Mardi 20 février 2007
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John Henry Newman, théologien anglais du XIXè siècle, nous a laissé, au milieu de nombreux écrits théologiques, un grand livre de philosophie sur la foi et la raison : la Grammaire de l’assentiment (1870). Ce livre est l’aboutissement de plus de vingt ans de réflexion sur le rapport entre la foi et la raison. Tout en travaillant à la rédaction de ce livre, Newman correspondait avec un ami athée pour échanger des arguments sur ce délicat problème. La démarche de Newman consiste à utiliser l’épistémologie pour savoir si les croyances religieuses sont compatibles avec les critères de la rationalité.
Deux conceptions de la rationalité
Le cardinal Newman distingue deux conceptions de la rationalité. La rationalité à l’œuvre dans les démonstrations mathématiques peut être comparée à une tige métallique (quelque chose d’étroit et de ferme). Mais en réalité, la justification rationnelle ne prend pas souvent cette forme. Dans la plupart des cas, elle correspond plutôt à celle du câble, qui est aussi solide, mais dont la solidité vient de l’assemblage de plusieurs fils, fragiles quand ils sont séparés. Dans la plupart des situations de la vie, nous ne pouvons pas fonder nos choix sur des démonstrations de type mathématique, mais nous nous appuyons sur plusieurs indices qui convergent vers une même conclusion. Les preuves que nous possédons sont en général imparfaites, mais nous en possédons plusieurs. Le modèle cartésien des « chaînes de raisons » est donc inapplicable en réalité. D’après Aristote, il est absurde de demander des preuves de type mathématique dans des matières où il est impossible d’en trouver. Newman se réclame volontiers d'Aritote. D’après Newman, il est non seulement déraisonnable, mais irrationnel d’exiger des preuves de type mathématique lorsqu’il s’agit de justifier ses choix de vie, ses valeurs morales, ou ses croyances religieuses. Newman propose une forme de réalisme épistémologique.
Les probabilités convergentes
La certitude du croyant ne repose donc pas sur une chaîne de déductions absolument rigoureuses du point de vue logique. Elle s’appuie sur un ensemble d’indices ou de preuves qui sont seulement probables, mais qui, en convergeant vers une même conclusion, confirment celle-ci au point de la rendre certaine aux yeux du croyant. La rationalité des croyances religieuses ne ressemble donc pas à celle des mathématiques, mais plutôt à celle d’autres sciences comme l’histoire : l’historien s’appuie sur un ensemble d’indices plus ou moins imparfaits, dont certains consistent en témoignages. La fiabilité des témoignages est jugée en fonction des qualités des témoins : de leur sincérité, et parfois de leur compétence. L’historien, pas plus que le juge dans un procès, ne peut exiger le même degré d’évidence qu’un géomètre, car cette attitude le condamnerait à ne trouver aucun indice et à rester éternellement dans l’indécision. Il en est de même pour le croyant.
Les arguments évoqués par Newman sont traditionnels : la réalisation des prophéties, la nouveauté et l’universalité de l’enseignement du Christ, convaincant pour les hommes de toutes cultures, la diffusion très rapide du message évangélique pendant les premiers siècles, la vie des saints, les miracles, anciens ou récents, la solidité philosophique de la morale chrétienne et de la pensée chrétienne en général, les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, etc.