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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /Déc /2006 21:32

 

La religion chrétienne s’inscrit dans la continuité du judaïsme, dont elle reprend les livres sacrés. Non seulement elle ne rejette pas les livres saints de l’ancien judaïsme (contrairement à l’Islam), mais elle s’appuie sur eux pour prouver sa propre vérité. Voici un résumé des principales prophéties :

·         Les prophéties annoncent la venue d’un Roi Messie descendant de David, d’un Grand Prêtre, et d’un nouveau prophète. Les Juifs attendaient cela, mais sans croire qu’il s’agissait d’une seule et même personne. Certains passages de leurs écritures (notamment dans Isaïe) annonçaient clairement la venue d’un Serviteur souffrant, torturé et tué, portant le péché du monde. Mais ces textes n’ont pas retenu leur attention. Certaines prophéties annoncent aussi que Dieu lui-même doit venir enseigner aux hommes sa volonté (cf. Jér. 31,31). Enfin, Daniel annonce la venue d’un « Fils d’homme ». Pour les chrétiens, Jésus est tout cela à la fois : vrai Dieu et vrai homme, fils de Dieu, né d’une femme, il est prêtre, prophète et roi. S’il est le prêtre parfait ou le parfait médiateur, c’est aussi parce qu’il est le Serviteur souffrant, qui se donne lui-même en sacrifice. Ainsi, l’interprétation chrétienne des prophéties l’emporte par l’unité et la cohérence sur toutes les interprétations antérieures. C’est en tant que Serviteur souffrant et sans tâche qu’il est le parfait médiateur entre Dieu et l’homme, donc le prêtre parfait. Et c’est aussi cela qui en fait un roi (au sens spirituel : il n’a pas de territoire, mais il règne dans les cœurs et des millions d’hommes à travers le monde accomplissent ses volontés).

 

·         Le Serviteur (ou le Messie) envoyé par Dieu sera discret : Is 42, Za 9, 9

 

·         Il ne sera pas accueilli par les siens.

 

·         Le Christ sera trahi, humilié, torturé et tué (cf. Is 50 ; 52 ; 53, Za 12 ; 13, 7-8 ; Dn 9, 24-27).

 

·         La synagogue sera répudiée pour n’avoir pas écouté Dieu, venu lui enseigner ses volontés (cf. Is 50). Cette répudiation ne sera pas définitive.

 

·         Le temple de Jérusalem sera détruit (il fut détruit en 70 par Titus) (Jér 7, 1-15, Dn 9, 24-27, Mich 3, 11)

 

·         Les Juifs ne seront pas tués, mais dispersés à travers le monde (Za 7, 14 ; 10, 9 ; 13, 7-8, Jér 16, 13, Ez 22, 15, Os 10, 6, Amos 5, 27).

 

·         Il n’y aura plus de sacerdoce ni de sacrifice (Osée 3, 4, Dn 9, 26, Dn 11, 31).

 

·         Il n’y aura plus de prophète (Is 29, 9, Mich 3, 5-7, Za 13, 1-5).

 

·         Il n’y aura plus de roi (Os 3, 4 ; 10, 3 ; 13, 10, Ez 21, 30-32).

 

·         La loi ancienne sera remplacée par une loi nouvelle « inscrite dans les cœurs et non plus sur des tables de pierre ». (Jér 31, 31. Cette loi nouvelle est formulée par Jésus en Mt 5-7, et 15)

 

·         Dieu pardonnera les péchés de son peuple (Jér 31, 34, Is 30, 18, Os 11, 7, Mich 7, 18, Za 1, 16, cf. le Sermon sur la Montagne, le pardon de la femme adultère, etc.).

 

·         Le peuple élu ne comprendra pas les prophéties. Ces prophéties sont codées (Is 28, 7-15 ; 29, 9 ; 42, 16-25 ; 59, 9). Le peuple élu sera déçu ; il tâtonnera en plein jour : « nous attendons le jugement, et rien ! Le salut, il demeure loin de nous ».

 

·         La vraie foi se répandra jusqu’aux extrémités de la terre. Les peuples païens adoreront Yahvé (Soph 3, 9-10, Is 42 ; 19, 21 ; 49 ; 52, Mich 4, Za 8, 20-23).

 

·         Le Messie sera une pierre d’achoppement causant la division d’Israël (causant la chute et le relèvement de beaucoup en Israël).

 

·         Moment de l’arrivée du Messie : à la fin du royaume de Juda (qui cessa en 62 av ; JC), à un moment où les Juifs seront dominés par une puissance étrangère (quand Jésus est né, les Juifs étaient sous domination romaine). D’après le livre de Daniel, la persécution infligée par Antiochus Epiphane doit être la dernière avant l’arrivée du Messie. Or cette persécution cessa en 142 av. JC. De plus, quand Jésus est né, il n’y avait plus de prophètes depuis quelques temps, et peu après la mort de Jésus (en 70), le temple fut détruit. Le peuple Juif perdit définitivement son culte et son sacerdoce, et le temple n’a jamais été reconstruit.

 

·         Certaines prophéties suggèrent que c’est Dieu lui-même qui instruira son peuple (Jér 31), qui deviendra le chef de son peuple (Ez 34, 1-17), et que c’est Dieu lui-même qui fera le sacrifice destiné à purifier son peuple (Ez 16 ; 39, Is 53), et même, semble-t-il, qu’il sera « transpercé » et qu’on se lamentera sur lui « comme on se lamente sur un fils unique » (Za 12, 10).

 

C’est un fait remarquable que l’interprétation chrétienne des prophéties puisse donner une même clé d’interprétation à des prophéties aussi diverses et aussi nombreuses. Cette interprétation est plus cohérente et plus simple (au sens où l’on parle de la simplicité d’une théorie en science) que celle des Pharisiens, des Esséniens, ou des Sadducéens. Elle parvient à concilier des éléments à première vue contradictoires en indiquant comment ils découlent logiquement d’un même principe. Or cette interprétation s’accorde avec les faits historiques qui se sont réellement produits. Il y a une prophétie qui ne s’est pas réalisée : celle qui annonce l’avènement du règne temporel du Messie et la domination du peuple juif sur tous les autres. En fait, d’un point de vue chrétien, elle se comprend si on l’entend au sens figuré (Jésus règne dans les cœurs, partout où il a de vrais disciples ; or il en a dans le monde entier). Comment justifier cette interprétation ?

1.      Les prophètes ont dit que leurs oracles étaient codés.

2.      Ils se sont contredits si l’on prend leurs prophéties littéralement. Certaines doivent donc être comprises métaphoriquement.

3.      Ils ont fustigé les désirs charnels. Or l’interprétation nationaliste et impérialiste des prophéties est conforme à des désirs charnels, trop humains. Leur sens est donc métaphorique. Autrement, ces prophéties seraient indignes de Dieu.

Pour conclure, Jésus est arrivé au moment prédit. Nous savons d’ailleurs que le peuple juif attendait le Messie pour bientôt quand Jésus est arrivé. Il a réalisé les différentes prophéties, qui ne semblaient pas, à première vue, porter sur une seule et même personne.

 

 

Les préfigurations

 

Dans l’Ancien Testament, il y a de nombreuses préfigurations du Christ et de la religion chrétienne. Par exemple, le pain et le vain offerts à Dieu par Melchisédech, les pains azymes consommés avant la fuite en Egypte, et la manne tombée du ciel pour nourrir le peuple élu, sont des préfigurations de l’eucharistie. Certains grands personnages préfigurent Jésus, chacun à sa manière, de telle sorte qu’en superposant ces différentes figures, on obtient comme un portrait robot du juste. Abel, Noé, Melchisédech, Isaac, Joseph, Moïse, Josué, David, Jonas et les prophètes (tués ou persécutés) ont tous des points communs avec Jésus. Finalement, Jésus réunit en sa personne toutes les caractéristiques du juste.

 

 

Structure de l’argument

Certaines prophéties se sont réalisées plusieurs fois (avant le Christ, et peu de temps après). Mais avant la naissance de Jésus, les Juifs estimaient que les prophéties déjà réalisées pouvaient se réaliser de nouveau. Tous les passages des livres prophétiques prédisent ou préfigurent des événements qui se sont déroulés peu avant ou peu après la naissance de Jésus. L’argument  consiste à dire que ce n’est pas l’effet d’une pure coïncidence, mais de la volonté divine. L’argument des prophéties est donc une inférence à la meilleure explication.

Considérons une autre suite d’événements, par exemple la Révolution française et les campagnes de Napoléon. Avant cela, il n’y avait aucun livre de 500 pages, dans la littérature française, dont tous les passages prédisaient (ou bien préfiguraient) cette suite d’événements historiques. Mais ce qui s’est passé il y deux mille ans est bien plus étonnant encore, car les livres prophétiques constituaient de fait un corpus littéraire auquel on attribuait, depuis longtemps, une valeur prédictive concernant l’histoire future d’Israël.

 

 

En fait, les oracles prophétiques eux-mêmes sont souvent des préfigurations, car ils portent sur un avenir proche et certains se sont réalisés avant Jésus. Ceux qui ne se sont pas réalisés avant Jésus se sont réalisés avec lui, et ceux qui se sont réalisés avant lui le concernent également, et sont à double sens. Par exemple, dans la prophétie des soixante-dix semaines, Daniel dit qu’un Messie viendra, sera tué, puis que la ville (Jérusalem) et le temple seront détruits. Même si ce Messie est Onias III, rien n’empêche de considérer cet oracle comme une prophétie à double sens concernant aussi Jésus. Car Jésus aussi a été tué, et quarante ans après, la ville et le temple ont été rasés. La prophétie, d’ailleurs, s’est réalisée de façon bien plus frappante avec Jésus : Antiochus Epiphane avait profané le temple, mais ne l’avait pas détruit. On peut parcourir les livres des prophètes en notant sur une feuille les thèmes de leurs oracles et de leurs exhortations. On voit ainsi que ces thèmes préfigurent presque toujours le christianisme. On peut se demander s’ils pourraient préfigurer aussi bien l’Islam, ou quelque chose d’autre. Mais il me semble que la réponse est assez claire…Néanmoins, cette réponse ne peut apparaître qu'à ceux qui ont lu et relu attentivement les livres prophétiques de l'Ancien Testament.

N. B. : D'un point de vue chrétien, le peuple juif demeure le peuple de Dieu après la mort de Jésus. Il y a donc deux peuples élus : Israël, et l'Eglise. St Paul, dans l'épître aux Romains (Ro 11), s'interroge sur la relation entre ces deux peuples ou ces deux élections. D'après lui, l'olivier sauvage (les païens devenus chrétiens) est greffé sur l'olivier franc (Israël). Les juifs sont donc les frères aînés des chrétiens. D'après ce que dit St Paul, les juifs qui n'ont pas reconnu le Christ ne sont pas coupables d'infidélités à Dieu, mais il ne voient pas quelle est la bonne manière de lui être fidèle.

 

                                                                                              Héron mélomane

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Bible et prophéties
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Samedi 16 décembre 2006 6 16 /12 /Déc /2006 12:57

 

 

Les philosophes ont proposé plusieurs arguments pour prouver l’existence de Dieu. Chaque argument a une histoire. Je m’attacherai uniquement, ici, à l’argument cosmologique, apparemment très apprécié aujourd’hui. Il a été présenté sous différentes formes. En voici quelques-unes.

 

Au début des Principes mathématiques de la philosophie naturelle, livre fondateur de la physique moderne où sont exposées les lois de la gravitation universelle, Isaac Newton déclare que sa théorie prouve l’existence d’un Créateur intelligent : « Tous ces mouvements réguliers n’ont pas pour origine des causes mécaniques. Cet arrangement aussi extraordinaire du soleil, des planètes et des comètes n’a pu avoir pour source que le dessein et la seigneurie d’un Être intelligent et puissant ».

 

 

Gottlob Leibniz (1646-1716), grand physicien lui aussi, propose une version intéressante du même argument :

 

 « la raison suffisante de l'existence des choses ne saurait être trouvée ni dans aucune des choses singulières, ni dans tout l'agrégat ou la série des choses. Posons que le livre des éléments de la géométrie ait existé de tout temps et que les exemplaires en aient toujours été copiés l'un sur l'autre ; il est évident, bien qu'on puisse expliquer l'exemplaire présent par l'exemplaire antérieur sur lequel il a été copié, qu'on n'arrivera jamais, en remontant en arrière à autant de livres qu'on voudra, à la raison complète de l'existence de ce livre, puisqu'on pourra toujours se demander, pourquoi de tels livres ont existé de tout temps, c'est-à-dire pourquoi il y a eu des livres et pourquoi des livres ainsi rédigés. Ce qui est vrai des livres, est aussi vrai des différents états du monde, dont le suivant est en quelque sorte copié sur le précédent, bien que selon certaines lois de changement. Aussi loin qu'on remonte en arrière à des états antérieurs, on ne trouvera jamais dans ces états la raison complète, pour laquelle il existe un monde et qui est tel.

On a donc beau se figurer le monde comme éternel, puisqu'on ne suppose cependant rien que des états successifs, qu'on ne trouvera dans aucun de ces états sa raison suffisante, et qu'on ne se rapproche nullement de l'explication en multipliant à volonté le nombre de ces états, il est évident que la raison doit être cherchée ailleurs » (De l’Origine radicale des choses).

 

La science explique chaque phénomène en le ramenant à une ou plusieurs lois de la nature. Autrement dit, elle explique chaque régularité en la ramenant à une autre régularité. Seules les régularités nécessitent une explication. Ce qui n’est pas régulier peut être dû au hasard, mais on suppose, inversement, que la régularité d’un phénomène a toujours une cause. Imaginons que je lance dix dés à six faces. Si le résultat du jet est irrégulier, ce résultat ne me surprend pas. A l’inverse, si j’obtiens dix fois le même chiffre dès le premier jet, et si au bout d’une vingtaine de jets, je n’arrive toujours pas à obtenir un autre chiffre, il y a là de quoi s’étonner. C’est en face d’une régularité qu’on se demande pourquoi il en est ainsi et non autrement. Il en est de même dans les sciences de la nature. Par exemple, le mouvement des planètes se faisant toujours selon certaines lois, énoncées par Kepler, il était naturel que Newton cherchât la cause de cette régularité, ce qui l’amena à découvrir la gravitation universelle. Mais ce faisant, Newton expliqua une régularité par une autre régularité, plus générale sans doute, mais tout aussi mystérieuse. En fait, l’explication scientifique remonte à des lois toujours plus générales, et donc à des régularités toujours plus universelles et de moins en moins explicables par le hasard. Albert Einstein, comme Leibniz, était parfaitement conscient de cette limite de la physique. Voici ce qu’il en dit dans une lettre à Maurice Solovine du 30 mars 1952 : « Vous trouvez curieux que je considère la compréhensibilité du monde comme un miracle ou comme un éternel mystère. Eh bien, a priori, on devrait s’attendre à un monde chaotique, qui ne peut en aucune façon être saisi par la pensée (…). Si les axiomes de la théorie [de Newton] sont posés par l’homme, le succès d’une telle entreprise suppose un ordre du monde objectif d’un haut degré d’intelligibilité, qu’on n’était, a priori, nullement autorisé à attendre. C’est cela le miracle, qui se fortifie de plus en plus avec le développement de nos connaissances. C’est ici que se trouve le point faible des positivistes et des athées professionnels, qui se sentent heureux parce qu’ils ont la conscience, non seulement d’avoir avec plein succès privé le monde des dieux, mais aussi de l’avoir dépouillé des miracles ». Pourtant, dans la suite de cette lettre, Einstein refuse d’en tirer la conclusion que Dieu existe. Sa position est-elle cohérente ? Quand il est impossible d’expliquer un phénomène par une cause naturelle, et qu’il est en même temps nécessaire d’expliquer ce phénomène, la seule solution envisageable est de lui donner une explication surnaturelle. Il est donc logique d’admettre que les lois de la nature viennent d’un Créateur intelligent, c’est-à-dire d’une cause surnaturelle qui, parce qu’elle est intelligente, est capable de créer de l’ordre.

D’ailleurs, l’existence d’un Créateur intelligent explique bien l’existence des régularités naturelles, car si ce Dieu veut créer des êtres intelligents à son image, comme l’enseigne la religion chrétienne, il est utile que les phénomènes de la nature soient réguliers et prévisibles. Sans cela, l’homme ne pourrait y survivre.

 

 

J. C. Maxwell (1831-1879) Physicien et mathématicien anglais.

 

Il part de la régularité extrême existant dans les propriétés des molécules. Les molécules d’une même sorte ont des propriétés absolument identiques. Or, contrairement aux êtres vivants, les molécules ne se reproduisent pas en transmettant leur propriétés à d’autres molécules. Mais alors, pourquoi possèdent-elles les mêmes propriétés ? La physique ne peut expliquer ce fait. Seule l’existence d’un Créateur intelligent semble en fournir l’explication : « La science est arrêtée quand elle s’assure, d’une part, que la molécule a été faite, et d’autre part, qu’elle n’a été faite par aucun des processus que nous appelons naturels ».

 

 

         L’existence de Dieu et les règles de l’inférence à la meilleure explication

 

Nous prendrons le mot « coïncidence » au sens étymologique : deux événements sont co-incidents quand ils se produisent ensemble. Quand il se produit une petite coïncidence, nous pouvons croire qu’elle est due au hasard ; cela ne signifie pas qu’elle découle d’un processus indéterminé, mais que la coïncidence n’a pas été voulue et qu’elle peut résulter de plusieurs chaînes causales sans origine commune. Par exemple, si plusieurs fois de suite, je vois la pluie commencer à tomber au moment où je sors de chez moi, je ne peux pas en conclure qu’il y a un dieu ou un esprit décidé à me nuire.

 

En revanche, si la coïncidence se répète à chaque fois, il est naturel de penser que tous les événements de la série sont dus à une même cause (qu’il s’agisse d’un dieu, d’un sorcier, ou d’un processus naturel).

 

Il faut donc poser le principe

 

(PS) (principe de simplicité) Une grande coïncidence, si elle suppose la rencontre d’une multitude de causes ou de conditions, est extrêmement improbable. Il faut donc croire qu’elle est due indirectement à une même cause.

 

Mais il faut aussi tenir compte du principe

 

(PAP) (principe de l’augmentation de la probabilité) : Plus on mélange les éléments d’une configuration, plus on a de chances d’obtenir cette configuration. Par exemple, si on lance un dé à six faces, on a peu de chances d’obtenir un six. Mais si on lance dix dés à six faces, on a plus de chances d’y arriver.

 

De même, un athée peut soutenir que si la matière de l’univers se mélange depuis très longtemps, il est probable qu’un tel processus aboutisse à l’apparition des êtres vivants et de l’homme.

 

Un athée peut donc s’appuyer sur PAP pour rejeter PS. Il peut dire que vu le nombre de causes et d’événements passés dans l’histoire de l’univers, l’apparition de l’homme était une coïncidence assez probable, tout comme les petites coïncidences que nous attribuons au hasard. Seulement, cette idée a deux conséquences absurdes :

 

1°) Dans l’hypothèse athée, l’évolution de l’univers n’a jamais commencé ; le nombre de ses transformations passées est infini. En effet, on suppose que tout changement physique est la conséquence d’un changement physique. Il est donc clair que dans l’hypothèse athée, l’histoire du monde se constitue d’une infinité d’événements, de transformations, etc. En conséquence, tout événement physiquement possible doit être considéré comme probable. Bien plus : la probabilité de chaque événement physiquement possible tend vers 1 ; on en conclut que tout événement physiquement possible s’est déjà réalisé. Par exemple, un singe a tapé la critique de la raison pure sur un ordinateur (on peut même imaginer que quarante singes l’ont déjà fait).

 

Puisque cette conséquence est absurde, il faut rejeter l’idée selon laquelle le nombre d’événements passés est infini. Il faut donc admettre que le monde physique a commencé un jour, c’est-à-dire qu’il a été créé.

 

2°) Si on admet ce raisonnement, alors toute coïncidence peut être attribuée au hasard, ce qui est manifestement faux.

 

Prenons un exemple connu : les attentats du 11 septembre 2001. Au moment des attentats, on voit deux avions de ligne s’écraser contre les tours jumelles du World Trade Center. Or, on sait aussi que d’autres avions se dirigent vers la Maison Blanche et le Pentagone. On a déjà vu, à New York, à Tokyo ou ailleurs, des accidents pendant lesquels un avion de ligne s’est écrasé sur un gratte-ciel. Mais pendant les attentats du 11 septembre, on ne peut pas croire qu’il s’agit d’un accident d’avion, puis d’un deuxième accident, au moment où d’autres appareils du même type quittent leur trajectoire normale pour se diriger vers la Maison Blanche et vers le Pentagone. Il est irrationnel de préférer l’hypothèse de l’accident, même si on n’a jamais vu un attentat d’une telle ampleur. L’événement a donc une cause extraordinaire. L’hypothèse de l’accident a l’avantage de ramener l’effet à des causes plus ordinaires. Pourtant, l’hypothèse la plus rationnelle est bien celle du complot. L’événement peut être voulu, puisque les Etats-Unis ont de nombreux ennemis dans le monde. Il faut donc penser que tout cela vient indirectement d’une même cause : une cause intelligente qui est à l’origine des attentats.

 

L’argument cosmologique s’appuie sur le même principe : l’apparition de l’homme est un événement qui peut être voulu, car chaque être humain (et chaque personne) a une très grande valeur. Or cet événement requiert de multiples causes et conditions. La coïncidence est donc frappante. Il ne s’agit pas d’une petite coïncidence que l’on peut renoncer à expliquer. On ne peut pas l’attribuer au hasard ; il faut donc penser qu’elle provient indirectement d’une seule cause : un créateur intelligent.  

 

 

Conclusion

 

L’athéisme s’appuie sur PAP pour rejeter PS. Or cet argument n’est pas correct, car si on admet cette utilisation du principe PAP, alors :

 

1°) L’athéisme aboutit à une conséquence absurde : tout événement physiquement possible s’est déjà réalisé.

 

2°) Si tout événement physiquement possible est probable, toutes les coïncidences, même les plus frappantes, peuvent être expliquées par le hasard. Or il est évident que nous ne pouvons pas accepter cette idée, parce qu’elle sape les bases d’une grande partie de la connaissance humaine. La physique et les sciences de la nature appliquent ce principe. On l’applique aussi en histoire, dans les sciences humaines, dans les enquêtes policières, dans les procès, et dans une foule de situations où on ne peut pas s’en passer. Il serait donc incohérent d’y renoncer dans le débat sur l’origine du monde.

  

 

                                                                                    Héron mélomane

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Samedi 16 décembre 2006 6 16 /12 /Déc /2006 12:46

Avant d'aborder la délicate question de l'existence de Dieu, il convient de dire quelques mots sur sa place dans l'ensemble du débat sur la foi et la raison.

Comme on peut le voir dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, l'Eglise admet qu'il y a des preuves de l'existence de Dieu, c'est-à-dire des arguments qui, sans être évidents, sont assez variés et assez solides, pris ensemble, pour justifier la certitude que Dieu existe.

Cependant, les preuves philosophiques de l'existence de Dieu ne sont pas les seules preuves de l'existence de Dieu. En effet, comme le dit Pascal, la réalisation des prophéties de l'Ancien Testament peut être considérée comme une preuve de la religion chrétienne, et donc aussi de l'existence de Dieu. Cet argument des prophéties, malgré son importance dans la tradition chrétienne, est presque entièrement ignoré par les philosophes. Pourtant, il mérite largement une étude méthodique et approfondie.

Il faut aussi s'interroger sur les miracles et sur la vie des saints. En quoi peut-on y voir des arguments en faveur de la religion chrétienne ? Sur ces questions, on pourra consulter les rubriques correspondantes sur ce site.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /Déc /2006 21:39

Une des spécificités de la religion chrétienne est la relation étroite qu’elle a toujours entretenue avec la philosophie. Les philosophes chrétiens s’accordent généralement sur les points suivants :

1.      La foi ne repose pas sur des preuves purement déductives, ni sur des preuves parfaitement évidentes.

2.      Mais la foi chrétienne peut se justifier à l’aide d’arguments variés, qui relèvent le plus souvent de l’induction ou de l’inférence à la meilleure explication. Parmi ces preuves, il faut mentionner les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, les miracles (confirmés par des méthodes médicales ou historiographiques), la vie des saints, la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament, la fécondité et l’universalité du message biblique, la cohérence philosophique et théologique de la doctrine chrétienne, et sa constante nouveauté. Ces preuves ne sont pas directement évidentes, mais elles sont suffisantes pour que le pari de la foi soit le plus rationnel.

3.      Il n’est pas nécessaire de connaître tous ces arguments pour commencer à croire. Dans tous les domaines (en science, etc.), on acquiert souvent la connaissance en se fiant à autrui, et sans savoir ce qui la justifie. Par exemple, on apprend certaines lois physiques avant d’en découvrir les preuves expérimentales. Bien plus : il arrive souvent qu’on ne fasse jamais l’expérience nécessaire (par exemple, je sais que l’Everest fait plus de 8000 m ; pourtant je n’en ferai jamais la preuve moi-même, et je crois que ce n’est pas utile). En bref, dans l’ordre naturel de la connaissance humaine, la foi précède généralement la connaissance des preuves.

4.      La théologie est une œuvre collective, tout comme n’importe quelle discipline scientifique. Personne n’est assez intelligent pour répondre, seul, à toutes les grandes questions philosophiques et théologiques. C’est pourquoi il est nécessaire de se fier, dans le domaine moral et théologique, à une autorité intellectuelle. Cette autorité appartient au Magistère[1] de l’Eglise, qui synthétise et coordonne les avancées de la raison dans le domaine théologique.

                             


                                     

 

[1] On appelle « magistère » le pape et les cardinaux quand ils s’expriment sur les questions les plus importantes dans les conciles, les documents de référence et les encycliques.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /Déc /2006 20:59

pour faire de la philosophie

Inférer : tirer une conclusion ou acquérir une connaissance à partir de certaines données.

 

 

Induction : inférence qui aboutit à une conclusion générale à partir de plusieurs exemples du même genre. « Tous les corbeaux sont noirs » : cette conclusion est obtenue par induction à partir des corbeaux qu'on a eu l'occasion d'observer. L'induction n'est pas rigoureuse du point de vue logique. Elle n'est donc pas démonstrative à proprement parler, mais peut toutefois constituer une preuve ou une confirmation (d?une valeur limitée).

 

 

Déduction : inférence qui repose sur les règles de la logique ou du calcul mathématique. Ex : Tous les hommes sont mortels ; Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel. Ou bien : 2 + 2 = 4, et 4 + 2 = 6 ; donc 2 + 2 + 2 = 6.

 

 

Inférence à la meilleure explication : inférence qui conclut en faveur de l'explication la meilleure, c'est-à-dire la plus simple ou la plus probable. Par exemple, si je vois des traces de pas dans la neige, disposées tout à fait comme si elles avaient été causées par un même individu, la meilleure explication consiste à dire que c'est un même et unique individu qui a produit ces empreintes en marchant. Mais il n'est pas logiquement impossible que les empreintes aient été produites par plusieurs personnes de même pointure, ou d'une autre manière encore. Seulement, ces hypothèses sont moins simples et moins probables. L'inférence à la meilleure explication occupe une place importante dans les procès, les enquêtes historiques ou policières, les théories physiques, et aussi dans la connaissance commune (ainsi qu'on peut le voir dans l'exemple des traces de pas).

 

 

Absolu : qui existe ou possède ses propriétés sans référence à autre chose, ou de façon indépendante. Par exemple, ce qui vaut absolument, c'est ce qui est toujours et partout valable, par opposition à ce qui ne vaut que dans certaines circonstances. Ex : le « zéro absolu » est la température la plus basse considérée comme physiquement possible (en l'absence de tout transfert d'énergie et de tout dégagement de chaleur). Ce zéro n'est pas celui de tel ou tel système de mesure (le système français, ou anglais, etc.). C'est pourquoi il est absolu. « L'Etre absolu », c'est Dieu, parce qu'il est (ou existe) de façon entièrement indépendante.

 

 

Relatif : qui se réfère à autre chose, ou qui dépend d'autre chose. « Relatif » s'oppose donc à « absolu ». Par exemple, ce qui a une valeur relative n'a par définition cette valeur que dans certaines circonstances, ou en fonction de certains critères qui ne sont pas universellement valables. « C'est relativement bon » : c'est bon par rapport à certaines choses, mais il y a aussi des choses meilleures. Le relativisme moral est la thèse selon laquelle il n'y a aucune norme ou valeur morale absolue, c'est-à-dire universellement valable.

 

Possible : qui peut être (ou qui peut être vrai, quand on parle d'une explication ou d'une proposition). Ce qui est possible est soit nécessaire, soit contingent.

 

 

Impossible : qui ne peut pas être (ou qui ne peut pas être vrai). Il convient de distinguer différents types d'impossibilité : certaines choses sont logiquement impossibles, c'est-à-dire contraires aux lois logiques ou mathématiques (par exemple, un cercle carré). On dit alors qu'elles sont absolument impossibles. D'autres sont physiquement impossibles, c?est-à-dire contraire aux lois de la nature (par exemple, un homme qui lévite, qui vole, ou qui se trouve à plusieurs endroits à la fois). Ce qui est physiquement impossible n'est pas toujours logiquement impossible. Par exemple, l'idée d'un homme qui vole ou qui lévite n'est pas contradictoire.

 

Nécessaire : qui ne peut pas ne pas être (ou bien qui ne peut pas ne pas être vrai). Par exemple, une vérité nécessaire est une idée ou une affirmation qui ne peut pas être fausse. Traditionnellement, les philosophes définissent Dieu comme l'Etre nécessaire, par opposition aux êtres contingents.

Par extension, « nécessaire » signifie souvent « indispensable ».

 

 

Contingent : qui peut ne pas être. Tous les êtres qui naissent ou qui meurent, tout ceux dont l'existence n'est pas éternelle, sont considérés comme contingents. De même, toutes les propositions qui sont vraies dans certains cas seulement (ou à certains moments) sont des vérités contingentes.

 

 

Probable : qui a des chances d'être vrai ou de se réaliser. « Probable » se dit d'un événement (ou d'une hypothèse) qui a plus de chances d'arriver (ou d'être vraie) que de ne pas arriver (ou d'être fausse). La probabilité s'oppose donc à la certitude, ainsi qu'à l'improbabilité. En calcul des probabilités, quand la probabilité est de 1, l'événement est considéré comme certain. Quand elle est de 0, il est impossible. Quand elle est supérieure à 0.5, il est plutôt probable, et quand elle est inférieure à 0.5, il est plutôt improbable.

 

 

 

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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