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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 17:09


Il y a des parties de nous-mêmes que nous pouvons perdre sans cesser d'exister et d'être le même individu qu'avant : les bras, les mains, les jambes, les cheveux, etc.
Soit un individu nommé John McCullen. Il perd une partie de sa mémoire au cours d'un accident, ainsi que ses jambes. Il a changé, mais il s'agit toujours de John McCullen.

Imaginons qu'il ait commis un crime abominable avant cet accident. Après l'accident, on le considérera encore comme le criminel et il devra subir une peine proportionné au mal qu'il a commis. c'est donc qu'il s'agit toujours du même individu : John McCullen.

La question est : quelle est la partie de son être qu'il peut perdre sans cesser d'être lui-même ? C'est la question des critères de l'identité personnelle.

D'un point de vue matérialiste, il est tentant de penser que c'est le cerveau qui est le centre de l'identité personnelle. Mais, comme le montre Swinburne, cette idée pose un sérieux problème.
 
- si on enlève une partie du cerveau à un individu (pour lui enlever une tumeur par exemple), il s'agit toujours du même individu après. Par exemple, si McCullen a un cancer et qu'on lui enlève un morceau de l'hémisphère droit, il reste John McCullen après l'opération. On sait d'ailleurs que ce genre d'opération, lorsqu'elle est réussie, n'enlève à l'individu qu'une partie de ses facultés (il ne peut plus jouer de musique, par exemple).

- notons que si on enlève à un individu la moitié de son cerveau, il survit dans certains cas. Les enfants peuvent subir cette opération et recouvrer toutes leurs facultés au bout d'un certain temps (l'hémisphère restant finit par remplir toutes les taches à lui seul).

Swinburne se demande donc : que se passe-t-il si on sépare les deux hémisphères cérébraux d'un individu sans les détruire ? Par exemple, on échange des hémisphères cérébraux de deux personnes (disons John et son frère Mark). Du point de vue matérialiste, la réponse serait celle-ci : nous avons deux personnes qui sont chacune un peu de John et un peu de Mark.

Objection de Swinburne : dans ce cas, il fallait dire tout à l'heure que si John perd une petite partie de son cerveau au cours d'une opération, il n'est plus tout à fait John McCullen.

Comment résoudre la contradiction ? Soit le fait de retirer une partie du cerveau fait qu'il ne s'agit plus du même individu, soit cela n'empêche pas qu'il s'agisse du même individu. Swinburne soutient que le matérialiste ne peut pas se sortir de cette difficulté...

Il faut bien voir que l'identité d'une personne à travers le changement est d'un type particulier. Chisholm la distingue de l'identité d'un fleuve. Le Missouri et l'Ohio se jettent dans le Mississipi. Le Mississipi est-il le même fleuve en amont et en aval des lieux où le rejoignent ses deux affluents ? Oui et non. Nous lui donnons le même nom, mais il ne s'agit pas tout à fait du même fleuve.
En revanche, lorsque nous parlons d'une personne qui change au cours de sa vie, nous disons que c'est toujours de la même personne qu'il s'agit. Encore une fois, si elle a commis un crime et qu'on lui enlève une partie du cerveau au cours d'une opération, on pense bien qu'il s'agit toujours de la même personne après l'opération et qu'elle doit subir une peine de prison.
L'énigme est là : si le critère matérialiste de l'identité personnelle était correct, comment expliquer cette différence ?

Swinburne suggère que le centre de l'identité personnelle n'est pas le cerveau, mais une partie indivisible (l'âme, si l'on veut).

Son argument est étrange, mais je ne vois vraiment pas comment le contrer.

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 22:02

Le pari de Pascal n’est pas un choix aveugle ou arbitraire, mais un calcul rationnel, un calcul de probabilités. D’abord, insistons sur le fait que Pascal n’est pas fidéiste : il ne sépare pas la foi et la raison. Sa thèse est plutôt que la foi est incompréhensible du point de vue de la raison raisonnante, c’est-à-dire tronquée ou caricaturée. Il y a bien des raisons de croire, et le but des Pensées est de les exposer de façon persuasive. Selon Pascal, la plus importante des preuves du christianisme est la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament. Une bonne partie des Pensées porte sur ce point. Les indices en faveur du christianisme ne manquent pas mais ils manquent d’évidence, car si Dieu imposait à l’homme des preuves évidentes, il ne respecterait pas sa liberté. L’adhésion libre à la vérité révélée suppose que nous ayons la capacité de nier cette vérité en nous aveuglant volontairement. Cela n’est possible qu’à l’égard de ce qui n’est pas évident. Par exemple, je n’ai pas le pouvoir de croire que 2 + 2 = 5 ou que le monde n’existait pas il y a une heure. Il faut donc qu’il y ait des preuves, mais des preuves non évidentes.

A celui qui hésite encore après avoir considéré ces preuves du christianisme, Pascal propose un argument de son cru : le fameux pari. Il se compose de deux parties. La première relève de la théorie de la décision, et la deuxième du calcul des probabilités, inventé par Pascal lui-même, Huygens, et Fermat.

Première partie : il y a deux choix possibles : celui de la foi et l’autre (celui de l’athée ou de l’agnostique. On peut les mettre ensemble parce qu’il s’agit dans les deux cas du choix de ne pas recourir aux sacrements et de ne pas croire la vérité révélée). Donc soit on croit, soit on ne croit pas. Si on fait le premier choix, on sacrifie certains plaisirs de ce monde ; ainsi, en cas d’erreur, on aura fait un sacrifice inutile, mais cette perte est limitée. Si on fait le deuxième choix, le risque est beaucoup plus grand : perdre la vie éternelle. Nous avons donc d’un côté une perte finie, et de l’autre une perte infinie. Il n’y a donc pas à hésiter : il faut choisir de croire.

Objection : si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus grande que la probabilité de son existence, ce raisonnement n’est pas concluant…

La deuxième partie de l’argument répond à cette objection.

Deuxième partie (où interviennent les probabilités) :  Même si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus forte que la probabilité de son existence, l’argument du pari demeure valable. Pascal le montre en imaginant un jeu de hasard. Prenons un exemple du même genre. Jouons à la roulette en modifiant le jeu de la manière suivante : il y a trois fois plus de nombres rouges que de noirs mais que le gain prévu pour les nombres rouges est cent fois plus petit que pour les noirs. Dans ce cas, le pari le plus rationnel est de choisir les noirs.

- Rouges (probabilité de ¾) : gain de 10 euros si ça tombe sur un nombre rouge.

- Noirs (probabilité de ¼) : gain de 1000 euros si ça tombe sur un nombre noir. 

De même, s’il y a peu de chances que Dieu existe compte tenu des indices dont nous disposons, le choix le plus rationnel est tout de même celui de la foi car le gain qu’il permet est infini (c’est la vie éternelle). Il s’agit d’un gain infiniment plus grand que celui du pari contraire.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 12:05

La divinité de Jésus

 

  • D’abord, Jésus est le Fils de Dieu, comme l’admettent les Témoins de Jéhovah. Remarquons bien qu’il l’est en un sens tout particulier. Lequel ? Il n’est pas seulement une créature de Dieu. Le prologue de St Jean (Jn 1, 1) dit que « le verbe était Dieu ». Le texte grec est parfaitement clair « και θεος ήν ο λόγος ». Les témoins de Jéhovah traduisent « et le Verbe était de nature divine », en prétendant que cette traduction se fonde sur une connaissance du grec biblique, mais leur argumentation s’arrête là. Ils ne justifient donc pas cette traduction. En réalité, cette phrase est parfaitement claire et ne contient aucune subtilité sémantique ou grammaticale. Si Jean avait voulu dire que Jésus était (seulement) de nature divine, il aurait sans doute utilisé le mot φυσις ou le mot ουσια, mais il n’aurait pas écrit que le Verbe était Dieu (Théos).
  • Dans quatre versets de St Jean, Jésus s’attribue le nom de Dieu « Yahwé » qui veut dire « JE SUIS ». Dans le livre de l’Exode, Dieu se nomme ainsi. Les commentateurs ont toujours compris ce nom comme signifiant que Dieu est l’Etre absolu (voir sur ce point Gilson, Constantes philosophiques de l’Etre, VRIN – le grand historien de la philosophie évoque surtout les réflexions de St Augustin et St Thomas d’Aquin sur ce passage). En Jn 8, 24, Jésus dit « si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés » (le texte grec porte bien les mots εγω ειμι – pour qui en doute, il n’y a rien d’autre à faire que de consulter l’interlinéaire Grec-Français). Quelques lignes plus bas, au verset 28, « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous reconnaîtrez que JE SUIS » (là encore, on trouve les mots « égo eïmi »). De même, au verset 58 : «  avant qu’Abraham existât, JE SUIS ». Ce dernier verset, la société Watchtower le traduit « avant qu’Abraham existât, j’ai été ». Or le texte grec dit « égo eïmi ». Il s’agit bien du présent. On ne peut pas traduire autrement que par « je suis ». Il est donc clair que Jésus s’attribue le nom divin dans le ch. 8 de St Jean, et cela confirme l’idée qu’au chapitre 1, la bonne traduction est : « et le Verbe était Dieu ». Enfin, lors de son dernier repas, Jésus dit « je vous le dis à présent, avant que l’événement n’arrive, afin que, lorsqu’il arrivera, vous croyiez que JE SUIS ». Là encore, ce sont les mots égo eïmi, et on ne peut pas les traduire autrement que par « je suis ».
     
  • Autres passages déformés par la société Watchtower : Colossiens 1, 15-17, et Philippiens 2, 9. Dans ces deux textes, la traduction du monde nouveau insère le mot « autre » parce que sans cela, le sens du texte implique que Jésus est Dieu : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute création ; parce que par son moyen toutes les [autres] choses ont été crées dans les cieux et sur la terre » etc. Et en Philippiens 2, 9 : « C’est pourquoi Dieu l’a élevé à une position supérieure et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout [autre] nom ».
  • En Révélation 22, 12-13, Jésus dit de lui-même : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin ». Or le livre d’Isaïe fait aussi allusion à Dieu comme étant le « premier » et le « dernier » : « Voici ce qu’a dit Jéhovah, le Seigneur des armées : « je suis le premier et je suis le dernier, et en dehors de moi il n’y a pas de Dieu » (Isaïe 44, 6). Et : « Ecoute moi, Jacob, Israël que j’ai appelé, c’est moi, moi qui suis le premier et c’est moi aussi le dernier » (Isaïe 48, 12).
  • La croyance à la divinité de Jésus est fondée aussi sur le sens des symboles bibliques. En Mt 8, 23, il apaise la mer et le vent, or chez les Juifs, c’est Dieu qui est le maître des eaux (cf. le passage de la mer des roseaux). La mer, l’eau représente le mal, et le Léviathan, monstre marin, représente le diable. D’où la surprise des apôtres dans ce passage : « Quel est donc celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? ». Symboliquement, ce miracle est plus grand que les guérisons ou les multiplications du pain. En Mt 14, 27, Jésus marche sur les eaux. Il domine encore les eaux, les maîtrise. De plus, il dit « n’ayez pas peur, c’est moi », ce qui se dit en hébreu « Yahwé » (Yahwé a deux traductions possibles : « c’est moi » et « je suis »). Ici, il manifeste implicitement sa propre divinité. Dans plusieurs passages comme Mt 9, 15 et Mt 22, Jésus se présente comme l’Epoux. Or dans l’Ancien Testament, l’Epoux est Dieu lui-même (voir Osée, Cantique des cantiques, etc.). Jésus réalise les prophéties dans lesquelles Dieu dit qu’il viendra lui-même pour succéder aux chefs de son peuple : il sera lui-même son chef. Il réalise aussi les prophéties où Dieu annonce qu’il viendra pour faire lui-même le sacrifice (lorsqu’il a été tué, c’est Jésus qui a fait le sacrifice). En Mt 10, 1, il donne à ses disciples le pouvoir d’expulser les démons. Il manifeste encore sa divinité lorsqu’il remet les péchés, car pour les juifs, c’était un privilège de Dieu. Quand il dit « détruisez ce temple, et en trois jours, je le rebâtirai, Jésus parle de son corps, comme le dit l’évangéliste lui-même. Or il ne s’agit pas du temple en un sens large, mais en un sens étroit (le mot grec est Naos et non Hiéron – ce corps est le lieu de la présence divine…).  Il y a bien d'autres arguments pour montrer la divinité de Jésus. Pour plus d'informations, voyez les articles du site v-i-v.free.fr ("Vivre pour la Vérité").
  • En acceptant (contrairement aux Ariens), de considérer Jésus comme un vrai Dieu les Pères de l’Eglise ne se sont pas facilité la tâche. En apparence, leur thèse était source de nombreuses difficultés théologiques. Ils durent travailler avec acharnement pour comprendre comment Jésus pouvait être à la fois vrai Dieu et vrai homme. Leur thèse était difficile à faire passer auprès des païens, des philosophes, etc. La solution de facilité eût été de négliger les symboles bibliques par lesquels Jésus affirme implicitement sa divinité, et de déformer les quelques passages de St Jean où Jésus l’affirme explicitement. C’est ce qu’a fait la société Watchtower…
     
  • La croyance à la Trinité était également difficile à accepter. C’est bien l’étude de la Bible qui a poussé les Pères de l’Eglise à croire à la Trinité, et non une influence païenne, comme le disent les calomnies répandues par la société Watchtower. Pour s’en convaincre, qu’on lise le De Trinitate de St Augustin (il est sur le site www.jesusmarie.com). Toute sa réflexion est fondée sur l’Ecriture. De toute façon, St Jean lui-même n’hésite pas à emprunter une notion à la philosophie païenne. Le Logos (qu’on traduit le Verbe ou la Parole), c’est la raison universelle des stoïciens… Cela n’empêche pas Jean d’être dans la vérité. Les pères de l’Eglise ont remarqué que l’Esprit Saint était systématiquement mentionné après le Père et le Fils (c’est le cas chez St Paul, par exemple). Il est donc mis au même niveau, ce qui suggère qu’il est une personne et une personne de même rang. Jésus nous parle de la mission de l’Esprit qui doit succéder à la sienne. En parlant de l’Esprit Saint, il dit qu’il nous enverra « un autre consolateur », etc. Tout cela suggère qu’il s’agit bien d’une personne. De plus, l’Ecriture en parle comme d’un être qui accomplit des actions, prie, etc. (voir tous les verbes utilisés à propos de l’Esprit Saint). D’autres passages pas toujours clairs peuvent avoir une valeur de confirmation : sous le chêne de Mambré, Abraham reçoit la visite de Dieu lui-même, or Dieu lui apparaît sous la forme de trois personnes (« trois hommes »). L’idée que l’Esprit Saint est une personne vient de la perspicacité des Pères de l’Eglise, qui ont remarqué une multitude de détails de ce genre. Je ne les connais pas tous. Aucun n’est suffisant en lui-même, mais leur accumulation peut avoir la valeur d’une preuve. D’après le père Nicolas, la première raison mentionnée ici était la principale à l’époque patristique (voir J-H. Nicolas, Synthèse dogmatique, éd. Beauchêne).

 


Autres questions et réponses

 



1. Les Témoins de Jéhovah pensent que la date de Noël n’a aucun fondement dans l’Ecriture. Ils ne voient pas que ce fondement se trouve dans le premier chapitre de St Luc.
L’évangéliste nous dit que Zacharie est un prêtre de la classe d’Abia, et que la grossesse d’Elisabeth a commencé juste après qu’il fut allé à Jérusalem pour entrer dans le Saint des Saints. Or nous savons que les différentes classes sacerdotales entraient à tour de rôle dans le Saint des Saint et nous savons à quel moment chacune le faisait. A partir de ces éléments, on peut calculer à quel moment Elisabeth en est à son sixième mois, donc à quel moment elle rencontre Marie (puisque Luc nous dit qu’elle en est à son sixième mois lorsqu’elle rencontre Marie et que celle-ci devient enceinte à son tour). Tout cela permet de savoir que la naissance de Jésus a dû se produire dans les derniers jours de décembre. Il y a d’ailleurs une analogie entre la vision de Daniel et celle de Zacharie. Elles ont lieu à la même heure, dans les mêmes conditions liturgiques (« à l’heure de l’encensement). Chez Daniel, le Messie arrive après 70 semaines (considérées traditionnellement comme des semaines d’années) ; or dans l’évangile de Luc,  il y a 70 semaines entre la vision de Zacharie et la présentation de Jésus au Temple. Au lieu d’accuser les catholiques de ne pas s’appuyer sur l’Ecriture Sainte, les Témoins de Jéhovah feraient bien de lire les Pères de L’Eglise et de s’informer un peu plus. St Jean Chrysostome avait déjà expliqué tout ce qui concerne la date de Noël.

2. Cette attitude est fréquente chez certains protestants : ils accusent l’Eglise d’avoir inventé telle ou telle doctrine qui ne se fonde pas dans l’Ecriture, alors qu’elle s’y trouve bel et bien ; seulement elle n’apparaît pas au premier coup d’œil. Lorsque Calvin accusa l’Eglise d’avoir inventé la doctrine du purgatoire indépendamment de l’Ecriture, St François de Sales répondit en exposant tout un faisceau de preuves. La justification était convaincante, mais indirecte, et c’est pourquoi Calvin ne l’avait pas soupçonnée. De même, après avoir reproché à l'Eglise d'enseigner une doctrine étrangère à l'Eglise primitive, il fut obligé de compter pour rien l’autorité des pères de l’Eglise, parce que plusieurs d'entre eux soutenaient clairement qu'il existe un purgatoire.

3. Le sang ne peut pas être l’âme des animaux
. Si on prend un animal et qu’on sectionne les nerfs de ses pattes sans toucher au reste, elles n’auront plus qu’une vie végétative. Elles auront perdu le mouvement. L’âme (anima en latin) est par définition le principe de vie, c’est-à-dire ce qui anime l’être vivant et ce qui en maintient l’unité, l’organisation. Dans cette expérience, l’âme de l’animal n’anime plus sa patte, puisqu’il est incapable de la mouvoir. Ses cellules se nourrissent encore grâce aux éléments nutritifs apportés par le sang, mais le membre en lui-même, pris comme un tout, n’a plus de vie animale. Il ne lui reste que la vie végétative. A priori, si l’on est matérialiste, on est obligé d’identifier l’âme au centre nerveux. Chez certains animaux, il y une série de centres nerveux (chaîne de ganglions reliés entre eux). On peut diviser un lombric en deux à condition de le couper à peu près au milieu. Dans ce cas, l’âme se divise. Soit l’âme est le centre nerveux lui-même (ou la série de centre nerveux), soit elle est une entité distincte, invisible, et qui est en interaction causale avec le centre nerveux.  En tout cas, l’âme n’est pas le sang lui-même. Les passages de la Bible qui suggèrent cela ne sont donc pas à interpréter de façon littérale, mais figurative (ils signifient que le sang représente la vie). De même, la Genèse n’est pas à lire de façon littérale, sinon nous serions contraints de nier une bonne partie des données de la science moderne (il faudrait croire que la terre ne tourne pas autour du soleil, que son histoire géologique ne s’étale que sur quelques milliers d’années, etc.). Le fait qu’il y ait un passage des Actes des apôtres où ils conseillent aux chrétiens d’Antioche de s’abstenir du sang ne nous dit pas si ce conseil doit être encore suivi à notre époque. Ce conseil n’est pas plus définitif que ceux donnés par Paul aux Corinthiens ; par exemple il dit que les femmes doivent se couvrir les cheveux pour prier. Ce conseil était utile aux Corinthiens compte tenu de leurs mœurs et de leur culture. Mais dans notre culture, il ne paraît plus indigne ou indécent que les femmes aient la tête découverte au moment des offices (voir 1Co 9 à 11. Paul insiste bien sur le fait que ses conseils ne viennent pas directement de Dieu, mais de lui-même éclairé par le Saint Esprit).

4. Le calcul des Témoins de Jéhovah pour arriver à la date de 1914 à partir de la destruction de Jérusalem n’est pas correct
. En effet, Jérusalem n’a pas été détruite en 607 avant JC, mais en 587 av. JC, et le siège de la ville n’avait d’ailleurs commencé qu’en 597. Les historiens sont d’accord là-dessus. Ils ne parlent jamais d’une date aussi lointaine que 607 av. JC. La bonne date, en admettant le reste du calcul, serait donc 1934 ou 1935…De plus, il est plutôt hasardeux d’interpréter littéralement les nombres de l’apocalypse, car leur valeur est généralement symbolique. Au Moyen Age –le fait est bien connu - beaucoup de chrétiens se sont trompés en croyant être arrivés à la fin des temps. Leur erreur était justement de s’en tenir au sens littéral.

5. L’interdiction des images religieuses est inutile dans notre culture
. Les hommes de l’Antiquité avaient tendance à être animistes, donc à prendre les statues ou les images pour de véritables dieux. Au tout début du christianisme, il pouvait être utile de maintenir cette interdiction en certains lieux, et c’est ce qui a été fait puisque Celse entre autres (au IIIe siècle) reproche aux chrétiens de haïr les statues, les autels, etc. Mais maintenant, cette interdiction est inutile. Ajoutons que St Justin (au début du deuxième siècle) et Minucius Félix parlent avec respect de l’image de la croix. Cela suppose premièrement qu’ils ne s’interdisaient pas systématiquement l’utilisation d’images, deuxièmement, que pour eux, Jésus était mort sur une croix. Le terme grec utilisé dans l’Evangile pour parler de la « croix » ne nous renseigne pas sur sa forme. Mais le verbe « staurô » avait bien le sens de « crucifier », comme on le voit déjà chez Polybe (IIe s. av. JC). De toute façon, à moins d’avoir une preuve positive que Jésus n’ait pas été fixé sur une croix proprement dite, nous devons nous fier au témoignage d’auteurs aussi anciens que Justin et Minucius Félix. En histoire, on ne procède pas autrement. Tertullien et St Cyprien évoquent l’image de la croix, et nous savons que dans les synagogues anciennes, il y avait des images représentant des scènes de la Bible. Il est vrai, néanmoins, que les premiers chrétiens avaient probablement hérité du judaïsme une espèce de méfiance par rapport aux images. A propos du supplice de la croix, il faut tenir compte du fait qu’il a continué d’exister jusqu’à Constantin. Jusqu’à cette époque, la croix avait donc quelque chose d’humiliant (cela explique partiellement pourquoi les chrétiens la représentaient rarement). On sait que le symbole de la croix existait à la fois dans le paganisme (par exemple dans le Timée de Platon), et dans le judaïsme. Avant le passage de la mer, les hébreux marquent d’une croix le seuil de leur maison pour être préservés du fléau. Sur les tombes juives, on a retrouvé ce signe qui symbolise la protection de Dieu (tout cela est expliqué par le pape lui-même dans l’Esprit de la liturgie). Dans leur livret intitulé « Qu’enseigne réellement la Bible ? » (p. 205), les témoins de Jéhovah citent cette phrase de la New Catholic Encyclopedia : « on trouve la croix tant dans les cultures préchrétiennes que non-chrétiennes ». Pour être honnêtes, ils auraient dû expliquer que l’adjectif « préchrétien » renvoie au judaïsme…

6. Les Témoins de Jéhovah argumentent contre l’Eglise en lui reprochant d’avoir conservé certaines coutumes païennes. Cet argument n’a aucune valeur ; ce n’est pas parce qu’une coutume est d’origine païenne qu’elle est mauvaise. C’est le raisonnement inverse qui est valable : si une coutume est mauvaise, elle ne peut pas venir de Dieu, donc elle ne peut venir de la Révélation bien comprise. Sur ce point, lisez le texte de Newman ci-dessous.





Les origines païennes de plusieurs coutumes juives et chrétiennes

(extrait de Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, 1845)

 

 

«Le fait, admis de tous, est celui-ci: une grande partie de ce qui est généralement reçu comme vérité chrétienne, dans ses rudiments comme dans ses parties séparées, se trouve dans les philosophies et les religions païennes. Par exemple, la doctrine d'une trinité se retrouve aussi bien en Orient qu'en Occident; de même la cérémonie du baptême, de même le rite du sacrifice. Le dogme du « logos » divin est platonicien; celui de l'incarnation vient de l'Inde; celui d'un royaume de Dieu est juif; le culte des anges et des dé­mons vient des mages ; la relation du péché au corps, du gnosticisme; le célibat est connu des bonzes et des talapoins; l'ordre sacerdotal est d'origine égyptienne; l'idée d'une nouvelle naissance se trouve en Chine et à Éleusis; la croyance à la vertu sacramentelle est pythagoricienne; et les honneurs rendus aux morts sont du polythéisme. Voilà, en gros, comment les faits se présentent à nous. M. Milman en conclut: «Tout cela est dans le paganisme, donc ce n'est pas chré­tien' »; je préfère dire au contraire: «Tout cela est dans le christianisme, donc ce n'est pas païen. » En d'autres termes, je préfère dire, et je pense que l'Écri­ture confirme cette manière de parler, que dès l'ori­gine, la Providence a disséminé au loin sur toute la terre les semences de la vérité; qu'elles ont diversement pris racine et poussé comme dans le désert, pousses sauvages sans doute, mais vivantes; par suite, de même que les animaux inférieurs portent des signes de la présence en eux d'un principe immatériel, qui cepen­dant ne mérite pas le nom d'âme, de même les philo­sophies et les religions humaines tirent leur vie de certaines idées vraies et ne sont pourtant pas directement divines. Ce que l'homme est au milieu du règne animal, l'Eglise l'est parmi les écoles du monde; et comme Adam a donné des noms aux animaux qui l'environnaient, ainsi l'Eglise a tout d'abord jeté les yeux autour d'elle sur la terre, notant et examinant les doctrines qu'elle y trouvait. Elle a commencé en Chal­dée, puis a séjourné au milieu des Cananéens, est descendue en Égypte, a traversé l'Arabie pour s'in­staller dans sa propre terre. Elle a dû s'affronter aux marchands de Tyr, à la sagesse de l'Orient, aux plaisirs de Saba. Elle a été déportée à Babylone et s'est rendue jusqu'aux écoles de la Grèce. Partout où elle est allée, dans l'épreuve comme dans le triomphe, toujours elle restait un esprit vivant, l'esprit et la voix du Très-Haut, « assise au milieu des docteurs, les écoutant et leur posant des questions 2 », réclamant comme sien ce qu'ils disaient de juste, corrigeant leurs erreurs, suppléant à leurs lacunes, complétant leurs ébauches, développant leurs conjectures, et ainsi, par leur utilisation, élargissant l'ordonnance et raffinant le sens de son propre enseignement.

 

1.        Allusion à MILMAN, View of Christianity, mentionné plus haut.

2.        Allusion à Lc, II, 46.

 

Nous sommes donc bien loin d'accorder un moindre crédit à son Symbole parce qu'il ressemble à d'autres théologies. Nous tenons au contraire que la voie par­ticulière qu'a choisie la Providence pour nous com­muniquer la connaissance divine a été de donner à l'Église le pouvoir de tirer du monde et de recueillir en un tout cette connaissance. En ce sens, comme en d'autres, « elle suce le lait des gentils et le sein des rois 1 ».

 

1. Is., LX, 16.

 

Jusqu'où sont allés ces emprunts, c'est une ques­tion d'histoire; et nous croyons qu'ils ont été fortement exagérés et déformés récemment par ceux qui, comme M. Milman, ont vu dans ce fait une objection contre la doctrine catholique; mais nous n'y trouvons aucune difficulté a priori. Nous reconnaîtrions volon­tiers, pourvu qu'on en fasse une question de fait et non de théorie, que Balaam était un sage de l'Orient, que la Sibylle était inspirée, que Salomon s'est instruit auprès des fils de Mahol, ou que Moïse fut l'élève des prêtres d'Égypte. Nous ne nous alarmons pas d'ap­prendre que la doctrine des armées angéliques vient de Babylone, nous qui savons que ces anges ont chanté le soir de Noël; ni de rencontrer chez Philon la vision d'un médiateur, si le vrai médiateur est réellement mort pour nous sur le Calvaire. Et nous ne craignons pas de concéder que même après sa venue, l'Eglise a été la maison du trésor, qui produisait des choses anciennes et des choses nouvelles, qui jetait au feu de ses fondeurs l'or des tributaires et qui imprimait de plus en plus profondément sur sa monnaie, à mesure que le temps le demandait, l'image de son Maître.

La distinction entre ces deux théories est claire et patente. Selon les partisans de l'une, la Révélation a été un acte simple, complet, solitaire ou presque, pour communiquer un certain message. Tandis que nous, qui soutenons l'autre, nous constatons que l'enseignement divin a été en fait, comme nous devions nous y attendre selon l'analogie de la nature, varié, complexe, progressif et se complétant peu à peu « en des temps différents et en diverses manières 1 ». Nous remarquons que la doctrine chrétienne, si on la soumet à l'analyse, apparaît, comme son cadre humain, « étonnamment et merveilleusement construite 2 ». Eux, au contraire, y voient comme un dogme unique, ou des principes donnés une fois pour toutes dans leur plénitude, sans accroissement progressif avant la venue du Christ, ni élucidation après. Ils rejettent tout ce qui se trouve aussi chez les pharisiens ou chez les païens; pour nous, nous concevons que l'Eglise, comme la verge d'Aaron, a dévoré les serpents des magiciens. Ils sont en quête d'une fictive simplicité primitive, nous sommes en repos dans la plénitude catholique. Ils cherchent ce qui n'a jamais été trouvé; nous acceptons et nous uti­lisons ce qu'eux-mêmes reconnaissent être substantiel. Ils sont poussés à soutenir, de leur côté, que la doctrine de l'Église n'a jamais été pure; nous disons qu'elle ne peut jamais se corrompre. Pour nous, une promesse divine garde l'Eglise catholique de toute corruption doctrinale; mais sur quelle promesse ou quel encouragement ils peuvent faire fond pour re­chercher leur pureté imaginaire, personne ne le voit ».

 

1. Hébr., 1, 1.

2. Ps. 139, 14.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:21

L'objet de cet article est de montrer pour quelles raisons un catholique est nécessairement en désaccord avec la doctrine et les pratiques des témoins de Jéhovah. La liste n'est pas exhaustive.


1. Il existe une traduction oecuménique de la Bible (TOB) reconnue à la fois par les protestants, les catholiques et les orthodoxes, c’est-à-dire plus d’un milliard et demi de chrétiens. Dans d'autres pays, il y a des traductions oecuméniques, et un catholique peut utiliser occasionnellement une traduction protestante (et inversement). Or les Témoins de Jéhovah font bande à part : ils utilisent une traduction très différente des autres, et qui n'est reconnue ni par les catholiques, ni par les protestants. De plus, cette traduction est anonyme. Tout cela doit éveiller les soupçons des personnes qui cherchent sincèrement la vérité. De fait, plusieurs passages de la Bible qui ont obligé les Pères de l’Eglise à adopter la doctrine de la Trinité ont été édulcorés par les Témoins de Jéhovah. De même : le discours sur le pain de vie où Jésus dit qu’il faut manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Le résultat est bizarre dans la traduction du monde nouveau, car à la fin du passage, beaucoup de disciples quittent Jésus. Or dans la traduction des Témoins de Jéhovah, Jésus n’a rien dit de choquant. On ne voit donc pas pourquoi ses disciples le quittent ! Pour vérifier la traduction, l’idéal est de se procurer l’interlinéaire Grec-Français. Avec le texte grec sous les yeux, on peut voir que les Témoins de Jéhovah s’appuient sur une traduction falsifiée. Sur les passages déformés, voir « 77 questions aux témoins de Jéhovah », sur le site v-i-v.free.fr. Ce sont notamment ceux où Jésus s’applique le nom divin, par exemple : « Avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (« Ego eïmi » en grec, ce qui ne peut pas se traduire « j’ai été ». Jésus s’applique le nom divin en Jn VIII, 24, 28 et 58, et Jn XIII, 19).

2. Les prédictions : on ne peut pas prédire l’avenir à partir de la Bible. Les prophéties ne sont généralement comprises qu’après coup. Les apôtres n’ont pas compris les prophéties, jusqu’à ce que Jésus leur apparût sur le chemin d’Emmaüs après sa mort et sa résurrection. La Bible annonce qu’il y aura une fin des temps, mais rien ne permet de savoir à quel moment. L’interprétation que font les Témoins de Jéhovah du discours eschatologique (Mt 24 ou Luc 21) n’est pas correcte. Jésus évoque des tremblements de terre, des guerres, des famines, mais ici, il ne fait que reprendre la triade classique dans les livres prophétiques (guerres, famines et pestes – de même, il reprend l’expression « nations contre nations », classique chez les prophètes) et de toute façon, l’indice est trop vague pour nous donner une information sur le moment de la fin du monde. Au XIVe siècle, les chrétiens pouvaient se croire à la fin des temps d’après les mêmes indices (voir la tapisserie de l’Apocalypse à Angers. Les croisades étaient un fiasco, la France subissait la guerre de cent ans, la grande peste avait ravagé l’Europe, etc.). Il y a des guerres en Afrique et au proche Orient, mais l’Europe n’a jamais connu une paix aussi longue. (Notons aussi que la grande guerre de 1914 n’a pas fait plus de morts que les guerres napoléoniennes). Ce qui est impressionnant de nos jours, c’est le fait qu’à cause des moyens de communication, les événements prennent souvent une ampleur mondiale ou internationale. De plus, les médias s’intéressent principalement à ce qui va mal.
Ce passage (Mt 24) est en réalité très difficile à interpréter, c’est pourquoi il a fait l’objet de discussions infinies entre les exégètes. Un peu après, Jésus parle du siège de Jérusalem, de la destruction de la ville et du temple (qui aura lieu en 70), de la diaspora, et du temps où les nations piétineront Jérusalem. Mais le passage porte également sur la fin des temps, comme on le voit clairement en Mt 25 (conclusion du discours). Il y a donc ici deux plans plus ou moins superposés. Ce qui est clair, c’est que Jésus refuse de donner des indications permettant de prédire la fin des temps. Le message de Jésus dans tout ce passage est : « veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure » (la formule revient plusieurs fois, avec insistance). Il est d’ailleurs inutile de chercher à prédire la Parousie, puisque, comme le dit Jésus, sa venue sera évidente, manifeste, comme un éclair allant de l’Orient jusqu’à l’Occident (Mt 24, 26 ; Lc 17, 23). Sa venue doit être à la fois imprévisible, et évidente au moment où elle se produit. La seule chose à faire est donc de veiller et de prier sans chercher à prévoir le jour et l’heure de la Parousie. Jésus conclut en disant à ses disciples ce qu’ils doivent faire pour être sauvés : secourir les pauvres, visiter les malades et les prisonniers, etc. (Mt 25). Les témoins de Jéhovah accordent-ils beaucoup d’importance à cela ? La question la plus importante est : que devons-nous faire pour progresser dans la charité ? La réponse se trouve dans l’Ecriture, chez les grands auteurs spirituels et dans l’exemple donné par les saints. D’où l’importance des vies de saints et des livres de spiritualité (St Bernard, St Jean de la Croix, Ste Thérèse d’Avila, St Claude de la Colombière, etc.). Il ne faut donc pas être obsédé par la bataille d’Harmaguédon, mais par son propre progrès dans la charité. Tous les saints disent que la charité suppose l’oraison. Les témoins de Jéhovah accordent-ils du temps à l’oraison et aux autres formes de prière ? La charité suppose l’intimité avec Dieu. Les témoins de Jéhovah voient-ils Jésus comme un ami, ou comme un Juge terrifiant ? « L’amour bannit la crainte » nous dit Saint Jean. L’Eglise catholique autorise les fidèles à croire que la fin des temps est proche, mais elle n’a pas de doctrine officielle sur le moment précis de la fin des temps, tout simplement parce que l’Ecriture ne donne pas d’indication assez claire sur ce point. Les chrétiens peuvent donc spéculer là-dessus, mais ils ne peuvent en faire le cœur de la prédication. Alors pourquoi les témoins de Jéhovah accordent-ils tant d’importance à cela dans leur prédication ? Les catholiques préfèrent s’appuyer sur ce qui est au cœur de la foi : Jésus nous aime, il est ressuscité, il est venu pour nous donner la vie en abondance, il a réalisé les prophéties de l’Ancien Testament.

3. Redisons-le : dans ce passage, Jésus insiste sur l’évidence de sa venue. Il nous dit qu’il est inutile de spéculer sur le moment de sa venue, puisqu’elle sera évidente, comme un éclair qui traverse le ciel de part en part. Or actuellement, il n’est pas du tout évident que nous soyons à la fin des temps. Donc nous n’y sommes pas encore, et quand nous y serons, nous le verrons tous. La pointe de ce passage est donc celle-ci : puisque nous ne pouvons pas du tout prévoir ce moment, il faut veiller et prier comme si Dieu allait nous redemander notre vie la nuit prochaine.

4. En Mt 13, Jésus parle aussi du Royaume ou du Règne, mais il s’agit apparemment d’autre chose. En effet, d’après ses paroles, ce Royaume doit venir d’une façon discrète et progressive, comme l’indiquent toutes les images utilisées par Jésus (le levain dans la pâte, le bon grain et l’ivraie, etc.). De plus, ce Royaume est déjà là : « si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume est déjà parmi vous » (Mt 12, 28). Les Témoins de Jéhovah sous-estiment l’importance de ces passages. Avant 1914 et avant la naissance de Russell, le Royaume était déjà en ce monde ; il croissait et se développait. C’est l’image de l’Eglise : depuis le premier avènement du Christ, elle se développe à travers le monde entier. Elle contient en son sein le bon grain et l’ivraie. Le bon grain ne sera séparé de l’ivraie qu’au moment du second avènement du Christ. Dans leur livret intitulé « Ce qu’enseigne réellement la Bible », les témoins de Jéhovah font le raisonnement suivant : lorsque le diable tente Jésus au désert, il lui promet tous les royaumes de la terre. C’est donc qu’il les possède… A cela, il faut répondre que l’événement se déroule avant la passion du Christ, au tout début de sa vie publique. Peu de temps avant sa passion, Jésus indique clairement que la situation va changer : « « Maintenant le monde va être jugé, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » - par ces paroles il signifiait de quelle genre de mort il allait mourir » (Jean 12, 31). En Luc 22, 69, Jésus, interrogé par le Sanhédrin, répond qu’il est bien le Messie et ajoute : « Mais dès maintenant, le Fils de l’homme  siègera à la droite du Tout-puissant ».

5. Les témoins de Jéhovah interprètent la plupart des chiffres de façon symbolique, ce qui est légitime (par exemple ceux qui donnent les dimensions de la Jérusalem céleste). Mais il y en a un ou deux qu’ils interprètent de façon littérale. Si les chiffres de l’Apocalypse sont à interpréter de façon métaphorique, pourquoi interpréter de façon littérale le passage sur les 144000 élus ? Si ce nombre est une exception dans l’Apocalypse, pourquoi ? Aucune raison ne justifie la préférence pour cette interprétation bizarre. D’ailleurs, s’il fallait interpréter littéralement ce passage, il faudrait croire que seuls des hommes d’origine juive peuvent faire partie du nombre, puisqu’il se compose de 12000 hommes de chacune des 12 tribus d’Israël.

6. Inversement, il y a des passages pour lesquels les témoins de Jéhovah admettent une interprétation métaphorique sans raison valable. Lorsque l’interprétation métaphorique d’un passage n’est pas évidente, il faut qu’elle repose sur le symbolisme de la Bible. Par exemple, rien dans le symbolisme utilisé par l’Ancien ou le Nouveau Testament ne justifie l’idée que la bête de l’Apocalypse est l’Eglise catholique. Tout ce que nous pouvons dire, compte tenu du contexte historique et des symboles bibliques, c’est que cette bête est l’Empire romain, puisque la ville de Rome comprend sept collines et que le message de l’Apocalypse est d’abord lié aux persécutions romaines. L’interprétation anticatholique de l’Apocalypse est une simple conjecture puisqu’elle ne repose ni sur le symbolisme biblique, ni sur la connaissance du contexte historique dans lequel ce livre a été écrit. D’ailleurs le Vatican ne comprend qu’une seule colline.

7. Inversement, là où il faut accepter une interprétation métaphorique parce qu’elle repose sur le symbolisme biblique, les témoins de Jéhovah n’en tiennent pas toujours compte. Par exemple, il y a des passages où Jésus affirme implicitement sa propre divinité : lorsqu’il se présente comme l’Epoux, comme le maître des eaux, etc. Ce sont des attributs de Dieu dans l’Ancien Testament. L’Epoux représente Dieu dans le Cantique des Cantiques, dans Osée, etc. (et Jérusalem est l’épouse, comme on le voit aussi dans l’Apocalypse). Le maître des eaux est Dieu, qui sauve Noé du déluge, puis les hébreux en noyant les soldats de Pharaon dans la mer, etc. Quand Jésus marche sur l’eau, ses disciples ont peur, et il leur dit « c’est moi ». Or « c’est moi » se dit en hébreux « Yahwé ». De même encore, lorsque Jésus calme la tempête, il manifeste sa divinité. Apaiser la mer est l’œuvre de Dieu lui-même (cf. Ps 65, 8-9 ; Jonas 1, 4-6 ; Ps 69, 2-16 ; Ps 107, 23-29).

8. Puisqu’il est si difficile d’interpréter l’Ecriture sainte, il faut qu’une autorité instituée par Dieu guide les hommes dans l’interprétation de la Bible
(cf. l’Ethiopien dans les Actes de apôtres : il demande qu’on l’aide à interpréter le texte sacré). Si Dieu est bon, il doit avoir pensé à donner aux hommes une autorité spirituelle parfaitement fiable. Le pape et le magistère de l’Eglise peuvent se tromper, mais Dieu les assiste à chaque fois qu’ils doivent se prononcer sur un point de morale ou de doctrine vraiment important. Jésus a promis à Pierre que les « portes de l’enfer » (ou de l’Hadès) ne prévaudraient pas contre l’Eglise. Si Dieu soutient l’Eglise dans sa mission, alors pourquoi penser qu’elle a été vaincue par le diable et par « l’Hadès » ? Dans la Bible, les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Il faut donc voir la signification du nom donné par Jésus à Simon. « Kephas » signifie le roc, le rocher. Or dans la Bible, ce mot a une signification très forte : le rocher, c’est ce qui est parfaitement fiable, sûr, solide, et Jésus nous dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc (en général, ce mot désigne Dieu lui-même). Ce n’est donc pas un hasard si juste après avoir donné ce nom à Pierre, Jésus lui dit : « sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne l’emporteront pas contre elle ». Pour nous, catholiques, ce passage exprime la fiabilité de l’Eglise, son infaillibilité qui n’est que la conséquence de l’infaillibilité de Dieu. Attention ! cette infaillibilité ne signifie pas que les papes soient des hommes parfaits. Lorsqu’ils sont des pécheurs, Dieu nous dit en quelque sorte : « écoutez-les et faites tout ce qu’ils vous diront mais ne les imitez pas ». Comme les pharisiens en leur temps, les papes occupent la chaire de Moïse. Ils sont l’autorité visible à laquelle il faut se fier. S’il existe une autorité visible, c’est l’Eglise catholique. Et s’il n’y a pas d’autorité visible, alors il n’y a pas du tout d’autorité, et chacun doit se fier à son propre jugement. Mais il faut qu’il y ait une autorité visible.


9. S’il en était autrement, les hommes seraient condamnés à être déboussolés.
En France, il y a plus de 1800 églises évangéliques. Chacune a la prétention de connaître la seule véritable doctrine chrétienne. A qui se fier ? Soit on est condamné à suivre son propre jugement, et il y a en droit autant d’églises que de chrétiens ; soit on se fie à une autorité qui se distingue par son ancienneté, son universalité, sa stabilité doctrinale à travers les siècles, son unité interne, sa fécondité, et par le témoignage des saints. Seule l’Eglise catholique se distingue par tout cela à la fois : 1°) L’Eglise catholique est une. Son unité doctrinale est impressionnante si on la compare aux églises protestantes, qui ne cessent de se diviser. Les témoins de Jéhovah viennent des Adventistes du septième jour, qui viennent des baptistes, etc. Son enseignement est également cohérent dans le temps. Les Pères de l’Eglise ont déjà une grande dévotion à Marie ; ils croient à la primauté de l’évêque de Rome, et ils s’opposent vigoureusement à ceux qui « lacèrent » le corps du Christ en provoquant des schismes. 2°) Elle est répandue partout à travers le monde. Actuellement, elle compte environ un milliard 200 millions de membres, auxquels on peut ajouter plusieurs centaines de millions d’orthodoxe, dont la doctrine est la même que celle des catholiques. 3°) Elle est la continuatrice de l’Eglise primitive, par sa doctrine et ses institutions (voir Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne : John Henry Newman est passé de l’anglicanisme au catholicisme parce qu’en lisant les Pères de l’Eglise, il a découvert que l’Eglise catholique était la vraie continuatrice de l’Eglise primitive). 4°) Tous les grands saints occidentaux se sont attachés à l’Eglise catholique et ont cultivé l’obéissance à l’Eglise en même temps que la pauvreté, la charité et l’humilité. 5°) L’Eglise a été très féconde : elle fondé les premières universités européennes (XIIe-XIIIe s.), elle a encouragé le développement des arts, de la culture, de la science et de la philosophie. Elle a permis du même coup l’évolution du droit et des institutions politiques dans le sens de la tolérance et de la démocratie. Elle a obtenu la suppression de l’esclavage (au début du Moyen Age) puis du servage (au XIIIe siècle). Les grandes idées du XVIIIe siècle (liberté, égalité, tolérance) sont des idées chrétiennes. L’Eglise a aussi lutté (non sans peine !) contre les mariages arrangés ; elle a élevé la femme à sa dignité. En somme, ce n’est pas un hasard si la civilisation européenne a été à la pointe du progrès dans tous les domaines ; ce n’est pas non plus par le mérite des hommes, mais grâce à Dieu, qui a façonné notre culture en agissant à travers l’Eglise. Croire que les choses pouvaient aller beaucoup plus vite, c’est faire un anachronisme ; les mœurs et les mentalités ne changent que très lentement.


10. En somme, si on a la foi, on doit croire que Dieu est assez bon pour guider les hommes dans l’interprétation de sa parole.
Dans ce cas, il n’a pas abandonné son Eglise mais l’a préservée de l’erreur sur tous les points essentiels (de doctrine et de morale). Il y a des arguments scripturaires en ce sens. Voir sur ce site l'article sur la suprématie du pape.

N. B. : De toute façon, si l’Eglise n’était pas fiable, il faudrait que chaque chrétien se fie à un pasteur ou à une église qui lui paraisse intellectuellement solide. Or il y a des grands théologiens, philosophes et scientifiques, chez les catholiques, les orthodoxes et les réformés, mais il n’y en a pas chez les témoins de Jéhovah, même pas aux Etats-Unis. Stump, Anscombe, Dummett, et Fischer sont catholiques ; Swinburne est orthodoxe après avoir été anglican ; Van Inwagen est épiscopalien ; Plantinga est calviniste, etc. Mais je n’ai jamais entendu parler d’un seul philosophe Témoin de Jéhovah, alors que je passe mon temps à lire des philosophes américains. Même remarque en ce qui concerne la science et la théologie. Newton est anglican, Eddington est quaker, Gödel et Lemaître sont catholiques, Einstein est plus ou moins déiste, Gamow et Friedmann sont orthodoxes, etc. Mais je ne trouve aucun témoin de Jéhovah...

11. On ne juge pas de ce qui est visible par ce qui est invisible, mais de ce qui est invisible (la fiabilité doctrinale de l’Eglise) par ce qui est visible (l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique, comme dit le credo). C’est là le fond du problème
. Même un individu très cultivé est généralement incapable de savoir, en étudiant la Bible, si la véritable autorité est l’Eglise catholique ou l’Eglise anglicane, par exemple. Les différences doctrinales entre les églises sont complexes et les débats théologiques sont d’une subtilité infinie. C’est la raison pour laquelle Dieu a voulu qu’il y ait une autorité visible, reconnaissable extérieurement par son universalité, son unité, sa continuité avec St Pierre, et sa sainteté. Prenons un exemple : si Luther avait sauvé le christianisme, il serait chargé d’une mission exceptionnelle. Aussi devrait-il être un homme d’une sainteté exceptionnelle, doué de charismes exceptionnels, manifestes. On pourrait s’attendre à ce qu’il fasse autant de miracles que St Jean Bosco. Il faudrait également qu’il ne se trompe pas dans ses prévisions. Or Luther n’est pas un saint à miracles, ni un homme d’une vie exemplaire. Enfin, il s’est trompé dans ses prévisions en croyant que le schisme avec Rome n’allait pas durer longtemps. Cela nous interdit de voir en lui le fondateur d’un courant religieux qui aurait sauvé le christianisme authentique. Appliquons les mêmes critères à Russell, le fondateur des Témoins de Jéhovah. Je doute qu’il réussisse beaucoup mieux l’examen… Etait-il comparable à St François, à St Dominique, à St Jean Bosco, à St Ignace de Loyola, à St François-Xavier, à Ste Catherine de Sienne ?

12. Autres choses suspectes chez les Témoins de Jéhovah : La doctrine enseignée par les témoins de Jéhovah est une doctrine chrétienne simplifiée de telle sorte qu’elle est plus facile à croire que la doctrine transmise depuis les grands conciles œcuméniques des premiers siècles : elle ne contient plus la Trinité, ni la divinité de Jésus. Voyons : est-ce pour séduire les païens et les philosophes que les Pères de l’Eglise ont affirmé qu’il y avait une Trinité en Dieu ? C’est peu probable… Ils ont admis cette idée malgré eux, parce qu’elle se trouvait indéniablement dans l’Ecriture. Pour s’en convaincre, on peut lire le traité De la Trinité de St Augustin : toute sa réflexion se fonde sur l’Ecriture sainte. Deuxièmement, les Témoins de Jéhovah ne semblent pas avoir de spiritualité. La théologie spirituelle n’existe pas chez eux. On ne leur donne pas d’enseignements sur la charité, la foi, l’espérance, la patience, la chasteté, les vertus cardinales et théologales, etc. Ils paraissent donc négliger ce qu’il y a de plus important : le progrès spirituel de chacun. Au lieu de tout cela, ils ont une foi centrée sur des spéculations hasardeuses concernant la fin des temps. Il y a quelque chose de gnostique dans cette curiosité mal contrôlée. Troisièmement, on leur impose tous le même moule, comme s’il n’y avait pas de diversité dans les charismes, et comme s’il n’y avait qu’une seule voie possible pour progresser dans la charité : faire du porte à porte et suivre des cours de formation biblique. Ils n’ont pas de moines, de prêtres, de diacres, de vierges consacrées et de laïcs consacrés. Leur organisation ne ressemble donc pas du tout à l’Eglise des premiers siècles, ni même à celle des Actes des Apôtres. Les responsables des témoins de Jéhovah sont beaucoup trop directifs dans les conseils qu’ils donnent aux membres du mouvement. Ils ne respectent pas leur liberté. Tout ceci, ajouté au reste, montre que la doctrine des Témoins de Jéhovah, là où elle diffère du christianisme traditionnel, n’est qu’une invention humaine. Jésus disait « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » et « les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle ». Pour rejeter l’enseignement des Pères de l’Eglise, les Témoins de Jéhovah sont obligés de dire que la doctrine chrétienne est fausse depuis le début (depuis le IIe siècle ?). S’ils avaient raison, alors comment interpréter la promesse faite par Jésus à Pierre ? Les portes de l’Hadès l’auraient emporté depuis longtemps contre l’Eglise !

13. Qu’y a-t-il de sectaire chez les Témoins de Jéhovah ?
Ici, je ne peux m’appuyer que sur les témoignages de personnes qui ont fait partie des témoins de Jéhovah. Apparemment, on reproche aux témoins de Jéhovah d’utiliser la méthode suivante pour recruter des adeptes et les couper du monde extérieur. Premièrement, ils invitent les gens à des formations bibliques en excitant leur curiosité par une manière ésotérique et presque gnostique d’interpréter l’Ecriture sainte. Deuxièmement, pour éviter d’être réfutés par les catholiques, protestants ou orthodoxes, ils utilisent une traduction à part. Troisièmement, lorsqu’une personne assiste à quelques heures de formation biblique dans le mouvement, on lui fait croire que pour être sauvée, elle doit faire du porte à porte et sacrifier quatre ou cinq heures par semaine à la formation biblique. Vu le temps que ça lui prend, elle perd progressivement la possibilité d’avoir une vie sociale en dehors du mouvement. Quatrièmement, on fait croire aux adeptes que tout enseignement venant de l’extérieur est plus ou moins diabolique. Ainsi, on les empêche d’être réceptifs aux arguments. Cinquièmement, on surveille toutes leurs activités.


 

Conclusion : qu’est ce qui vous prouve, à vous, témoins de Jéhovah, que votre doctrine est la bonne ? Vous la défendez à partir d’une certaine traduction, différente de la TOB. Or qu’est-ce qui vous prouve que votre traduction est la bonne ? A priori, la TOB est plus fiable, puisqu’elle est reconnue à la fois par les catholiques, les orthodoxes et les protestants. Pour défendre votre propre traduction, vous dites qu’elle est faite à partir des manuscrits les plus anciens, mais les autres chrétiens ne vous croient pas. Pour montrer que ce n’est pas un mensonge, vous devez donc vous faire archéologues. Ainsi, vous devez être à la fois théologiens, exégètes, historiens et archéologues. Puisque c’est impossible, vous devez reconnaître que les chrétiens sont obligés de se fier à une autorité visible. Dire qu’elle est visible, c’est dire qu’elle est reconnaissable extérieurement (autrement qu’à partir d’un examen attentif de sa doctrine). Les critères sont les suivants : l’unité, l’universalité, la continuité avec les premiers siècles de l’Eglise, la sainteté et la fécondité. Or c’est l’Eglise catholique qui correspond à ces critères. 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 14:25

 

  

La suprématie du pape s’appuie sur plusieurs arguments :

 

  1. L’argument de convenance : il convenait de donner aux chrétiens une autorité visible, pour que tous soient un. Jésus lui-même a exprimé ce désir « que tous soient un », et le souci de l’unité et de l’organisation dans l’Eglise se manifeste aussi dans les Actes des Apôtres (ch. 15) lorsqu’ils envoient une lettre apostolique à Antioche. Sans une autorité suprême identifiable à partir de signes extérieurs (son unité, son universalité, sa sainteté, et le fait qu’elle descende de St Pierre), les hommes sont perdus, car la doctrine chrétienne n’est pas contenue de façon explicite dans l’Ecriture. Elle se fonde sur elle, mais moyennant des principes d’interprétation, une certaine exégèse et une certaine traduction. Pour interpréter la Bible à la seule lumière de son intelligence, il faut donc être à la fois philosophe, théologien, historien, exégète et archéologue. Bref, c’est impossible. C’est pourquoi les réformateurs protestants, tout en adoptant le principe du libre examen, censé affranchir l’homme de toute autorité autre que celle de l’Ecriture, n’ont pas pu s’empêcher de créer de nouvelles institutions en concurrence avec l’Eglise catholique. Pour éviter l'anarchie doctrinale, Calvin a mis en place une autorité religieuse officielle liée aux pouvoirs politiques. Mais cette solution est peu satisfaisante, puisqu'une telle autorité est purement humaine. La légitimité d'une autorité religieuse dépend du fait qu'elle est assistée ou non par Dieu. Or en l'absence de toute autorité, c'est l'esprit de division (ou de clocher) qui l'emporte, comme chez les évangéliques. Rien qu’en France, ils se divisent en plus de 1800 églises !

 

  1. Le recours aux Pères de l’Eglise : les pères de l’Eglise à partir du IIIe siècle croient à la primauté de l’évêque de Rome. Ils le considèrent comme l’autorité suprême et font appel à lui lrosqu'ils sont en désaccord sur des questions doctrinales. C’est une des raisons qui ont poussé Newman et d’autres théologiens du mouvement d’Oxford à se faire catholiques. On peut ajouter que le judaïsme avait sa hiérarchie et son autorité suprême. Il était somme toute assez naturel que les chrétiens en eussent également une, en continuité avec la religion instituée par Dieu lors de l’Ancienne Alliance. On connaît l’attachement des orthodoxes à l’Eglise des premiers siècles. Or ils ont signé en 2007 un accord par lequel ils reconnaissent tous la primauté de l’évêque de Rome (reste à préciser quelle primauté : les orthodoxes parlent d'une "primauté d'honneur" et celle-ci n'est pas comprise exactement de la même façon, pour l'instant, par les patriarchats de Moscou et de Constantinople. Les discussions continuent entre eux et avec l'Eglise catholique). Les protestants et les témoins de Jéhovah sont en rupture avec l’Eglise des premiers siècles en refusant toute primauté à l'évêque de Rome.

 

  1. L’argument scripturaire :

·        « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Mt 16, 18). Dans la Bible, le mot pierre ou rocher (en effet, le mot Kephas signifie roc, rocher) signifie la solidité, la stabilité. Et on sait que les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Jésus dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc. Le rocher désigne même Dieu dans certains passages, pour la même raison (il est fiable). La suite de la phrase va dans le même sens : les portes de l’enfer ne l’emporteront pas contre l’Eglise construite sur Simon-Pierre. Si Luther avait raison en croyant que la papauté est l’œuvre du diable, ce passage deviendrait très difficile à interpréter. A propos des clefs du royaume, voir Isaïe 22, 20-24 : Ezechias remet les clefs à Elyaqim pour que tous voient qu'il est son nouveau premier ministre. Jésus fait allusion à ce passage pour signifier que Pierre et ses successeurs auront désormais, de façon visible, l'autorité légitime.

·        A la fin du dernier évangile, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21, 15). Que veut dire ce passage, sinon que c’est à Pierre et à ses successeurs que Jésus confie l’autorité sur son troupeau ?

·        « Satan vous a réclamés ; j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères… » (Lc 22, 32). Ce passage indique que Jésus préserve son Eglise de l’influence de Satan. Il confirme l’interprétation catholique du premier passage : les portes de l’enfer ne peuvent pas l’emporter contre l’Eglise, tout simplement parce que Dieu, dans sa toute-puissance, la protège des corruptions doctrinales. 

·        Il faut ajouter à cela plusieurs indices insuffisants en eux-mêmes, mais qui ont valeur de confirmation : avec l’aide du Seigneur, Pierre marche sur le lac (la mer et l’eau symbolisent le mal – el la Bible voit en Dieu le « maître des eaux ») ; il accomplit une pêche miraculeuse (deux fois) (ceci semble avoir un sens prophétique, Jésus ayant dit à Pierre qu’il le ferait pêcheur d’hommes) ; la prédication de Notre Seigneur se fait à partir de la barque de Pierre ; enfin, après sa prédiction, c’est à Pierre que Jésus apparaît en premier.

 

N. B. : le chiffre de la bête dans l’Apocalypse ne peut pas désigner le pape. Les adventistes du septième jour pensent qu’il désigne le pape parce que le total des lettres VICARIUS FILII DEI est 666. Mais l’argument est sans valeur car ce n’est pas un titre du pape. Aucun document de l’Eglise catholique ne porte cette signature. Ce titre n’a jamais été donné au pape. En revanche, il est VICARIUS CHRISTI, ou PONTIFEX ROMANUS, mais ça ne fait pas 666. Il paraît d’ailleurs que le nom de la fondatrice des Adventistes correspond à un total de 666…Nous ne dirions pas pour autant que c’est la bête de l’Apocalypse.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 3 avril 2008 4 03 /04 /Avr /2008 13:31

 

La justice veut que les malfaiteurs soient punis en recevant une peine proportionnée au méfait. Le pardon, au contraire, suppose qu’on renonce à punir le coupable. Le pardon semble donc contraire à la justice. Comment résoudre cette difficulté ? Je crois qu’il y a dans la Bible, implicitement ou explicitement, tout ce qu’il faut pour répondre à cette question :

1. « Ne jugez pas afin de n’être pas jugés, car du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on vous mesurera » (Mt 7, 1). C’est une conséquence de la « règle d’or » : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas subir » (Tobie 4, 14). Cette règle est formulée de façon positive dans le Nouveau Testament : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes » (Mt 7, 12). Dieu récompense ceux qui pardonnent comme Lui, et il leur montre d’autant plus de miséricorde.

2. Cependant, s’il est juste de pardonner, ce n’est pas seulement parce que Dieu y invite les hommes, mais aussi parce que chacun désire être pardonné. Il est donc juste de pardonner aux autres lorsqu’on veut soi-même être pardonné. Pourtant, lorsqu’un individu pardonne à un autre, et que celui-ci ne lui rend pas la même mesure de pardon, il y a une injustice. Mais c’est l’injustice d’un état de choses, et non celle d’une action ou d’une attitude. Son attitude est juste, mais l’absence de réciprocité entre lui et l’autre est injuste. Celui qui pardonne n’est pas la cause d’une injustice, car il a agi justement. C’est bien le donataire qui est responsable de l’injustice, du moins s’il ne lui rend rien : ni pardon, ni gratitude, ou autre chose.

3. Ainsi, lorsqu’on parle de justice, il faut distinguer la justice d’un état de chose, la justice dans les actes extérieurs, et la justice dans les intentions ou attitudes intérieures. Par exemple, il est juste de soutenir financièrement une bonne cause (par exemple, une association au service des pauvres), mais on peut le faire avec une intention injuste (attirer les louanges d’autrui). L’orgueil est une forme d’injustice : est orgueilleux celui qui s’estime plus qu’il ne convient. « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi que font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes (…). Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6, 1-3).

4. La charité est un amour juste. L’amitié et l’amour sentimental reposent sur des préférences qui n’ont pas de fondement objectif (leur fondement est plutôt subjectif). La charité, au contraire, est un amour qui se règle selon les degrés de perfection métaphysique. Plus un être est parfait, plus il est digne d’être aimé ou estimé. D’où le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tous les êtres humains sont des personnes, c’est-à-dire des êtres doués de raison, de libre arbitre et de volonté. Ils ont la même dignité, qu’ils soient saints ou débauchés. Il est donc rationnel et juste d’aimer son prochain comme soi-même. De même, il est juste d’aimer Dieu par-dessus tout puisqu’il est l’Etre le plus parfait. D’où le commandement « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». La charité, dans la Bible se définit à partir de ces deux commandements. A l’analyse, nous voyons bien qu’elle est liée à la justice…

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Philosophie morale et anthropologie
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 13:38
Louis Bouyer, prêtre de l'Oratoire, expert au concile Vatican II, est un des principaux théologiens français de l'époque du concile. Il a écrit un petit livre passionnant intitulé Architecture et Liturgie (1967). Ratzinger le cite dans l'Esrpit de la liturgie (2000). En le lisant, on découvre l'organisation des lieux et des objets liturgiques à l'intérieur du temple, de la synagogue, puis des églises syriennes, romaines, byzantines, et occidentales. Dans le dernier chapitre, Bouyer dégage quelques principes généraux pour la construction des nouvelles églises et l'utilisation des églises déjà construites. On est surpris de voir comment Bouyer conçoit la liturgie participative. Son idée de la liturgie participative (comme celle d'autres théologiens du concile) est à mille lieux de celle qui est actuellement répandue dans beaucoup d'esprits. Participer, c'est prier, donc aussi s'incliner et se mettre à genoux quand il convient, et ne pas regarder passivement le prêtre comme si la messe était une sorte de spectacle. Pour faciliter la participation des fidèles, Bouyer propose ceci :

- il faut que la communauté ne soit pas refermée sur elle-même, mais orientée vers un côté de l'église où se trouve la croix et une image (fresque, mosaïque, vitrail, etc.) donnant une dimension cosmique ou supracosmique à la liturgie. 
- il est bon que le prêtre dise la prière eucharistique dans cette direction, et par conséquent "dos au peuple". Cette orientation de l'assemblée et du célébrant existe dans toutes les liturgies catholiques et orthodoxes ; elle manifeste l'espérance chrétienne et l'attente de la parousie. Dans cette position, le prêtre invite les fidèles à se tourner vers un au-delà (au-delà de la communauté chrétienne rassemblée dans l'église)*. 
- Cependant, il faut que le prêtre ne soit jamais trop loin des fidèles. Dans les églises occidentales, l'autel ne ressemble pas assez à une table ; de plus, il est souvent trop loin des fidèles, ce qui donne l'impression que seule une petite élite de clercs participe vraiment à la liturgie. Le choeur pourrait être en plein milieu de l'assemblée, et l'autel (séparé du choeur) se trouverait plus au fond, séparé par quelques marches de la nef, mais pas trop loin des fidèles. Pendant la liturgie de la parole, le prêtre est face au peuple et au milieu des fidèles ; puis il se déplace jusqu'à l'autel pour la prière eucharistique, qu'il prononce "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix.
Or, même pendant cette partie de la messe, le célébrant ne doit pas être éloigné des fidèles, sinon on retrouve l'héritage le plus criticable du Moyen-Age occidental : la cléricalisation de la liturgie.
 - Pour que les fidèles participent pleinement à la liturgie, l'idéal serait de supprimer les bancs, en gardant seulement quelques chaises pour les personnes âgées ou fatiguées. Chez les orthodoxes, il n'y a pas de bancs, et cela contribue beaucoup à l'impression de participation intense que l'on ressent dans les liturgies orientales. Les fidèles sont debout ou à genoux selon les moments, mais jamais assis et "coincés" entre les bancs ; il se déplacent d'un endroit à l'autre en suivant le prêtre et les ministres. En occident, d'ailleurs, les bancs n'existaient pas avant le XVIe siècle.


L'autel "face-au-peuple"

La position face au peuple a existé dans les basiliques romaines, mais elle n'a jamais eu le sens qu'on se plaît à imaginer. L'autel se trouvait soit au fond de l'église, soit au milieu, dans la nef. Dans le second cas, le prêtre se trouvait face à une partie des fidèles au moment de l'eucharistie, mais une autre partie des fidèles se trouvait derrière lui. Plus tard, il y eut des églises de Rome où le célébrant était vraiment face au peuple.

L'évolution des pratiques n'étaient pas nécessairement la même dans tous les cas. A St Pierre, l’autel était d’abord au milieu (et le célébrant était face à l’est, au soleil levant, symbole du Christ, donc face à la grande porte), puis il fut déplacé pour être mis au-dessus du tombeau de St Pierre, donc au fond. Par conséquent, au lieu d’avoir la moitié de l’assemblée derrière lui, le célébrant se trouvait face à toute l’assemblée. Dans le passage cité ci-dessous, Bouyer prend un autre exemple, celui de Ste Marie Majeure, où l’origine de la célébration face au peuple est toute autre. Cette pratique avait donc des causes différentes selon les endroits. Mais, insiste Bouyer, jamais la messe face-au-peuple n'a eu le sens qu'on lui donne actuellement :

(...) Le Liber pontificalis nous dit que, deux siècles après saint Grégoire, le pape Pascal Ier, à Sainte-Marie-Majeure, avait toujours son siège au milieu de la nef, les hommes étant devant lui et les femmes derrière lui, l'autel demeurant au fond. Ce qui lui fit, là aussi, placer le trône pontifical pour le transférer dans l'abside, derrière l'autel, ce fut, nous dit-on son mécontentement d'entendre les femmes faire des remarques sur ce qu'il disait à ses diacres. Tous ces faits - et ce sont là tous les faits que nous avons concernant l'origine de l'autel « face au peuple » - montrent que la disposition rendue célèbre par Saint-Pierre de Rome, et la plus grande partie des autres basiliques romaines qui ont suivi son exemple, remonte sans aucun doute à une grande antiquité et s'autorise d'une longue pratique des papes. Mais ils montrent non moins clairement qu'on en est arrivé là par toute une série d'évolutions qui ne correspondent guère à ce que bien des gens aiment à imaginer aujourd'hui. Ce qui est plus important, c'est que l'origine de l'autel « face au peuple » n'a peu ou rien à voir avec le sens qu'on lui a attribué aux temps modernes.

Loin d'être primitif, l'usage d'un autel « face au peuple » est tout d'abord le produit relativement récent (il n'est pas antérieur au Ve siècle) d'une évolution assez complexe. Tout ce que nous savons de la célébration primitive ou de la célébration qui s'organisa à l'époque constantinienne indique un autel situé soit au fond de l'édifice, soit au milieu de la nef. Dans le premier cas, personne ne pouvait se trouver en face du célébrant. Dans le second cas, il n'y avait qu'une partie de l'assistance à se trouver en face de lui, et elle semble n'avoir été composée que des femmes.

L'idée qu'une célébration face au peuple ait pu être une célébration primitive, et en particulier celle de la Cène, n'a d'autre fondement qu'une conception erronée de ce que pouvait être un repas dans l'antiquité, qu'il fût chrétien ou non. Dans aucun repas du début de l'ère chrétienne, le président d'une assemblée de convives ne faisait face aux autres participants. Ils étaient tous, ou allongés, sur le côté convexe d'une table en forme de sigma, ou d'une table qui avait en gros la forme d'un fer à cheval. L'autre côté était toujours laissé libre pour le service. Donc nulle part, dans l'antiquité chrétienne, n'aurait pu survenir l'idée de se mettre « face au peuple » pour présider un repas. Le caractère communautaire du repas était accentué bien plutôt par la disposition contraire : le fait que tous les participants se trouvaient du même côté de la table.

 

Louis Bouyer, Architecture et Liturgie (1967), p. 48-49.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 17:01

undefined On le dit souvent, surtout depuis les années 90 : beaucoup de chrétiens ne se satisfont pas de la liturgie romaine telle qu'elle est pratiquée actuellement dans la plupart des paroisses. Il y a un gouffre entre la réforme modérée proposée par le concile Vatican II, et les habitudes prises dans la quasi totalité des paroisses et des mouvements d'Eglise.

En 2000, lorsqu'il était encore cardinal, Ratzinger a écrit un livre intitulé L'Esprit de la Liturgie, dans lequel il propose une réflexion de fond sur la signification des gestes, des prières et des parties de la messe, dans le but de corriger les excès nés dans l'ambiance fébrile des années 70. Pendant les années, 90, les idées de Ratzinger se sont diffusées aux Etats-Unis et ont suscité de nombreux débats, mais en France, elles sont moins connues malgré Sacramentum caritatis et le Motu proprio.

Il est assez amusant, d'ailleurs, de voir comme les journalistes s'emmêlent les pinceaux : ils opposent la messe Paul VI à la messe en latin, mais la messe Paul VI peut être dite en latin ! Ce qui distingue la messe tridentine ( = d'avant le concile) de la messe Paul VI, ce n'est ni le latin, ni le grégorien, ni même le fait que le prêtre soit "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix. Ce qui les distingue, c'est principalement leur structure. Par exemple, il n'y a plus de Benedictus dans la messe Paul VI, ni le Prologue de St Jean tout à la fin. En revanche, elle contient une nouvelle prière : l'anamnèse.

Je me propose de résumer ici les propositions faites par Ratzinger et par beaucoup de catholiques qui ne sont ni lefevristes, ni traditionnalistes, mais simplement désireux que la liturgie romaine soit belle et priante. 

1°) Il faut célébrer la messe face à la croix (face à l'abside). Pourquoi ? Pendant la prière eucharistique, le prêtre ne s'adresse pas à l'assemblée, mais à Dieu. Il réitère le sacrifice du Christ. C'est pourquoi il prie avec l'assemblée, et tous sont tournés vers la croix posée sur le maître autel. De plus, traditionnellement, les églises sont tournées vers l'est, le soleil levant symbolisant le Christ ressuscité. D'un point de vue symbolique, il n'y a aucune raison de dire cette prière face à l'assemblée. J'ajoute qu'il est très difficile de prier, à ce moment de la messe, en voyant le célébrant en face de soi. Ceux qui ont participé à de "vraies" messe Paul VI ont pu apprécier la différence. A St Pierre de Rome, le célébrant est face à l'assemblée, mais pour une raison accidentelle : le tombeau de St Pierre, sur lequel a été édifiée la basilique, est à l'ouest de Rome. Pour que l'entrée de la basilique soit du côté de la ville, il fallait donc que l'abside soit tournée vers l'ouest, et comme la tradition veut que le célébrant se tourne vers l'est, il se trouve ainsi face à l'assemblée. 
Après le concile, on a pris l'habitude de célébrer face à l'assemblée, mais souvent pour se rapprocher des protestants. C'est oublier que la liturgie fonctionne tout autrement chez eux, et consiste essentiellement en une liturgie de la parole (centrée sur la Bible et la prédication).

2°) Il n'est pas nécessaire cependant d'éliminer tous les autels qui ont été rajoutés dans le choeur après le concile. D'après Ratzinger, là où l'autel est trop loin de l'assemblée, il vaut mieux célébrer la messe sur le nouvel autel. Symboliquement, c'est meilleur, car il se situe plus près du centre de l'église. Ceci est donc à déterminer au cas par cas, et Benoît XVI a décidé récemment d'enlever le nouvel autel de la chapelle sixtine pour des raisons à la fois artistiques et liturgiques (il est vrai que dans une chapelle, on n'est jamais très loin de l'assemblée).

3°) Il faut accorder une place beaucoup plus grande au chant grégorien, à la fois pour avoir un répertoire commun (fort utile dans toutes les cérémonies internationales, désormais fréquentes), et en raison de la qualité exceptionnelle du chant grégorien aux points de vue musical, poétique, et liturgique. Les mélomanes et les "lettrés" sont d'accord...

4°) Il faut prier d'avantage avec son corps, non en dansant autour de l'autel, mais en utilisant les gestes traditionnels de la liturgie, dont la signification est claire et objective : on s'incline profondément en se frappant la poitrine au moment du "je confesse à Dieu" (sur les mots "oui, j'ai vraiment péché") ; on reste à genoux en signe d'adoration entre le sanctus et la fin de la doxologie ; on s'incline profondément (éventuellement en s'agenouillant) et en se frappant la poitrine sur les mots "Seigneur, je ne suis pas digne...), on s'incline pendant le Credo sur les mots "et incarnatus est", etc.

5°)
Il faut être capable de célébrer la messe (Paul VI) en latin, et recourir au latin lors des cérémonies internationales.

6°) La messe n'est pas un cours de catéchisme, c'est pourquoi il est inutile d'accompagner chaque geste liturgique d'un commentaire explicatif. Les néophytes n'ont pas besoin de tout comprendre dès la première messe (c'est d'ailleurs impossible), mais plutôt de voir une vraie liturgie et d'être touchée par sa beauté.
 
7°) Ratzinger propose de réfléchir sur le moment opportun pour le geste de paix. Actuellement, nous passons sans transition des poignées de main chaleureuses à la contemplation de l'Agneau immolé dans la prière de l'Agnus Dei, ce qui est assez étrange. Dans la liturgie zaïroise, le geste de paix a lieu à l'offertoire. Ratzinger se demande donc s'il ne faut pas déplacer le geste de paix. Le débat est ouvert, et rien de précis n'est fixé pour l'instant. 

Si vous voulez voir une "vraie" messe Paul VI, sachez que ça existe : par exemple, en Autriche, en Europe de l'est, à Kergonan (en particulier chez les soeurs, où la messe est célébrée face à la croix).
Je connais un certain nombre de jeunes prêtres et de séminaristes qui rêvent de célébrer la messe dans le bon sens. Du côté des laïcs, surtout les jeunes, beaucoup en ont assez de voir une église complexée et incapable d'offrir une liturgie vraiment belle. Les artistes et les intellectuels, les orthodoxes, les protestants, les traditionnalistes critiquent la "nullité esthétique" (dixit un ami athée) de la liturgie catholique. On vante la beauté des rites orthodoxes. Qu'attendons-nous pour les imiter (mais à notre manière) dans l'attachement à la belle liturgie ? 
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Ci-contre, le père Alexandre Men, prêtre orthodoxe assassiné à coups de hache par les communistes le 9 septembre 1990
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 10:09
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William Hasker refuse à la fois le matérialisme et le dualisme traditionnel (celui de Platon, Descartes et Leibniz). Pour concilier les données empiriques et la théologie chrétienne, il compare l’esprit humain à un champ magnétique : « Un être vivant génère son champ de conscience de la même manière qu’un aimant génère son champ magnétique. Disposez correctement un assemblage de molécules de fer, et une nouvelle chose apparaît : un champ magnétique. Disposez correctement un assemblage de neurones, et il apparaît une chose nouvelle et distincte : la conscience ou l’esprit ». Dans le passage suivant, Hasker traite le thème de l’immortalité de l’âme et de la résurrection des corps :

 

Toute théorie de l’esprit doit s’interroger sur la possibilité d’une vie après la mort. Et là-dessus, il semble que les conceptions dualistes traditionnelles aient un sérieux avantage. La plupart, en effet, ont soutenu que l’âme était « naturellement immortelle », c’est-à-dire incapable de périr ou d’être détruite d’une manière naturelle. On a objecté à cela que les Ecritures ne parlaient jamais de l’âme en ces termes, mais associaient la résurrection des morts à l’espérance du croyant en une vie éternelle. Néanmoins, il semble qu’il faille encore une âme pour garantir l’identité personnelle. S’il n’y a nulle âme susceptible de survivre entre la mort et la résurrection, en quel sens peut-on dire que c’est la même personne qui vivait, qui est morte, et qui est maintenant ressuscitée ? (…)


Au premier abord, il peut sembler que les implications du dualisme émergentiste ne soient pas favorables à la possibilité d’une vie future. Si l’esprit (ou l’âme) dépend du cerveau et du système nerveux pour continuer son existence, il semble que détruire le cerveau, c’est détruire également l’esprit. Et l’analogie du champ magnétique semble appuyer cette conclusion : détruisez un aimant (ou dans le cas d’un électro-aimant, stoppez le courant), et le champ disparaît. Mais ceci est loin d’être décisif. Le point essentiel est que d’après cette théorie, l’esprit conscient est une entité ontologiquement distincte du cerveau (physical brain). Dans des circonstances normales, la permanence de l’esprit dépend du corps en tant que support. Mais pour citer le neurobiologiste Wilder Penfield, « c’est à chacun de voir pour lui-même si après la mort, l’énergie peut venir à l’esprit de l’homme à partir d’une source extérieure. La science ne répond pas à cette question »1. Penfield admet ici la possibilité que l’esprit, bien que normalement dépendant du cerveau et du corps dans sa permanence, soit soutenu directement par le pouvoir de Dieu en l’absence d’un tel support. Le dualisme émergentiste admet cela, affirmant que la continuité d’existence d’une personne décédée est un miracle dû au pouvoir de Dieu, non une conséquence de l’ « immortalité naturelle » de l’âme. D’après un examen plus attentif, l’analogie du champ admet cette possibilité. Il a été montré que la théorie physique impliquait la possibilité qu’un champ magnétique suffisamment intense maintienne sa propre cohésion par gravité, même si on retire l’aimant qui l’a produit. On peut faire une remarque similaire à propos des trous noirs, qui sont devenus récemment un sujet de réflexion prioritaire en cosmologie. D’après Roger Penrose, une fois constitué, un trou noir devient « un champ gravitationnel qui se maintient lui-même dans ses droits » et « n’a désormais plus besoin du corps qui l’a construit à l’origine »2. 

William Hasker

  

1 Wilder Penfield, The Mystery of the Mind, Princeton University Press, Princeton 1975, p. 215.

2 Roger Penrose, « Black Holes » in Cosmology Now, Taplinger, New York 1976, p. 124 ; voir aussi Thorne, Black Holes, p. 30.

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 17:18
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A ce propos, je voudrais mettre en évidence deux difficultés qui se posent encore pour le matérialisme émergentiste, difficultés qui, je l’espère, inciteront au dualisme émergentiste. La première de ces difficultés concerne l’unité de la conscience. Gottlob W. Leibniz met en évidence ce problème de la manière suivante :

En feignant qu’il y ait une machine dont la structure fasse penser, sentir, avoir perception, on pourra la concevoir agrandie en conservant les mêmes proportions, en sorte qu’on y puisse entrer comme dans un moulin. Et cela posé, on ne trouvera en la visitant au-dedans que des pièces qui se poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception. Ainsi, c’est dans la substance simple, et non dans la machine, ou le composé, qu’il la faut chercher (Leibniz, Monadologie, § 17)

 

Cette difficulté n’est pas liée, comme certains l’ont dit, au fait que l’exemple de Leibniz est limité par la technologie du XVIIe siècle : si au lieu d’utiliser « des pièces qui se poussent les unes les autres », nous remplissons la machine avec des tuyaux à vide, des transistors, ou en l’occurrence avec des neurones, le problème demeure exactement le même. Le problème ne réside pas dans les poussées et les tractions mais plutôt dans la complexité de la machine, jointe au fait qu’un état de conscience complexe ne peut pas exister en étant distribué dans les parties d’un objet complexe. Le fonctionnement d’un objet complexe tel qu’une machine, un téléviseur, un ordinateur ou un cerveau, consiste dans le fonctionnement coordonné de ses parties qui, agissant ensemble, produisent un effet d’un certain type. Mais lorsque l’effet à expliquer est une pensée, un état de conscience, quelle fonction peut-on assigner aux parties individuelles, qu’ils s’agissent de transistors ou de neurones ?

Même un état subjectif (experiential) parfaitement simple - comme l’expérience visuelle que vous avez en voyant la page où j’expose cet argument – contient beaucoup plus d’information que ce qu’il est possible d’encoder en un simple transistor ou en un simple neurone. Supposons maintenant que cet état soit divisé en bits pour que certaines de ses petites parties soient représentées dans des parties de l’ordinateur ou du cerveau. En admettant qu’on y parvienne, une question se pose encore : qui ou quelle chose a cet état de conscience pris comme un tout ? Cette question, j’en suis convaincu, n’a pas de réponse plausible et ne peut en recevoir. Malgré cela (ou peut-être à cause de cela) la question semble insaisissable ; elle nous échappe avant que nous ayons le temps d’apprécier pleinement ses conséquences antimatérialistes. La raison en est, à mon avis, que nous remplaçons secrètement le sujet conscient – ou sa conscience unifiée, quelque soit sa nature ; or elle contient ensemble les bits d’information enregistrés séparément en différentes parties du cerveau et elle les assemble en une expérience simple, unifiée. Mais cette conscience en elle-même n’est ni un cerveau, ni une partie d’un cerveau. Le fait qu’une personne prenne conscience d’un fait complexe ne consiste pas dans le fait que des parties de cette personne prennent conscience de parties du fait, et un état de conscience complexe ne peut pas plus exister en étant distribué dans les parties d’un objet complexe. Une fois qu’on a compris cela, on voit le matérialisme au milieu d’un profond embarras. 

 

 

 William Hasker (extrait de In Search of the Soul, ed. By Joel B. Green & Stuart L. Palmer, 
InterVarsity Press, Downers Grove, Illinois, 2005).

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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