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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

L'existence de Dieu

Mardi 26 juin 2007 2 26 /06 /Juin /2007 11:11
Cosmos-Nebuleuse-du-Crabe.jpg Dans l'article intitulé "Preuve par l'impossibilité d'une quantité infinie actuelle", nous avons exposé une version de l'argument du kalam (ce mot arabe désigne la théologie naturelle). Cet argument est un peu tombé aux oubliettes à cause de certaines formulations insuffisantes ou trop naïves.
On peut argumenter au moins à partir de trois fondements différents :

Premièrement, on estime que toute chose et tout fait réel (par opposition aux entités abstraites) a des propriétés entièrement déterminées, même si elles ne sont pas entièrement prédéterminées. L'histoire du monde est une suite de faits ou d'événements réels. Par conséquent, elle doit avoir, elle aussi, des propriétés entièrement déterminées. Par exemple, elle contient un nombre fini d'étoiles, de supernovae, etc.

Deuxièmement, si on admet que la série des causes passées est sans commencement, on se heurte a des contradictions liées à des principes mathématiques évidents. On ne peut pas ajouter quelque chose de réel à une quantité réelle sans que cette quantité augmente. Par exemple, si dix étoiles naissent sans qu'aucune étoile ne meure, le nombre d'étoiles doi avoir augmenté. Or l'infini plus dix égale l'infini. Donc si le nombre d'étoiles était infini, il n'a pas augmenté. Ceci s'applique également à l'histoire du monde réel. Le passé du monde ne peut pas contenir une infinité d'étoiles, de causes successives, ni d'événements réels et distincts qui se succèdent.

Troisièmement, si on admet que le monde vient d'une série infinie de causes passées, ça n'a plus aucun sens d'évaluer la probabilité des événements physiques, car ils sont tous probables, et on doit même dire qu'ils se sont tous produit, puisque leur probabilité tend vers 1. Il faut donc admettre que les ordinateurs ont déjà existé avant d'êtres fabriqués par l'homme, ou d'autres absurdités : tout événement physiquement possible s'est déjà réalisé ! Du coup, ça n'a plus aucun sens de faire une inférence à la meilleure explication. Or on ne peut pas se passer de ce type d'inférence, ni en science, ni dans les procès ou dans les enquêtes, ni dans la vie quotidienne (voir là-dessus l'article sur l'argument cosmologique).

Ces trois argument convergent pour soutenir que le monde physique a un commencement : il y a eu un premier changement. 


L'hypothèse de Hawking

Dns "Une brève histoire du temps", l'astrophysicien Hawking a imaginé une hypothèse pour éviter l'idée d'une Cause Première : l'hypothèse de l'éternel retour. On peut parcourir indéfiniment la surface de la terre en ligne droite, sans rencontrer de limite ; et pourtant, la terre constitue un espace fini. On repasse seulement aux même endroits. De la même façon, on pourrait imaginer un temps fini mais qui peut être parcouru indéfiniment. 
Cette hypothèse est extrêmement contre-intuitive. Il faut donc avoir des arguments solides pour l'adopter (il ne suffit pas qu'elle soit logiquement possible). Or on ne voit pas quels pourraient être ces arguments.

Deuxièmement, du point de vue physique, si le temps est fini, c'est qu'il a commencé. Autrement dit, si le temps physique est fini (parce que le monde n'a pas toujours existé), c'est qu'il a commencé à un certain moment du temps-coordonnée (ce temps abstrait et régulier auquel on se réfère mentalement pour situer les événements les uns par rapport aux autres). La théorie de la relativité admet cette distinction entre deux temps. Le premier est indissociable des choses concrètes et du changement ; alors que le second peut exister (abstraitement) même en l'absence de changement. Par exemple, si on admet que le monde est apparu subitement après une période infinie de néant, on admet que le temps physique a eu un commencement (il ne pouvait pas exister avant le monde physique lui-même), mais rien n'empêche de parler de t -1, t -2, etc., pour parler des instants qui ont précédé cette naissance. Or si on admet ainsi que le temps physique (comme le monde physique) a commencé, on admet tout simplement qu'il est sorti du néant, ce qui est évidemment inacceptable.

Il en est ici comme de l'espace : si la totalité des étoiles forme un amas au delà duquel il n'y a rien du tout, alors en un sens, le monde est limité, mais rien n'empêche de parler de tel ou tel point situé à quelque distance de cet amas, dans le vide. Il y a un espace physique mais aussi un espace coordonnée. L'espace coordonné peut être infini, car il ne suppose pas de quantité de matière infinie. En revanche, l'espace physique ne peut pas être infini. Il en est de même pour le temps. 

Autre objection : si le même événement se produit plusieurs fois, doit-on dire qu'il y a plusieurs événements ou un seul ? Si ces événements sont totalement indiscernables, il faut dire qu'il n'y en a qu'un, en vertu du principe d'identité des indiscernables. Mais alors il n'y a pas de retour, puisqu'il n'y a pas de pluralité d'événements numériquement identiques. Et si on dit qu'ils ont les mêmes propriétés mais qu'ils sont numériquement différents, c'est qu'ils se distinguent par leurs coordonnées dans le temps : il y a un donc un temps-coordonnée où ils prennent place et où l'un est antérieur à l'autre. Et on retombe ainsi sur les même apories, car s'il y a une infinité d'événements successifs (qu'ils aient ou non les mêmes propriétés par ailleurs), on se heurte à nouveau aux trois objections formulées plus haut.

Du point de vue pratique ou moral aussi, l'hypothèse de l'éternel retour est difficilement acceptable. Je ne vois pas comment on peut admettre une idée aussi contre-intuitive.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /Mai /2007 16:15

Eleonore Stump, professeur à l'université de St Louis, a montré de façon très claire ce que suppose une des solutions traditionnelles au problème de la prescience divine et de la liberté humaine : celle de St Thomas d'Aquin. Cette solution suppose que Dieu soit hors du temps et que les événements que nous considérons comme des futurs contingents soient connus par Dieu comme s'ils étaient déjà fixés. Cette idée suppose que Dieu soit en quelque sorte simultané à tous les événements. Or cela pose évidemment un problème, car la relation de simultanéité est transitive : si a est simultané à b, et si b est simultané à c, alors a et c sont simultanés.

Dieu connaît aussi bien le résultat des élections présidentielles de 2012 que celui des élections de 1981. Mais si sa connaissance est simultanée à ces deux événements à la fois, alors ils sont simultanés entre eux, ce qui est absurde.

Il faut donc que la relation existant entre la connaissance divine et les événements du temps soient d'un type particulier, non transitif. Stump appelle cette relation "ET" (relation éternité-temps). Evidemment, cette relation est mystérieuse et sa nature nous échappe : tout ce que nous savons est qu'elle n'est pas transitive. 

Comme nous l'avons dit, la solution de St Thomas suppose la relativité des modalités : ce qui est contingent pour l'homme (ou de son point de vue) est nécessaire du point de vue de Dieu (puisque déjà fixé, déterminé). Mais cette relativité n'est pas difficile à admettre, car ce qui est contingent maintenant (le fait que je tape les prochaines lignes de cet article) ne sera plus contingent dans une heure : l'événement appartenant alors au passé, il est fixé, donc déterminé et nécessaire. Nous savons tous que les événements passés sont nécessaires, irrévocables.

Ce que suppose la thèse de Stump, c'est que Dieu soit dans un état tel qu'il peut connaître tous les évéments grâce à une relation non-transitive. Cette thèse est cohérente. Seulement, elle est obscure, et c'est pour cette raison que je préfère la thèse du Dieu ouvert, selon laquelle Dieu, bien qu'il ait la capacité de tout connaître, ne fasse pas systématiquement usage de cette faculté.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /Avr /2007 09:47
Formulation du problème 

Dieu est parfait, donc omniscient. Dieu sait tout à l’avance. Mais comment pourrait-il savoir tout ce que les hommes vont faire ? L’homme est libre. Son comportement est donc imprévisible, au moins en partie. On voit que l’omniscience divine est incompatible avec la liberté humaine. Autant dire que l’existence de Dieu est incompatible avec la liberté humaine.

Un problème de définitions

·       « Liberté » : est libre, au sens large, celui qui peut faire ce qu’il veut. Or on peut imaginer cela chez un homme dont le vouloir est entièrement prédéterminé. Par exemple, imaginons qu’un savant fou le contrôle à distance en déterminant ses choix par des ondes, captées grâce à un minuscule appareil situé dans le cerveau.

·       « Libre arbitre », « Volonté libre » : capacité de vouloir librement, autrement dit, capacité de celui dont le vouloir n’est pas déterminé, contrairement à l’individu « téléguidé » par un savant fou. Or celui qui veut et choisit par lui-même a la possibilité de choisir autrement. Le libre arbitre est donc la capacité d’agir et de choisir autrement.

Pour certains auteurs, la liberté se définit comme ci-dessus (première définition). Elle est donc compatible avec la nécessité, ou avec un déterminisme absolu. Pour moi et pour la plupart des gens, la liberté bien comprise suppose le libre arbitre, qui s'oppose au déterminisme. La nature a des lois, mais elles ne déterminent pas entièrement le comportement des hommes.

 

Une solution traditionnelle

 

·          Dieu est parfait et omniscient. Il prévoit toutes les actions des hommes.

·          Les hommes agissent librement et ils ont la possibilité de vouloir autrement.

·          Comment concilier ces deux thèses ? En distinguant le point de vue de Dieu du point de vue de l’homme. Dieu ne connaît pas de la même façon que nous, car sa connaissance est parfaite. De plus, Dieu est hors du temps. On ne donc pas dire qu’il prévoit tout, car du point de vue de Dieu, tout est présent. Il se rapporte de la même façon à n’importe quel point du temps,  tout comme le centre d’un cercle est équidistant à tous les points du cercle.  

Objections 

1.       En disant que Dieu connaît le futur comme le présent, on ne résout pas le problème. Car les événements du présent, dès qu’ils sont connus ou dès qu’ils se produisent, sont aussi nécessaires et inévitables que des événements futurs prédits avec certitude. Si Dieu connaît tout comme le présent, alors tous les faits de l’histoire humaine sont absolument inévitables. eleonorestump2.jpg

2.       La seule solution pour sortir de cette difficulté consiste à dire que ce qui est nécessaire du point de vue de Dieu est contingent du point de vue de l’homme. Nos actes libres seraient donc absolument imprévisibles pour nous, mais parfaitement prévisibles pour Dieu. Cette solution a été envisagée par St Thomas d’Aquin. Mais elle pose problème, car normalement, les notions de nécessité et de contingence ne sont pas considérées comme relatives. En effet, cette solution revient à dire que tout est inévitable (car connu par Dieu comme le présent ou le passé), et en même temps, que certains faits peuvent être évités. Ce qui est évitable l’est absolument, et non seulement du point de vue de tel ou tel observateur. Dans un prochain article, nous verrons comment Eleonore Stump, une américaine, a reformulé cette solution.

  

La thèse du « Dieu ouvert »

 

Elle permet d’éviter la difficulté rencontrée par la thèse de St Thomas d’Aquin, mais elle prête le flanc à une autre objection. En résumé, la thèse du Dieu ouvert consiste à dire ceci :

En créant le monde et l’homme, Dieu a choisi librement de créer un monde où le mal pouvait surgir. Là-dessus, tout le monde est d’accord. Or cette idée s’applique aussi au problème de la prescience divine : en créant l’homme libre , Dieu a choisi librement de créer un être en partie imprévisible.

On pourrait dire que Dieu choisit de ne pas tout contrôler. Mais cette formule est sans doute excessive, car même s’il n’a pas tout prévu, Dieu répare tout. Ainsi, après la chute des anges prévaricateurs, puis celle de l’homme, Dieu s’est révélé et s’est incarné pour sauver les hommes.

Objection : Si Dieu ne prévoit pas tout, alors sa connaissance est imparfaite. Or Dieu est parfait.

Réponse : En fait, Dieu a bien une intelligence parfaite. Il a la capacité de tout prévoir, mais il n’exerce pas toujours cette faculté. C’est librement que Dieu a choisi de ne pas tout prévoir. Dieu possède donc la faculté de tout prévoir, mais il a aussi la faculté de ne pas user de cette faculté.

Dieu pourrait tout prévoir s’il le voulait ; il suffirait qu’il détermine les actions des hommes, mais alors, les hommes ne seraient pas libres. Bref, tout ce que montre la théologie naturelle, c’est que Dieu est capable de tout savoir. Or la thèse du Dieu ouvert ne nie pas l’existence de cette capacité.

Objection : Mais si Dieu ne prévoit pas les actions libres, alors il apprend quelque chose au moment où l’homme se détermine à agir d’une certaine manière. Donc Dieu dépend de l’homme, puisque le contenu de sa connaissance dépend des choix de l’homme. Or normalement, on considère Dieu comme un Etre absolument indépendant.

Réponse : Cette relation entre les actions humaines et l’intellect divin qui les connaît au fur et à mesure qu’elles se produisent (quand elles sont rigoureusement imprévisibles), cette relation –dis-je-, n’est pas une relation de dépendance. En effet, quand un être y est entièrement dépendant de x, c’est un non-sens de dire que x dépend de y. C’est comme si l’on disait que x est dépendant alors qu’il ne dépend de rien d’autre que lui-même. La dépendance est une relation asymétrique ; il n’y a pas de dépendance en cercle comme entre deux êtres qui se créeraient mutuellement. Puisque Dieu a tout créé, et que tout ce qui existe est entièrement dépendant de lui, on ne peut pas dire qu’il dépend de ses créatures. Et pourtant, il est indéniable que Dieu s’intéresse à ses créatures et agit pour leur bien, en fonction de ce qui leur arrive[2]. On ne peut pas y voir une relation de dépendance. Cette relation d’implication est d’une autre nature que la relation de dépendance. D’ailleurs, même si Dieu choisit de ne pas tout prévoir, il reste tout-puissant et entièrement libre dans cette décision de renoncer à une partie de sa prescience.

swinburne.jpg

Conclusion

Le débat est serré. Personnellement, je pense que la thèse du Dieu ouvert n’est pas contradictoire et qu’elle s’accorde bien avec la théologie chrétienne. Traditionnellement, sous l'influence des grecs, les philosophes chrétiens considèrent Dieu comme un Etre absolument immuable et hors du temps parce qu’il est parfait. Mais cette conception métaphysique de la perfection pose un problème dès qu’il s’agit de penser le rapport entre Dieu et le monde. Le Christ est Dieu, mais il a vécu à une certaine époque. Aussi, la deuxième personne de la Trinité n’est certainement pas hors du temps. L’idée d’un Dieu hors du temps doit-elle s’appliquer seulement au Père, ou bien faut-il y renoncer en disant qu’elle est trop marquée par le paganisme, par l’influence des grecs anciens  (Platon, et Aristote) qui voyaient Dieu comme un Etre impassible et plus ou moins indifférent au sort des hommes ? Le débat reste ouvert…  

En tout cas, je ne vois aucune raison de croire que Dieu connaît nécessairement tout. On peut seulement trouver des raisons de croire qu'il en a la capacité, ce qui n'est pas la même chose. Dieu est "Acte pur" dit-on, mais ça revient à dire que toutes ses facultés sont parfaites (par opposition à un enfant ou à un être inachevé) ; ça ne veut pas dire qu'il s'en sert en permanence, sinon il faudrait croire que Dieu crée toutes les choses simultanément et en permanence, ce qui est absurde.    

 



[1] St Thomas ne fait pas lui-même cette comparaison.

[2] Pour tout chrétien, même celui qui croit que Dieu est hors du temps, immuable, et parfaitement prescient, Dieu n’est pas indifférent au sort de l’homme. Dans les deux théories concurrentes, il est nécessaire d’admettre que les choix de Dieu se font en fonction de ce que sont les créatures et de ce qu’elles font. Que cette relation liant l’intellect divin aux créatures apparaisse ou non dans le temps ne change rien au problème. Dans les deux théories, on doit parler d’une relation d’implication qui n’est pas en même temps une relation de dépendance, à moins de devenir hégélien, et de dire, par exemple, que le Père est Fils du Fils parce qu’il ne serait pas Père sans son Fils.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 13:53

 

Dès les origines de la philosophie, les philosophes se sont fait une certaine idée de la perfection ou de la divinité. Par exemple, pour les Grecs anciens, la perfection implique l’immutabilité et l’éternité ; être parfait, c’est être indépendant, impassible, immuable, éternel. En effet, rien ne peut détruire ni influencer un être parfait. De plus, il n’a pas besoin de se mouvoir, car rien ne lui manque.

Petit à petit, cette conception de la perfection métaphysique a été plus ou moins reprise et corrigée par les philosophes chrétiens.

 

 

 

1.       Dieu = Etre absolument indépendant, donc illimité, tout-puissant, et absolument libre.                                                 

 

                                 

 

2.       Dieu = Etre éternel et nécessaire (i.e. qui ne peut pas ne pas être) car rien ne peut le détruire, le limiter ou l’influencer. Or on ne pense pas que Dieu puisse se suicider.

                                

 

3.       Dieu = Etre immuable, car rien ne peut le transformer en agissant sur lui, etc.

 

 

 

Question : comment montrer que Dieu est une personne ?

 

·  Si Dieu n’était pas une personne, il lui manquerait des perfections importantes : l’intelligence, la raison, la liberté, la volonté.

·  Dieu est tout-puissant, donc il a toutes les puissances ou facultés (sinon, certaines choses lui seraient impossibles). Toute faculté est une forme d’indépendance ; et Dieu est absolument indépendant. Une incapacité est toujours due à une cause interne ou externe (obstacle, défaut, maladie, imperfection, etc.). Si un être n'est pas incapable de faire une chose, il est capable de la faire. Dieu ne dépend d'aucune cause. Il a donc toutes les facultés, y compris celles de penser, de connaître, de vouloir, et d’aimer. Comme Dieu est parfait, on lui attribue ces facultés sous une forme parfaite : il a une intelligence parfaite, une volonté parfaite, etc. Finalement, on aboutit à l’idée d’un Dieu bon (car sa volonté est parfaite), et omniscient.

 

 

Les limites logiques de la toute-puissance

 

Ce point est de la première importance : Dieu est au-dessus des lois de la nature, mais il ne peut pas faire ce qui est logiquement impossible. Par exemple, il serait contradictoire qu’un Etre absolument bon fasse le mal. Donc Dieu ne peut pas faire le mal. Mais si cela est impossible, ce n’est pas à cause d’une forme d’impuissance ou d’imperfection ; au contraire, c’est précisément parce qu’il est parfait et tout-puissant qu’Il ne peut pas faire le mal. Il faut donc distinguer l’impuissance, ou incapacité, de la simple impossibilité. La toute-puissance implique une impossibilité qui n’est pas de l’impuissance. Ce principe est généralement admis, depuis St Thomas, par les métaphysiciens chrétiens. On le trouve chez Duns Scot, Leibniz, et Swinburne, pour ne citer que quelques noms.

Il n'y a ici aucune incohérence, car l'impossibilité logique qui fait que Dieu ne peut pas faire le mal n'a rien à voir avec une limite imposée par une cause ou par un obstacle. 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /Avr /2007 14:37

(sur la photo : le mathématicien Kurt Gödel, qui a formulé une version de la preuve ontologique, version qui fut trouvée dans ses notes, après sa mort, et publiée en 1987)

Dans mon article sur la preuve modale de l’existence de Dieu, j’ai présenté un argument qui me paraît toujours correct, mais qui peut être simplifié. En effet, contrairement à ce que j’ai dit, il n’est pas nécessaire de résoudre le problème du mal pour que cet argument soit valable. Reprenons :

 

 

(1) Par définition, l’Etre nécessaire, s’il existe, existe dans tous les mondes possibles, y compris le monde actuel.

(2) Donc cet être ne peut pas exister dans certains mondes possibles seulement. Si c’était le cas, il serait contingent, donc il ne serait pas nécessaire. Donc soit l’existence de cet être est nécessaire, soit elle est impossible (autrement dit, il n’existe dans aucun monde possible).

(3) Or l’existence de cet être n’est pas impossible.

(4) Donc il existe dans tous les mondes possibles, y compris le monde actuel.

 

 

La proposition 3 est celle qu’il faut examiner. La charge de la preuve revient à ceux qui soutiennent que Dieu n’existe pas ; en effet, d’après cet argument, l’Etre nécessaire existe, à moins qu’on démontre que cette idée renferme une contradiction. Si la proposition « Il y a un être nécessaire » est contradictoire, alors l’être nécessaire n’existe pas. Dans le cas contraire, il faut conclure qu’il existe.

L’existence d’être imparfaits, souffrants, méchants, etc. ne constitue pas une objection contre cet argument, car l’impossibilité que l’athée doit prouver est une impossibilité logique, c’est-à-dire interne à la proposition « l’être nécessaire existe ». Il doit donc prouver que le concept d’être nécessaire est contradictoire.

A première vue, rien n’indique qu’il le soit. Il n’en est pas de même que dans la proposition « il y a des sphères cubiques ». En effet, la notion d’être, en elle-même est indéterminée (elle ne se définit pas aucune propriété particulière, contrairement à la notion de sphère). De plus, le fait d’être nécessaire n’est pas une limitation ; au contraire.

Il y a pourtant deux arguments utilisés par des athées pour montrer que la notion d’être nécessaire est contradictoire, mais nous allons voir, dans le prochain article, qu’aucun des deux n’est valable.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /Fév /2007 09:24

 

 

 

 

On peut admettre la possibilité que le nombre des choses futures soit infini, car cette hypothèse est compatible avec le fait qu’à chaque instant, il y a un nombre fini de choses existantes. Elle est également compatible avec l’idée qu’à chaque instant, le nombre total de choses qui existent ou qui ont existé est fini.

Ce qui paraît inadmissible, en revanche, c’est l’idée qu’il puisse y avoir au même instant un nombre infini de choses ou d’êtres. Sur ce point, les philosophes semblent d'accord. Car il faut bien que le nombre des choses existantes soit tel ou tel, par exemple qu’il soit pair ou impair. Or l’infini n’est ni pair ni impair, ni quoi que ce soit. C’est un nombre complètement indéterminé. Or tout ce qui existe (tout ce qui est réel) est déterminé, à la fois dans ses propriétés et dans sa grandeur. Par exemple, un objet coloré ne peut pas être ni bleu, ni rouge, ni jaune, ni d'aucune couleur déterminée. De la même façon, une quantité de pain, ou de blé est toujours déterminée : elle a une certaine masse, etc. Il n'y a donc aucune propriété indéterminée dans la réalité, ni aucune quantité indéterminée. C'est seulement dans notre esprit (ou dans nos raisonnements) qu'il y a des quantités ou des concepts indéterminés : des variables, par exemple.  L’espace est un infini actuel, mais l’espace n’est pas une chose, pas plus que le temps. Ce n’est que le cadre abstrait, ou le système de positions et de coordonnées dans lequel nous situons mentalement les choses et les phénomènes. Toute collection d’êtres réels et simultanés est donc nécessairement finie, puisqu’elle est nécessairement déterminée.

Imaginons un terrain de golf infini. Sur ce terrain, il y a une infinité de trous, une infinité de balles, et une infinité de brins d’herbes. Si je creuse dix trous de plus, le nombre de trous n’a pas changé : il est toujours égal à l’infini. Pourtant, il faut bien que ce nombre soit réellement différent. On voit donc que l’idée d’un nombre infini de choses existant simultanément est contradictoire.

Or ceci vaut également pour le nombre de choses ayant existé. A n’importe quel point du temps, il est nécessaire que le nombre de choses ayant existé soit déterminé, et donc fini. Par conséquent, il est impossible qu’il y ait eu une infinité de causes sans cause première. Il y a donc eu une cause première.

Al-Ghazâlî dit que nombre de tours accomplis par la terre autour du soleil jusqu’à ce jour est sans doute immense, mais pas infini, sinon il ne serait ni pair, ni impair, mais indéterminé. Admettre l’existence d’une succession infinie de choses ou d’évènements dans le passé, c’est admettre que ce qui est indéterminé peut exister réellement. Autant croire qu’on peut rencontrer la chevaléité au hasard d’une promenade dans la campagne.

Lorsqu’on ajoute plusieurs choses à un ensemble de choses réelles, cet ensemble s’en trouve augmenté. Or on ne peut rien ajouter à l’infini (par exemple, l’infini plus dix égale l’infini). Imaginons un terrain de golf comprenant une infinité de trous. Si je creuse dix trous de plus, j’ai ajouté dix trous au terrain, et pourtant il n’y a pas plus de trous qu’avant, car l’infini plus dix égale l’infini. On voit donc que le concept d’infini est un pur instrument de l’esprit, qui ne correspond à aucun ensemble de choses dans la réalité. Si j’ajoute plusieurs choses à l’ensemble des êtres ayant existé, cet ensemble ne peut pas rester le même ; il est évident qu’il s’en trouve changé et augmenté. Il ne peut donc pas y avoir eu une infinité de choses. Il faut donc qu’il y ait eu, avant la succession des choses, un Premier Etre immuable et nécessaire, celui que tous les philosophes appellent « Dieu »[1].

Certains physiciens utilisent un autre argument pour montrer qu’il n’y a pas d’infini actuel et que la notion d’infini n'a pas de sens physique, mais seulement un sens mathématique. Ils déclarent que l’idée d’un univers infini rend probable n’importe quel évènement physique[2], y compris les plus improbables. Par exemple, il est extrêmement peu probable qu’un singe placé devant un ordinateur écrive par hasard la Critique de la raison pure en tapant sur les touches du clavier. Or si l’on suppose que la matière se combine depuis un temps infini, ou qu’il y a une infinité de mondes matériels dans l’univers, ce fait devient probable, et finalement, on doit admettre qu’il s’est déjà sans doute produit. Cette idée rejoint les arguments précédents : la succession des phénomènes physiques a eu un commencement. Or dans la causalité physique, tout changement est produit par un autre changement. Il faut donc croire que la cause première des phénomènes physiques est une cause surnaturelle. 

Pour connaître les débats entre scientifiques sur la notion d'infini, voir les sites suivants :

www.lacosmo.com/infini                                                                                     

villemin.gerard.free.fr

                                                                                               Héron mélomane



[1] Al-Ghazâlî utilise un argument proche de celui-ci pour réfuter la thèse de l’éternité du monde. Cf. L’incohérence des philosophes (existe en traduction anglaise : The Incoherence of the Philosophers, p.18, trad. Michael E. Marmura, Brigham Young University Press, Provo, Utah , 2000,).

[2] N’importe quel événement qui est physiquement possible, c’est-à-dire qui n’est pas contraire aux lois de la nature.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 09:09

 

C’est la question qui nous reste à traiter. Nous avons déjà vu pourquoi il était nécessaire que le mal moral devînt possible : Dieu ne pouvait pas créer des êtres libres tout en les empêchant de choisir le mal.

Mais considérons maintenant une autre forme du mal : la souffrance. D’après St Thomas d’Aquin, tout être est bon en tant qu’être. C'est pourquoi Dieu, par bonté, a crée des êtres aussi variés que possible. Si l’on retient ce principe, on peut comprendre pourquoi il était nécessaire que le mal physique devînt possible. En effet, la sensation est un mode de connaissance inférieur à la connaissance conceptuelle, parce qu’elle ne permet pas, à elle seule, de savoir ce qui est bon objectivement. Néanmoins, elle permet d’appréhender ce qui est bon ou mauvais subjectivement, c’est-à-dire pour le sujet qui perçoit. Par exemple, le chien, au moyen de son odorat, peut distinguer ce qui est bon ou mauvais pour lui. Evidemment, cette connaissance lui est fort utile. Or elle implique la possibilité de sensations désagréables. Il en est de même avec les autres sens. Bref, Dieu ne pouvait pas créer des êtres capables d’une connaissance subjective et infraconceptuelle du bien sans les rendre en même temps susceptibles de souffrir dans certaines situations.

 

 

Peut-on reprocher à Dieu de ne pas réparer ce mal dès ici-bas, en supprimant ou en atténuant les souffrances trop aiguës ? Si Dieu faisait cela, il montrerait sa puissance d’une façon beaucoup trop manifeste. Personne ne pourrait nier son existence et tout le monde serait obligé de se plier à sa volonté. Puisque Dieu respecte la liberté de l’homme, il ne peut pas multiplier à ce point les miracles. La possibilité du mal physique demeure donc nécessaire en raison d’un bien supérieur.

 

 

 

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Samedi 6 janvier 2007 6 06 /01 /Jan /2007 14:04

 

 

 

 

Le mal se divise en trois espèces :

1. Le mal métaphysique, c'est-à-dire l'imperfection (donc les limites d'un être, ses incapacités, ou bien encore les malformations).

2. Le mal physique, ou plus généralement la souffrance (qui peut être psychique).

3. Le mal moral, c'est-à-dire la faute, la mauvaise volonté, ou les actions mauvaises accomplies volontairement.

La cause du mal

  • Le mal est connu comme tel parce qu’il est ressenti, c’est-à-dire parce qu’il provoque des souffrances. La souffrance physique vient de nos sens et de ce qui affecte nos sens. Par exemple, si j’ai mal en me brûlant, c’est parce que j’ai la capacité de sentir la chaleur et que je touche quelque chose de brûlant. Cette capacité de ressentir le froid et le chaud est utile pour vivre. Elle est donc bonne en elle-même. Ce qui est mauvais, ce n’est donc pas la capacité d’avoir des sensations désagréables, mais ce qui cause ces sensations. D’où vient donc la souffrance ?

Les deux causes de la souffrance

  • La souffrance peut venir de causes naturelles, par exemple une maladie, ou bien encore une catastrophe naturelle (cyclone, raz-de-marée, tremblement de terre).  
  • La souffrance peut venir de la méchanceté. Par exemple, on souffre quand on se sent trahi, quand on est trompé, haï, oublié injustement, rejeté, agressé, brutalisé. La faute ou la mauvaise volonté est une des causes de la souffrance. Nous y reviendrons un peu plus loin.

 

Les biens sont souvent inséparables des maux

  • Les catastrophes naturelles sont les conséquences de phénomènes qui ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Les tremblements de terre sont la conséquence des mouvements de magma dans les profondeurs de la Terre. Les vents violents sont liés à l’existence d’une atmosphère sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. Ainsi, certains phénomènes permettent de bonnes choses tout en produisant aussi de mauvaises choses. Dans ce cas, il faut se demander si le bien obtenu est supérieur au mal causé (par exemple, l’existence d’êtres vivants est un bien qui suppose des maux de moindre importance : des catastrophes naturelles, des maladies, des morts violentes infligées aux proies par leurs prédateurs).
  • Le mal moral est lié à la liberté. Un être libre a la capacité de choisir le mal. Il est bon qu’il y ait des êtres libres, et ces êtres ont une valeur particulière. Mais leur existence implique la possibilité du mal (non l’existence du mal, mais sa possibilité). En effet, Dieu ne pouvait pas créer des êtres libres tout en les empêchant de choisir le mal. Dieu n’a pas créé le mal, mais la possibilité du mal, si l’on peut dire. Il a créé des êtres capables de faire le mal, mais aussi de faire le bien et d’éviter le mal.

     

Si Dieu est tout-puissant, pourquoi n’a-t-il pu faire autrement ?

  • Dieu est au-dessus des forces de la nature, mais il ne peut pas faire ce qui est logiquement impossible. Par exemple, il ne peut pas faire que 0 + 0 = 10, ou que les cercles soient carrés. Il ne peut pas non plus créer des êtres à la fois libres et non-libres. La toute puissance est la capacité de faire tout ce qui n’est pas logiquement impossible. Par exemple, les miracles sont physiquement impossibles, mais ne sont pas logiquement impossibles (c’est-à-dire impossibles en vertu des lois logiques).
  • Nous ne savons pas s’il était logiquement possible de créer des êtres vivants et des hommes sans créer des phénomènes pouvant entraîner des risques pour l'homme. Donc nous ne pouvons pas dire que l’existence du mal prouve la non-existence de Dieu. D'ailleurs, il était logiquement impossible de créer des êtres libres tout en les empêchant de faire le mal.

 

La réparation des maux

« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (St Irénée). En voulant créer des êtres semblables à lui, parfaits et bienheureux, Dieu a créé des êtres qui peuvent se gêner mutuellement et commettre mal. Mais, d’après la théologie chrétienne, ce mal est provisoire. La souffrance a une fin. C’est ce qu’affirme Jésus dans les Béatitudes : Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 5-10).

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Mardi 2 janvier 2007 2 02 /01 /Jan /2007 12:10

 

 

 

Cet argument rappelle la preuve ontologique de St Anselme. C'est en effet un argument qui procède a priori, à partir de la définition même de Dieu. Pourtant, il s'en distingue nettement. Il vient en partie de Plantinga, qui s’inscrit lui-même dans une tradition remontant à Leibniz et à Duns Scot. C'est un argument "modal" parce qu'il repose sur la définition des modalités : la nécessité, la possibilité et la contingence.

 

 

1.        Si l’Etre nécessaire existe, alors il existe nécessairement et il est impossible qu’il n’existe pas.

 

2.        Par conséquent, soit l’Etre nécessaire est impossible, soit son existence est nécessaire, mais il n’y a pas de milieu entre ces deux hypothèses.

 

3.        Donc si cet Etre n’existe pas dans le monde actuel, c’est que son existence est impossible.

 

4.        Or l’existence de l’Etre nécessaire n’est pas impossible.

 

5.        Donc il existe un Etre nécessaire.

 

Cet argument permet de retourner le problème de l’existence de Dieu. Habituellement, on pense que la charge de la preuve revient à ceux qui croient que Dieu existe. En fait, c’est l’inverse : elle revient aux athées ; ils doivent prouver l’impossibilité de l’existence de Dieu, car si elle n’est pas impossible, elle est réelle et nécessaire. Il faut donc qu’ils trouvent une contradiction dans la notion même d’un être nécessaire. Or il y a peu de notions aussi simples qui soient intrinsèquement contradictoires. Un cube sphérique, par exemple, est impossible, mais en quoi la notion de nécessité pourrait-elle s’opposer à la notion d’existence ?

 

Les athées peuvent choisir une autre voie : pour que Dieu n’existe pas, il suffit qu’il existe un être incompatible avec son existence. Or ce qui paraît tel, c’est le mal, car si le monde est mal fait, comment pourrait-il exister un créateur bon, intelligent, et tout-puissant ? Nous allons voir que l’existence du mal n’exclut pas l’existence de Dieu. Ainsi, l’existence de l’Etre nécessaire est possible. Il en découle que Dieu existe.

 

 

 

                                   

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Samedi 16 décembre 2006 6 16 /12 /Déc /2006 12:57

 

 

Les philosophes ont proposé plusieurs arguments pour prouver l’existence de Dieu. Chaque argument a une histoire. Je m’attacherai uniquement, ici, à l’argument cosmologique, apparemment très apprécié aujourd’hui. Il a été présenté sous différentes formes. En voici quelques-unes.

 

Au début des Principes mathématiques de la philosophie naturelle, livre fondateur de la physique moderne où sont exposées les lois de la gravitation universelle, Isaac Newton déclare que sa théorie prouve l’existence d’un Créateur intelligent : « Tous ces mouvements réguliers n’ont pas pour origine des causes mécaniques. Cet arrangement aussi extraordinaire du soleil, des planètes et des comètes n’a pu avoir pour source que le dessein et la seigneurie d’un Être intelligent et puissant ».

 

 

Gottlob Leibniz (1646-1716), grand physicien lui aussi, propose une version intéressante du même argument :

 

 « la raison suffisante de l'existence des choses ne saurait être trouvée ni dans aucune des choses singulières, ni dans tout l'agrégat ou la série des choses. Posons que le livre des éléments de la géométrie ait existé de tout temps et que les exemplaires en aient toujours été copiés l'un sur l'autre ; il est évident, bien qu'on puisse expliquer l'exemplaire présent par l'exemplaire antérieur sur lequel il a été copié, qu'on n'arrivera jamais, en remontant en arrière à autant de livres qu'on voudra, à la raison complète de l'existence de ce livre, puisqu'on pourra toujours se demander, pourquoi de tels livres ont existé de tout temps, c'est-à-dire pourquoi il y a eu des livres et pourquoi des livres ainsi rédigés. Ce qui est vrai des livres, est aussi vrai des différents états du monde, dont le suivant est en quelque sorte copié sur le précédent, bien que selon certaines lois de changement. Aussi loin qu'on remonte en arrière à des états antérieurs, on ne trouvera jamais dans ces états la raison complète, pour laquelle il existe un monde et qui est tel.

On a donc beau se figurer le monde comme éternel, puisqu'on ne suppose cependant rien que des états successifs, qu'on ne trouvera dans aucun de ces états sa raison suffisante, et qu'on ne se rapproche nullement de l'explication en multipliant à volonté le nombre de ces états, il est évident que la raison doit être cherchée ailleurs » (De l’Origine radicale des choses).

 

La science explique chaque phénomène en le ramenant à une ou plusieurs lois de la nature. Autrement dit, elle explique chaque régularité en la ramenant à une autre régularité. Seules les régularités nécessitent une explication. Ce qui n’est pas régulier peut être dû au hasard, mais on suppose, inversement, que la régularité d’un phénomène a toujours une cause. Imaginons que je lance dix dés à six faces. Si le résultat du jet est irrégulier, ce résultat ne me surprend pas. A l’inverse, si j’obtiens dix fois le même chiffre dès le premier jet, et si au bout d’une vingtaine de jets, je n’arrive toujours pas à obtenir un autre chiffre, il y a là de quoi s’étonner. C’est en face d’une régularité qu’on se demande pourquoi il en est ainsi et non autrement. Il en est de même dans les sciences de la nature. Par exemple, le mouvement des planètes se faisant toujours selon certaines lois, énoncées par Kepler, il était naturel que Newton cherchât la cause de cette régularité, ce qui l’amena à découvrir la gravitation universelle. Mais ce faisant, Newton expliqua une régularité par une autre régularité, plus générale sans doute, mais tout aussi mystérieuse. En fait, l’explication scientifique remonte à des lois toujours plus générales, et donc à des régularités toujours plus universelles et de moins en moins explicables par le hasard. Albert Einstein, comme Leibniz, était parfaitement conscient de cette limite de la physique. Voici ce qu’il en dit dans une lettre à Maurice Solovine du 30 mars 1952 : « Vous trouvez curieux que je considère la compréhensibilité du monde comme un miracle ou comme un éternel mystère. Eh bien, a priori, on devrait s’attendre à un monde chaotique, qui ne peut en aucune façon être saisi par la pensée (…). Si les axiomes de la théorie [de Newton] sont posés par l’homme, le succès d’une telle entreprise suppose un ordre du monde objectif d’un haut degré d’intelligibilité, qu’on n’était, a priori, nullement autorisé à attendre. C’est cela le miracle, qui se fortifie de plus en plus avec le développement de nos connaissances. C’est ici que se trouve le point faible des positivistes et des athées professionnels, qui se sentent heureux parce qu’ils ont la conscience, non seulement d’avoir avec plein succès privé le monde des dieux, mais aussi de l’avoir dépouillé des miracles ». Pourtant, dans la suite de cette lettre, Einstein refuse d’en tirer la conclusion que Dieu existe. Sa position est-elle cohérente ? Quand il est impossible d’expliquer un phénomène par une cause naturelle, et qu’il est en même temps nécessaire d’expliquer ce phénomène, la seule solution envisageable est de lui donner une explication surnaturelle. Il est donc logique d’admettre que les lois de la nature viennent d’un Créateur intelligent, c’est-à-dire d’une cause surnaturelle qui, parce qu’elle est intelligente, est capable de créer de l’ordre.

D’ailleurs, l’existence d’un Créateur intelligent explique bien l’existence des régularités naturelles, car si ce Dieu veut créer des êtres intelligents à son image, comme l’enseigne la religion chrétienne, il est utile que les phénomènes de la nature soient réguliers et prévisibles. Sans cela, l’homme ne pourrait y survivre.

 

 

J. C. Maxwell (1831-1879) Physicien et mathématicien anglais.

 

Il part de la régularité extrême existant dans les propriétés des molécules. Les molécules d’une même sorte ont des propriétés absolument identiques. Or, contrairement aux êtres vivants, les molécules ne se reproduisent pas en transmettant leur propriétés à d’autres molécules. Mais alors, pourquoi possèdent-elles les mêmes propriétés ? La physique ne peut expliquer ce fait. Seule l’existence d’un Créateur intelligent semble en fournir l’explication : « La science est arrêtée quand elle s’assure, d’une part, que la molécule a été faite, et d’autre part, qu’elle n’a été faite par aucun des processus que nous appelons naturels ».

 

 

         L’existence de Dieu et les règles de l’inférence à la meilleure explication

 

Nous prendrons le mot « coïncidence » au sens étymologique : deux événements sont co-incidents quand ils se produisent ensemble. Quand il se produit une petite coïncidence, nous pouvons croire qu’elle est due au hasard ; cela ne signifie pas qu’elle découle d’un processus indéterminé, mais que la coïncidence n’a pas été voulue et qu’elle peut résulter de plusieurs chaînes causales sans origine commune. Par exemple, si plusieurs fois de suite, je vois la pluie commencer à tomber au moment où je sors de chez moi, je ne peux pas en conclure qu’il y a un dieu ou un esprit décidé à me nuire.

 

En revanche, si la coïncidence se répète à chaque fois, il est naturel de penser que tous les événements de la série sont dus à une même cause (qu’il s’agisse d’un dieu, d’un sorcier, ou d’un processus naturel).

 

Il faut donc poser le principe

 

(PS) (principe de simplicité) Une grande coïncidence, si elle suppose la rencontre d’une multitude de causes ou de conditions, est extrêmement improbable. Il faut donc croire qu’elle est due indirectement à une même cause.

 

Mais il faut aussi tenir compte du principe

 

(PAP) (principe de l’augmentation de la probabilité) : Plus on mélange les éléments d’une configuration, plus on a de chances d’obtenir cette configuration. Par exemple, si on lance un dé à six faces, on a peu de chances d’obtenir un six. Mais si on lance dix dés à six faces, on a plus de chances d’y arriver.

 

De même, un athée peut soutenir que si la matière de l’univers se mélange depuis très longtemps, il est probable qu’un tel processus aboutisse à l’apparition des êtres vivants et de l’homme.

 

Un athée peut donc s’appuyer sur PAP pour rejeter PS. Il peut dire que vu le nombre de causes et d’événements passés dans l’histoire de l’univers, l’apparition de l’homme était une coïncidence assez probable, tout comme les petites coïncidences que nous attribuons au hasard. Seulement, cette idée a deux conséquences absurdes :

 

1°) Dans l’hypothèse athée, l’évolution de l’univers n’a jamais commencé ; le nombre de ses transformations passées est infini. En effet, on suppose que tout changement physique est la conséquence d’un changement physique. Il est donc clair que dans l’hypothèse athée, l’histoire du monde se constitue d’une infinité d’événements, de transformations, etc. En conséquence, tout événement physiquement possible doit être considéré comme probable. Bien plus : la probabilité de chaque événement physiquement possible tend vers 1 ; on en conclut que tout événement physiquement possible s’est déjà réalisé. Par exemple, un singe a tapé la critique de la raison pure sur un ordinateur (on peut même imaginer que quarante singes l’ont déjà fait).

 

Puisque cette conséquence est absurde, il faut rejeter l’idée selon laquelle le nombre d’événements passés est infini. Il faut donc admettre que le monde physique a commencé un jour, c’est-à-dire qu’il a été créé.

 

2°) Si on admet ce raisonnement, alors toute coïncidence peut être attribuée au hasard, ce qui est manifestement faux.

 

Prenons un exemple connu : les attentats du 11 septembre 2001. Au moment des attentats, on voit deux avions de ligne s’écraser contre les tours jumelles du World Trade Center. Or, on sait aussi que d’autres avions se dirigent vers la Maison Blanche et le Pentagone. On a déjà vu, à New York, à Tokyo ou ailleurs, des accidents pendant lesquels un avion de ligne s’est écrasé sur un gratte-ciel. Mais pendant les attentats du 11 septembre, on ne peut pas croire qu’il s’agit d’un accident d’avion, puis d’un deuxième accident, au moment où d’autres appareils du même type quittent leur trajectoire normale pour se diriger vers la Maison Blanche et vers le Pentagone. Il est irrationnel de préférer l’hypothèse de l’accident, même si on n’a jamais vu un attentat d’une telle ampleur. L’événement a donc une cause extraordinaire. L’hypothèse de l’accident a l’avantage de ramener l’effet à des causes plus ordinaires. Pourtant, l’hypothèse la plus rationnelle est bien celle du complot. L’événement peut être voulu, puisque les Etats-Unis ont de nombreux ennemis dans le monde. Il faut donc penser que tout cela vient indirectement d’une même cause : une cause intelligente qui est à l’origine des attentats.

 

L’argument cosmologique s’appuie sur le même principe : l’apparition de l’homme est un événement qui peut être voulu, car chaque être humain (et chaque personne) a une très grande valeur. Or cet événement requiert de multiples causes et conditions. La coïncidence est donc frappante. Il ne s’agit pas d’une petite coïncidence que l’on peut renoncer à expliquer. On ne peut pas l’attribuer au hasard ; il faut donc penser qu’elle provient indirectement d’une seule cause : un créateur intelligent.  

 

 

Conclusion

 

L’athéisme s’appuie sur PAP pour rejeter PS. Or cet argument n’est pas correct, car si on admet cette utilisation du principe PAP, alors :

 

1°) L’athéisme aboutit à une conséquence absurde : tout événement physiquement possible s’est déjà réalisé.

 

2°) Si tout événement physiquement possible est probable, toutes les coïncidences, même les plus frappantes, peuvent être expliquées par le hasard. Or il est évident que nous ne pouvons pas accepter cette idée, parce qu’elle sape les bases d’une grande partie de la connaissance humaine. La physique et les sciences de la nature appliquent ce principe. On l’applique aussi en histoire, dans les sciences humaines, dans les enquêtes policières, dans les procès, et dans une foule de situations où on ne peut pas s’en passer. Il serait donc incohérent d’y renoncer dans le débat sur l’origine du monde.

  

 

                                                                                    Héron mélomane

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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