La religion chrétienne s’inscrit dans la continuité du judaïsme, dont elle reprend les livres sacrés. Non seulement elle ne rejette pas les livres saints de l’ancien judaïsme (contrairement à l’Islam), mais elle s’appuie sur eux pour prouver sa propre vérité. Voici un résumé des principales prophéties :
· Les prophéties annoncent la venue d’un Roi Messie descendant de David, d’un Grand Prêtre, et d’un nouveau prophète. Les Juifs attendaient cela, mais sans croire qu’il s’agissait d’une seule et même personne. Certains passages de leurs écritures (notamment dans Isaïe) annonçaient clairement la venue d’un Serviteur souffrant, torturé et tué, portant le péché du monde. Mais ces textes n’ont pas retenu leur attention. Certaines prophéties annoncent aussi que Dieu lui-même doit venir enseigner aux hommes sa volonté (cf. Jér. 31,31). Enfin, Daniel annonce la venue d’un « Fils d’homme ». Pour les chrétiens, Jésus est tout cela à la fois : vrai Dieu et vrai homme, fils de Dieu, né d’une femme, il est prêtre, prophète et roi. S’il est le prêtre parfait ou le parfait médiateur, c’est aussi parce qu’il est le Serviteur souffrant, qui se donne lui-même en sacrifice. Ainsi, l’interprétation chrétienne des prophéties l’emporte par l’unité et la cohérence sur toutes les interprétations antérieures. C’est en tant que Serviteur souffrant et sans tâche qu’il est le parfait médiateur entre Dieu et l’homme, donc le prêtre parfait. Et c’est aussi cela qui en fait un roi (au sens spirituel : il n’a pas de territoire, mais il règne dans les cœurs et des millions d’hommes à travers le monde accomplissent ses volontés).
· Le Serviteur (ou le Messie) envoyé par Dieu sera discret : Is 42, Za 9, 9
· Il ne sera pas accueilli par les siens.
· Le Christ sera trahi, humilié, torturé et tué (cf. Is 50 ; 52 ; 53, Za 12 ; 13, 7-8 ; Dn 9, 24-27).
· La synagogue sera répudiée pour n’avoir pas écouté Dieu, venu lui enseigner ses volontés (cf. Is 50). Cette répudiation ne sera pas définitive.
· Le temple de Jérusalem sera détruit (il fut détruit en 70 par Titus) (Jér 7, 1-15, Dn 9, 24-27, Mich 3, 11)
· Les Juifs ne seront pas tués, mais dispersés à travers le monde (Za 7, 14 ; 10, 9 ; 13, 7-8, Jér 16, 13, Ez 22, 15, Os 10, 6, Amos 5, 27).
· Il n’y aura plus de sacerdoce ni de sacrifice (Osée 3, 4, Dn 9, 26, Dn 11, 31).
· Il n’y aura plus de prophète (Is 29, 9, Mich 3, 5-7, Za 13, 1-5).
· Il n’y aura plus de roi (Os 3, 4 ; 10, 3 ; 13, 10, Ez 21, 30-32).
· La loi ancienne sera remplacée par une loi nouvelle « inscrite dans les cœurs et non plus sur des tables de pierre ». (Jér 31, 31. Cette loi nouvelle est formulée par Jésus en Mt 5-7, et 15)
· Dieu pardonnera les péchés de son peuple (Jér 31, 34, Is 30, 18, Os 11, 7, Mich 7, 18, Za 1, 16, cf. le Sermon sur la Montagne, le pardon de la femme adultère, etc.).
· Le peuple élu ne comprendra pas les prophéties. Ces prophéties sont codées (Is 28, 7-15 ; 29, 9 ; 42, 16-25 ; 59, 9). Le peuple élu sera déçu ; il tâtonnera en plein jour : « nous attendons le jugement, et rien ! Le salut, il demeure loin de nous ».
· La vraie foi se répandra jusqu’aux extrémités de la terre. Les peuples païens adoreront Yahvé (Soph 3, 9-10, Is 42 ; 19, 21 ; 49 ; 52, Mich 4, Za 8, 20-23).
· Le Messie sera une pierre d’achoppement causant la division d’Israël (causant la chute et le relèvement de beaucoup en Israël).
· Moment de l’arrivée du Messie : à la fin du royaume de Juda (qui cessa en 62 av ; JC), à un moment où les Juifs seront dominés par une puissance étrangère (quand Jésus est né, les Juifs étaient sous domination romaine). D’après le livre de Daniel, la persécution infligée par Antiochus Epiphane doit être la dernière avant l’arrivée du Messie. Or cette persécution cessa en 142 av. JC. De plus, quand Jésus est né, il n’y avait plus de prophètes depuis quelques temps, et peu après la mort de Jésus (en 70), le temple fut détruit. Le peuple Juif perdit définitivement son culte et son sacerdoce, et le temple n’a jamais été reconstruit.
· Certaines prophéties suggèrent que c’est Dieu lui-même qui instruira son peuple (Jér 31), qui deviendra le chef de son peuple (Ez 34, 1-17), et que c’est Dieu lui-même qui fera le sacrifice destiné à purifier son peuple (Ez 16 ; 39, Is 53), et même, semble-t-il, qu’il sera « transpercé » et qu’on se lamentera sur lui « comme on se lamente sur un fils unique » (Za 12, 10).
C’est un fait remarquable que l’interprétation chrétienne des prophéties puisse donner une même clé d’interprétation à des prophéties aussi diverses et aussi nombreuses. Cette interprétation est plus cohérente et plus simple (au sens où l’on parle de la simplicité d’une théorie en science) que celle des Pharisiens, des Esséniens, ou des Sadducéens. Elle parvient à concilier des éléments à première vue contradictoires en indiquant comment ils découlent logiquement d’un même principe. Or cette interprétation s’accorde avec les faits historiques qui se sont réellement produits. Il y a une prophétie qui ne s’est pas réalisée : celle qui annonce l’avènement du règne temporel du Messie et la domination du peuple juif sur tous les autres. En fait, d’un point de vue chrétien, elle se comprend si on l’entend au sens figuré (Jésus règne dans les cœurs, partout où il a de vrais disciples ; or il en a dans le monde entier). Comment justifier cette interprétation ?
1. Les prophètes ont dit que leurs oracles étaient codés.
2. Ils se sont contredits si l’on prend leurs prophéties littéralement. Certaines doivent donc être comprises métaphoriquement.
3. Ils ont fustigé les désirs charnels. Or l’interprétation nationaliste et impérialiste des prophéties est conforme à des désirs charnels, trop humains. Leur sens est donc métaphorique. Autrement, ces prophéties seraient indignes de Dieu.
Pour conclure, Jésus est arrivé au moment prédit. Nous savons d’ailleurs que le peuple juif attendait le Messie pour bientôt quand Jésus est arrivé. Il a réalisé les différentes prophéties, qui ne semblaient pas, à première vue, porter sur une seule et même personne.
Les préfigurations
Dans l’Ancien Testament, il y a de nombreuses préfigurations du Christ et de la religion chrétienne. Par exemple, le pain et le vain offerts à Dieu par Melchisédech, les pains azymes consommés avant la fuite en Egypte, et la manne tombée du ciel pour nourrir le peuple élu, sont des préfigurations de l’eucharistie. Certains grands personnages préfigurent Jésus, chacun à sa manière, de telle sorte qu’en superposant ces différentes figures, on obtient comme un portrait robot du juste. Abel, Noé, Melchisédech, Isaac, Joseph, Moïse, Josué, David, Jonas et les prophètes (tués ou persécutés) ont tous des points communs avec Jésus. Finalement, Jésus réunit en sa personne toutes les caractéristiques du juste.
Structure de l’argument
Certaines prophéties se sont réalisées plusieurs fois (avant le Christ, et peu de temps après). Mais avant la naissance de Jésus, les Juifs estimaient que les prophéties déjà réalisées pouvaient se réaliser de nouveau. Tous les passages des livres prophétiques prédisent ou préfigurent des événements qui se sont déroulés peu avant ou peu après la naissance de Jésus. L’argument consiste à dire que ce n’est pas l’effet d’une pure coïncidence, mais de la volonté divine. L’argument des prophéties est donc une inférence à la meilleure explication.
Considérons une autre suite d’événements, par exemple la Révolution française et les campagnes de Napoléon. Avant cela, il n’y avait aucun livre de 500 pages, dans la littérature française, dont tous les passages prédisaient (ou bien préfiguraient) cette suite d’événements historiques. Mais ce qui s’est passé il y deux mille ans est bien plus étonnant encore, car les livres prophétiques constituaient de fait un corpus littéraire auquel on attribuait, depuis longtemps, une valeur prédictive concernant l’histoire future d’Israël.
En fait, les oracles prophétiques eux-mêmes sont souvent des préfigurations, car ils portent sur un avenir proche et certains se sont réalisés avant Jésus. Ceux qui ne se sont pas réalisés avant Jésus se sont réalisés avec lui, et ceux qui se sont réalisés avant lui le concernent également, et sont à double sens. Par exemple, dans la prophétie des soixante-dix semaines, Daniel dit qu’un Messie viendra, sera tué, puis que la ville (Jérusalem) et le temple seront détruits. Même si ce Messie est Onias III, rien n’empêche de considérer cet oracle comme une prophétie à double sens concernant aussi Jésus. Car Jésus aussi a été tué, et quarante ans après, la ville et le temple ont été rasés. La prophétie, d’ailleurs, s’est réalisée de façon bien plus frappante avec Jésus : Antiochus Epiphane avait profané le temple, mais ne l’avait pas détruit. On peut parcourir les livres des prophètes en notant sur une feuille les thèmes de leurs oracles et de leurs exhortations. On voit ainsi que ces thèmes préfigurent presque toujours le christianisme. On peut se demander s’ils pourraient préfigurer aussi bien l’Islam, ou quelque chose d’autre. Mais il me semble que la réponse est assez claire…Néanmoins, cette réponse ne peut apparaître qu'à ceux qui ont lu et relu attentivement les livres prophétiques de l'Ancien Testament.
N. B. : D'un point de vue chrétien, le peuple juif demeure le peuple de Dieu après la mort de Jésus. Il y a donc deux peuples élus : Israël, et l'Eglise. St Paul, dans l'épître aux Romains (Ro 11), s'interroge sur la relation entre ces deux peuples ou ces deux élections. D'après lui, l'olivier sauvage (les païens devenus chrétiens) est greffé sur l'olivier franc (Israël). Les juifs sont donc les frères aînés des chrétiens. D'après ce que dit St Paul, les juifs qui n'ont pas reconnu le Christ ne sont pas coupables d'infidélités à Dieu, mais il ne voient pas quelle est la bonne manière de lui être fidèle.
Héron mélomane