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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 10:11

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Anthony Flew était le philosophe athée le plus connu du monde anglo-saxon, entendons par là : le plus connu en tant que défenseur de l'athéisme. Au début des années 2000, il a officiellement changé de position et s'est converti au christianisme. Il raconte son évolution intellectuelle dans "There is a God, How the world's most notorious atheist changed his mind" (2004 – le titre est de l'éditeur). Dans le passage suivant, extrait des annexes, il donne la parole à un exégète d'Oxford : N. T. Wright. Celui résume l'argument historique permettant de montrer que Jésus est vraiment ressuscité.

 

 

[Résumé de ce qui précède : Avant les débuts du christianisme, la croyance en la résurrection des morts n'existait pas, sauf chez certains juifs, mais sous une forme très différente de celle que l'on trouve dans le christianisme primitif]

Premièrement, au lieu de concevoir la résurrection simplement comme un événement concernant tout le peuple de Dieu et ne devant arriver qu'à la fin, les premiers chrétiens disaient qu'une personne était déjà ressuscitée.

Deuxièmement, ils croyaient que la résurrection impliquait la transformation du corps physique. Ces juifs qui croyaient à la résurrection semblent être allés dans deux directions. Certains disaient que la résurrection reproduirait un corps physique identique en tous points à celui-ci, d'autres disaient que ce serait un corps lumineux, brillant comme une étoile. Les premiers chrétiens ne soutenaient rien de tel. Ils parlaient d'une nouvelle nature physique – on le voit très clairement chez Paul, mais pas seulement – un nouveau type de corporéité qui est définitivement corporel, au sens où il est stable et appartient à notre substance, mais paraît tellement transformé qu'il n'est plus soumis à la peine et à la  souffrance après la mort. Or cela est tout à fait nouveau. Cette image de la résurrection est étrangère au judaïsme.

Troisièmement, ils croyaient que le Messie lui-même avait été ressuscité des morts, ce qu'aucun Juif de l'époque du second Temple ne croyait, parce que selon le judaïsme de cette époque, le Messie ne serait jamais tué. Cela était donc nouveau.

Quatrièmement, ils employaient l'idée de "résurrection" en un sens tout à fait nouveau. Dans le judaïsme, cette idée était une métaphore pour parler du retour de l'exil, comme on le voit en Ezéchiel 37. Mais au sein du christianisme primitif – et je parle ici des tout premiers chrétiens, comme Paul – nous le voyons utilisé en lien avec le baptême, la sainteté, et divers autres aspects de la vie chrétienne qui étaient étrangers à l'esprit du judaïsme et à son utilisation du mot "résurrection".

Cinquièmement, nous voyons que dans l'esprit des premiers chrétiens, la résurrection est une chose à laquelle le peuple de Dieu contribue actuellement dans le présent. Les chrétiens sont appelés à travailler à l'oeuvre de Dieu, à réaliser ce qui est consommé à Pâques, préparant ainsi le nouveau monde que Dieu fera advenir. Cela aussi est tout à fait nouveau, et ne peut être expliqué que comme une mutation interne au judaïsme.

Sixièmement, nous voyons que dans le christianisme primitif, la résurrection, qui était une doctrine parmi d'autres, importante mais sans plus, dans le judaïsme, est devenue le centre de tout. Enlevez-la de Paul, par exemple, de 1 Pierre, de l'Apocalypse, ou des principaux pères du deuxième siècle, et vous détruisez tout leur système de croyances. Il faut en conclure que quelque chose a dû se passer pour que la résurrection deviennent le point central, au lieu de rester à la périphérie.

Septièmement et dernièrement, nous voyons que dans le christianisme primitif, il n'y a guère de variations dans les croyances sur ce qui advient après la mort. Dans le judaïsme, il y avait plusieurs opinions, et dans le monde païen, une multitude, mais il n'y en a qu'un seule dans le christianisme : la résurrection. Cela est vraiment remarquable si nous considèrons à quel point la plupart des peuples sont conservateurs dans leurs idées sur la vie après la mort. Tout se passe comme si les premiers chrétiens avaient eu de bonnes raisons de repenser cette partie la plus personnelle et la plus importante de leurs croyances. Et lorsque nous considérons les variations au sein du christianisme primitif, nous voyons que les chrétiens sont en désaccord sur une foule de sujets ; pourtant, ils sont remarquablement unanimes non seulement dans leur croyance à la résurrection, mais aussi sur ce qu'est la résurrection et sur ses effets.

Tout cela oblige les historiens à se poser cette question très simple : pourquoi tous les premiers chrétiens que nous connaissons, dès les premiers temps dont nous ayons des traces, ont cette conception de la résurrection si nouvelle, et pourtant remarquablement unanime ? C'est là une question historique très intéressante en elle-même. Bien sûr, tous les premiers chrétiens que nous connaissons diraient : "Nous avons cette croyance en la résurrection à cause de notre foi en Jésus Christ". Néanmoins, si l'idée que Jésus est ressuscité des morts avait commencé à se développer après vingt ou trente ans de christianisme, comme l'ont supposé beaucoup d'intellectuels sceptiques, alors dans une large frange du christianisme primitif, la résurrection n'aurait pas vraiment une grande place, ou bien si on trouvait partout cette croyance, elle prendrait différentes formes au lieu d'avoir cette unité très spécifique au christianisme primitif. Par conséquent, la diffusion très large et unanime de la croyance des premiers chrétiens à la résurrection nous oblige à dire qu'il s'est passé quelque chose de singulier, à l'origine du christianisme, donnant sa forme et et sa coloration particulière à tout le mouvement chrétien. 

Ici, nous devons nous devons nous demander : "Fort bien, mais que penser des évangiles ?" Que penser de Matthieu 28, de ce bref récit donné en Marc 16, de celui, plus long, que l'on trouve en Luc 24, et enfin du récit beaucoup plus long de Jean 20-21 ? [...] Je ne sais pas à quel moment ils furent écrit. Personne ne le sait, même si les exégètes veulent parfois nous faire croire qu'ils le savent. Ils ont pu être écrits au début des années 50 du premier siècle, certains diraient : encore plus tôt. Ils ont pu être écrits vers les années 70-80, certains diraient même : dans les années 90. Mais pour mon argumentation, cela n'a aucune importance.

Le point essentiel est le suivant : les récits des évangiles sur la résurrection (et le matériau relatif que l'on trouve au début des Actes) ont certaines caractéristiques remarquables, communes aux quatre récits, qui prouvent historiquement que même s'ils ont été écrits bien après les événements, ils remontent dans le passé par une voie qui n'a pas subi beaucoup d'altérations [...] jusqu'à une très ancienne tradition orale. Cela est évidemment d'une grande importance.

 

La première caractéristique est le portrait de Jésus dans les récits de la résurrection. On a dit maintes et maintes fois (...) (1) que Marc a écrit en premier et n'a presque rien dit sur la résurrection ; (2) que Matthieu vient ensuite, et n'en dit pas beaucoup plus ; puis (3) que nous trouvons Luc et Jean vers la fin du siècle, et ensuite, mais seulement ensuite, les histoires sur Jésus mangeant du poisson grillé au bord du lac, au petit-déjeûner, ou invitant Thomas à le toucher, etc. Selon cette théorie, certains chrétiens vers la fin du siècle ont commencé à croire que Jésus n'était pas vraiment humain, c'est-à-dire n'était pas un vrai homme, c'est pourquoi Luc et Jean aurait inventé ces histoires à ce moment-là pour dire que Jésus était bel et bien humain, qu'il avait une forme vraiment corporelle après sa résurrection, etc.

Le problème pour cette théorie – qui a été très populaire, comme je l'ai dit – est que ces récits (sur Jésus prenant un petit-déjeûner au bord du lac, rompant le pain à Emmaüs, invitant Thomas à le toucher, etc.) ont en commun le même Jésus, qui vient en passant à travers des portes fermées à clef, est reconnu par moments mais pas toujours, apparaît et disparaît à volonté, et finalement monte au ciel. Reprenons cette idée. Si j'écrivais un récit en 95 après JC, pour fortifier mon peuple dans la croyance que Jésus a été un être humain vraiment concret, je ne présenterais pas les matériaux de cette façon, car cela reviendrait à marquer un but dans mon propre camp.

Pour changer de point de vue, si vous étiez un Juif du premier siècle voulant inventer une histoire sur Jésus relevé d'entre les morts, la source biblique la plus naturelle pour vous serait Daniel 12, un des textes les plus importants de la période du second Temple sur la résurrection. Daniel 12 dit que les justes brilleront comme des étoiles au Royaume de leur Père. De fait, Jésus cite cela dans un passage précédent en Matthieu 13. Il est donc extrêmement étonnant qu'aucun récit de la résurrection ne décrive Jésus brillant comme une étoile. Les auteurs l'auraient décrit ainsi s'ils avaient inventé l'histoire.

Donc, à ces deux points de vue, le portrait de Jésus dans les récits de la résurrection est vraiment très étrange. Il n'y a aucun portrait de ce genre dans la littérature juive de l'époque. Et pourtant, de façon remarquable, il est cohérent à travers les récits de Matthieu, Luc, et Jean (Marc est trop bref pour que nous sachions ce qu'il aurait pu en dire). Donc quelque chose de très étrange a dû se passer. Tout se passe comme si les évangélistes voulaient nous dire : "Je sais que vous allez trouver cela très difficile à croire, mais c'est effectivement ce qui s'est passé". Quelque chose d'extraordinaire est arrivé, laissant ses empreintes dans les récits. Quiconque eût voulu écrire un récit fictif de la Pâque, eût fait Jésus plus clairement reconnaissable.

Permettez-moi une remarque en apparté. Si vous prenez les récits de la résurrection en Matthieu, Marc, Luc et Jean en les comparant dans l'original grec, il vous paraîtront tout à fait différents, même s'ils racontent le même épisode où les femmes vont au tombeau (et ainsi de suite). Ils emploient des mots toujours différents. Ils ne semblent donc pas avoir été copiés l'un sur l'autre.

Un deuxième indice est que dans ces récits, on remarque une absence quasi complète d'allusions à l'Ancien Testament. Dans les récits de la crucifixion, il apparaît clairement que la mort de Jésus a été racontée maintes et maintes fois dans la première communauté chrétienne ; et on y fait mention du psaume 22, d'Isaïe 53, de Zacharie, et d'autres passages de l'Ancien Testament, même dans le récit de la mise au tombeau. Mais si vous tournez les pages jusqu'au récit de la résurrection, vous ne trouvez cela ni chez Matthieu, ni chez Marc, Luc ou Jean (et on se souvient que Paul avait déjà dit en 1 Corinthiens 15 que le Christ était ressuscité des morts "conformément aux Ecritures" – Paul avait déjà, au début des années 50, un riche arsenal de textes de l'Ancien Testament permettant d'interpréter la résurrection). Il  eût été fort aisé pour Matthieu, qui aime beaucoup nous parler de l'accomplissement des Ecritures, de dire "Cela arriva pour que s'accomplît cette parole de l'Ecriture : ..." Mais Matthieu ne fait rien de tel.

De même, Jean dit que lorsque les disciples vont au tombeau, ils ignorent encore l'écriture selon laquelle il doit être ressuscité des morts. Mais il ne la cite pas et ne nous dit pas où est elle se trouve. Et sur le chemin d'Emmaüs, Luc présente Jésus exposant les Ecritures, mais ne nous dit jamais, là non plus, quelles Ecritures, ni ce que Jésus leur a dit.

Cela est très étrange. Soit il faut dire que la primitive Eglise a écrit des récits de résurrection saturés de réflexion sur l'Ancien Testament, et que Matthieu, Marc, Luc et Jean, l'ont fait de manière indépendante en utilisant des références explicites, soit il faut dire que ces histoires remontent pour l'essentiel à une antique tradition orale qui précède la réflexion théologique et exégétique. A mon avis, la seconde hypothèse est de loin la plus probable.

Le troisième aspect fascinant de ces récits est la place des femmes (cela est bien connu, je ne dis rien d'original ici). Dans le monde antique, aussi bien juif et païen, les femmes n'étaient pas considérées comme des témoins crédibles dans les procès. Et lorsque Paul mentionne déjà la tradition publique sur Jésus en 1 Corinthiens 15, il dit : "Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir  que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu'il est apparu à..." – puis vient une liste d'hommes : Céphas, Jacques, les Douze, et "plus de cinq-cents frères à la fois", et "en dernier lieu, à l'avorton que je suis". Là, on devient perplexe, et on réagit : "Excuse-moi, Paul, mais où sont les femmes ?" La réponse est que, dès le début des années 50, la tradition publique avait évacué les femmes de l'histoire, parce que cette tradition savait que leur présence nourrirait des doutes. Nous voyons ce doute lorsque nous lisons Celse, qui rejette dédaigneusement la résurrection un siècle plus tard en disant : "Cette foi n'est fondée que sur le témoignage de quelques femmes hystériques".

Il est donc fascinant qu'en Matthieu, Marc, Luc, et Jean, nous trouvions Marie Magdeleine, les autres Marie, et les autres femmes. Et parmi tous ces gens, c'est Marie Magdeleine, dont on connaît la carrière houleuse, qui est choisie pour être le premier témoin : elle l'est dans les quatre récits. En tant qu'historiens, nous sommes obligés de commenter cela en disant que si ces histoires avaient été inventées cinq ans plus tard, ou trente, quarante, ou cinquante, Marie Magdeleine n'y aurait jamais joué ce rôle. Du point de vue des apologistes chrétiens qui veulent montrer aux gens sceptiques que Jésus est vraiment ressuscité des morts, mettre Marie à cette place revient à se tirer une balle dans le pied. Mais pour nous, ce genre d'indice est de l'or pur du point de vue historique. Les premiers chrétiens n'auraient jamais pu inventer cela. L'histoire des femmes qui trouvent le tombeau vide puis rencontrent Jésus ressuscité, doit être considérée comme solidement historique.

Voilà pour le quatrième et dernier aspect fascinant des récits. Maintenant, je m'exprime en tant que prédicateur qui prêche abondamment à chaque fête de Pâques depuis trente-cinq ans[1]. Les prédicateurs de tradition occidentale qui prêchent à Pâques sur Jésus ressuscité des morts ont tendance à prêcher sur notre vie future, notre propre résurrection, ou notre entrée au Ciel. Mais dans les récits de la résurrection en Matthieu, Marc, Luc et Jean, il n'y a rien sur notre vie future. Au contraire, à chaque fois que Paul mentionne la résurrection, ou presque, il aborde également notre résurrection. De même, dans l'épître aux Hébreux, on nous parle de la résurrection de Jésus et de notre résurrection future ; et dans l'Apocalypse, nous trouvons encore ce lien entre notre résurrection et celle de Jésus. Justin Martyr, Ignace d'Antioche et Irénée, dans la droite ligne de la tradition, sont tous d'accord : "Nous pensons à la résurrection de Jésus pour réfléchir sur la nôtre".

 

Mais Matthieu, Marc, Luc et Jean, ne disent pas « Jésus est ressuscité, donc nous ressusciterons un jour ». Ils disent – et cela surprend souvent les gens - : Jésus est ressuscité, donc il était vraiment le Messie. La nouvelle création de Dieu a commencé. Nous avons une tâche à accomplir. Et, plus encore, nous sommes appelés à adorer ce Jésus, parce que nous voyons en lui le Dieu d'Israël incarné, le Créateur de l'univers ». En d'autres termes, ces histoires, telles qu'elles se présentent dans les Evangiles, remontent à une manière primitive de raconter l'histoire qui ne conduisait pas à dire : « Christ est ressuscité, donc nous ressusciterons », ce que nous voyons déjà fixé chez Paul vers la fin des années 40. Aussi, nous devons conclure que ces récits remontent en deçà, jusqu'au moment où nous voyons la toute première Eglise étourdie par cet événement totalement inattendu que fut la résurrection, et dégageant sa signification.

De tout cela je tire les conclusions suivantes. Pour expliquer l'apparition du christianisme primitif, pour expliquer l'existence de ces quatre récits de la résurrection ainsi que des morceaux des Actes et de Paul, nous devons dire que la toute première Eglise croyait vraiment que Jésus était ressuscité des morts sous une forme corporelle. Nous n'avons aucune trace d'un chrétien des premiers temps croyant autre chose. Or comment pouvons-nous expliquer cela d'un point de vue historique ? [...]

 

Nous devons nous demander : comment expliquer ce phénomène extraordinaire, le fait que le christianisme primitif soit apparu tout d'abord, ait pris sa forme si singulière, et ait transmis des récits si singuliers ?

Or je découvre, en cherchant une explication historique, que deux événements particuliers ont dû se produire : (1) il dut y avoir un tombeau vide connu pour être celui du Christ, de telle sorte qu'il n'y avait pas de risque d'erreur, (2) il dut y avoir des apparitions du Christ ressuscité. Chacune de ces conditions a dû se réaliser.

Pourquoi ? Parce que s'il y avait eu un tombeau vide mais pas d'apparitions, chacun aurait pu en tirer, à l'époque, la conclusion évidente (pour eux, même si elle ne l'est pas pour nous) qu'il avait été enlevé. Les tombes étaient régulièrement pillées, surtout celles des hommes riches ou célèbres ; elles pouvaient contenir des bijoux, ou quelque chose d'intéressant à voler. C'est pourquoi il auraient pu dire comme Marie-Madeleine : "Ils ont enlevé le corps. Je ne sais pas ce qu'il est devenu". Ils n'auraient jamais parlé de résurrection s'ils n'avaient rien vu d'autre qu'un tombeau vide.

De même, vous ne pouvez expliquer les données historiques dont nous avons parlé, en disant seulement que les disciples ont dû avoir une expérience particulière dans laquelle ils ont vu une rencontre avec Jésus. Ils savaient que Jésus avait été tué. Mais ils connaissaient tous l'existence d'hallucinations, de fantasmes, et de visions. La littérature antique, aussi bien juive que païenne, en est pleine. Cela remonte à Homère, apparaît chez Virgile, se rencontre partout. Récemment, on a essayé de soutenir, pour montrer que la résurrection n'a pas eu lieu, quelque chose du genre : "Oui, mais quand vous perdez une personne que vous aimez, vous avez parfois l'impression qu'elle est avec vous dans votre chambre, vous sourit, voire vous parle, puis disparaît à nouveau. C'est peut-être ce qui est arrivé aux disciples". Et certes : j'ai lu une partie de la littérature sur ce sujet, c'est un phénomène bien attesté parce qu'il intervient dans les procès, et vous pouvez l'expliquer comme vous voulez, mais le hic, c'est que les premiers chrétiens connaissaient eux-aussi ce genre de phénomènes. Ils connaissaient l'existence des visions, des hallucinations, des rêves, des fantasmes, etc. Autrement dit, s'ils avaient eu l'impression, aussi vive fût-elle, d'être avec Jésus, mais si le tombeau n'avait pas été vide, ils auraient dit : "Bonté divine, c'était très fort, et en un sens, très consolant, mais bien sûr, il n'est pas ressuscité des morts, car les morts ne ressuscitent pas (pas avant la fin des temps, où tous ressusciteront), et de toute façon, son corps est dans la tombe".

A ce sujet, il faut se rappeler comment les Juifs de cette époque ensevelissaient les morts. La plupart des ensevelissements, chez les Juifs de Palestine, se faisaient en deux étapes : d'abord, on enveloppait le corps de linges, en y mettant beaucoup d'arômates, et on le plaçait sur un rebord dans un tombeau taillé à même le roc, ou éventuellement dans les fondations d'une maison. On n'enterrait pas comme dans le monde moderne occidental, dans un trou creusé en terre puis comblé, car on revenait prendre les os une fois que toute la chair s'était décomposée (c'est la raison pour laquelle on y mettait des arômates : à cause de l'odeur liée à la décomposition ; on n'aurait pas perdu du temps et de l'argent pour des arômates si on avait enterré le corps). Donc, quand toute la chair s'était décomposée, on ramassait les os en pliant les linges, et on les plaçait dans un ossuaire, une boîte à os, qu'on entreposait dans un loculus (petite niche à l'arrière du tombeau) ou dans un autre lieu approprié. Les archéologues conservent les ossuaires exhumés à Jérusalem  [...] à chaque construction d'une nouvelle route, d'un hôtel Hilton ou d'un bâtiment administratif. Ils en ont des centaines, et même des milliers.

Le point essentiel est que si le corps de Jésus était resté dans la tombe, les disciples auraient pu le trouver facilement. Ils auraient donc dit : "Ces hallucinations que nous avons eues furent sans doute impressionantes, mais il n'est pas ressuscité des morts". Donc d'un point de vue historique, il faut dire qu'il y a vraiment eu un tombeau vide ainsi que des gens qui ont vu Jésus – ou si vous voulez, l'ont rencontré -, une personne qu'ils ont identifiée comme étant Jésus, bien qu'il semblât étrangement transformé, d'une manière inattendue pour eux, et troublante pour les lecteurs que nous sommes.

Venons-en au dernier coup de cette partie d'échecs. Comment, d'un point de vue historique, puis-je expliquer ces deux faits tels que je les ai décrits : le tombeau vide et les apparitions de Jésus ? L'explication la plus aisée est de loin celle-ci : ces choses sont arrivées parce que Jésus était vraiment ressuscité des morts, et les disciples l'ont vraiment rencontré, même si son corps était renouvelé et transformé de telle sorte qu' alors, il semblait pouvoir vivre dans deux dimensions à la fois ( car c'est peut-être la meilleure façon de comprendre le phénomène : Jésus vivait simultanément dans la dimension de Dieu et dans la nôtre, ou si vous voulez, au ciel et sur la terre).

La résurrection de Jésus fournit en effet une explication suffisante du tombeau vide et des rencontres avec Jésus. Et après avoir examiné toutes les autres hypothèses possibles que j'ai trouvées dans la littérature sur ce sujet, je pense que c'est aussi une explication nécessaire.

 

N. T. Wright, in Anthony Flew, There is a God, How the world's most notorious atheist changed his mind, p. 199 et s.



[1]    Flew donne ici la parole à un exégète qui est aussi évêque anglican.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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