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Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 08:58

 

Il est clair que les chrétiens et les hommes d’Eglise ont commis des fautes. Mais que prouve-t-on en disant cela ? Les chrétiens ne prétendent pas être parfaits. Ils pensent que même les saints sont des pécheurs. Voici comment Newman répond à l’objection des fautes de l’Eglise :

 

Alors qu'il est si fortement établi dans les Evangiles, que l'histoire du Royaume des Cieux commence dans la souffrance et la sainteté, il est aussi clairement dit qu'il aboutit à l'infidélité et au péché, c'est-à-dire que, bien qu'il y ait en lui, dans tous les temps, beaucoup de personnes saintes, beaucoup de personnes religieuses, et bien que la sainteté, comme à ses débuts, soit toujours la vraie vie, la substance et la semence germinale du Royaume de Dieu, il y en aura toujours un grand nombre, il y en aura davantage dont la vie sera un scandale et un déshonneur, non une défense pour ce Royaume.

Ceci encore est une annonce étonnante (…). Pourtant, les paroles du Seigneur sont for­melles : Il nous dit que « Plusieurs sont appelés, peu sont élus » ; dans la parabole du Festin des Noces, les serviteurs sont envoyés pour rassembler « tout ce qu'ils trouveront, à la fois les bons et les mauvais » les vierges folles « n'avaient pas d'huile dans leurs lampes» ; au milieu du bon grain, un ennemi a semé une semence qui est nuisible et sans valeur ; et « le royaume est semblable à un filet qui ramasse toutes sortes de poissons » ; et « à la fin du monde, les Anges sortiront et sépareront les mauvais d'avec les justes ». (…) Si donc l'on objecte que le christianisme n'abolit pas, comme les vieux prophètes semblent le promettre, le péché et l'irréligion à l'intérieur de son enceinte, nous pouvons répondre, non seulement qu'il ne s'est pas engagé à le faire, mais qu'en fait, en esprit prophé­tique, il avertit ses adeptes de ne pas s'attendre à ce qu'il le fasse. (Grammaire de l’Assentiment, 1870)

 

Mais si les hommes d’Eglise sont faillibles, pourquoi penser que l’Eglise est infaillible ? Tout simplement parce qu’elle a été instituée par Dieu. Or si Dieu permet que certaines fautes soient commises à l’intérieur de l’Eglise, il ne peut pas laisser un pape ou un concile faire fausse route en une matière grave ou sur un point de doctrine important. S’il permettait cela, l’Eglise ne remplirait plus la fonction pour laquelle il l’a instituée. Le dogme de l'infaillibilité est donc une conséquence logique de l'idée que Dieu existe et a fondé l'Eglise pour guider les hommes.

Il est important de voir que le dogme n'attribue pas aux papes et aux conciles l'infaillibilté dans tous les domaines et à n'importe quel moment ; il les déclare infaillibles quand ils se prononcent sur un point de doctrine important. Si un pape s'est trompé en portant un jugement faux sur une théorie scientifique ou philosophique, on peut considérer qu'il a eu tort et qu'il a parlé trop vite, mais ça ne prouve pas que l'Eglise soit faillible au sens précédent.

Mais pourquoi Dieu laisse-t-il les chrétiens faire des fautes ? Pourquoi ne les rend-il pas entièrement parfaits ? Premièrement, Dieu respecte la liberté des hommes. L'assentiment à une vérité n'a aucune valeur si elle est prédéterminée par des causes (imaginons un homme qui pour être aimé de sa femme, lui fait installer un appareil dans le cerveau, appareil qui provoque mécaniquement l'amour - cette solution est évidemment absurde).

Deuxièmement, s’il n’y avait jamais de faute dans l’Eglise, la vérité du christianisme s’imposerait tellement à l’esprit des hommes qu’ils ne pourraient pas éviter de croire. Ils ne seraient donc pas libres d’accepter ou de refuser la vérité. Le scandale des fautes commises par les chrétiens, c’est encore, au fond,  le scandale de l’Incarnation. Quand Dieu s’incarne, puis quand il se rend présent dans l’Eglise, c’est toujours de manière assez visible pour que ceux qui cherchent la vérité puissent la trouver, et assez discrète pour que ceux qui ne la cherchent pas ne la trouvent pas. Car si Dieu a créé l’homme libre, ce n’est pas pour lui imposer la vérité, ni pour le contraindre à l’aimer. Bref, le dogme de l’infaillibilité ne signifie pas que toutes les décisions des hommes d’Eglise soient justes, mais que l’Eglise parvient toujours à remplir sa fonction essentielle malgré la faiblesse des hommes qui la composent. Autrement dit, quand un pape, un homme d’église, ou un chrétien se trompe, ce n’est pas l’Eglise elle-même qui se trompe, mais un individu qui est censé appartenir à l’Eglise.

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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