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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

La foi, la connaissance et la raison

Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /2006 20:59

pour faire de la philosophie

Inférer : tirer une conclusion ou acquérir une connaissance à partir de certaines données.

 

 

Induction : inférence qui aboutit à une conclusion générale à partir de plusieurs exemples du même genre. « Tous les corbeaux sont noirs » : cette conclusion est obtenue par induction à partir des corbeaux qu'on a eu l'occasion d'observer. L'induction n'est pas rigoureuse du point de vue logique. Elle n'est donc pas démonstrative à proprement parler, mais peut toutefois constituer une preuve ou une confirmation (d?une valeur limitée).

 

 

Déduction : inférence qui repose sur les règles de la logique ou du calcul mathématique. Ex : Tous les hommes sont mortels ; Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel. Ou bien : 2 + 2 = 4, et 4 + 2 = 6 ; donc 2 + 2 + 2 = 6.

 

 

Inférence à la meilleure explication : inférence qui conclut en faveur de l'explication la meilleure, c'est-à-dire la plus simple ou la plus probable. Par exemple, si je vois des traces de pas dans la neige, disposées tout à fait comme si elles avaient été causées par un même individu, la meilleure explication consiste à dire que c'est un même et unique individu qui a produit ces empreintes en marchant. Mais il n'est pas logiquement impossible que les empreintes aient été produites par plusieurs personnes de même pointure, ou d'une autre manière encore. Seulement, ces hypothèses sont moins simples et moins probables. L'inférence à la meilleure explication occupe une place importante dans les procès, les enquêtes historiques ou policières, les théories physiques, et aussi dans la connaissance commune (ainsi qu'on peut le voir dans l'exemple des traces de pas).

 

 

Absolu : qui existe ou possède ses propriétés sans référence à autre chose, ou de façon indépendante. Par exemple, ce qui vaut absolument, c'est ce qui est toujours et partout valable, par opposition à ce qui ne vaut que dans certaines circonstances. Ex : le « zéro absolu » est la température la plus basse considérée comme physiquement possible (en l'absence de tout transfert d'énergie et de tout dégagement de chaleur). Ce zéro n'est pas celui de tel ou tel système de mesure (le système français, ou anglais, etc.). C'est pourquoi il est absolu. « L'Etre absolu », c'est Dieu, parce qu'il est (ou existe) de façon entièrement indépendante.

 

 

Relatif : qui se réfère à autre chose, ou qui dépend d'autre chose. « Relatif » s'oppose donc à « absolu ». Par exemple, ce qui a une valeur relative n'a par définition cette valeur que dans certaines circonstances, ou en fonction de certains critères qui ne sont pas universellement valables. « C'est relativement bon » : c'est bon par rapport à certaines choses, mais il y a aussi des choses meilleures. Le relativisme moral est la thèse selon laquelle il n'y a aucune norme ou valeur morale absolue, c'est-à-dire universellement valable.

 

Possible : qui peut être (ou qui peut être vrai, quand on parle d'une explication ou d'une proposition). Ce qui est possible est soit nécessaire, soit contingent.

 

 

Impossible : qui ne peut pas être (ou qui ne peut pas être vrai). Il convient de distinguer différents types d'impossibilité : certaines choses sont logiquement impossibles, c'est-à-dire contraires aux lois logiques ou mathématiques (par exemple, un cercle carré). On dit alors qu'elles sont absolument impossibles. D'autres sont physiquement impossibles, c?est-à-dire contraire aux lois de la nature (par exemple, un homme qui lévite, qui vole, ou qui se trouve à plusieurs endroits à la fois). Ce qui est physiquement impossible n'est pas toujours logiquement impossible. Par exemple, l'idée d'un homme qui vole ou qui lévite n'est pas contradictoire.

 

Nécessaire : qui ne peut pas ne pas être (ou bien qui ne peut pas ne pas être vrai). Par exemple, une vérité nécessaire est une idée ou une affirmation qui ne peut pas être fausse. Traditionnellement, les philosophes définissent Dieu comme l'Etre nécessaire, par opposition aux êtres contingents.

Par extension, « nécessaire » signifie souvent « indispensable ».

 

 

Contingent : qui peut ne pas être. Tous les êtres qui naissent ou qui meurent, tout ceux dont l'existence n'est pas éternelle, sont considérés comme contingents. De même, toutes les propositions qui sont vraies dans certains cas seulement (ou à certains moments) sont des vérités contingentes.

 

 

Probable : qui a des chances d'être vrai ou de se réaliser. « Probable » se dit d'un événement (ou d'une hypothèse) qui a plus de chances d'arriver (ou d'être vraie) que de ne pas arriver (ou d'être fausse). La probabilité s'oppose donc à la certitude, ainsi qu'à l'improbabilité. En calcul des probabilités, quand la probabilité est de 1, l'événement est considéré comme certain. Quand elle est de 0, il est impossible. Quand elle est supérieure à 0.5, il est plutôt probable, et quand elle est inférieure à 0.5, il est plutôt improbable.

 

 

 

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /2006 21:39

Une des spécificités de la religion chrétienne est la relation étroite qu’elle a toujours entretenue avec la philosophie. Les philosophes chrétiens s’accordent généralement sur les points suivants :

1.      La foi ne repose pas sur des preuves purement déductives, ni sur des preuves parfaitement évidentes.

2.      Mais la foi chrétienne peut se justifier à l’aide d’arguments variés, qui relèvent le plus souvent de l’induction ou de l’inférence à la meilleure explication. Parmi ces preuves, il faut mentionner les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, les miracles (confirmés par des méthodes médicales ou historiographiques), la vie des saints, la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament, la fécondité et l’universalité du message biblique, la cohérence philosophique et théologique de la doctrine chrétienne, et sa constante nouveauté. Ces preuves ne sont pas directement évidentes, mais elles sont suffisantes pour que le pari de la foi soit le plus rationnel.

3.      Il n’est pas nécessaire de connaître tous ces arguments pour commencer à croire. Dans tous les domaines (en science, etc.), on acquiert souvent la connaissance en se fiant à autrui, et sans savoir ce qui la justifie. Par exemple, on apprend certaines lois physiques avant d’en découvrir les preuves expérimentales. Bien plus : il arrive souvent qu’on ne fasse jamais l’expérience nécessaire (par exemple, je sais que l’Everest fait plus de 8000 m ; pourtant je n’en ferai jamais la preuve moi-même, et je crois que ce n’est pas utile). En bref, dans l’ordre naturel de la connaissance humaine, la foi précède généralement la connaissance des preuves.

4.      La théologie est une œuvre collective, tout comme n’importe quelle discipline scientifique. Personne n’est assez intelligent pour répondre, seul, à toutes les grandes questions philosophiques et théologiques. C’est pourquoi il est nécessaire de se fier, dans le domaine moral et théologique, à une autorité intellectuelle. Cette autorité appartient au Magistère[1] de l’Eglise, qui synthétise et coordonne les avancées de la raison dans le domaine théologique.

                             


                                     

 

[1] On appelle « magistère » le pape et les cardinaux quand ils s’expriment sur les questions les plus importantes dans les conciles, les documents de référence et les encycliques.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /2007 08:42

Traditionnellement, surtout depuis Descartes et les "Lumières", on définit la rationalité de façon purement négative. Cette manière de voir aboutit à des incohérences : on applique aux croyances religieuses des critères qu'on est loin d'appliquer en histoire, dans les sciences humaines, voire dans les sciences de la nature (par exemple, les théories physiques ne sont pas démontrables à proprement parler). Au XVIIIème siècle, un philosophe écossais, Thomas Reid, a pris le contrepied de cette tendance en décrivant de façon positive et réaliste le fonctionnement de la connaissance humaine .

Descartes applique le principe suivant :

(PR) : Il ne faut rien croire sauf ce qui est démontré ou absolument évident. (il ne faut donc jamais se fier aux autres - ou même à ses propres facultés de connaissances, comme la vue - sauf si ce qu'ils disent est démontrable ou immédiatement évident).

Thomas Reid propose exactement l'inverse :

(PC) : Il faut croire que les choses sont comme elles semblent être, sauf s'il y a une apparence contraire et plus forte. Il faut donc se fier aux autres (ou à ses propres facultés de connaissance) sauf si on a une bonne raison de croire qu'ils ne sont pas fiables.

Reid note que si les enfants appliquaient le principe PR, ils "seraient absolument incrédules, et par conséquent, absolument incapables d'instruction". En effet, on ne peut rien apprendre si on applique ce principe. Quand un enfant apprend à parler, il ne peut apprendre le sens des mots qu'en se fiant aux personnes qui l'entourent. Par exemple, si on lui montre un chat en disant "Oh ! un chat !" il ne peut savoir que c'est un chat que s'il croie ce qu'on lui dit. Or, même à l'âge adulte, ce principe est valable. Par exemple, dans une enquête policière, on est souvent obligé de se fier à des témoins ; et on ne s'en méfie que si on a de bonnes raisons de le faire (s'ils ne sont pas sains d'esprit, s'ils sont intéressés, s'ils se contredisent, etc.).

Le principe de crédulité (PC) s'applique à toutes les facultés de connaissance. S'il vous semble "que vous voyez une orange ou que vous ouvrez une boîte de petits pois, alors probablement, vous voyez une orange ou vous ouvrez une boîte de petits pois. Bien plus, vous devez le croire, à moins que vous n'ayez une bonne raison de vous croire victime d'une illusion : pour cela, il faut qu'il y ait un conflit entre ce qui vous semble vrai et d'autres choses qui vous semblent également vraies. Par exemple, ce ne peut être une orange si vous pouvez passez la main au travers ; et s'il vous semble avoir passé la main au travers, c'est une raison de croire que vous êtes victime d'une illusion en croyant voir cette orange." (Richard Swinburne, The Evolution of the Soul, p.11)

Depuis vingt ou trente ans, l'oeuvre de Reid intéresse de plus en plus les philosophes anglosaxons, qui reprennent volontiers certaines de ses idées. 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 12:12

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas". Tout le monde a entendu cette fameuse citation de Pascal. L'ennui, c'est que très peu de gens connaissent sa véritable signification. Qu'est-ce que le coeur, chez Pascal ? Ce n'est pas le sentiment, ni l'affectivité. Pascal est-il en train dire que la foi relève du sentiment et non de la raison ? Non, non et non ! Absolument pas !

Pour Pascal, il y a bien des raisons de croire. Le but des Pensées (ou du livre qu'il avait l'intention d'écrire en écrivant ses pensées, notes de brouillon qui furent retrouvées après sa mort) est bien d'exposer les raisons de croire, pour aider les libres penseurs à accueillir la vérité révélée. D'après lui, l'argument le plus fort en faveur de la vérité du christianisme est celui des prophéties, auxquelles il consacre une bonne partie des Pensées.

Alors que veut dire la citation ? Pascal donne un sens très particulier au mot coeur. Le coeur est la faculté de connaître certaines vérités de façon intuitive. Par là, il se distingue de la raison, capacité de connaître la vérité de façon dicursive (c'est-à-dire à l'aide de raisonnements que l'on peut formuler verbalement). Pascal dit que tout raisonnement mathématique repose sur des axiomes, propositions évidentes et indémontrables. Ces vérités premières sont connues par le coeur (et non, bien entendu, au terme d'un raisonnement).

Le coeur joue aussi un rôle après la formulation des raisonnements : si on me présente une multitude d'arguments pour et contre la foi, après un examen rationnel plus ou moins détaillé, c'est finalement au coeur de discerner la vérité, car c'est toujours de façon plus ou moins intuitive que nous estimons la qualité des arguments proposés.

Le mot coeur, dans la Bible, désigne le centre de la personne : c'est le coeur qui décide ultimement de suivre ou de rejeter la vérité. Pascal a sans doute repris le sens biblique du mot, en y ajoutant ses considérations épistémologique sur le rapport entre la démonstration et la connaissance intuitive.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /2007 10:25

John Henry Newman, théologien anglais du XIXè siècle, nous a laissé, au milieu de nombreux écrits théologiques, un grand livre de philosophie sur la foi et la raison : la Grammaire de l’assentiment (1870). Ce livre est l’aboutissement de plus de vingt ans de réflexion sur le rapport entre la foi et la raison. Tout en travaillant à la rédaction de ce livre, Newman correspondait avec un ami athée pour échanger des arguments sur ce délicat problème[1]. La démarche de Newman consiste à utiliser l’épistémologie pour savoir si les croyances religieuses sont compatibles avec les critères de la rationalité.

 

 

 Deux conceptions de la rationalité

 

 

Le cardinal Newman distingue deux conceptions de la rationalité. La rationalité à l’œuvre dans les démonstrations mathématiques peut être comparée à une tige métallique (quelque chose d’étroit et de ferme). Mais en réalité, la justification rationnelle ne prend pas souvent cette forme. Dans la plupart des cas, elle correspond plutôt à celle du câble, qui est aussi solide, mais dont la solidité vient de l’assemblage de plusieurs fils, fragiles quand ils sont séparés. Dans la plupart des situations de la vie, nous ne pouvons pas fonder nos choix sur des démonstrations de type mathématique, mais nous nous appuyons sur plusieurs indices qui convergent vers une même conclusion. Les preuves que nous possédons sont en général imparfaites, mais nous en possédons plusieurs. Le modèle cartésien des « chaînes de raisons » est donc inapplicable en réalité[2]. D’après Aristote, il est absurde de demander des preuves de type mathématique dans des matières où il est impossible d’en trouver. Newman se réclame volontiers d'Aritote. D’après Newman, il est non seulement déraisonnable, mais irrationnel d’exiger des preuves de type mathématique lorsqu’il s’agit de justifier ses choix de vie, ses valeurs morales, ou ses croyances religieuses. Newman propose une forme de réalisme épistémologique[3].

 

 

Les probabilités convergentes

 

 

La certitude du croyant ne repose donc pas sur une chaîne de déductions absolument rigoureuses du point de vue logique. Elle s’appuie sur un ensemble d’indices ou de preuves qui sont seulement probables[4], mais qui, en convergeant vers une même conclusion, confirment celle-ci au point de la rendre certaine aux yeux du croyant. La rationalité des croyances religieuses ne ressemble donc pas à celle des mathématiques, mais plutôt à celle d’autres sciences comme l’histoire : l’historien s’appuie sur un ensemble d’indices plus ou [5]moins imparfaits, dont certains consistent en témoignages. La fiabilité des témoignages est jugée en fonction des qualités des témoins : de leur sincérité, et parfois de leur compétence. L’historien, pas plus que le juge dans un procès, ne peut exiger le même degré d’évidence qu’un géomètre, car cette attitude le condamnerait à ne trouver aucun indice et à rester éternellement dans l’indécision. Il en est de même pour le croyant.

Les arguments évoqués par Newman sont traditionnels : la réalisation des prophéties, la nouveauté et l’universalité de l’enseignement du Christ, convaincant pour les hommes de toutes cultures, la diffusion très rapide du message évangélique pendant les premiers siècles, la vie des saints, les miracles, anciens ou récents, la solidité philosophique de la morale chrétienne et de la pensée chrétienne en général, les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, etc.



[1] Voir J.H.Newman, Correspondance avec Froude

 

[2] Le philosophe américain Ch.S.Peirce, à la même époque, dit à peu près la même chose en usant d’une image très proche de celle de Newman. Cf. Peirce, Textes anticartésiens. Peirce ne traite pas, dans ce livre, de la croyance religieuse. Mais il est possible qu’il ait subi l’influence de Newman.

 

[3] “An iron rod represents mathematical or strict demonstration ; a cable represents moral demonstration, which is an assemblage of probabilities….A man who said “I cannot trust a cable, I must have an iron bar” would, in certain given cases, be irrational and unreasonable” (Letters and Diaries of John Henry Newman, vol. 21, p. 146, Clarendon press, 1973).

 

[4] On distingue habituellement deux espèces de probabilités (cf. Keynes, Russell, Swinburne, etc.) : les probabilités quantifiables (cf. statistiques, jeux de hasard, etc.) et les probabilités non quantifiables (enquête policière, enquête historique, etc.). Celles dont parle Newman sont évidemment du second type.

[5] En français, la  « prudence », mais cette traduction ne rend pas compte de toutes les connotations du mot grec. La phronèsis est la vertu intellectuelle qui guide la pratique, c’est l’intelligence pratique, la capacité de bien choisir lorsque la certitude manque.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 08:37

Newman invente cette expression pour désigner une faculté intellectuelle : celle qui permet à tout être humain de s’orienter dans la vie pratique. Lorsque nous prenons une décision, lorsque nous acceptons ou rejetons une croyance, nous le faisons généralement sans appliquer des critères de rationalité consciemment et explicitemment. Si nos choix sont pourtant justes, c’est que nous faisons preuve de jugement, ou de ce qu’Aristote nommait la phronèsis (la prudence). Pour expliquer cette idée de Newman, comparons le sens illatif avec le sens esthétique : en matière de musique, le jugement d’un mélomane a plus de valeur que celui d’une personne qui s’intéresse peu à la musique. Pourtant, l’expert, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, n’est pas celui qui sait bien calculer pour arriver à la conclusion. Il porte un bon jugement sans avoir appliqué de critères explicites (de qualité musicale, par exemple). Mais comment arrive-t-il à la bonne conclusion ? Il y arrive grâce à une longue habitude de la musique et grâce à une certaine "prudence".

Le jugement esthétique suppose une activité de l’intelligence, mais sans critères explicites. Assurément, il peut être justifié, au moins en partie, mais la justification vient généralement après coup. Il en est de même pour les croyances qui déterminent nos choix de vie. Elles sont le résultat d’une rationalité implicite, diffuse.

Newman défend ainsi la liberté de conscience et la "foi des simples" : le meilleur guide n’est pas tel ou tel critère de rationalité. Face à l’imperfection des preuves disponibles aussi bien en faveur de la religion qu’en faveur  de l’athéisme, les critères de rationalité doivent être affinés, assouplis, rectifiés. Finalement, ils deviennent si complexes et si peu maniables que l’honnêteté intellectuelle reste le meilleur guide en matière de croyances. Personne n’est tenu de pouvoir justifier sur le champ toutes ses croyances. Une telle exigence est disproportionnée et manifeste un manque total de réalisme. Chacun doit rester libre de suivre sa conscience, même s’il manque d’arguments pour se justifier. Autrement, la rationalité est un idéal inaccessible : au mieux, elle appartient à une petite élite de savant (et encore...).

 

 

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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /2007 10:25

 

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Jésus est un personnage unique dans l’histoire. La figure de Jésus est à la fois très paradoxale et très cohérente : elle réunit en elle-même des idées apparemment contraires entre elles, et cela de façon parfaitement cohérente. Jésus prétend être le Messie, et même il prétend être Dieu, et en même temps, il fait preuve d’une très grande humilité jusque dans cette prétention même, et cela avec cohérence (« Mon royaume n’est pas de ce monde »). Ceci est déjà unique dan l’histoire, car autrement, seuls des fous comme l'empereur Caligula, ont prétendu être de rang divin. Moïse, Mahomet, Bouddha, Confucius ou Al Halladj n’ont pas prétendu être de rang divin : il se sont présentés eux-mêmes, soit comme des prophètes, soit comme des maîtres de morale. Mais ce n’est pas tout : Jésus meurt crucifié et ses disciples proclament qu’il est ressuscité. La sincérité de leur témoignage est prouvée par le fait que les apôtres de la première génération ont préféré subir le martyre plutôt que de renier leur foi en Jésus ressuscité. La figure de Jésus est donc unique, et très cohérente malgré son aspect paradoxal, ce qui suggère qu’elle n’est pas le fruit de l’imagination humaine, mais d’une sagesse supérieure : celle de Dieu.

En outre, à partir de ces trois traits réunis en une seule personne, on aboutit logiquement aux plus profondes idées sur le bonheur, les fins dernières, la distinction entre le bien et le mal, etc.

De plus, ces trois points mis ensemble sont en parfait accord avec l’enseignement moral de Jésus et son enseignement sur les fins dernières.

Enfin, tout cela est dans la parfaite continuité de l’Ancien Testament, notamment des prophètes. En vivant et en s’exprimant ainsi, Jésus donne la clef d’interprétation des prophéties : les différentes figures des prophéties, malgré leur diversité apparente, se rassemblent en une seule : Jésus est à la fois le Roi messie et le serviteur discret et souffrant ; il est à la fois le « Fils d’homme » annoncé par Daniel, le Fils de Dieu, et Dieu lui-même venu, comme prédit, enseigner aux hommes sa volonté ; il est à la fois grand prêtre, prophète et roi ; il est à la fois le prêtre et la victime offerte en sacrifice.

Ajoutons que les grands héros de l'Ancien Testament ont tous quelque chose de commun avec Jésus, et ce quelque chose varie d'un personnage à l'autre : ils sont des préfigurations du Christ (Sur ce sujet, voir mon article intitulé "Jésus, pain de vie et Agneau immolé" dans la rubrique "prophéties").

Tout cela est-il l'effet du hasard ? Si c'est un concours de circonstances, il est d'une extrême improbabilité... 

Cet argument, somme toute classique, a été exposé plusieurs fois par le théologien Hans Urs von Balthasar, et repris (mais simplifié pour le grand public) par Mgr Léonard, dans Les Raisons de croire, éd. Fayard, 1987.

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Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /2007 14:42

foucauld.jpg La convergence des saints et la fiabilité de leur témoignage : la plus grande partie de la connaissance humaine repose sur le témoignage. Tout ce que nous apprenons en cours, dans les livres, nous l'apprenons en nous fiant à d'autres personnes. L'histoire, l'ethnologie et la géographie, ne pourraient pas exister si les hommes refusaient par principe le témoignage des autres. Comme le dit Tocqueville, "il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d'autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de choses qu'il n'en établit" (De la démocratie en Amérique, t. II, ch. II). La manière la plus directe et la plus naturelle de traiter la question du rapport entre foi et raison consiste donc à se demander à quelles conditions il est rationnel de se fier à quelqu'un. Malheureusement, la science ne répond pas aux questions les plus importantes de l'homme, et quand les scientifiques s'y intéressent quand même, ils ne sont pas d'accord entre eux et d'ailleurs, ils n'ont pas la prétention de faire autre chose que de la philosophie.

Quels sont donc les critères d'une foi rationnelle ? Pour savoir à qui se fier, il faut tenir compte de l’intelligence ou de la compétence des personnes, mais surtout de leur sincérité. Cependant, une erreur peut se glisser chez un auteur, même très intelligent et tout à fait sincère. Aristote s’est trompé, et les autres grands philosophes, même les meilleurs. Kant et Hegel méprisaient les noirs. Voltaire n'était pas opposé à l'esclavage. Et on pourrait multiplier les exemples...

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Soyons donc plus exigeants. Si une même idée est admise par des philosophes ou des personnes répondant aux critères que nous venons de formuler, si ces auteurs sont assez nombreux, et si enfin, ils appartiennent à des époques et à des cultures très diverses, cette convergence est une preuve idéale en faveur de cette idée. On ne peut pas trouver de meilleure preuve dans le domaine de la connaissance par témoignage. Or il existe une telle preuve en faveur de la vérité de la religion chrétienne : elle est affirmée par de nombreuses personnes intelligentes et d’une vertu exemplaire qui appartiennent à des époques et des cultures très diverses. De plus, ce témoignage concorde avec celui d'une multitude de savants, de scientifiques et de philosophes appartenant aussi à des époques et à des cultures très variées (il n'est donc pas le fait de mystiques plus ou moins illuminés et idéalistes).

Ajoutons que rien d’autre ne reçoit une aussi grande confirmation par les témoignages concordants d’hommes et de femmes de valeur. Les martyrs d'Océanie, du Japon et de l'Ouganda, la bienheureuse Kateri Tekakwita (une iroquoise), et les saints de tous les continents ont donné leur vie pour une même cause. Les saints les plus riches ou les plus puissants (St Louis, St Elisabeth de Hongrie, Ste Isabelle du Portugal), comme les plus pauvres (St François d'Assise ou le clochard St Benoît Labre), les plus savants (St Tomas, Duns Scot, etc.) comme les moins cultivés, ont choisi le Christ pour seul maître. De plus, les saints ne sont pas seulement d’accord sur la vérité du christianisme ; il y a entre eux une très grande convergence de vues en ce qui concerne les différents points de la doctrine chrétienne ainsi que les moyens de progresser moralement.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 14:05

 

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Ce qui se dit du peuple juif peut aussi se dire de l’Eglise : comme lui, elle a une histoire extraordinaire et très tourmentée. Elle a toujours tenu malgré les persécutions et les efforts de nombreuses puissances pour la diviser ou pour la faire périr. 
Rappelons qu'il y avait deux royaumes chez les Juifs de l'Antiquité : celui de Jacob (Israël) et celui de Juda. D’après l’oracle de Jacob (dans la Genèse), le sceptre ne doit pas être enlevé à Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui sera "l’attente des nations", c'est-à-dire le Messie. De fait, le royaume de Juda a toujours eu la primauté sur celui d’Israël. Et en même temps, l’indépendance de Juda n’a vraiment existé qu’à la fin, pendant une courte période de quatre-vingts ans, de 142 à 63 avant J-C, entre la fin de la domination séleucide et le commencement de la domination romaine. Quand les juifs firent appel à Pompée en 66 av. J-C, ils déclarèrent, épuisés par la guerre civile, qu’ils ne voulaient plus avoir de roi. Ainsi se réalisait la prophétie, car Jésus Christ est venu juste après que le sceptre fût enlevé à Juda. Si l’on comprend la prophétie comme St Augustin dans La Cité de Dieu, elle s’est également réalisée. D’après lui, elle signifie qu’il y aura des rois en Juda avant la venue du Messie. Si cette lecture est juste, la prophétie s’est réalisée de façon très frappante, car les juifs n’ont vraiment eu de rois que pendant quatre-vingts ans, et tous n’étaient pas juifs. Ainsi, après la domination des Babyloniens, puis des Perses, des Grecs, et enfin des Séleucides, les Juifs ont eu juste assez de rois pour que la prophétie se réalise, et cela au moment prédit, c’est-à-dire juste avant la venue du Christ.

Après la mort de Jésus Christ (vers 30), les Juifs se sont entretués dans une guerre atroce. Vespasien, proclamé empereur par les légions à Alexandrie, envoya  son fils Titus en Judée, et l’armée romaine, en 70, rasa entièrement la ville, n’y laissant que trois tours et un mur. Le temple fut entièrement détruit et le sacrifice cessa définitivement. Cette destruction de la ville sainte fut un choc sans précédent depuis l’exil de 587 av. J-C. D’après les historiens, environ un tiers du peuple juif a du périr au cours de ces évènements tragiques. Depuis, le peuple juif a toujours été persécuté, sans jamais retrouver son territoire. Et malgré cela, il a toujours continué à exister en tant que peuple. Ceci est un fait unique. Quel autre peuple a tenu trois mille ans dans d’aussi mauvaises conditions ?

L’histoire de l'Eglise est tout aussi remarquable. D'abord, c'est la plus vieille institution existante. Elle a résisté aux persécutions des Romains, au gnosticisme, puis aux hérésies successives qui menacèrent son unité aux Vè et VIè siècles. Ensuite, elle a résisté aux déchirements internes liés au fait que plusieurs royaumes chrétiens voulaient s’approprier son autorité (rappelons qu'il y a même eu de faux papes, notamment en France). Puis elle a résisté à la Réforme, aux attaques des philosophes athées, à celles des sociétés secrètes. Au XIXème siècle, l'anticléricalisme féroce s'oppose à l'Eglise et à ses congrégations religieuses, qui sont interdites dans plusieurs pays. Au XXème siècle, l’Eglise a été l’ennemi n° 1 des puissances communistes et jamais il n’y avait eu tant de martyrs en un siècle.

Pascal et Newman estiment que ceci est un indice à prendre en considération. Le peuple juif et l'Eglise sont chargés par Dieu d'une Révélation à transmettre au monde entier. Le fait qu'ils résistent à toutes les attaques suggère, d'après eux, qu'ils sont protégés par Dieu à cause de cette mission.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /2008 22:02

Le pari de Pascal n’est pas un choix aveugle ou arbitraire, mais un calcul rationnel, un calcul de probabilités. D’abord, insistons sur le fait que Pascal n’est pas fidéiste : il ne sépare pas la foi et la raison. Sa thèse est plutôt que la foi est incompréhensible du point de vue de la raison raisonnante, c’est-à-dire tronquée ou caricaturée. Il y a bien des raisons de croire, et le but des Pensées est de les exposer de façon persuasive. Selon Pascal, la plus importante des preuves du christianisme est la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament. Une bonne partie des Pensées porte sur ce point. Les indices en faveur du christianisme ne manquent pas mais ils manquent d’évidence, car si Dieu imposait à l’homme des preuves évidentes, il ne respecterait pas sa liberté. L’adhésion libre à la vérité révélée suppose que nous ayons la capacité de nier cette vérité en nous aveuglant volontairement. Cela n’est possible qu’à l’égard de ce qui n’est pas évident. Par exemple, je n’ai pas le pouvoir de croire que 2 + 2 = 5 ou que le monde n’existait pas il y a une heure. Il faut donc qu’il y ait des preuves, mais des preuves non évidentes.

A celui qui hésite encore après avoir considéré ces preuves du christianisme, Pascal propose un argument de son cru : le fameux pari. Il se compose de deux parties. La première relève de la théorie de la décision, et la deuxième du calcul des probabilités, inventé par Pascal lui-même, Huygens, et Fermat.

Première partie : il y a deux choix possibles : celui de la foi et l’autre (celui de l’athée ou de l’agnostique. On peut les mettre ensemble parce qu’il s’agit dans les deux cas du choix de ne pas recourir aux sacrements et de ne pas croire la vérité révélée). Donc soit on croit, soit on ne croit pas. Si on fait le premier choix, on sacrifie certains plaisirs de ce monde ; ainsi, en cas d’erreur, on aura fait un sacrifice inutile, mais cette perte est limitée. Si on fait le deuxième choix, le risque est beaucoup plus grand : perdre la vie éternelle. Nous avons donc d’un côté une perte finie, et de l’autre une perte infinie. Il n’y a donc pas à hésiter : il faut choisir de croire.

Objection : si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus grande que la probabilité de son existence, ce raisonnement n’est pas concluant…

La deuxième partie de l’argument répond à cette objection.

Deuxième partie (où interviennent les probabilités) :  Même si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus forte que la probabilité de son existence, l’argument du pari demeure valable. Pascal le montre en imaginant un jeu de hasard. Prenons un exemple du même genre. Jouons à la roulette en modifiant le jeu de la manière suivante : il y a trois fois plus de nombres rouges que de noirs mais que le gain prévu pour les nombres rouges est cent fois plus petit que pour les noirs. Dans ce cas, le pari le plus rationnel est de choisir les noirs.

- Rouges (probabilité de ¾) : gain de 10 euros si ça tombe sur un nombre rouge.

- Noirs (probabilité de ¼) : gain de 1000 euros si ça tombe sur un nombre noir. 

De même, s’il y a peu de chances que Dieu existe compte tenu des indices dont nous disposons, le choix le plus rationnel est tout de même celui de la foi car le gain qu’il permet est infini (c’est la vie éternelle). Il s’agit d’un gain infiniment plus grand que celui du pari contraire.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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