Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle
peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail
d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura
144000 élus, parce qu’ils prennent au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).
Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé principalement sur des arguments théologiques, et sur des révélations privées, et sur des arguments scripturaires indirects. Les arguments théologiques, dont celui de Duns Scot, ont la forme suivante :
(1)Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).
(2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.
(3) Dieu l’en a donc préservée.
Mais c’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt.
Les protestants refusent ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :
1°) Quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent
parfois.
2°) Il n’a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a
priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la
raison.
3°) Au contraire, il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de
la réflexion théologique. Cf. Jn 16, 12-13 : "j'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira
dans la vérité tout entière (...)".
4°) Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.
5°) Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations
privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne
veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.
6°) L'interprétation mystique (ou si l'on veut, non littérale) de l'Ecriture ne peut pas être négligée. En effet, l'Ancien et le Nouveau Testament nous
montrent que les Juifs on toujours tenu compte de l'interprétation mystique, ou qu'ils auraient dû en tenir compte (dans l'interprétation de prophéties par exemple). Jésus lui-même et les
apôtres, ainsi que St Paul attribuent manifestement une grande importance à l'interprétation mystique. C'est aussi une interprétation admise chez les Pères de l'Eglise, et le dogme de la Trinité
(admis par les protestants) suppose ce genre d'interprétation. (Voir sur ce blog le texte de Newman sur l'interprétation mystique). Pour voir comment l'Ecriture justifie le dogme de l'Immaculée
Conception, voir ce que dit Newman dans la Lettre à Pusey.
Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :
http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731
Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles
intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :
www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")
Dans cet article, Garrigou-Lagrange utilise des arguments scripturaires indirects et soutient que puisque les saints reçoivent des grâces particulières pour les missions que Dieu leur confie,
Marie a dû recevoir des grâces encore plus grandes pour accomplir sa mission de mère du Sauveur.
ajouter un commentaire commentaires (3) recommander

La convergence des saints et la fiabilité de leur témoignage