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Portraits

philoreligion.com

Ce site, rédigé par un professeur de philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Mardi 27 février 2007

La mort de Jésus sur la croix, et le fait qu’il ait subi cette mort volontairement, est ce qu’il y a de plus choquant dans la religion chrétienne : « scandale pour les Juifs, et folie pour les païens », elle l’est aussi pour les musulmans, et on sait que les premiers chrétiens en avaient souvent honte, parce que le supplice de la croix étaient le plus infâmant chez les Romains. Pourtant, cet acte de Jésus est le plus riche de signification. Tout semble converger dans le sacrifice de la croix. En mourant sur la croix, Jésus

1.      réalise de nombreuses prophéties (par ex, Is 53). Voir la rubrique "prophéties" où on peut en lire quelques unes.

2.      il prolonge plusieurs préfigurations. Par exemple, Joseph, vendu par ses frères (notamment Juda), sort de la citerne (ce qui préfigure sa résurrection). Ensuite, il les sauve tous. Avant cela, il est dans une prison entre deux hommes. A l’un, il promet le salut (la liberté). A l’autre, qui se moque de lui, il ne la promet pas (préfiguration des deux larrons). Jonas est à bord d’un bateau, pendant une tempête. L’équipage le choisit comme bouc émissaire et veut le sacrifier en le jetant à l’eau pour faire cesser la tempête. Jonas accepte d’être tué pour sauver les autres, ce qui préfigure la passion du Christ. Il est avalé par une baleine, puis il sort de son ventre, ce qui préfigure la résurrection. La mort de certains prophètes comme Jérémie ou Zacharie, préfigure la mort du prophète par excellence, Jésus Christ. La mort d’Abel le juste, tué par son frère Caïn, préfigure aussi celle du juste par excellence.

3.      La croix existait chez les Juifs (notamment sur les tombes) et représentait la protection de Dieu (cf. aussi avant le passage de la mer rouge, quand les Hébreux doivent dessiner une croix sur leurs maisons pour être protégé du fléau envoyé contre les Egyptiens).

4.      Cette mort sur la croix abolit et accomplit tous les sacrifices des religions plus anciennes. Ceux-ci étaient toujours des sacrifices de substitution, consistant à tuer un animal ou un être humain au lieu de se sacrifier soi-même d’une manière ou d’une autre. Les sacrifices anciens sont donc des préfigurations de ce sacrifice parfait, qui est le dernier. Ce sacrifice signifie aussi que l’homme ne peut pas se sauver ou se racheter par ses propres forces. Seul Dieu peut le sauver en lui pardonnant. La mort de Jésus sur la croix (et sa résurrection) est l’aboutissement de toute l’histoire religieuse de l’humanité.

5.      En mourant ainsi, Jésus donne un parfait exemple de la non-violence, du pardon, surtout quand il dit « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »

6.      Il donne aussi le plus parfait exemple de l’amour. Il fait ce qu’il a enseigné en disant : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Il donne aussi un parfait exemple de la foi et de l’espérance (confiance en la bonté du Père, et assurance qu’il peut redonner vie).

7.      Il manifeste l’amour de Dieu pour l’homme.

8.      Il montre que la mort peut être vaincue et que Dieu veut donner aux hommes la vie éternelle.

9.      Enfin, il donne un sens à la souffrance. Désormais, si un homme souffre, il peut offrir cette souffrance pour les autres, ce qui lui donne un sens et une valeur (ce qui ne veut pas dire que la souffrance soit bonne en elle-même, bien sûr).

 

Le fait qu’un acte apparemment absurde ait autant de signification et qu’il prolonge autant de prophéties et de préfigurations est tout simplement extraordinaire.

 

Pour lire des prophéties annonçant la mort de Jésus, rendez-vous à la rubrique "Bible et prophéties" sur ce site. Nous n'y avons pas mis le psaume 22, car elle porte avant tout sur les livres prophétiques. D’après les évangélistes, Jésus, au moment de sa mort, a cité le début du psaume 22, comme pour exprimer sa souffrance tout en indiquant que ce psaume était une prophétie de sa mort. Le début du psaume est un cri de détresse (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »). La suite préfigure certains détails de la passion relatés par St Jean et correspond au genre de supplice infligé à Jésus, à savoir la crucifixion (« une bande de vauriens m’entourent, comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds »). La fin du texte est une louange affirmant joyeusement que Dieu aime les pauvres, qu’ils « mangeront et seront rassasiés », puis que les hommes de toutes les nations adoreront Yavhé.

 

Quelques préfigurations

Le pain de l'eucharistie est préfiguré dans l'Ancien Testament par le pain que donne le grand prêtre Melchisédek en offrande à Yahvé, mais aussi par les pains du sacrifice qui sont dans l'arche d'alliance. Enfin, la manne préfigure l'eucharistie car elle nourrit le peuple de Dieu pendant sa traversée du désert. Le sacrifice du Chist est préfiguré par l'offrande de Melchisédek, par celle d'Isaac (qui accepte d'être sacrifié), par celui de l'agneau pascal, renouvelé chaque année par les Juifs, et par celui de Jonas, qui se laisse jeter par dessus bord pour calmer la tempête alors que les marins l'accusent injustement. La mort de Jésus est aussi préfigurée par celle d'Abel le juste, par celle de plusieurs prophètes, et par celle à laquelle Joseph et Jonas échappent de justesse.

par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 23 février 2007

Les croyants de confession catholique sont tenus de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. "Réelle" signifie par exemple qu'il ne s'agit pas d'une présence symbolique, mais aussi que :

(1) La présence du Christ dans l'hostie consacrée ne dépend pas de l'attitude des célébrants ou des fidèles qui participent à la messe (même si aucun d'eux n'est dans une attitude de prière, le Christ est réellement présent).

Or d'après la tradition catholique, la présence réelle suppose la transsubstantiation, autrement dit ceci :

(2) L'hostie consacrée, en devenant le corps du Christ, cesse d'être un morceau de pain. Elle n'est plus un morceau de pain, même si elle en a l'apparence. 

Précisons qu'aucun catholique n'est tenu d'adhérer aux théories imaginées par les théologiens pour montrer la possibilité de la présence réelle. Souvent, les philosophes ne distinguent pas assez le dogme et les théories théologiques. En ce qui concerne la transsubstantiation, on a souvent recours à la théorie de St Thomas d'Aquin, mais elle ne fait pas partie du dogme. Voyons maintenant les principales objections contre ce dogme.

 

 

 

Objection : comment pourrait-ce être le corps du Christ, puisque ce n’est que du pain ?

Réponse : cette objection suppose d’accorder une priorité à la connaissance sensible sur la connaissance par témoignage. Soit notre critère d’identification du pain et du corps du Christ est purement sensible : nous appelons alors « pain » ce qui a tel goût, tel couleur, telle consistance. Soit notre critère d’identification est celui du témoignage d’une personne en qui nous avons confiance : Jésus lui-même nous a dit que ceci serait son corps dans le sacrement de l’eucharistie.

En dernière analyse, la dénotation d’un terme comme « pain » est fixée par ostension. Quand nous apprenons la signification de ce mot, nous percevons un objet, et nous nous fions à une personne qui désigne cet objet en employant le mot « pain » : c’est ainsi que nous savons que c’est du pain. La connaissance du sens des mots repose donc sur le témoignage d’autrui. Quand Jésus dit « ceci est mon corps », il nous apprend, par une définition ostensive, que dans des conditions particulières (celle de l’eucharistie après son sacrifice parfait sur la croix), ce que nous appelons autrement du pain devient son corps. 

 

Mais tout cela ressemble à une querelle de mot. Le pain ne reste-t-il pas le pain, avec sa couleur habituelle, sa consistance, etc. ? Non, il n’est plus le même. Il a acquis des propriétés absolument nouvelles : il transmet la Vie à ceux qui le reçoivent dans de bonnes dispositions de cœur et d’esprit. Le chrétien n’a plus besoin de sacrifier un agneau et d’en manger la viande. Il mange l’hostie et celle-ci, transformée miraculeusement par la puissance divine, le fortifie en vue des épreuves qui l’attendent. Les propriétés causales de l’hostie ont changé. Donc il n’est pas excessif de dire que sa substance a changé. Il y a eu transsubstantiation. 

 

 

 

On peut formuler l’objection autrement : vous croyez donc, nous dit-on, qu’en mangeant ce morceau de pain, vous mangez de la chair humaine (Jésus étant vrai Dieu et vrai homme par son incarnation) ?

 

Réponse : Le mot « chair », tel que nous l’entendons spontanément, désigne des propriétés sensibles particulières. Or le pain azyme, dans le sacrement de l’eucharistie, conserve ses propriétés sensibles. Ce n’est donc pas en ce sens-là qu’il devient le corps du Christ.

Que signifie cette expression : « corps du Christ » ? Le corps du Christ peut être défini comme la réalité matérielle (c’est-à-dire sensible) en laquelle le Christ se rend réellement présent. En ce sens, le pain azyme consacré peut être le corps du Christ, bien qu’il ne soit pas de la chair humaine. Le fidèle catholique, d’ailleurs, s’il est tenu de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, n’est pas tenu, en revanche, de croire que le pain consacré soit réellement de la chair humaine. Au contraire.

 

 

 

En instituant le sacrement de l’eucharistie, le Christ a choisi un moyen très simple de fortifier les croyants grâce à un objet (le pain) qui remplace à la fois l’agneau pascal et le pain du sacrifice. Une fois de plus, ici, on peut admirer la continuité entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, et la manière dont la Nouvelle Alliance, tout en réalisant les prophéties, unifie de façon cohérente des éléments divers de l’ancienne religion.

 

 

 

Qu’est-ce qu’être présent ?

 

Pourquoi puis-je dire que je suis présent ici, et dans ce corps ?

Imaginons une hostie qui se met à bouger, en se tordant toute seule, puis en bondissant. Dirait-on alors que c’est du pain ? Non, en dépit de sa couleur et de sa consistance, on ne la verrait plus comme un morceau de pain, à cause de son comportement.

De même, l’hostie consacrée n’est plus du pain parce qu’en dépit de sa couleur, de sa masse et de sa consistance, elle « fait » certaines choses qu’aucun morceau de pain ne peut « faire ». Elle n’a pas les mêmes facultés ou les mêmes propriétés causales que le pain, car elle donne aux croyants une force qu’ils n’auraient pas autrement.

 

L’hostie est donc le corps du Christ, parce qu’elle est la matière sensible dans laquelle il est présent, c’est-à-dire à travers laquelle il agit. Pourquoi puis-je dire, quand je vois un ami, que le corps que je vois est bien son corps, ou qu’il est présent dans ce corps ? Parce que ce corps se comporte d’une certaine manière. Il accomplit certaines actions, certains gestes, et il manifeste des expressions bien particulières, que j’attribue à une même personne.

Imaginons que l’on m’ampute de la main ou de l’avant bras, et que ce membre, une fois coupé, soit conservé quelque part. Peut-on dire qu’il fait partie de mon corps ? Non, bien sûr. Un membre mort ne peut pas faire partie d’un corps vivant. Je suis présent dans mon corps tant que ce corps manifeste mon action et la permet. Je ne suis donc plus présent dans cette main inerte. Ainsi, ce qui définit la présence d’une personne dans une matière sensible, ou sa possession d’un corps, ce n’est pas la matière qui constitue ce corps (peau, sang, muscles, etc.) mais ce sont les relations causales existant entre cette personne et ce corps.

Il n’est donc pas contradictoire de croire que Jésus est réellement présent dans le pain consacré (ou ce qui en garde les apparences sensibles), devenant ainsi tout à la fois le grand prêtre et la victime parfaite, l’agneau pascal et le pain du sacrifice.

Ce fait n’est pas contradictoire, mais mystérieux. C’est un mystère sublime parce qu’il est le point d’aboutissement, non seulement du judaïsme, mais de toute l’histoire religieuse de l’humanité. Dans ce sacrement si paradoxal, de nombreux rites anciens trouvent leur unité, non seulement des rites, mais aussi des prophéties et des préfigurations. 

 

Nous voyons maintenant que la croyance à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie n’est pas contradictoire, en dépit de son caractère paradoxal. En fait, il est possible d’aller beaucoup plus loin en montrant quelle est la signification de cette présence réelle. Le sacrifice du Christ et l’institution de l’eucharistie, qui en découle, ont un sens très profond et sont le point d’aboutissement de nombreuses prophéties et préfigurations.

par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 20 février 2007

John Henry Newman, théologien anglais du XIXè siècle, nous a laissé, au milieu de nombreux écrits théologiques, un grand livre de philosophie sur la foi et la raison : la Grammaire de l’assentiment (1870). Ce livre est l’aboutissement de plus de vingt ans de réflexion sur le rapport entre la foi et la raison. Tout en travaillant à la rédaction de ce livre, Newman correspondait avec un ami athée pour échanger des arguments sur ce délicat problème[1]. La démarche de Newman consiste à utiliser l’épistémologie pour savoir si les croyances religieuses sont compatibles avec les critères de la rationalité.

 

 

 Deux conceptions de la rationalité

 

 

Le cardinal Newman distingue deux conceptions de la rationalité. La rationalité à l’œuvre dans les démonstrations mathématiques peut être comparée à une tige métallique (quelque chose d’étroit et de ferme). Mais en réalité, la justification rationnelle ne prend pas souvent cette forme. Dans la plupart des cas, elle correspond plutôt à celle du câble, qui est aussi solide, mais dont la solidité vient de l’assemblage de plusieurs fils, fragiles quand ils sont séparés. Dans la plupart des situations de la vie, nous ne pouvons pas fonder nos choix sur des démonstrations de type mathématique, mais nous nous appuyons sur plusieurs indices qui convergent vers une même conclusion. Les preuves que nous possédons sont en général imparfaites, mais nous en possédons plusieurs. Le modèle cartésien des « chaînes de raisons » est donc inapplicable en réalité[2]. D’après Aristote, il est absurde de demander des preuves de type mathématique dans des matières où il est impossible d’en trouver. Newman se réclame volontiers d'Aritote. D’après Newman, il est non seulement déraisonnable, mais irrationnel d’exiger des preuves de type mathématique lorsqu’il s’agit de justifier ses choix de vie, ses valeurs morales, ou ses croyances religieuses. Newman propose une forme de réalisme épistémologique[3].

 

 

Les probabilités convergentes

 

 

La certitude du croyant ne repose donc pas sur une chaîne de déductions absolument rigoureuses du point de vue logique. Elle s’appuie sur un ensemble d’indices ou de preuves qui sont seulement probables[4], mais qui, en convergeant vers une même conclusion, confirment celle-ci au point de la rendre certaine aux yeux du croyant. La rationalité des croyances religieuses ne ressemble donc pas à celle des mathématiques, mais plutôt à celle d’autres sciences comme l’histoire : l’historien s’appuie sur un ensemble d’indices plus ou [5]moins imparfaits, dont certains consistent en témoignages. La fiabilité des témoignages est jugée en fonction des qualités des témoins : de leur sincérité, et parfois de leur compétence. L’historien, pas plus que le juge dans un procès, ne peut exiger le même degré d’évidence qu’un géomètre, car cette attitude le condamnerait à ne trouver aucun indice et à rester éternellement dans l’indécision. Il en est de même pour le croyant.

Les arguments évoqués par Newman sont traditionnels : la réalisation des prophéties, la nouveauté et l’universalité de l’enseignement du Christ, convaincant pour les hommes de toutes cultures, la diffusion très rapide du message évangélique pendant les premiers siècles, la vie des saints, les miracles, anciens ou récents, la solidité philosophique de la morale chrétienne et de la pensée chrétienne en général, les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, etc.



[1] Voir J.H.Newman, Correspondance avec Froude

 

[2] Le philosophe américain Ch.S.Peirce, à la même époque, dit à peu près la même chose en usant d’une image très proche de celle de Newman. Cf. Peirce, Textes anticartésiens. Peirce ne traite pas, dans ce livre, de la croyance religieuse. Mais il est possible qu’il ait subi l’influence de Newman.

 

[3] “An iron rod represents mathematical or strict demonstration ; a cable represents moral demonstration, which is an assemblage of probabilities….A man who said “I cannot trust a cable, I must have an iron bar” would, in certain given cases, be irrational and unreasonable” (Letters and Diaries of John Henry Newman, vol. 21, p. 146, Clarendon press, 1973).

 

[4] On distingue habituellement deux espèces de probabilités (cf. Keynes, Russell, Swinburne, etc.) : les probabilités quantifiables (cf. statistiques, jeux de hasard, etc.) et les probabilités non quantifiables (enquête policière, enquête historique, etc.). Celles dont parle Newman sont évidemment du second type.

[5] En français, la  « prudence », mais cette traduction ne rend pas compte de toutes les connotations du mot grec. La phronèsis est la vertu intellectuelle qui guide la pratique, c’est l’intelligence pratique, la capacité de bien choisir lorsque la certitude manque.

 

par Héron mélomane publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 13 février 2007

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas". Tout le monde a entendu cette fameuse citation de Pascal. L'ennui, c'est que très peu de gens connaissent sa véritable signification. Qu'est-ce que le coeur, chez Pascal ? Ce n'est pas le sentiment, ni l'affectivité. Pascal est-il en train dire que la foi relève du sentiment et non de la raison ? Non, non et non ! Absolument pas !

Pour Pascal, il y a bien des raisons de croire. Le but des Pensées (ou du livre qu'il avait l'intention d'écrire en écrivant ses pensées, notes de brouillon qui furent retrouvées après sa mort) est bien d'exposer les raisons de croire, pour aider les libres penseurs à accueillir la vérité révélée. D'après lui, l'argument le plus fort en faveur de la vérité du christianisme est celui des prophéties, auxquelles il consacre une bonne partie des Pensées.

Alors que veut dire la citation ? Pascal donne un sens très particulier au mot coeur. Le coeur est la faculté de connaître certaines vérités de façon intuitive. Par là, il se distingue de la raison, capacité de connaître la vérité de façon dicursive (c'est-à-dire à l'aide de raisonnements que l'on peut formuler verbalement). Pascal dit que tout raisonnement mathématique repose sur des axiomes, propositions évidentes et indémontrables. Ces vérités premières sont connues par le coeur (et non, bien entendu, au terme d'un raisonnement).

Le coeur joue aussi un rôle après la formulation des raisonnements : si on me présente une multitude d'arguments pour et contre la foi, après un examen rationnel plus ou moins détaillé, c'est finalement au coeur de discerner la vérité, car c'est toujours de façon plus ou moins intuitive que nous estimons la qualité des arguments proposés.

Le mot coeur, dans la Bible, désigne le centre de la personne : c'est le coeur qui décide ultimement de suivre ou de rejeter la vérité. Pascal a sans doute repris le sens biblique du mot, en y ajoutant ses considérations épistémologique sur le rapport entre la démonstration et la connaissance intuitive.

par Héron mélomane publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 9 février 2007

Traditionnellement, surtout depuis Descartes et les "Lumières", on définit la rationalité de façon purement négative. Cette manière de voir aboutit à des incohérences : on applique aux croyances religieuses des critères qu'on est loin d'appliquer en histoire, dans les sciences humaines, voire dans les sciences de la nature (par exemple, les théories physiques ne sont pas démontrables à proprement parler). Au XVIIIème siècle, un philosophe écossais, Thomas Reid, a pris le contrepied de cette tendance en décrivant de façon positive et réaliste le fonctionnement de la connaissance humaine .

Descartes applique le principe suivant :

(PR) : Il ne faut rien croire sauf ce qui est démontré ou absolument évident. (il ne faut donc jamais se fier aux autres - ou même à ses propres facultés de connaissances, comme la vue - sauf si ce qu'ils disent est démontrable ou immédiatement évident).

Thomas Reid propose exactement l'inverse :

(PC) : Il faut croire que les choses sont comme elles semblent être, sauf s'il y a une apparence contraire et plus forte. Il faut donc se fier aux autres (ou à ses propres facultés de connaissance) sauf si on a une bonne raison de croire qu'ils ne sont pas fiables.

Reid note que si les enfants appliquaient le principe PR, ils "seraient absolument incrédules, et par conséquent, absolument incapables d'instruction". En effet, on ne peut rien apprendre si on applique ce principe. Quand un enfant apprend à parler, il ne peut apprendre le sens des mots qu'en se fiant aux personnes qui l'entourent. Par exemple, si on lui montre un chat en disant "Oh ! un chat !" il ne peut savoir que c'est un chat que s'il croie ce qu'on lui dit. Or, même à l'âge adulte, ce principe est valable. Par exemple, dans une enquête policière, on est souvent obligé de se fier à des témoins ; et on ne s'en méfie que si on a de bonnes raisons de le faire (s'ils ne sont pas sains d'esprit, s'ils sont intéressés, s'ils se contredisent, etc.).

Le principe de crédulité (PC) s'applique à toutes les facultés de connaissance. S'il vous semble "que vous voyez une orange ou que vous ouvrez une boîte de petits pois, alors probablement, vous voyez une orange ou vous ouvrez une boîte de petits pois. Bien plus, vous devez le croire, à moins que vous n'ayez une bonne raison de vous croire victime d'une illusion : pour cela, il faut qu'il y ait un conflit entre ce qui vous semble vrai et d'autres choses qui vous semblent également vraies. Par exemple, ce ne peut être une orange si vous pouvez passez la main au travers ; et s'il vous semble avoir passé la main au travers, c'est une raison de croire que vous êtes victime d'une illusion en croyant voir cette orange." (Richard Swinburne, The Evolution of the Soul, p.11)

Depuis vingt ou trente ans, l'oeuvre de Reid intéresse de plus en plus les philosophes anglosaxons, qui reprennent volontiers certaines de ses idées. En France, ses oeuvres complètes sont en cours de traduction.

 

par Héron mélomane publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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