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Ce site, rédigé par un professeur de philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Jeudi 3 avril 2008

 

La justice veut que les malfaiteurs soient punis en recevant une peine proportionnée au méfait. Le pardon, au contraire, suppose qu’on renonce à punir le coupable. Le pardon semble donc contraire à la justice. Comment résoudre cette difficulté ? Je crois qu’il y a dans la Bible, implicitement ou explicitement, tout ce qu’il faut pour répondre à cette question :

1. « Ne jugez pas afin de n’être pas jugés, car du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on vous mesurera » (Mt 7, 1). C’est une conséquence de la « règle d’or » : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas subir » (Tobie 4, 14). Cette règle est formulée de façon positive dans le Nouveau Testament : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes » (Mt 7, 12). Dieu récompense ceux qui pardonnent comme Lui, et il leur montre d’autant plus de miséricorde.

2. Cependant, s’il est juste de pardonner, ce n’est pas seulement parce que Dieu y invite les hommes, mais aussi parce que chacun désire être pardonné. Il est donc juste de pardonner aux autres lorsqu’on veut soi-même être pardonné. Pourtant, lorsqu’un individu pardonne à un autre, et que celui-ci ne lui rend pas la même mesure de pardon, il y a une injustice. Mais c’est l’injustice d’un état de choses, et non celle d’une action ou d’une attitude. Son attitude est juste, mais l’absence de réciprocité entre lui et l’autre est injuste. Celui qui pardonne n’est pas la cause d’une injustice, car il a agi justement. C’est bien le donataire qui est responsable de l’injustice, du moins s’il ne lui rend rien : ni pardon, ni gratitude, ou autre chose.

3. Ainsi, lorsqu’on parle de justice, il faut distinguer la justice d’un état de chose, la justice dans les actes extérieurs, et la justice dans les intentions ou attitudes intérieures. Par exemple, il est juste de soutenir financièrement une bonne cause (par exemple, une association au service des pauvres), mais on peut le faire avec une intention injuste (attirer les louanges d’autrui). L’orgueil est une forme d’injustice : est orgueilleux celui qui s’estime plus qu’il ne convient. « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi que font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes (…). Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6, 1-3).

4. La charité est un amour juste. L’amitié et l’amour sentimental reposent sur des préférences qui n’ont pas de fondement objectif (leur fondement est plutôt subjectif). La charité, au contraire, est un amour qui se règle selon les degrés de perfection métaphysique. Plus un être est parfait, plus il est digne d’être aimé ou estimé. D’où le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tous les êtres humains sont des personnes, c’est-à-dire des êtres doués de raison, de libre arbitre et de volonté. Ils ont la même dignité, qu’ils soient saints ou débauchés. Il est donc rationnel et juste d’aimer son prochain comme soi-même. De même, il est juste d’aimer Dieu par-dessus tout puisqu’il est l’Etre le plus parfait. D’où le commandement « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». La charité, dans la Bible se définit à partir de ces deux commandements. A l’analyse, nous voyons bien qu’elle est liée à la justice…

 

par Héron mélomane publié dans : Philosophie morale et anthropologie
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