu où s'est installée la hiérarchie de l'Eglise. Mais Rome ne remplace évidemment pas Jérusalem. De même, je pense que la plupart des gens qui ne sont pas catholiques se font une idée fausse du pouvoir du pape. Ils imaginent que si le pape dit quelque chose, tous les catholiques vont le suivre comme un seul homme. En réalité, bien qu'il exerce une autorité, le pape ne contrôle pas vraiment ce qui se passe dans l'Eglise. Au fond, les catholiques font ce qu'ils veulent. Certains accordent peu d'importance à ce que dit le pape, d'autres exagèrent la valeur de ce qu'il dit, et d'autres, heureusement, ont une conception plus juste de son autorité. Au total, bien peu de gens, chez les catholiques, peuvent être considérés comme “papistes”. Il en est ici comme des préjugés sur l'utilisation des images par les catholiques. Il est évident que les catholiques n'adorent pas des images ou des statues. Sur mes étagères, il y a une icône en contreplaqué et une image de la Ste Vierge en papier que j'utilise pour prier. Est-ce que j'adore ce bout de papier ? Certainement pas, et comme tout le monde, j'ai jeté des dizaines d'images pieuses à la poubelle. Les icônes que les catholiques utilisent chez eux sont faites d'une feuille de papier collée sur un morceau de contreplaqué... Pour ma part, je n'ai jamais vu un seul catholique “adorer” une image.


Ensuite, vous dites qu'aucun passage de l'Ecriture ne suggère la primauté de Pierre. Pourtant, les passages que je mentionne dans l'article suivant une tradition d'interprétation très ancienne suggèrent cela. Premièrement, le nom donné à Jésus, sachant que Dieu ne donne pas de nouveaux noms sans qu'ils soient lourds de signification. Or il donne à Simon le nom de Pierre, mot qui s'applique jusque-là à Dieu lui-même et qui connote le fondement, la solidité, etc. Le fait que ce mot soit appliqué par St Pierre à Jésus, pierre angulaire de l'Eglise, ne veut pas dire qu'il ne s'applique pas à Simon en un certain sens. Dans la Bible, un même mot peut renvoyer à deux réalités différentes. Par exemple, la vigne est Israël, mais aussi l'Eglise ; et le Messie dont parle Isaïe est Cyrus, mais aussi Jésus Christ, etc. Deuxièmement, le fait qu'il lui promette les clés du Royaume. C'est une allusion à Elyoqim dans le livre d'Isaïe. Pierre est en quelque sorte le premier ministre de l'Eglise. Troisèmement, il y a les autres promesses. Enfin, il y a plusieurs passages des Evangiles où Jésus, en dialoguant avec Pierre, semble lui attribuer un rôle tout à fait particulier, ce que confirment les Actes des apôtres, où il est bien le chef de l'Eglise après Jésus. Bien sûr, on pourrait penser que la fonction occupée par Pierre s'est arrêtée avec lui et qu'il ne devait pas avoir de successeur. Mais cette idée n'est pas très naturelle. Tout d'abord, aucun passage de l'Ecriture n'indique que Pierre devait être le dernier à exercer cette fonction. Ensuite, si la fonction instituée par Jésus et confiée à Pierre était utile, pourquoi devait-elle s'arrêter avec lui ? Or il semble bien qu'une telle fonction est utile. Enfin, si elle devait s'arrêter avec Pierre, pourquoi a-t-il eu des successeurs ? L'Eglise aurait sombré dans l'hérésie juste après la mort de Pierre en lui désignant un successeur ? On tombe ainsi dans le mythe fondamentaliste selon lequel il y aurait eu une grande apostasie dès le début de l'histoire de l'Eglise, hypothèse gratuite qu'aucun document historique ne permet de confirmer. Puisque Jésus promet à Pierre que les portes de l'Enfer ne l'emporteront pas (ou ne seront pas fortes) contre l'Eglise, cet événement ne peut s'être produit, ou en tout cas il ne peut s'être produit sans qu'une partie des chrétiens ait formé alors la véritable Eglise. Or nous n'avons aucun document historique attestant l'existence de cette église préservée de la “corruption romaine”. Si ce débat sur l'hypothèse de l'apostasie originelle vous intéresse, je vous renvoie à un article là-dessus sur le site v-i-v.free.fr

(allez ensuite dans « Watchtower », puis « doctrine », puis cherchez l'article).

A propos de Mathieu 16, 18, vous avez raison de dire qu'il n'y a que deux fois le mot Pierre (ou pierre), mais ça ne change rien. La traduction mot à mot du grec donne ceci : « je dis que toi tu es Pierre, et sur cette la pierre, je bâtirai de moi l'église ». La Traduction Oecuménique de la Bible dit : « je te le déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».


Concernant la foi comme don de Dieu, et le fait que nous sommes sauvés par la grâce de Dieu, nous sommes d'accord. Les protestants et les catholiques ne le savent pas toujours, mais les principes de la sola gratia et de la sola fide sont affirmés par la tradition catholique bien avant Luther.


Enfin, je ne sais pas ce qui s'est passé avec le Sabbat et le dimanche, mais ce dont je suis sûr, c'est que l'affirmation suivante est arbitraire : « Ce qui existe chez les païens ne peut pas exister dans le vrai christianisme ». Pour être pur et d'origine divine, le christianisme n'a pas besoin de rejetter toutes les coutumes païennes. Il n'a même pas besoin de s'interdire l'incorporation de coutumes ou de notions nouvelles empruntées au paganisme. Ce qui est païen peut devenir chrétien, à moins d'être contraire au christianisme. Ainsi, St Jean a repris la notion de « Logos » à la philosophie stoïcienne. La Genèse reprend des symboles païens (comme l'arbre de vie) qui viennent de la culture babylonienne, etc. Voyez sur ce sujet le texte de Newman que j'ai inséré ici dans un article sur les témoins de Jéhovah.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 12:05

La divinité de Jésus

 

  • D’abord, Jésus est le Fils de Dieu, comme l’admettent les Témoins de Jéhovah. Remarquons bien qu’il l’est en un sens tout particulier. Lequel ? Il n’est pas seulement une créature de Dieu. Le prologue de St Jean (Jn 1, 1) dit que « le verbe était Dieu ». Le texte grec est parfaitement clair « και θεος ήν ο λόγος ». Les témoins de Jéhovah traduisent « et le Verbe était de nature divine », en prétendant que cette traduction se fonde sur une connaissance du grec biblique, mais leur argumentation s’arrête là. Ils ne justifient donc pas cette traduction. En réalité, cette phrase est parfaitement claire et ne contient aucune subtilité sémantique ou grammaticale. Si Jean avait voulu dire que Jésus était (seulement) de nature divine, il aurait sans doute utilisé le mot φυσις ou le mot ουσια, mais il n’aurait pas écrit que le Verbe était Dieu (Théos).
  • Dans quatre versets de St Jean, Jésus s’attribue le nom de Dieu « Yahwé » qui veut dire « JE SUIS ». Dans le livre de l’Exode, Dieu se nomme ainsi. Les commentateurs ont toujours compris ce nom comme signifiant que Dieu est l’Etre absolu (voir sur ce point Gilson, Constantes philosophiques de l’Etre, VRIN – le grand historien de la philosophie évoque surtout les réflexions de St Augustin et St Thomas d’Aquin sur ce passage). En Jn 8, 24, Jésus dit « si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés » (le texte grec porte bien les mots εγω ειμι – pour qui en doute, il n’y a rien d’autre à faire que de consulter l’interlinéaire Grec-Français). Quelques lignes plus bas, au verset 28, « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous reconnaîtrez que JE SUIS » (là encore, on trouve les mots « égo eïmi »). De même, au verset 58 : «  avant qu’Abraham existât, JE SUIS ». Ce dernier verset, la société Watchtower le traduit « avant qu’Abraham existât, j’ai été ». Or le texte grec dit « égo eïmi ». Il s’agit bien du présent. On ne peut pas traduire autrement que par « je suis ». Il est donc clair que Jésus s’attribue le nom divin dans le ch. 8 de St Jean, et cela confirme l’idée qu’au chapitre 1, la bonne traduction est : « et le Verbe était Dieu ». Enfin, lors de son dernier repas, Jésus dit « je vous le dis à présent, avant que l’événement n’arrive, afin que, lorsqu’il arrivera, vous croyiez que JE SUIS ». Là encore, ce sont les mots égo eïmi, et on ne peut pas les traduire autrement que par « je suis ».
     
  • Autres passages déformés par la société Watchtower : Colossiens 1, 15-17, et Philippiens 2, 9. Dans ces deux textes, la traduction du monde nouveau insère le mot « autre » parce que sans cela, le sens du texte implique que Jésus est Dieu : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute création ; parce que par son moyen toutes les [autres] choses ont été crées dans les cieux et sur la terre » etc. Et en Philippiens 2, 9 : « C’est pourquoi Dieu l’a élevé à une position supérieure et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout [autre] nom ».
  • En Révélation 22, 12-13, Jésus dit de lui-même : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin ». Or le livre d’Isaïe fait aussi allusion à Dieu comme étant le « premier » et le « dernier » : « Voici ce qu’a dit Jéhovah, le Seigneur des armées : « je suis le premier et je suis le dernier, et en dehors de moi il n’y a pas de Dieu » (Isaïe 44, 6). Et : « Ecoute moi, Jacob, Israël que j’ai appelé, c’est moi, moi qui suis le premier et c’est moi aussi le dernier » (Isaïe 48, 12).
  • La croyance à la divinité de Jésus est fondée aussi sur le sens des symboles bibliques. En Mt 8, 23, il apaise la mer et le vent, or chez les Juifs, c’est Dieu qui est le maître des eaux (cf. le passage de la mer des roseaux). La mer, l’eau représente le mal, et le Léviathan, monstre marin, représente le diable. D’où la surprise des apôtres dans ce passage : « Quel est donc celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? ». Symboliquement, ce miracle est plus grand que les guérisons ou les multiplications du pain. En Mt 14, 27, Jésus marche sur les eaux. Il domine encore les eaux, les maîtrise. De plus, il dit « n’ayez pas peur, c’est moi », ce qui se dit en hébreu « Yahwé » (Yahwé a deux traductions possibles : « c’est moi » et « je suis »). Ici, il manifeste implicitement sa propre divinité. Dans plusieurs passages comme Mt 9, 15 et Mt 22, Jésus se présente comme l’Epoux. Or dans l’Ancien Testament, l’Epoux est Dieu lui-même (voir Osée, Cantique des cantiques, etc.). Jésus réalise les prophéties dans lesquelles Dieu dit qu’il viendra lui-même pour succéder aux chefs de son peuple : il sera lui-même son chef. Il réalise aussi les prophéties où Dieu annonce qu’il viendra pour faire lui-même le sacrifice (lorsqu’il a été tué, c’est Jésus qui a fait le sacrifice). En Mt 10, 1, il donne à ses disciples le pouvoir d’expulser les démons. Il manifeste encore sa divinité lorsqu’il remet les péchés, car pour les juifs, c’était un privilège de Dieu. Quand il dit « détruisez ce temple, et en trois jours, je le rebâtirai, Jésus parle de son corps, comme le dit l’évangéliste lui-même. Or il ne s’agit pas du temple en un sens large, mais en un sens étroit (le mot grec est Naos et non Hiéron – ce corps est le lieu de la présence divine…).  Il y a bien d'autres arguments pour montrer la divinité de Jésus. Pour plus d'informations, voyez les articles du site v-i-v.free.fr ("Vivre pour la Vérité").
  • En acceptant (contrairement aux Ariens), de considérer Jésus comme un vrai Dieu les Pères de l’Eglise ne se sont pas facilité la tâche. En apparence, leur thèse était source de nombreuses difficultés théologiques. Ils durent travailler avec acharnement pour comprendre comment Jésus pouvait être à la fois vrai Dieu et vrai homme. Leur thèse était difficile à faire passer auprès des païens, des philosophes, etc. La solution de facilité eût été de négliger les symboles bibliques par lesquels Jésus affirme implicitement sa divinité, et de déformer les quelques passages de St Jean où Jésus l’affirme explicitement. C’est ce qu’a fait la société Watchtower…
     
  • La croyance à la Trinité était également difficile à accepter. C’est bien l’étude de la Bible qui a poussé les Pères de l’Eglise à croire à la Trinité, et non une influence païenne, comme le disent les calomnies répandues par la société Watchtower. Pour s’en convaincre, qu’on lise le De Trinitate de St Augustin (il est sur le site www.jesusmarie.com). Toute sa réflexion est fondée sur l’Ecriture. De toute façon, St Jean lui-même n’hésite pas à emprunter une notion à la philosophie païenne. Le Logos (qu’on traduit le Verbe ou la Parole), c’est la raison universelle des stoïciens… Cela n’empêche pas Jean d’être dans la vérité. Les pères de l’Eglise ont remarqué que l’Esprit Saint était systématiquement mentionné après le Père et le Fils (c’est le cas chez St Paul, par exemple). Il est donc mis au même niveau, ce qui suggère qu’il est une personne et une personne de même rang. Jésus nous parle de la mission de l’Esprit qui doit succéder à la sienne. En parlant de l’Esprit Saint, il dit qu’il nous enverra « un autre consolateur », etc. Tout cela suggère qu’il s’agit bien d’une personne. De plus, l’Ecriture en parle comme d’un être qui accomplit des actions, prie, etc. (voir tous les verbes utilisés à propos de l’Esprit Saint). D’autres passages pas toujours clairs peuvent avoir une valeur de confirmation : sous le chêne de Mambré, Abraham reçoit la visite de Dieu lui-même, or Dieu lui apparaît sous la forme de trois personnes (« trois hommes »). L’idée que l’Esprit Saint est une personne vient de la perspicacité des Pères de l’Eglise, qui ont remarqué une multitude de détails de ce genre. Je ne les connais pas tous. Aucun n’est suffisant en lui-même, mais leur accumulation peut avoir la valeur d’une preuve. D’après le père Nicolas, la première raison mentionnée ici était la principale à l’époque patristique (voir J-H. Nicolas, Synthèse dogmatique, éd. Beauchêne).

 


Autres questions et réponses

 



1. Les Témoins de Jéhovah pensent que la date de Noël n’a aucun fondement dans l’Ecriture. Ils ne voient pas que ce fondement se trouve dans le premier chapitre de St Luc.
L’évangéliste nous dit que Zacharie est un prêtre de la classe d’Abia, et que la grossesse d’Elisabeth a commencé juste après qu’il fut allé à Jérusalem pour entrer dans le Saint des Saints. Or nous savons que les différentes classes sacerdotales entraient à tour de rôle dans le Saint des Saint et nous savons à quel moment chacune le faisait. A partir de ces éléments, on peut calculer à quel moment Elisabeth en est à son sixième mois, donc à quel moment elle rencontre Marie (puisque Luc nous dit qu’elle en est à son sixième mois lorsqu’elle rencontre Marie et que celle-ci devient enceinte à son tour). Tout cela permet de savoir que la naissance de Jésus a dû se produire dans les derniers jours de décembre. Il y a d’ailleurs une analogie entre la vision de Daniel et celle de Zacharie. Elles ont lieu à la même heure, dans les mêmes conditions liturgiques (« à l’heure de l’encensement). Chez Daniel, le Messie arrive après 70 semaines (considérées traditionnellement comme des semaines d’années) ; or dans l’évangile de Luc,  il y a 70 semaines entre la vision de Zacharie et la présentation de Jésus au Temple. Au lieu d’accuser les catholiques de ne pas s’appuyer sur l’Ecriture Sainte, les Témoins de Jéhovah feraient bien de lire les Pères de L’Eglise et de s’informer un peu plus. St Jean Chrysostome avait déjà expliqué tout ce qui concerne la date de Noël.

2. Cette attitude est fréquente chez certains protestants : ils accusent l’Eglise d’avoir inventé telle ou telle doctrine qui ne se fonde pas dans l’Ecriture, alors qu’elle s’y trouve bel et bien ; seulement elle n’apparaît pas au premier coup d’œil. Lorsque Calvin accusa l’Eglise d’avoir inventé la doctrine du purgatoire indépendamment de l’Ecriture, St François de Sales répondit en exposant tout un faisceau de preuves. La justification était convaincante, mais indirecte, et c’est pourquoi Calvin ne l’avait pas soupçonnée. De même, après avoir reproché à l'Eglise d'enseigner une doctrine étrangère à l'Eglise primitive, il fut obligé de compter pour rien l’autorité des pères de l’Eglise, parce que plusieurs d'entre eux soutenaient clairement qu'il existe un purgatoire.

3. Le sang ne peut pas être l’âme des animaux
. Si on prend un animal et qu’on sectionne les nerfs de ses pattes sans toucher au reste, elles n’auront plus qu’une vie végétative. Elles auront perdu le mouvement. L’âme (anima en latin) est par définition le principe de vie, c’est-à-dire ce qui anime l’être vivant et ce qui en maintient l’unité, l’organisation. Dans cette expérience, l’âme de l’animal n’anime plus sa patte, puisqu’il est incapable de la mouvoir. Ses cellules se nourrissent encore grâce aux éléments nutritifs apportés par le sang, mais le membre en lui-même, pris comme un tout, n’a plus de vie animale. Il ne lui reste que la vie végétative. A priori, si l’on est matérialiste, on est obligé d’identifier l’âme au centre nerveux. Chez certains animaux, il y une série de centres nerveux (chaîne de ganglions reliés entre eux). On peut diviser un lombric en deux à condition de le couper à peu près au milieu. Dans ce cas, l’âme se divise. Soit l’âme est le centre nerveux lui-même (ou la série de centre nerveux), soit elle est une entité distincte, invisible, et qui est en interaction causale avec le centre nerveux.  En tout cas, l’âme n’est pas le sang lui-même. Les passages de la Bible qui suggèrent cela ne sont donc pas à interpréter de façon littérale, mais figurative (ils signifient que le sang représente la vie). De même, la Genèse n’est pas à lire de façon littérale, sinon nous serions contraints de nier une bonne partie des données de la science moderne (il faudrait croire que la terre ne tourne pas autour du soleil, que son histoire géologique ne s’étale que sur quelques milliers d’années, etc.). Le fait qu’il y ait un passage des Actes des apôtres où ils conseillent aux chrétiens d’Antioche de s’abstenir du sang ne nous dit pas si ce conseil doit être encore suivi à notre époque. Ce conseil n’est pas plus définitif que ceux donnés par Paul aux Corinthiens ; par exemple il dit que les femmes doivent se couvrir les cheveux pour prier. Ce conseil était utile aux Corinthiens compte tenu de leurs mœurs et de leur culture. Mais dans notre culture, il ne paraît plus indigne ou indécent que les femmes aient la tête découverte au moment des offices (voir 1Co 9 à 11. Paul insiste bien sur le fait que ses conseils ne viennent pas directement de Dieu, mais de lui-même éclairé par le Saint Esprit).

4. Le calcul des Témoins de Jéhovah pour arriver à la date de 1914 à partir de la destruction de Jérusalem n’est pas correct
. En effet, Jérusalem n’a pas été détruite en 607 avant JC, mais en 587 av. JC, et le siège de la ville n’avait d’ailleurs commencé qu’en 597. Les historiens sont d’accord là-dessus. Ils ne parlent jamais d’une date aussi lointaine que 607 av. JC. La bonne date, en admettant le reste du calcul, serait donc 1934 ou 1935…De plus, il est plutôt hasardeux d’interpréter littéralement les nombres de l’apocalypse, car leur valeur est généralement symbolique. Au Moyen Age –le fait est bien connu - beaucoup de chrétiens se sont trompés en croyant être arrivés à la fin des temps. Leur erreur était justement de s’en tenir au sens littéral.

5. L’interdiction des images religieuses est inutile dans notre culture
. Les hommes de l’Antiquité avaient tendance à être animistes, donc à prendre les statues ou les images pour de véritables dieux. Au tout début du christianisme, il pouvait être utile de maintenir cette interdiction en certains lieux, et c’est ce qui a été fait puisque Celse entre autres (au IIIe siècle) reproche aux chrétiens de haïr les statues, les autels, etc. Mais maintenant, cette interdiction est inutile. Ajoutons que St Justin (au début du deuxième siècle) et Minucius Félix parlent avec respect de l’image de la croix. Cela suppose premièrement qu’ils ne s’interdisaient pas systématiquement l’utilisation d’images, deuxièmement, que pour eux, Jésus était mort sur une croix. Le terme grec utilisé dans l’Evangile pour parler de la « croix » ne nous renseigne pas sur sa forme. Mais le verbe « staurô » avait bien le sens de « crucifier », comme on le voit déjà chez Polybe (IIe s. av. JC). De toute façon, à moins d’avoir une preuve positive que Jésus n’ait pas été fixé sur une croix proprement dite, nous devons nous fier au témoignage d’auteurs aussi anciens que Justin et Minucius Félix. En histoire, on ne procède pas autrement. Tertullien et St Cyprien évoquent l’image de la croix, et nous savons que dans les synagogues anciennes, il y avait des images représentant des scènes de la Bible. Il est vrai, néanmoins, que les premiers chrétiens avaient probablement hérité du judaïsme une espèce de méfiance par rapport aux images. A propos du supplice de la croix, il faut tenir compte du fait qu’il a continué d’exister jusqu’à Constantin. Jusqu’à cette époque, la croix avait donc quelque chose d’humiliant (cela explique partiellement pourquoi les chrétiens la représentaient rarement). On sait que le symbole de la croix existait à la fois dans le paganisme (par exemple dans le Timée de Platon), et dans le judaïsme. Avant le passage de la mer, les hébreux marquent d’une croix le seuil de leur maison pour être préservés du fléau. Sur les tombes juives, on a retrouvé ce signe qui symbolise la protection de Dieu (tout cela est expliqué par le pape lui-même dans l’Esprit de la liturgie). Dans leur livret intitulé « Qu’enseigne réellement la Bible ? » (p. 205), les témoins de Jéhovah citent cette phrase de la New Catholic Encyclopedia : « on trouve la croix tant dans les cultures préchrétiennes que non-chrétiennes ». Pour être honnêtes, ils auraient dû expliquer que l’adjectif « préchrétien » renvoie au judaïsme…

6. Les Témoins de Jéhovah argumentent contre l’Eglise en lui reprochant d’avoir conservé certaines coutumes païennes. Cet argument n’a aucune valeur ; ce n’est pas parce qu’une coutume est d’origine païenne qu’elle est mauvaise. C’est le raisonnement inverse qui est valable : si une coutume est mauvaise, elle ne peut pas venir de Dieu, donc elle ne peut venir de la Révélation bien comprise. Sur ce point, lisez le texte de Newman ci-dessous.





Les origines païennes de plusieurs coutumes juives et chrétiennes

(extrait de Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, 1845)

 

 

«Le fait, admis de tous, est celui-ci: une grande partie de ce qui est généralement reçu comme vérité chrétienne, dans ses rudiments comme dans ses parties séparées, se trouve dans les philosophies et les religions païennes. Par exemple, la doctrine d'une trinité se retrouve aussi bien en Orient qu'en Occident; de même la cérémonie du baptême, de même le rite du sacrifice. Le dogme du « logos » divin est platonicien; celui de l'incarnation vient de l'Inde; celui d'un royaume de Dieu est juif; le culte des anges et des dé­mons vient des mages ; la relation du péché au corps, du gnosticisme; le célibat est connu des bonzes et des talapoins; l'ordre sacerdotal est d'origine égyptienne; l'idée d'une nouvelle naissance se trouve en Chine et à Éleusis; la croyance à la vertu sacramentelle est pythagoricienne; et les honneurs rendus aux morts sont du polythéisme. Voilà, en gros, comment les faits se présentent à nous. M. Milman en conclut: «Tout cela est dans le paganisme, donc ce n'est pas chré­tien' »; je préfère dire au contraire: «Tout cela est dans le christianisme, donc ce n'est pas païen. » En d'autres termes, je préfère dire, et je pense que l'Écri­ture confirme cette manière de parler, que dès l'ori­gine, la Providence a disséminé au loin sur toute la terre les semences de la vérité; qu'elles ont diversement pris racine et poussé comme dans le désert, pousses sauvages sans doute, mais vivantes; par suite, de même que les animaux inférieurs portent des signes de la présence en eux d'un principe immatériel, qui cepen­dant ne mérite pas le nom d'âme, de même les philo­sophies et les religions humaines tirent leur vie de certaines idées vraies et ne sont pourtant pas directement divines. Ce que l'homme est au milieu du règne animal, l'Eglise l'est parmi les écoles du monde; et comme Adam a donné des noms aux animaux qui l'environnaient, ainsi l'Eglise a tout d'abord jeté les yeux autour d'elle sur la terre, notant et examinant les doctrines qu'elle y trouvait. Elle a commencé en Chal­dée, puis a séjourné au milieu des Cananéens, est descendue en Égypte, a traversé l'Arabie pour s'in­staller dans sa propre terre. Elle a dû s'affronter aux marchands de Tyr, à la sagesse de l'Orient, aux plaisirs de Saba. Elle a été déportée à Babylone et s'est rendue jusqu'aux écoles de la Grèce. Partout où elle est allée, dans l'épreuve comme dans le triomphe, toujours elle restait un esprit vivant, l'esprit et la voix du Très-Haut, « assise au milieu des docteurs, les écoutant et leur posant des questions 2 », réclamant comme sien ce qu'ils disaient de juste, corrigeant leurs erreurs, suppléant à leurs lacunes, complétant leurs ébauches, développant leurs conjectures, et ainsi, par leur utilisation, élargissant l'ordonnance et raffinant le sens de son propre enseignement.

 

1.        Allusion à MILMAN, View of Christianity, mentionné plus haut.

2.        Allusion à Lc, II, 46.

 

Nous sommes donc bien loin d'accorder un moindre crédit à son Symbole parce qu'il ressemble à d'autres théologies. Nous tenons au contraire que la voie par­ticulière qu'a choisie la Providence pour nous com­muniquer la connaissance divine a été de donner à l'Église le pouvoir de tirer du monde et de recueillir en un tout cette connaissance. En ce sens, comme en d'autres, « elle suce le lait des gentils et le sein des rois 1 ».

 

1. Is., LX, 16.

 

Jusqu'où sont allés ces emprunts, c'est une ques­tion d'histoire; et nous croyons qu'ils ont été fortement exagérés et déformés récemment par ceux qui, comme M. Milman, ont vu dans ce fait une objection contre la doctrine catholique; mais nous n'y trouvons aucune difficulté a priori. Nous reconnaîtrions volon­tiers, pourvu qu'on en fasse une question de fait et non de théorie, que Balaam était un sage de l'Orient, que la Sibylle était inspirée, que Salomon s'est instruit auprès des fils de Mahol, ou que Moïse fut l'élève des prêtres d'Égypte. Nous ne nous alarmons pas d'ap­prendre que la doctrine des armées angéliques vient de Babylone, nous qui savons que ces anges ont chanté le soir de Noël; ni de rencontrer chez Philon la vision d'un médiateur, si le vrai médiateur est réellement mort pour nous sur le Calvaire. Et nous ne craignons pas de concéder que même après sa venue, l'Eglise a été la maison du trésor, qui produisait des choses anciennes et des choses nouvelles, qui jetait au feu de ses fondeurs l'or des tributaires et qui imprimait de plus en plus profondément sur sa monnaie, à mesure que le temps le demandait, l'image de son Maître.

La distinction entre ces deux théories est claire et patente. Selon les partisans de l'une, la Révélation a été un acte simple, complet, solitaire ou presque, pour communiquer un certain message. Tandis que nous, qui soutenons l'autre, nous constatons que l'enseignement divin a été en fait, comme nous devions nous y attendre selon l'analogie de la nature, varié, complexe, progressif et se complétant peu à peu « en des temps différents et en diverses manières 1 ». Nous remarquons que la doctrine chrétienne, si on la soumet à l'analyse, apparaît, comme son cadre humain, « étonnamment et merveilleusement construite 2 ». Eux, au contraire, y voient comme un dogme unique, ou des principes donnés une fois pour toutes dans leur plénitude, sans accroissement progressif avant la venue du Christ, ni élucidation après. Ils rejettent tout ce qui se trouve aussi chez les pharisiens ou chez les païens; pour nous, nous concevons que l'Eglise, comme la verge d'Aaron, a dévoré les serpents des magiciens. Ils sont en quête d'une fictive simplicité primitive, nous sommes en repos dans la plénitude catholique. Ils cherchent ce qui n'a jamais été trouvé; nous acceptons et nous uti­lisons ce qu'eux-mêmes reconnaissent être substantiel. Ils sont poussés à soutenir, de leur côté, que la doctrine de l'Église n'a jamais été pure; nous disons qu'elle ne peut jamais se corrompre. Pour nous, une promesse divine garde l'Eglise catholique de toute corruption doctrinale; mais sur quelle promesse ou quel encouragement ils peuvent faire fond pour re­chercher leur pureté imaginaire, personne ne le voit ».

 

1. Hébr., 1, 1.

2. Ps. 139, 14.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:21

L'objet de cet article est de montrer pour quelles raisons un catholique est nécessairement en désaccord avec la doctrine et les pratiques des témoins de Jéhovah. La liste n'est pas exhaustive.


1. Il existe une traduction oecuménique de la Bible (TOB) reconnue à la fois par les protestants, les catholiques et les orthodoxes, c’est-à-dire plus d’un milliard et demi de chrétiens. Dans d'autres pays, il y a des traductions oecuméniques, et un catholique peut utiliser occasionnellement une traduction protestante (et inversement). Or les Témoins de Jéhovah font bande à part : ils utilisent une traduction très différente des autres, et qui n'est reconnue ni par les catholiques, ni par les protestants. De plus, cette traduction est anonyme. Tout cela doit éveiller les soupçons des personnes qui cherchent sincèrement la vérité. De fait, plusieurs passages de la Bible qui ont obligé les Pères de l’Eglise à adopter la doctrine de la Trinité ont été édulcorés par les Témoins de Jéhovah. De même : le discours sur le pain de vie où Jésus dit qu’il faut manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Le résultat est bizarre dans la traduction du monde nouveau, car à la fin du passage, beaucoup de disciples quittent Jésus. Or dans la traduction des Témoins de Jéhovah, Jésus n’a rien dit de choquant. On ne voit donc pas pourquoi ses disciples le quittent ! Pour vérifier la traduction, l’idéal est de se procurer l’interlinéaire Grec-Français. Avec le texte grec sous les yeux, on peut voir que les Témoins de Jéhovah s’appuient sur une traduction falsifiée. Sur les passages déformés, voir « 77 questions aux témoins de Jéhovah », sur le site v-i-v.free.fr. Ce sont notamment ceux où Jésus s’applique le nom divin, par exemple : « Avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (« Ego eïmi » en grec, ce qui ne peut pas se traduire « j’ai été ». Jésus s’applique le nom divin en Jn VIII, 24, 28 et 58, et Jn XIII, 19).

2. Les prédictions : on ne peut pas prédire l’avenir à partir de la Bible. Les prophéties ne sont généralement comprises qu’après coup. Les apôtres n’ont pas compris les prophéties, jusqu’à ce que Jésus leur apparût sur le chemin d’Emmaüs après sa mort et sa résurrection. La Bible annonce qu’il y aura une fin des temps, mais rien ne permet de savoir à quel moment. L’interprétation que font les Témoins de Jéhovah du discours eschatologique (Mt 24 ou Luc 21) n’est pas correcte. Jésus évoque des tremblements de terre, des guerres, des famines, mais ici, il ne fait que reprendre la triade classique dans les livres prophétiques (guerres, famines et pestes – de même, il reprend l’expression « nations contre nations », classique chez les prophètes) et de toute façon, l’indice est trop vague pour nous donner une information sur le moment de la fin du monde. Au XIVe siècle, les chrétiens pouvaient se croire à la fin des temps d’après les mêmes indices (voir la tapisserie de l’Apocalypse à Angers. Les croisades étaient un fiasco, la France subissait la guerre de cent ans, la grande peste avait ravagé l’Europe, etc.). Il y a des guerres en Afrique et au proche Orient, mais l’Europe n’a jamais connu une paix aussi longue. (Notons aussi que la grande guerre de 1914 n’a pas fait plus de morts que les guerres napoléoniennes). Ce qui est impressionnant de nos jours, c’est le fait qu’à cause des moyens de communication, les événements prennent souvent une ampleur mondiale ou internationale. De plus, les médias s’intéressent principalement à ce qui va mal.
Ce passage (Mt 24) est en réalité très difficile à interpréter, c’est pourquoi il a fait l’objet de discussions infinies entre les exégètes. Un peu après, Jésus parle du siège de Jérusalem, de la destruction de la ville et du temple (qui aura lieu en 70), de la diaspora, et du temps où les nations piétineront Jérusalem. Mais le passage porte également sur la fin des temps, comme on le voit clairement en Mt 25 (conclusion du discours). Il y a donc ici deux plans plus ou moins superposés. Ce qui est clair, c’est que Jésus refuse de donner des indications permettant de prédire la fin des temps. Le message de Jésus dans tout ce passage est : « veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure » (la formule revient plusieurs fois, avec insistance). Il est d’ailleurs inutile de chercher à prédire la Parousie, puisque, comme le dit Jésus, sa venue sera évidente, manifeste, comme un éclair allant de l’Orient jusqu’à l’Occident (Mt 24, 26 ; Lc 17, 23). Sa venue doit être à la fois imprévisible, et évidente au moment où elle se produit. La seule chose à faire est donc de veiller et de prier sans chercher à prévoir le jour et l’heure de la Parousie. Jésus conclut en disant à ses disciples ce qu’ils doivent faire pour être sauvés : secourir les pauvres, visiter les malades et les prisonniers, etc. (Mt 25). Les témoins de Jéhovah accordent-ils beaucoup d’importance à cela ? La question la plus importante est : que devons-nous faire pour progresser dans la charité ? La réponse se trouve dans l’Ecriture, chez les grands auteurs spirituels et dans l’exemple donné par les saints. D’où l’importance des vies de saints et des livres de spiritualité (St Bernard, St Jean de la Croix, Ste Thérèse d’Avila, St Claude de la Colombière, etc.). Il ne faut donc pas être obsédé par la bataille d’Harmaguédon, mais par son propre progrès dans la charité. Tous les saints disent que la charité suppose l’oraison. Les témoins de Jéhovah accordent-ils du temps à l’oraison et aux autres formes de prière ? La charité suppose l’intimité avec Dieu. Les témoins de Jéhovah voient-ils Jésus comme un ami, ou comme un Juge terrifiant ? « L’amour bannit la crainte » nous dit Saint Jean. L’Eglise catholique autorise les fidèles à croire que la fin des temps est proche, mais elle n’a pas de doctrine officielle sur le moment précis de la fin des temps, tout simplement parce que l’Ecriture ne donne pas d’indication assez claire sur ce point. Les chrétiens peuvent donc spéculer là-dessus, mais ils ne peuvent en faire le cœur de la prédication. Alors pourquoi les témoins de Jéhovah accordent-ils tant d’importance à cela dans leur prédication ? Les catholiques préfèrent s’appuyer sur ce qui est au cœur de la foi : Jésus nous aime, il est ressuscité, il est venu pour nous donner la vie en abondance, il a réalisé les prophéties de l’Ancien Testament.

3. Redisons-le : dans ce passage, Jésus insiste sur l’évidence de sa venue. Il nous dit qu’il est inutile de spéculer sur le moment de sa venue, puisqu’elle sera évidente, comme un éclair qui traverse le ciel de part en part. Or actuellement, il n’est pas du tout évident que nous soyons à la fin des temps. Donc nous n’y sommes pas encore, et quand nous y serons, nous le verrons tous. La pointe de ce passage est donc celle-ci : puisque nous ne pouvons pas du tout prévoir ce moment, il faut veiller et prier comme si Dieu allait nous redemander notre vie la nuit prochaine.

4. En Mt 13, Jésus parle aussi du Royaume ou du Règne, mais il s’agit apparemment d’autre chose. En effet, d’après ses paroles, ce Royaume doit venir d’une façon discrète et progressive, comme l’indiquent toutes les images utilisées par Jésus (le levain dans la pâte, le bon grain et l’ivraie, etc.). De plus, ce Royaume est déjà là : « si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume est déjà parmi vous » (Mt 12, 28). Les Témoins de Jéhovah sous-estiment l’importance de ces passages. Avant 1914 et avant la naissance de Russell, le Royaume était déjà en ce monde ; il croissait et se développait. C’est l’image de l’Eglise : depuis le premier avènement du Christ, elle se développe à travers le monde entier. Elle contient en son sein le bon grain et l’ivraie. Le bon grain ne sera séparé de l’ivraie qu’au moment du second avènement du Christ. Dans leur livret intitulé « Ce qu’enseigne réellement la Bible », les témoins de Jéhovah font le raisonnement suivant : lorsque le diable tente Jésus au désert, il lui promet tous les royaumes de la terre. C’est donc qu’il les possède… A cela, il faut répondre que l’événement se déroule avant la passion du Christ, au tout début de sa vie publique. Peu de temps avant sa passion, Jésus indique clairement que la situation va changer : « « Maintenant le monde va être jugé, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » - par ces paroles il signifiait de quelle genre de mort il allait mourir » (Jean 12, 31). En Luc 22, 69, Jésus, interrogé par le Sanhédrin, répond qu’il est bien le Messie et ajoute : « Mais dès maintenant, le Fils de l’homme  siègera à la droite du Tout-puissant ».

5. Les témoins de Jéhovah interprètent la plupart des chiffres de façon symbolique, ce qui est légitime (par exemple ceux qui donnent les dimensions de la Jérusalem céleste). Mais il y en a un ou deux qu’ils interprètent de façon littérale. Si les chiffres de l’Apocalypse sont à interpréter de façon métaphorique, pourquoi interpréter de façon littérale le passage sur les 144000 élus ? Si ce nombre est une exception dans l’Apocalypse, pourquoi ? Aucune raison ne justifie la préférence pour cette interprétation bizarre. D’ailleurs, s’il fallait interpréter littéralement ce passage, il faudrait croire que seuls des hommes d’origine juive peuvent faire partie du nombre, puisqu’il se compose de 12000 hommes de chacune des 12 tribus d’Israël.

6. Inversement, il y a des passages pour lesquels les témoins de Jéhovah admettent une interprétation métaphorique sans raison valable. Lorsque l’interprétation métaphorique d’un passage n’est pas évidente, il faut qu’elle repose sur le symbolisme de la Bible. Par exemple, rien dans le symbolisme utilisé par l’Ancien ou le Nouveau Testament ne justifie l’idée que la bête de l’Apocalypse est l’Eglise catholique. Tout ce que nous pouvons dire, compte tenu du contexte historique et des symboles bibliques, c’est que cette bête est l’Empire romain, puisque la ville de Rome comprend sept collines et que le message de l’Apocalypse est d’abord lié aux persécutions romaines. L’interprétation anticatholique de l’Apocalypse est une simple conjecture puisqu’elle ne repose ni sur le symbolisme biblique, ni sur la connaissance du contexte historique dans lequel ce livre a été écrit. D’ailleurs le Vatican ne comprend qu’une seule colline.

7. Inversement, là où il faut accepter une interprétation métaphorique parce qu’elle repose sur le symbolisme biblique, les témoins de Jéhovah n’en tiennent pas toujours compte. Par exemple, il y a des passages où Jésus affirme implicitement sa propre divinité : lorsqu’il se présente comme l’Epoux, comme le maître des eaux, etc. Ce sont des attributs de Dieu dans l’Ancien Testament. L’Epoux représente Dieu dans le Cantique des Cantiques, dans Osée, etc. (et Jérusalem est l’épouse, comme on le voit aussi dans l’Apocalypse). Le maître des eaux est Dieu, qui sauve Noé du déluge, puis les hébreux en noyant les soldats de Pharaon dans la mer, etc. Quand Jésus marche sur l’eau, ses disciples ont peur, et il leur dit « c’est moi ». Or « c’est moi » se dit en hébreux « Yahwé ». De même encore, lorsque Jésus calme la tempête, il manifeste sa divinité. Apaiser la mer est l’œuvre de Dieu lui-même (cf. Ps 65, 8-9 ; Jonas 1, 4-6 ; Ps 69, 2-16 ; Ps 107, 23-29).

8. Puisqu’il est si difficile d’interpréter l’Ecriture sainte, il faut qu’une autorité instituée par Dieu guide les hommes dans l’interprétation de la Bible
(cf. l’Ethiopien dans les Actes de apôtres : il demande qu’on l’aide à interpréter le texte sacré). Si Dieu est bon, il doit avoir pensé à donner aux hommes une autorité spirituelle parfaitement fiable. Le pape et le magistère de l’Eglise peuvent se tromper, mais Dieu les assiste à chaque fois qu’ils doivent se prononcer sur un point de morale ou de doctrine vraiment important. Jésus a promis à Pierre que les « portes de l’enfer » (ou de l’Hadès) ne prévaudraient pas contre l’Eglise. Si Dieu soutient l’Eglise dans sa mission, alors pourquoi penser qu’elle a été vaincue par le diable et par « l’Hadès » ? Dans la Bible, les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Il faut donc voir la signification du nom donné par Jésus à Simon. « Kephas » signifie le roc, le rocher. Or dans la Bible, ce mot a une signification très forte : le rocher, c’est ce qui est parfaitement fiable, sûr, solide, et Jésus nous dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc (en général, ce mot désigne Dieu lui-même). Ce n’est donc pas un hasard si juste après avoir donné ce nom à Pierre, Jésus lui dit : « sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne l’emporteront pas contre elle ». Pour nous, catholiques, ce passage exprime la fiabilité de l’Eglise, son infaillibilité qui n’est que la conséquence de l’infaillibilité de Dieu. Attention ! cette infaillibilité ne signifie pas que les papes soient des hommes parfaits. Lorsqu’ils sont des pécheurs, Dieu nous dit en quelque sorte : « écoutez-les et faites tout ce qu’ils vous diront mais ne les imitez pas ». Comme les pharisiens en leur temps, les papes occupent la chaire de Moïse. Ils sont l’autorité visible à laquelle il faut se fier. S’il existe une autorité visible, c’est l’Eglise catholique. Et s’il n’y a pas d’autorité visible, alors il n’y a pas du tout d’autorité, et chacun doit se fier à son propre jugement. Mais il faut qu’il y ait une autorité visible.


9. S’il en était autrement, les hommes seraient condamnés à être déboussolés.
En France, il y a plus de 1800 églises évangéliques. Chacune a la prétention de connaître la seule véritable doctrine chrétienne. A qui se fier ? Soit on est condamné à suivre son propre jugement, et il y a en droit autant d’églises que de chrétiens ; soit on se fie à une autorité qui se distingue par son ancienneté, son universalité, sa stabilité doctrinale à travers les siècles, son unité interne, sa fécondité, et par le témoignage des saints. Seule l’Eglise catholique se distingue par tout cela à la fois : 1°) L’Eglise catholique est une. Son unité doctrinale est impressionnante si on la compare aux églises protestantes, qui ne cessent de se diviser. Les témoins de Jéhovah viennent des Adventistes du septième jour, qui viennent des baptistes, etc. Son enseignement est également cohérent dans le temps. Les Pères de l’Eglise ont déjà une grande dévotion à Marie ; ils croient à la primauté de l’évêque de Rome, et ils s’opposent vigoureusement à ceux qui « lacèrent » le corps du Christ en provoquant des schismes. 2°) Elle est répandue partout à travers le monde. Actuellement, elle compte environ un milliard 200 millions de membres, auxquels on peut ajouter plusieurs centaines de millions d’orthodoxe, dont la doctrine est la même que celle des catholiques. 3°) Elle est la continuatrice de l’Eglise primitive, par sa doctrine et ses institutions (voir Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne : John Henry Newman est passé de l’anglicanisme au catholicisme parce qu’en lisant les Pères de l’Eglise, il a découvert que l’Eglise catholique était la vraie continuatrice de l’Eglise primitive). 4°) Tous les grands saints occidentaux se sont attachés à l’Eglise catholique et ont cultivé l’obéissance à l’Eglise en même temps que la pauvreté, la charité et l’humilité. 5°) L’Eglise a été très féconde : elle fondé les premières universités européennes (XIIe-XIIIe s.), elle a encouragé le développement des arts, de la culture, de la science et de la philosophie. Elle a permis du même coup l’évolution du droit et des institutions politiques dans le sens de la tolérance et de la démocratie. Elle a obtenu la suppression de l’esclavage (au début du Moyen Age) puis du servage (au XIIIe siècle). Les grandes idées du XVIIIe siècle (liberté, égalité, tolérance) sont des idées chrétiennes. L’Eglise a aussi lutté (non sans peine !) contre les mariages arrangés ; elle a élevé la femme à sa dignité. En somme, ce n’est pas un hasard si la civilisation européenne a été à la pointe du progrès dans tous les domaines ; ce n’est pas non plus par le mérite des hommes, mais grâce à Dieu, qui a façonné notre culture en agissant à travers l’Eglise. Croire que les choses pouvaient aller beaucoup plus vite, c’est faire un anachronisme ; les mœurs et les mentalités ne changent que très lentement.


10. En somme, si on a la foi, on doit croire que Dieu est assez bon pour guider les hommes dans l’interprétation de sa parole.
Dans ce cas, il n’a pas abandonné son Eglise mais l’a préservée de l’erreur sur tous les points essentiels (de doctrine et de morale). Il y a des arguments scripturaires en ce sens. Voir sur ce site l'article sur la suprématie du pape.

N. B. : De toute façon, si l’Eglise n’était pas fiable, il faudrait que chaque chrétien se fie à un pasteur ou à une église qui lui paraisse intellectuellement solide. Or il y a des grands théologiens, philosophes et scientifiques, chez les catholiques, les orthodoxes et les réformés, mais il n’y en a pas chez les témoins de Jéhovah, même pas aux Etats-Unis. Stump, Anscombe, Dummett, et Fischer sont catholiques ; Swinburne est orthodoxe après avoir été anglican ; Van Inwagen est épiscopalien ; Plantinga est calviniste, etc. Mais je n’ai jamais entendu parler d’un seul philosophe Témoin de Jéhovah, alors que je passe mon temps à lire des philosophes américains. Même remarque en ce qui concerne la science et la théologie. Newton est anglican, Eddington est quaker, Gödel et Lemaître sont catholiques, Einstein est plus ou moins déiste, Gamow et Friedmann sont orthodoxes, etc. Mais je ne trouve aucun témoin de Jéhovah...

11. On ne juge pas de ce qui est visible par ce qui est invisible, mais de ce qui est invisible (la fiabilité doctrinale de l’Eglise) par ce qui est visible (l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique, comme dit le credo). C’est là le fond du problème
. Même un individu très cultivé est généralement incapable de savoir, en étudiant la Bible, si la véritable autorité est l’Eglise catholique ou l’Eglise anglicane, par exemple. Les différences doctrinales entre les églises sont complexes et les débats théologiques sont d’une subtilité infinie. C’est la raison pour laquelle Dieu a voulu qu’il y ait une autorité visible, reconnaissable extérieurement par son universalité, son unité, sa continuité avec St Pierre, et sa sainteté. Prenons un exemple : si Luther avait sauvé le christianisme, il serait chargé d’une mission exceptionnelle. Aussi devrait-il être un homme d’une sainteté exceptionnelle, doué de charismes exceptionnels, manifestes. On pourrait s’attendre à ce qu’il fasse autant de miracles que St Jean Bosco. Il faudrait également qu’il ne se trompe pas dans ses prévisions. Or Luther n’est pas un saint à miracles, ni un homme d’une vie exemplaire. Enfin, il s’est trompé dans ses prévisions en croyant que le schisme avec Rome n’allait pas durer longtemps. Cela nous interdit de voir en lui le fondateur d’un courant religieux qui aurait sauvé le christianisme authentique. Appliquons les mêmes critères à Russell, le fondateur des Témoins de Jéhovah. Je doute qu’il réussisse beaucoup mieux l’examen… Etait-il comparable à St François, à St Dominique, à St Jean Bosco, à St Ignace de Loyola, à St François-Xavier, à Ste Catherine de Sienne ?

12. Autres choses suspectes chez les Témoins de Jéhovah : La doctrine enseignée par les témoins de Jéhovah est une doctrine chrétienne simplifiée de telle sorte qu’elle est plus facile à croire que la doctrine transmise depuis les grands conciles œcuméniques des premiers siècles : elle ne contient plus la Trinité, ni la divinité de Jésus. Voyons : est-ce pour séduire les païens et les philosophes que les Pères de l’Eglise ont affirmé qu’il y avait une Trinité en Dieu ? C’est peu probable… Ils ont admis cette idée malgré eux, parce qu’elle se trouvait indéniablement dans l’Ecriture. Pour s’en convaincre, on peut lire le traité De la Trinité de St Augustin : toute sa réflexion se fonde sur l’Ecriture sainte. Deuxièmement, les Témoins de Jéhovah ne semblent pas avoir de spiritualité. La théologie spirituelle n’existe pas chez eux. On ne leur donne pas d’enseignements sur la charité, la foi, l’espérance, la patience, la chasteté, les vertus cardinales et théologales, etc. Ils paraissent donc négliger ce qu’il y a de plus important : le progrès spirituel de chacun. Au lieu de tout cela, ils ont une foi centrée sur des spéculations hasardeuses concernant la fin des temps. Il y a quelque chose de gnostique dans cette curiosité mal contrôlée. Troisièmement, on leur impose tous le même moule, comme s’il n’y avait pas de diversité dans les charismes, et comme s’il n’y avait qu’une seule voie possible pour progresser dans la charité : faire du porte à porte et suivre des cours de formation biblique. Ils n’ont pas de moines, de prêtres, de diacres, de vierges consacrées et de laïcs consacrés. Leur organisation ne ressemble donc pas du tout à l’Eglise des premiers siècles, ni même à celle des Actes des Apôtres. Les responsables des témoins de Jéhovah sont beaucoup trop directifs dans les conseils qu’ils donnent aux membres du mouvement. Ils ne respectent pas leur liberté. Tout ceci, ajouté au reste, montre que la doctrine des Témoins de Jéhovah, là où elle diffère du christianisme traditionnel, n’est qu’une invention humaine. Jésus disait « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » et « les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle ». Pour rejeter l’enseignement des Pères de l’Eglise, les Témoins de Jéhovah sont obligés de dire que la doctrine chrétienne est fausse depuis le début (depuis le IIe siècle ?). S’ils avaient raison, alors comment interpréter la promesse faite par Jésus à Pierre ? Les portes de l’Hadès l’auraient emporté depuis longtemps contre l’Eglise !

13. Qu’y a-t-il de sectaire chez les Témoins de Jéhovah ?
Ici, je ne peux m’appuyer que sur les témoignages de personnes qui ont fait partie des témoins de Jéhovah. Apparemment, on reproche aux témoins de Jéhovah d’utiliser la méthode suivante pour recruter des adeptes et les couper du monde extérieur. Premièrement, ils invitent les gens à des formations bibliques en excitant leur curiosité par une manière ésotérique et presque gnostique d’interpréter l’Ecriture sainte. Deuxièmement, pour éviter d’être réfutés par les catholiques, protestants ou orthodoxes, ils utilisent une traduction à part. Troisièmement, lorsqu’une personne assiste à quelques heures de formation biblique dans le mouvement, on lui fait croire que pour être sauvée, elle doit faire du porte à porte et sacrifier quatre ou cinq heures par semaine à la formation biblique. Vu le temps que ça lui prend, elle perd progressivement la possibilité d’avoir une vie sociale en dehors du mouvement. Quatrièmement, on fait croire aux adeptes que tout enseignement venant de l’extérieur est plus ou moins diabolique. Ainsi, on les empêche d’être réceptifs aux arguments. Cinquièmement, on surveille toutes leurs activités.


 

Conclusion : qu’est ce qui vous prouve, à vous, témoins de Jéhovah, que votre doctrine est la bonne ? Vous la défendez à partir d’une certaine traduction, différente de la TOB. Or qu’est-ce qui vous prouve que votre traduction est la bonne ? A priori, la TOB est plus fiable, puisqu’elle est reconnue à la fois par les catholiques, les orthodoxes et les protestants. Pour défendre votre propre traduction, vous dites qu’elle est faite à partir des manuscrits les plus anciens, mais les autres chrétiens ne vous croient pas. Pour montrer que ce n’est pas un mensonge, vous devez donc vous faire archéologues. Ainsi, vous devez être à la fois théologiens, exégètes, historiens et archéologues. Puisque c’est impossible, vous devez reconnaître que les chrétiens sont obligés de se fier à une autorité visible. Dire qu’elle est visible, c’est dire qu’elle est reconnaissable extérieurement (autrement qu’à partir d’un examen attentif de sa doctrine). Les critères sont les suivants : l’unité, l’universalité, la continuité avec les premiers siècles de l’Eglise, la sainteté et la fécondité. Or c’est l’Eglise catholique qui correspond à ces critères. 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 14:25

 

  

La suprématie du pape s’appuie sur plusieurs arguments :

 

  1. L’argument de convenance : il convenait de donner aux chrétiens une autorité visible, pour que tous soient un. Jésus lui-même a exprimé ce désir « que tous soient un », et le souci de l’unité et de l’organisation dans l’Eglise se manifeste aussi dans les Actes des Apôtres (ch. 15) lorsqu’ils envoient une lettre apostolique à Antioche. Sans une autorité suprême identifiable à partir de signes extérieurs (son unité, son universalité, sa sainteté, et le fait qu’elle descende de St Pierre), les hommes sont perdus, car la doctrine chrétienne n’est pas contenue de façon explicite dans l’Ecriture. Elle se fonde sur elle, mais moyennant des principes d’interprétation, une certaine exégèse et une certaine traduction. Pour interpréter la Bible à la seule lumière de son intelligence, il faut donc être à la fois philosophe, théologien, historien, exégète et archéologue. Bref, c’est impossible. C’est pourquoi les réformateurs protestants, tout en adoptant le principe du libre examen, censé affranchir l’homme de toute autorité autre que celle de l’Ecriture, n’ont pas pu s’empêcher de créer de nouvelles institutions en concurrence avec l’Eglise catholique. Pour éviter l'anarchie doctrinale, Calvin a mis en place une autorité religieuse officielle liée aux pouvoirs politiques. Mais cette solution est peu satisfaisante, puisqu'une telle autorité est purement humaine. La légitimité d'une autorité religieuse dépend du fait qu'elle est assistée ou non par Dieu. Or en l'absence de toute autorité, c'est l'esprit de division (ou de clocher) qui l'emporte, comme chez les évangéliques. Rien qu’en France, ils se divisent en plus de 1800 églises !

 

  1. Le recours aux Pères de l’Eglise : les pères de l’Eglise à partir du IIIe siècle croient à la primauté de l’évêque de Rome. Ils le considèrent comme l’autorité suprême et font appel à lui lrosqu'ils sont en désaccord sur des questions doctrinales. C’est une des raisons qui ont poussé Newman et d’autres théologiens du mouvement d’Oxford à se faire catholiques. On peut ajouter que le judaïsme avait sa hiérarchie et son autorité suprême. Il était somme toute assez naturel que les chrétiens en eussent également une, en continuité avec la religion instituée par Dieu lors de l’Ancienne Alliance. On connaît l’attachement des orthodoxes à l’Eglise des premiers siècles. Or ils ont signé en 2007 un accord par lequel ils reconnaissent tous la primauté de l’évêque de Rome (reste à préciser quelle primauté : les orthodoxes parlent d'une "primauté d'honneur" et celle-ci n'est pas comprise exactement de la même façon, pour l'instant, par les patriarchats de Moscou et de Constantinople. Les discussions continuent entre eux et avec l'Eglise catholique). Les protestants et les témoins de Jéhovah sont en rupture avec l’Eglise des premiers siècles en refusant toute primauté à l'évêque de Rome.

 

  1. L’argument scripturaire :

·        « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Mt 16, 18). Dans la Bible, le mot pierre ou rocher (en effet, le mot Kephas signifie roc, rocher) signifie la solidité, la stabilité. Et on sait que les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Jésus dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc. Le rocher désigne même Dieu dans certains passages, pour la même raison (il est fiable). La suite de la phrase va dans le même sens : les portes de l’enfer ne l’emporteront pas contre l’Eglise construite sur Simon-Pierre. Si Luther avait raison en croyant que la papauté est l’œuvre du diable, ce passage deviendrait très difficile à interpréter. A propos des clefs du royaume, voir Isaïe 22, 20-24 : Ezechias remet les clefs à Elyaqim pour que tous voient qu'il est son nouveau premier ministre. Jésus fait allusion à ce passage pour signifier que Pierre et ses successeurs auront désormais, de façon visible, l'autorité légitime.

·        A la fin du dernier évangile, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21, 15). Que veut dire ce passage, sinon que c’est à Pierre et à ses successeurs que Jésus confie l’autorité sur son troupeau ?

·        « Satan vous a réclamés ; j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères… » (Lc 22, 32). Ce passage indique que Jésus préserve son Eglise de l’influence de Satan. Il confirme l’interprétation catholique du premier passage : les portes de l’enfer ne peuvent pas l’emporter contre l’Eglise, tout simplement parce que Dieu, dans sa toute-puissance, la protège des corruptions doctrinales. 

·        Il faut ajouter à cela plusieurs indices insuffisants en eux-mêmes, mais qui ont valeur de confirmation : avec l’aide du Seigneur, Pierre marche sur le lac (la mer et l’eau symbolisent le mal – el la Bible voit en Dieu le « maître des eaux ») ; il accomplit une pêche miraculeuse (deux fois) (ceci semble avoir un sens prophétique, Jésus ayant dit à Pierre qu’il le ferait pêcheur d’hommes) ; la prédication de Notre Seigneur se fait à partir de la barque de Pierre ; enfin, après sa prédiction, c’est à Pierre que Jésus apparaît en premier.

 

N. B. : le chiffre de la bête dans l’Apocalypse ne peut pas désigner le pape. Les adventistes du septième jour pensent qu’il désigne le pape parce que le total des lettres VICARIUS FILII DEI est 666. Mais l’argument est sans valeur car ce n’est pas un titre du pape. Aucun document de l’Eglise catholique ne porte cette signature. Ce titre n’a jamais été donné au pape. En revanche, il est VICARIUS CHRISTI, ou PONTIFEX ROMANUS, mais ça ne fait pas 666. Il paraît d’ailleurs que le nom de la fondatrice des Adventistes correspond à un total de 666…Nous ne dirions pas pour autant que c’est la bête de l’Apocalypse.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 13:38
Louis Bouyer, prêtre de l'Oratoire, expert au concile Vatican II, est un des principaux théologiens français de l'époque du concile. Il a écrit un petit livre passionnant intitulé Architecture et Liturgie (1967). Ratzinger le cite dans l'Esrpit de la liturgie (2000). En le lisant, on découvre l'organisation des lieux et des objets liturgiques à l'intérieur du temple, de la synagogue, puis des églises syriennes, romaines, byzantines, et occidentales. Dans le dernier chapitre, Bouyer dégage quelques principes généraux pour la construction des nouvelles églises et l'utilisation des églises déjà construites. On est surpris de voir comment Bouyer conçoit la liturgie participative. Son idée de la liturgie participative (comme celle d'autres théologiens du concile) est à mille lieux de celle qui est actuellement répandue dans beaucoup d'esprits. Participer, c'est prier, donc aussi s'incliner et se mettre à genoux quand il convient, et ne pas regarder passivement le prêtre comme si la messe était une sorte de spectacle. Pour faciliter la participation des fidèles, Bouyer propose ceci :

- il faut que la communauté ne soit pas refermée sur elle-même, mais orientée vers un côté de l'église où se trouve la croix et une image (fresque, mosaïque, vitrail, etc.) donnant une dimension cosmique ou supracosmique à la liturgie. 
- il est bon que le prêtre dise la prière eucharistique dans cette direction, et par conséquent "dos au peuple". Cette orientation de l'assemblée et du célébrant existe dans toutes les liturgies catholiques et orthodoxes ; elle manifeste l'espérance chrétienne et l'attente de la parousie. Dans cette position, le prêtre invite les fidèles à se tourner vers un au-delà (au-delà de la communauté chrétienne rassemblée dans l'église)*. 
- Cependant, il faut que le prêtre ne soit jamais trop loin des fidèles. Dans les églises occidentales, l'autel ne ressemble pas assez à une table ; de plus, il est souvent trop loin des fidèles, ce qui donne l'impression que seule une petite élite de clercs participe vraiment à la liturgie. Le choeur pourrait être en plein milieu de l'assemblée, et l'autel (séparé du choeur) se trouverait plus au fond, séparé par quelques marches de la nef, mais pas trop loin des fidèles. Pendant la liturgie de la parole, le prêtre est face au peuple et au milieu des fidèles ; puis il se déplace jusqu'à l'autel pour la prière eucharistique, qu'il prononce "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix.
Or, même pendant cette partie de la messe, le célébrant ne doit pas être éloigné des fidèles, sinon on retrouve l'héritage le plus criticable du Moyen-Age occidental : la cléricalisation de la liturgie.
 - Pour que les fidèles participent pleinement à la liturgie, l'idéal serait de supprimer les bancs, en gardant seulement quelques chaises pour les personnes âgées ou fatiguées. Chez les orthodoxes, il n'y a pas de bancs, et cela contribue beaucoup à l'impression de participation intense que l'on ressent dans les liturgies orientales. Les fidèles sont debout ou à genoux selon les moments, mais jamais assis et "coincés" entre les bancs ; il se déplacent d'un endroit à l'autre en suivant le prêtre et les ministres. En occident, d'ailleurs, les bancs n'existaient pas avant le XVIe siècle.


L'autel "face-au-peuple"

La position face au peuple a existé dans les basiliques romaines, mais elle n'a jamais eu le sens qu'on se plaît à imaginer. L'autel se trouvait soit au fond de l'église, soit au milieu, dans la nef. Dans le second cas, le prêtre se trouvait face à une partie des fidèles au moment de l'eucharistie, mais une autre partie des fidèles se trouvait derrière lui. Plus tard, il y eut des églises de Rome où le célébrant était vraiment face au peuple.

L'évolution des pratiques n'étaient pas nécessairement la même dans tous les cas. A St Pierre, l’autel était d’abord au milieu (et le célébrant était face à l’est, au soleil levant, symbole du Christ, donc face à la grande porte), puis il fut déplacé pour être mis au-dessus du tombeau de St Pierre, donc au fond. Par conséquent, au lieu d’avoir la moitié de l’assemblée derrière lui, le célébrant se trouvait face à toute l’assemblée. Dans le passage cité ci-dessous, Bouyer prend un autre exemple, celui de Ste Marie Majeure, où l’origine de la célébration face au peuple est toute autre. Cette pratique avait donc des causes différentes selon les endroits. Mais, insiste Bouyer, jamais la messe face-au-peuple n'a eu le sens qu'on lui donne actuellement :

(...) Le Liber pontificalis nous dit que, deux siècles après saint Grégoire, le pape Pascal Ier, à Sainte-Marie-Majeure, avait toujours son siège au milieu de la nef, les hommes étant devant lui et les femmes derrière lui, l'autel demeurant au fond. Ce qui lui fit, là aussi, placer le trône pontifical pour le transférer dans l'abside, derrière l'autel, ce fut, nous dit-on son mécontentement d'entendre les femmes faire des remarques sur ce qu'il disait à ses diacres. Tous ces faits - et ce sont là tous les faits que nous avons concernant l'origine de l'autel « face au peuple » - montrent que la disposition rendue célèbre par Saint-Pierre de Rome, et la plus grande partie des autres basiliques romaines qui ont suivi son exemple, remonte sans aucun doute à une grande antiquité et s'autorise d'une longue pratique des papes. Mais ils montrent non moins clairement qu'on en est arrivé là par toute une série d'évolutions qui ne correspondent guère à ce que bien des gens aiment à imaginer aujourd'hui. Ce qui est plus important, c'est que l'origine de l'autel « face au peuple » n'a peu ou rien à voir avec le sens qu'on lui a attribué aux temps modernes.

Loin d'être primitif, l'usage d'un autel « face au peuple » est tout d'abord le produit relativement récent (il n'est pas antérieur au Ve siècle) d'une évolution assez complexe. Tout ce que nous savons de la célébration primitive ou de la célébration qui s'organisa à l'époque constantinienne indique un autel situé soit au fond de l'édifice, soit au milieu de la nef. Dans le premier cas, personne ne pouvait se trouver en face du célébrant. Dans le second cas, il n'y avait qu'une partie de l'assistance à se trouver en face de lui, et elle semble n'avoir été composée que des femmes.

L'idée qu'une célébration face au peuple ait pu être une célébration primitive, et en particulier celle de la Cène, n'a d'autre fondement qu'une conception erronée de ce que pouvait être un repas dans l'antiquité, qu'il fût chrétien ou non. Dans aucun repas du début de l'ère chrétienne, le président d'une assemblée de convives ne faisait face aux autres participants. Ils étaient tous, ou allongés, sur le côté convexe d'une table en forme de sigma, ou d'une table qui avait en gros la forme d'un fer à cheval. L'autre côté était toujours laissé libre pour le service. Donc nulle part, dans l'antiquité chrétienne, n'aurait pu survenir l'idée de se mettre « face au peuple » pour présider un repas. Le caractère communautaire du repas était accentué bien plutôt par la disposition contraire : le fait que tous les participants se trouvaient du même côté de la table.

 

Louis Bouyer, Architecture et Liturgie (1967), p. 48-49.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 17:01

undefined On le dit souvent, surtout depuis les années 90 : beaucoup de chrétiens ne se satisfont pas de la liturgie romaine telle qu'elle est pratiquée actuellement dans la plupart des paroisses. Il y a un gouffre entre la réforme modérée proposée par le concile Vatican II, et les habitudes prises dans la quasi totalité des paroisses et des mouvements d'Eglise.

En 2000, lorsqu'il était encore cardinal, Ratzinger a écrit un livre intitulé L'Esprit de la Liturgie, dans lequel il propose une réflexion de fond sur la signification des gestes, des prières et des parties de la messe, dans le but de corriger les excès nés dans l'ambiance fébrile des années 70. Pendant les années, 90, les idées de Ratzinger se sont diffusées aux Etats-Unis et ont suscité de nombreux débats, mais en France, elles sont moins connues malgré Sacramentum caritatis et le Motu proprio.

Il est assez amusant, d'ailleurs, de voir comme les journalistes s'emmêlent les pinceaux : ils opposent la messe Paul VI à la messe en latin, mais la messe Paul VI peut être dite en latin ! Ce qui distingue la messe tridentine ( = d'avant le concile) de la messe Paul VI, ce n'est ni le latin, ni le grégorien, ni même le fait que le prêtre soit "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix. Ce qui les distingue, c'est principalement leur structure. Par exemple, il n'y a plus de Benedictus dans la messe Paul VI, ni le Prologue de St Jean tout à la fin. En revanche, elle contient une nouvelle prière : l'anamnèse.

Je me propose de résumer ici les propositions faites par Ratzinger et par beaucoup de catholiques qui ne sont ni lefevristes, ni traditionnalistes, mais simplement désireux que la liturgie romaine soit belle et priante. 

1°) Il faut célébrer la messe face à la croix (face à l'abside). Pourquoi ? Pendant la prière eucharistique, le prêtre ne s'adresse pas à l'assemblée, mais à Dieu. Il réitère le sacrifice du Christ. C'est pourquoi il prie avec l'assemblée, et tous sont tournés vers la croix posée sur le maître autel. De plus, traditionnellement, les églises sont tournées vers l'est, le soleil levant symbolisant le Christ ressuscité. D'un point de vue symbolique, il n'y a aucune raison de dire cette prière face à l'assemblée. J'ajoute qu'il est très difficile de prier, à ce moment de la messe, en voyant le célébrant en face de soi. Ceux qui ont participé à de "vraies" messe Paul VI ont pu apprécier la différence. A St Pierre de Rome, le célébrant est face à l'assemblée, mais pour une raison accidentelle : le tombeau de St Pierre, sur lequel a été édifiée la basilique, est à l'ouest de Rome. Pour que l'entrée de la basilique soit du côté de la ville, il fallait donc que l'abside soit tournée vers l'ouest, et comme la tradition veut que le célébrant se tourne vers l'est, il se trouve ainsi face à l'assemblée. 
Après le concile, on a pris l'habitude de célébrer face à l'assemblée, mais souvent pour se rapprocher des protestants. C'est oublier que la liturgie fonctionne tout autrement chez eux, et consiste essentiellement en une liturgie de la parole (centrée sur la Bible et la prédication).

2°) Il n'est pas nécessaire cependant d'éliminer tous les autels qui ont été rajoutés dans le choeur après le concile. D'après Ratzinger, là où l'autel est trop loin de l'assemblée, il vaut mieux célébrer la messe sur le nouvel autel. Symboliquement, c'est meilleur, car il se situe plus près du centre de l'église. Ceci est donc à déterminer au cas par cas, et Benoît XVI a décidé récemment d'enlever le nouvel autel de la chapelle sixtine pour des raisons à la fois artistiques et liturgiques (il est vrai que dans une chapelle, on n'est jamais très loin de l'assemblée).

3°) Il faut accorder une place beaucoup plus grande au chant grégorien, à la fois pour avoir un répertoire commun (fort utile dans toutes les cérémonies internationales, désormais fréquentes), et en raison de la qualité exceptionnelle du chant grégorien aux points de vue musical, poétique, et liturgique. Les mélomanes et les "lettrés" sont d'accord...

4°) Il faut prier d'avantage avec son corps, non en dansant autour de l'autel, mais en utilisant les gestes traditionnels de la liturgie, dont la signification est claire et objective : on s'incline profondément en se frappant la poitrine au moment du "je confesse à Dieu" (sur les mots "oui, j'ai vraiment péché") ; on reste à genoux en signe d'adoration entre le sanctus et la fin de la doxologie ; on s'incline profondément (éventuellement en s'agenouillant) et en se frappant la poitrine sur les mots "Seigneur, je ne suis pas digne...), on s'incline pendant le Credo sur les mots "et incarnatus est", etc.

5°)
Il faut être capable de célébrer la messe (Paul VI) en latin, et recourir au latin lors des cérémonies internationales.

6°) La messe n'est pas un cours de catéchisme, c'est pourquoi il est inutile d'accompagner chaque geste liturgique d'un commentaire explicatif. Les néophytes n'ont pas besoin de tout comprendre dès la première messe (c'est d'ailleurs impossible), mais plutôt de voir une vraie liturgie et d'être touchée par sa beauté.
 
7°) Ratzinger propose de réfléchir sur le moment opportun pour le geste de paix. Actuellement, nous passons sans transition des poignées de main chaleureuses à la contemplation de l'Agneau immolé dans la prière de l'Agnus Dei, ce qui est assez étrange. Dans la liturgie zaïroise, le geste de paix a lieu à l'offertoire. Ratzinger se demande donc s'il ne faut pas déplacer le geste de paix. Le débat est ouvert, et rien de précis n'est fixé pour l'instant. 

Si vous voulez voir une "vraie" messe Paul VI, sachez que ça existe : par exemple, en Autriche, en Europe de l'est, à Kergonan (en particulier chez les soeurs, où la messe est célébrée face à la croix).
Je connais un certain nombre de jeunes prêtres et de séminaristes qui rêvent de célébrer la messe dans le bon sens. Du côté des laïcs, surtout les jeunes, beaucoup en ont assez de voir une église complexée et incapable d'offrir une liturgie vraiment belle. Les artistes et les intellectuels, les orthodoxes, les protestants, les traditionnalistes critiquent la "nullité esthétique" (dixit un ami athée) de la liturgie catholique. On vante la beauté des rites orthodoxes. Qu'attendons-nous pour les imiter (mais à notre manière) dans l'attachement à la belle liturgie ? 
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Ci-contre, le père Alexandre Men, prêtre orthodoxe assassiné à coups de hache par les communistes le 9 septembre 1990
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /Nov /2007 10:18
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Depuis Vatican II, tous les textes officiels sur la musique liturgique demandent qu'on accorde au grégorien la première place dans le répertoire liturgique (voir Sacrosanctum Concilium, Sacramentum Caritatis, de 2007, et l'Introduction au nouveau missel romain, de 2002). 

Il y a des paroisses où le chant grégorien est progressivement abandonné ; il y en a d'autres où on réapprend à le chanter. Les catholiques français n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la place qui revient au grégorien dans la liturgie. Plusieurs fois, j'ai vu des vieux prêtres me dire (à moi, un jeune !) que le grégorien était bon pour les vieux et que les jeunes n'en voulaient pas. Pour ma part, il faudrait me faire subir un lavage de cerveau pour me faire croire que le grégorien n'est pas la meilleure musique liturgique qu'on puisse trouver chez les catholiques. J'ai commencé à étudier la musique à l'âge de six ans.  Ensuite, j'ai appris le piano et l'orgue. En tant qu'organiste, j'ai l'expérience de l'accompagnement liturgique. Enfin - ce qui est le plus important - je connais la plupart des chefs-d'oeuvre de la musique sacrée depuis le début du XIIIè siècle, de Pérotin le Grand à Jean-Louis Florentz, en passant par Ockeghem, Josquin, Tallis, Byrd, Palestrina, Victoria, Monteverdi, Bach, etc., et au XXè siècle, Caplet, Jolivet, Poulenc, Rachmaninov, Bloch, Zemlinsky, Martin, Messiaen, Duruflé.

Pour savoir ce que vaut le grégorien, le plus important est sûrement de savoir le goûter, ce qu'on ne saurait faire sans une bonne culture musicale. Tous les mélomanes, musicologues, et musiciens cultivés disent que le grégorien est d'une valeur artistique et liturgique exceptionnelle. Les athées nous reprochent de ne pas le chanter ; les orthodoxes aussi ; les traditionnalistes aussi. Alors qu'attendons-nous pour lui donner la place qu'il mérite ?


L'argument linguistique : "C'est du latin"

Cet argument n'est pas recevable, car nous chantons très souvent des ordinaires non grégoriens en latin, comme les messes de San Lorenzo, de St Paul, de St Boniface, etc. Nous voyons bien que le fait de les chanter en latin ne nous pose pas de problème.

Deuxièmement, la messe n'est pas une conférence ou un cours de catéchisme. Il n'est pas nécessaire de comprendre chaque mot de la messe pour la suivre. 

Troisèmement, on peut aller à la messe avec un missel (si elle est tout en latin) ou avoir des carnets de chants où il y a la traduction française à côté des paroles en latin.


L'argument musical : "C'est trop compliqué, et les gens sont incapables de chanter ça"

Là encore, l'expérience prouve le contraire : il y a de nombreuses paroisses, en ville ou en campagne, où les fidèles chantent le grégorien sans que cela pose aucun problème.

Deuxièmement, il faut distinguer les pièces chantées par l'assemblée (hymnes et ordinaires), et celles qui sont destinées au choeur ou à un soliste (graduels, offertoires, communions, voire introïts). L'assemblée est tout à fait capable de chanter quatre ou cinq ordinaires grégoriens, ainsi que les hymnes les plus connues : Veni Creator, Tantum ergo, Ubi caritas, etc.


L'argument puriste : "Oui, mais les gens ne chanteront pas bien le grégorien"

A mon avis, l'expérience prouve qu'ils ne chantent pas mieux les chants charismatiques aux rythmes syncopés, ni les chants dans le style oriental (orthodoxe - cf. Gouze, Chevetogne, etc.). Ils se trompent dans le rythme des chants charismatiques, et les prennent trop lentement. Quant aux chants de style oriental, on ne les chante presque jamais à plusieurs voix. A une seule voix, la plupart de ces chants sont pourtant insipides. Et quand on les prend à plusieurs voix, il faut chanter juste, ce qui est difficile. L'assemblée est incapable de faire cela.

Deuxièmement, il vaut mieux un beau chant mal chanté qu'un chant médiocre mal chanté. 
Personnellement, quand j'ai l'occasion (trop rare) d'entendre un credo ou un ordinaire grégorien, le fait qu'il soit mal chanté ne m'empêche pas d'être transporté par la beauté de sa mélodie.

La peur de l'opinion

Les sociologues et les philosophes disent que dans une culture démocratique, beaucoup de comportements s'expliquent par la peur de l'opinion. Cette loi se vérifie dans le domaine de la liturgie, où est obsédé par le souci de plaire aux fidèles. 
On ne voit pas assez que depuis une quarantaine d'années, la nullité esthétique de nos liturgies a largement contribué à vider nos églises. Demandons aux fidèles d'une paroisse s'il faut chanter du grégorien. La plupart répondront peut-être qu'il faut abandonner les vieilles traditions. 
Revenons pourtant au grégorien, progressivement et sans exclure les chants en français : nous verrons les fidèles découvrir la beauté du grégorien, et ils ne diront plus qu'il faut le remplacer par autre chose.
Il ne faut pas se demander ce que les gens pensent du grégorien, car ils ne connaissent pas ce répertoire. Il faut se demander ce qu'ils en penseraient s'ils le connaissaient vraiment.
Les jugements sur les chants liturgiques sont trop souvent fondés sur des vieux souvenirs totalement subjectifs et surchargés affectivement. Un tel dira que le grégorien n'est chanté que dans des paroisses de vieux, parce qu'il a vu une paroisse de ce genre, tel autre pensera au contraire à une paroisse jeune et dynamique où on le chantait. Un tel a vécu avant le concile, tel autre comme moi est né à la fin des années 70, ou au début des années 80. 

Le répertoire d'une paroisse ne doit pas être conçu pour attirer telle ou telle classe d'âge (les enfants, les jeunes, les étudiants, etc.) au détriment des autres. Il doit être objectivement beau pour convenir à tout le monde. Rien n'est moins fiable que le jugement esthétique d'un adolescent. Il faut le valoriser en lui donnant des responsabilités, mais il ne faut jamais lui donner carte blanche. Il faut toujours lui donner en même temps des indications, voire une formation appropriée à son service. Ceci est une remarque de bon sens.
 



 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /Oct /2007 12:22
(Nota bene : pour le lecteur pressé, j'ai mis souligné quelques passages. Note de Héron).

John Henry NEWMAN, Essai sur le développement de la 
doctrine
 chrétienne,

deuxième partie, ch. VII, éd. Desclée de Brouwer, p. 407.
 
 
4. L'ÉCRITURE ET SON INTERPRÉTATION MYSTIQUE
Torah-with-pointer.jpg (...) Le fait que Théodore de Mopsueste ne reconnaît que le sens littéral de la sainte Écriture et rejette toute interpré­tation mystique, nous amène à regarder cette dernière comme l'une des conditions, l'un des principes carac­téristiques sur lesquels s'est toujours guidé l'enseignement de l'Eglise. C'est ainsi qu'elle s'est développée, comme nous l'avons remarqué en passant, sous la forme d'une Eglise catholique, puis d'une Eglise papale. Or ce qu'on invoque comme la règle que le développement devait suivre dans tous les cas, c'est bien l'Ecriture, mais l'Ecriture interprétée dans un sens mystique. Sans doute, au début, on se confina illogiquement, pour certains textes, dans le sens littéral; et c'est ainsi qu'on attendit un Millenium. Mais la suite même des événements, au cours du temps, donna une interprétation plus vraie des prophéties sur l'Eglise, d'abord en ce qui concerne sa prérogativede conquérirl'orbis terrarum, ensuite pour appuyer les prétentions du Siège de Pierre. Ce n'est là qu'un des exemples d'une certaine loi de l'enseignement chré­tien, savoir: la référence perpétuelle à l'Ecriture, et spécialement à son sens mystique 1.
 
 
Ce trait caractéristique deviendra pour nous de plus en plus manifeste, à mesure que nous l'examinerons de plus près. Dans chaque siècle, les théologiens de l'Église s'attachent à se régler sur l'Ecriture, à y faire appel pour prouver leurs conclusions, à se conformer à ses pensées et à son langage pour exhorter et en­seigner. On peut dire que l'Ecriture est le milieu au sein duquel l'esprit de l'Eglise a déployé son énergie et s'est développé 1.
Quand saint Méthode veut faire prévaloir la doc­trine des voeux du célibat, il se réfère au livre des Nombres; et quand saint Irénée proclame la dignité de la Sainte Vierge, c'est en comparant l'évangile de saint Luc et la Genèse. Saint Cyprien, dans ses Témoignages, fonde les prérogatives du martyre, comme d'ailleurs tout le cycle de la doctrine chrétienne, sur les affirmations de certains textes; et quand, dans sa lettre à Antonien, il semble faire allusion au pur­gatoire, c'est en se référant aux paroles de Notre-Seigneur sur « la prison » ou « le paiement jusqu'au dernier sou 2 ». Saint Ignace exhorte à l'unité en s'ap­puyant sur l'autorité de saint Paul ; et il cite saint Luc contre les docètes de son temps. Nous avons un premier exemple de cette loi dans l'épître de saint Polycarpe, et un dernier dans les oeuvres de dévotion de saint Alphonse de Liguori. Saint Cyprien, saint
 
Ambroise, saint Bède, saint Bernard, saint Charles, ou des ouvrages populaires comme le Paradis de l'âme d'Horstius 1,sont des spécimens d'une règle trop manifeste pour avoir besoin de preuve formelle. On la trouve appliquée dans les décisions théologiques de saint Athanase au Ivesiècle et de saint Thomas au XIIIe; dans la structure du droit canon et dans les bulles et les lettres des papes. On en voit un exemple dans cette opinion qui a longtemps prévalu dans l'Église, et que les philosophes d'aujourd'hui ne man­quent pas de nous rappeler, que toute vérité, toute science, doit être tirée du Livre inspiré. Et elle est aussi explicitement reconnue par les écrivains de la Compagnie de Jésus que copieusement appliquée par les Pères anténicéens.
3
« Les Écritures sont appelées canoniques, dit Sal­meron, comme ayant été reçues et insérées par l'Eglise dans le canon des Livres sacrés. On les appelle ainsi parce qu'elles sont pour nous une règle de sainte croyance et de bonne conduite, et aussi parce qu'elles doivent régler et mesurer toutes les autres doctrines, lois et écrits, qu'ils soient ecclésiastiques, apocryphes ou purement humains; car ils ne sont acceptés qu'autant qu'ils s'accordent avec les saintes Écritures, ou du moins qu'ils ne les contredisent pas; mais nous les rejetons et les réprouvons dans la mesure où ils s'en séparent, même de la manière la plus légère. » Et encore: « Le sujet de la sainte Écriture est simplement de traiter du Dieu-homme, ou de l'Homme-Dieu, le Christ Jésus, non seulement dans le Nouveau Testament, ce qui est évident, mais aussi dans l'Ancien. Car l'Ecriture n'a pas d'autre contenu que des préceptes
 
 
 
sur la croyance et la conduite, la foi et les oeuvres, la fin et les moyens d'y parvenir, le Créateur et la créa­ture, l'amour de Dieu et du prochain, la création et la rédemption; or puisque tout cela nous le trouvons dans le Christ, il s'ensuit que le Christ est le sujet propre des Ecritures canoniques. Car toutes les matières de foi, qu'elles concernent le Créateur ou lescréatures, sont récapitulées en Jésus, que chaque héré­sie renie, suivant ce texte: «Tout esprit qui rejette (solvit) Jésus n'est pas de Dieu. » En effet, comme homme il est uni à la divinité, et comme Dieu à l'hu­manité, uni au Père parce qu'il est engendré, à l'Esprit Saint qui procède à la fois du Père et du Fils, à Marie sa très sainte Mère, à l'Eglise, aux Ecritures, aux sa­crements, aux saints, aux anges, aux bienheureux, à la grâce divine, à l'autorité et aux ministres de l'Eglise: de sorte qu'il est vrai de dire que toute hérésie rejette Jésus. » Ailleurs encore : « La sainte Écriture est ar­rangée et composée de telle sorte par le Saint Esprit, qu'elle convient à tous les lieux, temps et personnes, aux difficultés, dangers et maladies, à l'expulsion du mal et à l'obtention du bien, à l'extirpation des erreurs et à l'établissement des doctrines, au raffermissement des vertus et à l'éloignement du vice. Aussi est-elle justement comparée par saint Basile à un dispensaire qui fournit des remèdes divers pour chaque maladie. C'est d'elle que l'Eglise a tiré sa fermeté et sa force au temps des martyrs; sa sagesse et la lumière de la connaissance au temps des Pères; au temps des héré­tiques, les moyens de renverser l'erreur; en temps de prospérité, l'humilité et la modération; la ferveur et l'activité aux époques de tiédeur; et dans les temps de dépravation, où croissaient les abus, la puissance de réformer les habitudes de corruption et de revenir à son premier état 2.»
1.I Jn, Iv, 3.
2.Alph. SALMERON, S. J., Commentarii in Evangelicam Historiam, 12 vol., 1601, réédité en 16 vol. en 1604, vol. I, p. 4, 5 et 9.
« La sainte Écriture, dit Corneille de la Pierre, ren­ferme les commencements de toute théologie. Car la théologie n'est pas autre chose que la science des con­clusions tirées des principes certains de la foi: elle est donc, de toutes les sciences, la plus auguste aussibien que la plus certaine. Mais les principes de la foiet la foi elle-même sont contenus dans l'Ecriture; d'oùil suit évidemment que la sainte Écriture pose les prin­cipes de théologie selon lesquels le théologien conçoit ses démonstrations par le raisonnement de l'esprit. Celui-là donc qui croit pouvoir rompre les attaches dela théologie scolastique avec une étude commentée de la sainte Écriture, est un homme qui attend la nais­sance d'une progéniture sans mère. » Et ailleurs : « Quel est le sujet de l'Ecriture? Dois-je le dire d'un mot? Son objet estde omni scibile; elle embrasse dans son sein toutes les études, tout ce que l'on peut connaître; aussi, c'est une sorte d'université des sciences, qui les renferme toutes ou,formaliter ou eminenter1. »
Je ne sache pas non plus que les théologiens post-tridentins nient que la foi catholique tout entière puisse être prouvée par les Ecritures, - quoiqu'ils soutiendraient certainement qu'il ne suffit pas de la lire en surface; et ils n'admettraient pas davantage que l'on puisse tout tirer de l'Ecriture sans l'aide de la tradition.
5
Telle a été la doctrine de tous les siècles de l'Église, comme le montre la répugnance de ses docteurs à se confiner dans l'interprétation purement littérale de l'Écriture. Leur méthode de preuve la plus subtile et la plus puissante, dans les temps anciens comme dansles temps modernes, c'est le sens mystique, et dans lescontroverses dogmatiques il est si souvent invoqué qu'il en arrive parfois à supplanter tout autre.C'est ainsi que le concile de Trente rappelle l'offrande pacifique dont il est question dans Malachie1,pour prouver que l'Eucharistie est un sacrifice; dans ses avis sur le mélange d'eau et de vin à l'offertoire, il rappelle l'eau et le sang qui coulèrent du côté de Notre Seigneur et mentionne les « eaux » de l'Apocalypse 2.Bellarmin justifie le célibat monastique par les paroles de Notre-Seigneur en Matth. XIX 3 et renvoie au psaume « Nous allâmes à travers l'eau et le feu 4 », comme argument en faveur du purgatoire. Et l'on voit bien que ce ne sont là que des exemples d'une règle générale.
Et si maintenant nous remontons aux controverses de l'antiquité, nous voyons que l'on s'appuie sur cette méthode d'interprétation pour prouver la doctrine catholique de la Sainte Trinité. Adressez-vous aux écrivains d'avant Nicée ou à ceux de Nicée, vous ren­contrerez des textes qui ne se rapportent pas directement à cette doctrine et qui cependant sont avancés comme des preuves capitales; par exemple, au sujet de la divinité de Notre-Seigneur: « De mon coeur a jailli une bonne parole 5 »;« Le Seigneur m'a faite (ou m'a possédée) au commencement de ses voies6 »;« J'étais avec Lui, moi en qui Il se plaisait' »; « Dans ta lumière nous verrons la lumière$ »; «Qui pourra narrer sa génération? 9 »;« Elle est le souffle de la puissance de Dieu' »; « sa puissance éternelle et sa divinité 2 ».
Par contre, l'école d'Antioche, qui adoptait l'interprétation littérale, fut, comme je l'ai noté plus haut, métropole même de l'hérésie. Sans parler de Lucien, dont l'histoire est assez mal connue, - mais qui fut un des premiers maîtres de l'école, le professeur d'Arius et de ses principaux partisans -, Diodore et Théodore de Mopsueste, qui dans la génération sui-vante furent les deux maîtres les plus éminents de l'interprétation littérale, furent, nous l'avons vu, les précurseurs du nestorianisme.
Il en avait été de même à une époque encore plus reculée : les Juifs s'attachaient au sens littéral de l'An­cien Testament pour rejeter l'Évangile: les apologistes chrétiens prouvèrent sa divinité en usant du sens allé­gorique. La liaison formelle de ce mode d'interpré­tation et de la théologie chrétienne a été bien aperçue par Porphyre; selon lui, Origène et d'autres l'ont emprunté à la philosophie païenne, tout à la fois pour expliquer l'Ancien Testament et pour défendre leur propre doctrine. On peut presque poser comme une vérité historique, que l'interprétation mystique et l'orthodoxie ont partie liée, tiendront ou tomberont ensemble.
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C'est ce qu'a vu très clairement, en ce qui touche à la théologie primitive, un écrivain récent, dans une dissertation sur saint Éphrem. Il observe que Théodore d'Héraclée, Eusèbe et Diodore se sont opposés sys­tématiquement à l'interprétation mystique, qui,était en quelque sorte sanctionnée par l'antiquité et 1'Eglise orthodoxe. Puis il continue: «Éphrem n'est pas aussi
réservé dans ses interprétations, et il ne pouvait pas l'être, puisqu'il était disciple zélé de la foi orthodoxe. Car tous ceux qui se sont fait le plus remarquer par leur réserve étaient aussi éloignés que possible de la foi des conciles. Par contre, tous ceux qui retenaient la foi de l'Eglise ne se passaient jamais entièrement du sens spirituel des Écritures. Car les conciles veil­laient sur la foi orthodoxe; et il n'était guère prudent à cette époque, comme nous le montre surtout l'exem­ple de Théodore de Mopsueste, de délaisser le sens spirituel pour s'adonner exclusivement à la méthode littérale. Il y a plus : même lorsque l'on faisait plein droit au sens littéral, on conservait aussi à côté l'in­terprétation allégorique. A cette époque, en effet, les hérétiques aussi bien que les Juifs, dans les contro­verses, s'obstinaient dans leurs objections contre la doctrine catholique en soutenant que le Messie était encore à venir, en niant l'abrogation du sabbat et des lois cérémonielles, en ridiculisant la doctrine chré­tienne de la Trinité et surtout celle de la nature divine du Christ ; dans ces circonstances, les écrivains ecclésiastiques jugeaient utile, pour répondre à ces objections, de rapporter de force, par allégorie, chaque partie de l'Ecriture au Christ et à son Eglise » 1.
7
 
A cette page d'un savant allemand, qui souligne le rôle de la méthode allégorique dans les controverses avec les Juifs ou avec les adversaires d'Athanase, il sera bon de comparer le passage suivant des Golden Remains du latitudinarien Hale, qui attaque la théo­logie romaine: « Le sens littéral, simple et incontes­table de l'Ecriture, sans aucune addition ou supplé­ment sous couleur d'interprétation, est le seul que nous
soyons absolument obligés d'accepter par motif de foi, sauf là où le Saint-Esprit lui-même nous trace une autre voie. Je ne prends pas cela pour une opinion qui me serait personnelle, mais comme une vérité à laquelle notre Eglise reste nécessairement liée. Lorsque nous nous sommes séparés de l'Eglise de Rome, l'un des motifs était qu'elle ajoutait à l'Ecriture ses propres gloses comme canoniques, pour suppléer à ce que ne pouvait fournir le texte pur et simple. Si, à la place de sesgloses, nous mettons les nôtres, nous ne faisons rien d'autre que de renverser Baal pour relever un Éphod, que tourner en rond pour venir retrouver l'Église de Rome au point où nous l'avons autrefois quittée... Cette doctrine du sens littéral n'a jamais paru importune ni préjudiciable à personne, sinon à ceux qui avaient intérieurement conscience que leurs positions n'étaient pas suffisamment fondées. Lorsque le cardi­nal Cajetan, au temps de nos ancêtres, eut renoncé au penchant d'apostiller et d'allégoriser sur l'Ecriture, qui avait prédominé longtemps dans l'Eglise, et s'en tint au sens littéral, la chose parut si contraire au goût de l'Eglise de Rome, qu'il fut forcé de trouver maint artifice et maintes justifications pour son attitude. Le fait est (comme s'en apercevra celui qui lira ses écrits) que c'est uniquement pour s'être attaché de près au sens littéral qu'il a rejeté plusieurs des doctrines sur lesquelles diffèrent l'Eglise de Rome et les Églises réformées. Mais lorsque l'insistance des réformateurs, et le grand crédit que méritaient les écrits de Calvin en ce genre, eurent forcé les théologiens de Rome à ali­gner leurs interprétations sur le même niveau ; lorsqu'ils virent que ni efforts, ni subtilité d'esprit ne pouvaient arriver à détruire l'évidence littérale de l'Écriture, cela les jeta dans ces expédients désespérés auxquels ils s'attachent encore aujourd'hui, comme de mettre en question, autant qu'ils croient pouvoir oser le faire, la valeur du texte hébreu, de recommander contre lui une traduction inexacte, d'ajouter des
traditions à l'Écriture, et de vouloir placer au-dessus de toute contestation ce qu'ils prétendent être l'inter­prétation de l'Église 1.»
Il ajoute ensuite en ce qui touche le sens allégorique :« Si nous condamnons absolument ces interprétations, il nous faut donc condamner une grande partie des écrivains de l'antiquité, qui sont très familiers avec cette manière d'interpréter. Car les critiques les plus partiaux en faveur de l'antiquité n'ont pas à choisir; ils ne peuvent que voir et avouer au moins ceci : pourle sens littéral, les exégètes de notre époque, à cause deleur connaissance des langues originales, du soin qu'ilsont de tenir compte des circonstances et de la cohérencedu texte, de la comparaison avec les passages sembla­bles de l'Écriture, ont généralement surpassé les meil­leurs interprètes de l'antiquité. »
L'usage de l'Écriture, et spécialement de son sens second ou spirituel, comme d'un instrument de pensée et de déduction, est donc un principe caractéristique de l'enseignement doctrinal dans l'Église.
Le principe que les opinions, en matière de religion, ne sont pas chose indifférente, mais définissent au regard de Dieu la position de ceux qui les professent, est un principe qui a guidé dès l'origine le dévelop­pement de la foi évangélique, et sur lequel elle a été la première à appuyer ses développements. Il n'a
guère trouvé à s'employer, je suppose, sous la Loi ancienne: car le zèle et l'obéissance des gens d'autrefois s'appliquaient surtout à maintenir le culte divin et à renverser l'idolâtrie, plutôt qu'à faire oeuvre intel­lectuelle. La foi est, à ce point de vue comme à d'autres, une caractéristique de l'Evangile; elle n'apparaît auparavant que dans la mesure où il était anticipé, où son temps approchait. Élie, et les prophètes jusqu'à Esdras, combattirent Baal ou restaurèrent le service du Temple; les trois jeunes gens refusèrent de se pros­terner devant la statue d'or; Daniel tournait son visage vers Jérusalem; les Macchabées rejetaient avec mépris le paganisme grec. (…)
1.Jn, xvIII, 37.
2.I Tim., vI, 13.
3.Cf. II et III Jn.
4.Gal., I, 6.
 
 
 
 2
Saint Irénée, à la suite de saint Polycarpe, nous donne un exemple de la même doctrine: «Je t'ai vu, dit-il à l'hérétique Florinus, quand j'étais encore enfant, en Asie Mineure, avec Polycarpe; tu vivais dans les splendeurs de la cour impériale, et tu essayaisde te recommander à lui. En vérité, je me souviens de ce qui se passa alors, mieux que d'événements plus récents, car les leçons de l'enfance grandissent avec l'esprit et ne font plus qu'un avec lui. Ainsi, je pourrais indiquer l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'as-seyait et conversait, ses allées et venues, son genre de vie, l'aspect de sa personne et ses discours au peuple; sa familiarité avec saint Jean, dont il aimait à parler, et avec les autres qui avaient vu le Seigneur; commentil aimait à répéter leurs paroles et ce qu'il avait appris d'eux touchant le Seigneur... Et devant Dieu je puis attester que si ce bienheureux, cet apostolique vieil-lard avait entendu quelque chose de ta doctrine, il se fût bouché les oreilles, en s'écriant selon sa coutume: « O Dieu bon, à quels temps m'as-tu réservé, que je doive souffrir cela! » et en entendant tes discours, qu'il eût été debout ou assis, il aurait fui loin du lieu où il se serait trouvé. » Tout chrétien de la primitive Église semble donc avoir jugé de son devoir de pro-tester, partout où il se trouvait, contre toutes les opi­nions contraires à ce qu'on lui avait enseigné dans sa catéchèse baptismale, et d'éviter la société de ceux qui les soutenaient. Saint Irénée, après avoir raconté ses souvenirs sur saint Polycarpe, continue: «Les apôtres et leurs disciples étaient si religieux, qu'ils n'adressaient même pas la parole à ceux qui falsi­fiaient la vérité'. »
1. Cf. EusÈBE, Hist. Eccl., lib. IV, cap. 14 et lib. V., cap. 20; P. G., 20, 340 et 486.
Un tel principe, cependant, n'aurait pu qu'anéantir bientôt l'Eglise en réduisant ceux qui la composaient àune poussière d'individus, si la Vérité, à laquelle ils de­vaient rendre témoignage, n'avait pas eu quelque chosede défini, de formel et d'indépendant d'eux.Les chrétiensétaient tenus de défendre et de transmettre la foi qu'ilsavaient reçue, et ils la recevaient des chefs de l'Église;et, d'autre part, c'était le devoir de ces chefs de veiller sur cette foi traditionnelle et de la définir. Il n'est pas nécessaire de revenir sur un terrain qui a été si souvent exploré dans ces dernières années. Saint Irénée nous met le sujet sous les yeux dans son récit sur saint Polycarpe, dont je viens de citer une partie, et c'est à lui que nous pouvons nous en tenir. On lit dans son écrit contre les gnostiques: « Polycarpe, que j'ai vu dans ma première enfance, a toujours enseigné les leçons qu'il avait apprises des apôtres, leçons que l'Eglise transmet aussi, et qui seules sont la vérité. Toutes les Églises d'Asie en portent le témoignage, entre autres ceux qui ont succédé à Polycarpe jusqu'à ce jour; et il est un témoin de la vérité autrement sûr et digne de confiance que Valentin, Marcion et leurs compagnons obstinés dans l'erreur. C'est lui qui vint à Rome au temps d'Anicet, et qui ramena à l'Église de Dieu beaucoup des hérétiques dont j'ai parlé plus haut, en proclamant qu'il avait reçu des apôtres cette seule et unique vérité qui avait été transmise par l'Église. »
 
4
Et ne voyons pas là seulement la doctrine ou la pratique d'une école, qui pouvait être ignorante en fait de philosophie. Les Pères alexandrins, d'un espritsi cultivé, et dont on dit qu'ils doivent tant à la sciencepaïenne, ne montrèrent certainement ni gratitude ni révérence à l'égard de leurs prétendus maîtres, mais soutinrent la suprématie de la tradition catholique.

(la suite du chapitre mériterait aussi d'être citée. Ce livre est en ligne sur
www.jesusmarie.com
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /Mai /2007 13:56

  Bradi-Barth-Vierge-au-pommier.JPG  

Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura 144000 élus, en prenant au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).

 

Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé sur un argument théologique, sur le sens indirect de l’Ecriture, sur la tradition, puis confirmé par des révélations privées. L’argument théologique a été formulé par Duns Scot. La forme de l’argument est la suivante :

-         (1) Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).

-         (2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.

-         (3) Dieu l’en a donc préservée.

 

Pour accomplir leurs missions, les prophètes et les saints reçoivent des grâces particulières. De même, pour que Marie accomplît sa mission de mère du Sauveur, il convenait qu’elle eût des grâces exceptionnelles. La plus grande grâce pouvant être accordée à un être humain excepté Jésus lui-même, c’est la préservation du péché originel (c’est-à-dire de la tendance au mal). Marie devait avoir une humilité parfaite pour être la mère du Sauveur. Elle devait aussi avoir une foi parfaite pour croire que son Fils était le Messie et le Fils de Dieu alors même qu’il subissait la torture et mourait crucifié comme le pire des criminels. Face à de tels événements, il lui fallait aussi une charité très grande, etc. On peut concevoir que les forces du mal se sont liguées contre Marie d'une façon toute spéciale parce qu'elle apportait au monde le Sauveur. Il convenait donc qu’elle fût préservée de toute tendance au mal. Duns Scot insiste également sur des raisons symboliques : en étant préservée du péché originel, Marie pouvait être le type de l’Eglise (autrement dit, elle pouvait représenter l’Eglise) ; elle pouvait être le type parfait du justifié, qui puise dans sa sainteté même la raison de son humilité. L’immaculée Conception est le type absolu de la grâce conférée  sans aucun mérite, avant toute œuvre. Ainsi, paradoxalement, l'idée que Marie a été préservée du péché est étroitement liée au principe de la Sola Gratia qui est à la source du protestantisme. Ce principe n'est pas une invention de Luther ou de ses successeurs, mais une idée classique dans la théologique catholique bien avant Luther (voir là-dessus Bouyer, Du protestantisme à l'Eglise).
Je m'arrête ici pour ce sujet, mais l’argument de convenance est fort complexe (ceci n’est qu’un aperçu).
Passons aux autres arguments.

 

Newman a montré que les chrétiens des premiers siècles avaient une très grande dévotion à la Sainte Vierge. Il le prouve en citant St Justin et St Irénée (IIe siècle), Tertullien, St Augustin, et beaucoup d'autres. Cet argument comptait aux yeux des anglicans de son époque, car l'opinion des premières générations de chrétiens étaient pour eux un critère d'orthodoxie. Mais il y a bien sûr d'autres chrétiens qui raisonnent autrement et ne tiennent pas compte des traditions, même les plus anciennes. Cette position est difficile à tenir. Par exemple, St Irénée a été formé par St Polycarpe, qui a été formé par St Jean l'évangéliste... Soit on tient compte de l'opinion des premiers pères de l'Eglise, soit on est réduit à supposer qu'il y a eu une vaste apostasie juste après la génération des apôtres, hypothèse hasardeuse et qui ne s'appuie sur aucune preuve historique.

Le témoignage de la tradition chrétienne milite massivement et de façon continue en faveur de la dévotion mariale, mais sur quels passages de l'Ecriture s'appuie cette tradition ?  
On sait que la Bible dit peu de choses sur Marie. Ce n'est pas étonnant puisqu'elle était en vie au moment où ont été rédigés les livres du Nouveau Testament. Le seul livre qui a sûrement été écrit après sa mort est l'Apocalypse. Or nous allons voir que l'auteur de l'Apocalypse n'hésite pas à l'exalter. Mais d'abord, notons que dans l'Evangile selon St Luc, lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel la salue en lui disant « Réjouis-toi, comblée de grâces ». Cette salutation confirme l’argument de convenance. On sait aussi que dès le IIe siècle, les chrétiens ont reconnu la mère du Sauveur dans la femme de l’Apocalypse (Ap. 12). Ils reconnaissaient que cette femme symbolisait l’Eglise, mais ils pensaient qu’elle représentait aussi Marie. Pourquoi ? Tout d'abord, la Bible utilise très peu d'allégories. Cette femme représente donc une personne avant de représenter l'Eglise. Or elle est sur le point d’accoucher, et met au monde « un enfant mâle, celui qui doit mener les nations avec un sceptre de fer » (allusion à Is. 66, qui désigne le Messie). Puisque cet enfant est une personne (Jésus), sa mère aussi doit être une personne : Marie. Ensuite, cette femme est menacée par un dragon, symbole de Satan, ce qui rappelle le passage de la Genèse où Eve est trompée par le serpent. Il y a un parallèle entre ces deux passages, dont l’un se trouve au début de la Bible tandis que l’autre est à la fin. Marie serait la nouvelle Eve, comme Jésus, d’après St Paul, est le nouvel Adam. Donc si Marie est assez discrète au début des Evangiles, ici, en revanche, elle est exaltée par l’auteur de l’Apocalypse.  Cette interprétation se trouve chez St Irénée et d'autres Pères représentant l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Ainsi, dès le deuxième siècle, elle semble admise partout, vu qu'il n'y a aucun témoignage contraire. Pour une argumentation plus complète, lire la Lettre à Pusey, de John-Henry Newman.
 

Chez les orthodoxes, l'Immaculée conception est restée un croyance plus ou moins facultative mais admise de fait, en continuité avec la Tradition. C’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise catholique a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt. 

 

Les protestants refusent généralement ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur le sens littéral de l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :

 

  1. quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent parfois.
  2. il n’y a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la raison.
  3. Il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue en un certains sens après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de la réflexion théologique.
  4. Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.
  5. Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.


En ce qui concerne les protestants, il faut savoir qu'une partie d'entre eux accorde une grande importance à la dévotion mariale. Entre les anglicans (de la "haute église") et les calvinistes, par exemple, les différences sont parfois très profondes.

Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :

http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731

Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :

www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")

Pour aller plus loin, lire par exemple : Louis Bouyer, le Trône de la Sagesse.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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