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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /Fév /2007 09:24

 

 

 

 

On peut admettre la possibilité que le nombre des choses futures soit infini, car cette hypothèse est compatible avec le fait qu’à chaque instant, il y a un nombre fini de choses existantes. Elle est également compatible avec l’idée qu’à chaque instant, le nombre total de choses qui existent ou qui ont existé est fini.

Ce qui paraît inadmissible, en revanche, c’est l’idée qu’il puisse y avoir au même instant un nombre infini de choses ou d’êtres. Sur ce point, les philosophes semblent d'accord. Car il faut bien que le nombre des choses existantes soit tel ou tel, par exemple qu’il soit pair ou impair. Or l’infini n’est ni pair ni impair, ni quoi que ce soit. C’est un nombre complètement indéterminé. Or tout ce qui existe (tout ce qui est réel) est déterminé, à la fois dans ses propriétés et dans sa grandeur. Par exemple, un objet coloré ne peut pas être ni bleu, ni rouge, ni jaune, ni d'aucune couleur déterminée. De la même façon, une quantité de pain, ou de blé est toujours déterminée : elle a une certaine masse, etc. Il n'y a donc aucune propriété indéterminée dans la réalité, ni aucune quantité indéterminée. C'est seulement dans notre esprit (ou dans nos raisonnements) qu'il y a des quantités ou des concepts indéterminés : des variables, par exemple.  L’espace est un infini actuel, mais l’espace n’est pas une chose, pas plus que le temps. Ce n’est que le cadre abstrait, ou le système de positions et de coordonnées dans lequel nous situons mentalement les choses et les phénomènes. Toute collection d’êtres réels et simultanés est donc nécessairement finie, puisqu’elle est nécessairement déterminée.

Imaginons un terrain de golf infini. Sur ce terrain, il y a une infinité de trous, une infinité de balles, et une infinité de brins d’herbes. Si je creuse dix trous de plus, le nombre de trous n’a pas changé : il est toujours égal à l’infini. Pourtant, il faut bien que ce nombre soit réellement différent. On voit donc que l’idée d’un nombre infini de choses existant simultanément est contradictoire.

Or ceci vaut également pour le nombre de choses ayant existé. A n’importe quel point du temps, il est nécessaire que le nombre de choses ayant existé soit déterminé, et donc fini. Par conséquent, il est impossible qu’il y ait eu une infinité de causes sans cause première. Il y a donc eu une cause première.

Al-Ghazâlî dit que nombre de tours accomplis par la terre autour du soleil jusqu’à ce jour est sans doute immense, mais pas infini, sinon il ne serait ni pair, ni impair, mais indéterminé. Admettre l’existence d’une succession infinie de choses ou d’évènements dans le passé, c’est admettre que ce qui est indéterminé peut exister réellement. Autant croire qu’on peut rencontrer la chevaléité au hasard d’une promenade dans la campagne.

Lorsqu’on ajoute plusieurs choses à un ensemble de choses réelles, cet ensemble s’en trouve augmenté. Or on ne peut rien ajouter à l’infini (par exemple, l’infini plus dix égale l’infini). Imaginons un terrain de golf comprenant une infinité de trous. Si je creuse dix trous de plus, j’ai ajouté dix trous au terrain, et pourtant il n’y a pas plus de trous qu’avant, car l’infini plus dix égale l’infini. On voit donc que le concept d’infini est un pur instrument de l’esprit, qui ne correspond à aucun ensemble de choses dans la réalité. Si j’ajoute plusieurs choses à l’ensemble des êtres ayant existé, cet ensemble ne peut pas rester le même ; il est évident qu’il s’en trouve changé et augmenté. Il ne peut donc pas y avoir eu une infinité de choses. Il faut donc qu’il y ait eu, avant la succession des choses, un Premier Etre immuable et nécessaire, celui que tous les philosophes appellent « Dieu »[1].

Certains physiciens utilisent un autre argument pour montrer qu’il n’y a pas d’infini actuel et que la notion d’infini n'a pas de sens physique, mais seulement un sens mathématique. Ils déclarent que l’idée d’un univers infini rend probable n’importe quel évènement physique[2], y compris les plus improbables. Par exemple, il est extrêmement peu probable qu’un singe placé devant un ordinateur écrive par hasard la Critique de la raison pure en tapant sur les touches du clavier. Or si l’on suppose que la matière se combine depuis un temps infini, ou qu’il y a une infinité de mondes matériels dans l’univers, ce fait devient probable, et finalement, on doit admettre qu’il s’est déjà sans doute produit. Cette idée rejoint les arguments précédents : la succession des phénomènes physiques a eu un commencement. Or dans la causalité physique, tout changement est produit par un autre changement. Il faut donc croire que la cause première des phénomènes physiques est une cause surnaturelle. 

Pour connaître les débats entre scientifiques sur la notion d'infini, voir les sites suivants :

www.lacosmo.com/infini                                                                                     

villemin.gerard.free.fr

                                                                                               Héron mélomane



[1] Al-Ghazâlî utilise un argument proche de celui-ci pour réfuter la thèse de l’éternité du monde. Cf. L’incohérence des philosophes (existe en traduction anglaise : The Incoherence of the Philosophers, p.18, trad. Michael E. Marmura, Brigham Young University Press, Provo, Utah , 2000,).

[2] N’importe quel événement qui est physiquement possible, c’est-à-dire qui n’est pas contraire aux lois de la nature.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /Jan /2007 09:09

 

Quatre cents pains dans une corbeille vide

Le 22 octobre 1860, François Dalmazzo, quinze ans, entre à l'oratoire. II est né à Cavour, il a suivi ses premières classes à Pinerolo. Voici comment il a raconté l'événement :

« ayant lu les fascicules des Lectures catholiques, je demandai qui était don Bosco. Ayant appris qu'il avait une maison pour ses jeunes à Turin, je résolus de me joindre à eux ». François est admis à fréquenter la dernière année de collège.

Au bout de vingt jours, il est découragé. « Habitué à vivre à la maison d'une manière confortable, je ne pus m'adapter à la nourriture vraiment médiocre de la table commune et aux habitudes de l'établissement. J'écrivis donc à ma mère qu'elle vienne me chercher parce que je voulais absolument retourner à la maison

11 novembre. Maman arrive pour m'emmener. Avant de m'en aller, je désirais tout de même me confesser encore une fois à don Bosco. J'attendis mon tour pendant la messe. À la sortie, un petit pain était distribué à chaque jeune pour son petit déjeuner.

Pendant que j'attendais pour me confesser, arrivèrent les deux garçons qui devaient distribuer le pain. Ils dirent à don Bosco :

- Il n'y a plus de pain.

- Que voulez-vous que j'y fasse ? répond don Bosco. Allez chez Magra, notre boulanger, et qu'il vous en donne.

-     Magra a dit qu'il ne nous donnera plus rien parce qu'il n'a pas été payé.

-     Alors, on y pensera. Laissez-moi confesser .

J'entendis ce dialogue fait à mi-voix. Mon tour étant venu, je commençai à me confesser. La messe était déjà à la consécration et les garçons revinrent.

-     Don Bosco, il n'y a vraiment rien pour le petit déjeuner.

-     Mais laissez-moi confesser; ensuite, nous verrons. Allez chercher dans la réserve, dans les réfectoires ; il y aura bien quelque chose !

Pendant qu'ils y allaient, je poursuivis ma confession. J'avais à peine terminé que l'un des garçons revint pour la troisième fois.

-     Nous avons tout ramassé et voilà les quelques petits pains que nous avons trouvés.

-     Mettez-les dans le panier. Je viendrai moi-même les distribuer. Laissez-moi confesser en paix.

Il continua de confesser l'enfant qui était devant lui. Pas loin de la porte qui s'ouvrait après l'autel de la Madone, le panier de pain était déjà déposé. Me rappelant les faits miraculeux qu'on racontait sur don Bosco, et saisi par la curiosité, je cherchai à me placer au bon endroit pour voir ce qui allait arriver.

À la porte, ma mère m'attendait :

-     Viens, François, me dit-elle.

Je lui fais signe de patienter encore quelques minutes. Quand don Bosco arrive, il prend le premier un petit pain, regarde dans le panier et voit qu'il en contient une quinzaine ou une vingtaine. Alors je me plaçai sans me faire remarquer tout à fait derrière don Bosco sur la marche, les yeux à l'affût. Don Bosco commença la distribution. Les jeunes défilaient devant lui, heureux de recevoir le pain de sa main qu'ils baisaient, tandis qu'il disait un mot à chacun ou les gratifiait d'un sourire.

Tous les élèves - environ quatre cents - reçurent leur pain. La distribution finie, je voulus vraiment examiner le panier à pain, et à mon grand étonnement je constatai qu'il s'y trouvait la même quantité de pains qu'avant la distribution. Je restai abasourdi. Je courus tout droit vers ma mère, et je lui dis :

-     Je ne viens plus, je ne veux plus m'en aller, je reste ici. Pardonnez-moi de vous avoir fait venir à Turin.

Et je lui racontai ce que j'avais vu de mes propres yeux, en ajoutant :

-     Je ne veux pas quitter un saint comme don Bosco.

C'est la seule raison pour laquelle je suis resté à l'oratoire et que je me suis associé aux fils de don Bosco ».

François Dalmazzo devint salésien ; il fut pendant huit ans directeur du collège de Valsalice et pendant sept ans procureur général de la congrégation salésienne auprès du Saint-Siège.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /Jan /2007 08:43

 

Cet événement a été raconté par Giuseppe Buzzetti (l'économe qui travaillait d'arrache-pied aux côtés de don Bosco) et confirmé par Carlo Tomatis, qui fut parmi les premiers garçons hébergés par don Bosco. Voici comment il est raconté par Teresio Bosco dans Don Bosco (une des meilleures biographies du saint) :

"Le jour des morts, don Bosco emmène tous les enfants qui fréquentent l'oratoire le dimanche et les jours de fête, visiter le cimetière et prier. Il a promis, pour le retour, des châtaignes cuites. Il en a fait acheter trois gros sacs.

Pietro Stella, après avoir passé au crible ce fait en 25 pages de critique historique serrée, et souligné la probabilité douteuse de certains détails admis dans le « récit officiel » fait par don Lemoyne dans le volume III des M.B., conclut : « Pour en revenir au récit de don Bosco et au fait objectif, il serait souhaitable que l'on adoptât la relation Fassati » (Pietro Stella, Don Bosco dans l'histoire de la religiosité catholique, vol I, «La vie et les oeuvres », Pas-Verlag, Zurich, 1968, p. 257). C'est ce que nous avons fait.

Maman Marguerite n'a pas compris ce qu'il veut et en a faire cuire trois ou quatre kilos. Joseph Buzzetti, le très jeune « économe », arrive à la maison avant les autres, voit l'affaire et dit :

-     Don Bosco en sera malade. II faut le prévenir tout de suite.

Mais dans la cohue du retour de toute la troupe affamée, Buzzetti ne réussit pas à s'expliquer. Don Bosco prend le petit panier et commence à distribuer des châtaignes avec la vieille louche toute trouée. Dans le tohu-bohu, Buzzetti lui crie :

-     Pas tant que ça ! II n'y en aura pas pour tout le monde.

- Mais il y en a trois sacs à la cuisine.

-     Non, il n'y a que ça, que ça ! » essaie de lui répondre Buzzetti pendant que les garçons hurlent et se poussent en vagues excessives. Don Bosco est décontenancé.

-     Mais j'en ai promis à tout le monde. Continuons tant qu'il en restera.

Il continue à distribuer une louche à chacun. Buzzetti regarde nerveusement les quelques poignées restées au fond du panier et la file d'attente de plus en plus longue. Un autre commence à observer lui aussi. Et tout d'un coup, il se fait comme un silence. Les centaines d'yeux écarquillés ne perdent plus de vue ce panier qui ne se vide plus...

Il y en eut pour tout le monde. Et ce fut sans doute la première fois ce soir-là que les garçons, les mains pleines de châtaignes, crièrent : « Don Bosco est un saint ! ».

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 09:07

En 1861, à l'oratoire, une équipe de personnes instruites et appartenant aux plus proches collaborateurs de don Bosco décide de se réunir de temps en temps pour raconter, à l'écrit, les épisodes marquants de la vie de don Bosco. Ces réunions sont secrètes ; elles se font à l'insu de don Bosco. L'équipe comprend don Alasonatti, don Rua (futur successeur de don Bosco), don Cagliero (futur évêque de Patagonie), Don Francesia (latiniste de renommée européenne), et dix autres salésiens. Ils sont tous convaincus que ce qui se passe autour de don Bosco a souvent un caractère exceptionnel et même vraiment surnaturel. Perdre le souvenir de ces événements, ce serait perdre un trésor. Il revient donc à chacun de prendre des notes. Pendant les réunions, les notes sont lues pour être corrigées en fonction de l'avis des autres, afin d'obtenir des récits exacts.

Don Lemoyne, en rapportant le fait dans le sixième volume de Memorie Biografiche, note : « Nous pouvons donc être certains de la vérité de ce que nous transmirent ces témoins. Au cours des années, d'autres les remplacèrent pour continuer le travail avec une égale affection pour don Bosco et pour la vérité ».

Ceci, bien entendu, est d'une grande importance. Rappelons que la connaissance en histoire s'appuie sur des témoignages dont la qualité est mesurée à l'aune de certains critères (sincérité des témoins, concordance de plusieurs témoins, etc.) Or il est clair que très souvent, les preuves utilisées en histoire ne sont pas d'une aussi bonne qualité que celles dont nous disposons pour connaître les miracles réalisés par don Bosco à partir de 1861.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /Jan /2007 13:55
Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /Jan /2007 10:06

 

Jean Cagliero, un proche de Don Bosco, a seize ans. Un soir d'août, il rentre malade. On suppose que sa maladie vient du fait qu'il a mangé des fruits avariés. Le médecin, appelé aussitôt par don Bosco, exprime un diagnostic terrible : c'est le typhus. Pendant tout le mois de septembre, son état s'aggrave et il souffre d'une forte fièvre. A la fin du mois, il a la peau sur les os. Deux médecins passent pour le voir et déclarent que son cas est désespéré. Ils conseillent à don Bosco de lui administrer les derniers sacrements.

 

Don Bosco est profondément troublé. Il aime de tout son coeur ce garçon. Il n'a pas la force de lui annoncer la nouvelle. Il demande à Giuseppe Buzzetti de le faire avec une extrême délicatesse. Pendant ce temps, il descend à l'église prendre le viatique.

 

Giuseppe Buzzetti a tout juste parlé à Cagliero quand don Bosco revient avec la custode du Saint Sacrement. Mais au lieu de s'avancer vers le lit, il s'arrête, comme s'il voyait quelque chose que les autres ne pouvaient pas voir. Soudain, son visage n'est plus triste. Il sourit et s'avance vers Jean, qui lui demande s'il va vraiment mourir. Don Bosco lui répond qu'il vivra, deviendra prêtre, et partira très loin. Après ces paroles, don Bosco reporte le viatique à l'église.

 

Quelques jours plus tard, la fièvre tombe et Jean peut se rendre à Castelnuovo pour une longue convalescence.

 

Pendant un certain temps, Buzzetti et Cagliero se demandèrent ce que don Bosco avait vu en entrant dans la chambre. La réponse, don Bosco la donnera lui-même plus tard :

 

« Je mettais le pied sur le seuil lorsque, tout à coup, je vis une grande lumière. Une colombe d'un blanc immaculé, qui portait un rameau d'olivier, descendait vers le lit du malade. Elle s'arrêta à quelques centimètres du visage pâli de Cagliero et lui laissa tomber le rameau sur le front. Aussitôt après, il me sembla que les parois de la chambre s'ouvraient et découvraient des horizons éloignés et mystérieux. Autour du lit apparurent une foule d'étranges silhouettes primitives. On eût dit des hommes sauvages d'une stature gigantesque. Beaucoup avaient la peau sombre, tatouée de mystérieux dessins rougeâtres. Ces géants au visage fier et triste se penchaient sur le malade et, tremblants, se mirent à chuchoter :

 

-    S'il meurt, qui viendra à notre secours ? ».

 

La vision dura peu de temps, mais j'acquis la certitude absolue que Cagliero guérirait ».

Plus tard, Jean Cagliero est devenu l'évangélisateur de la Patagonie (au sud de l'Argentine). Il en est devenu aussi le premier évêque. Don Bosco a fait d'ailleurs plusieurs rêves prémonitoires en rapport avec les missions des Salésiens dans ce pays, alors peu fréquenté par les missionnaires.

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /Jan /2007 09:04

Don Bosco est le fondateur des Salésiens. Dès son enfance, il a été appelé à s'occuper de l'éducation des jeunes. Devenu prêtre, il a pu commencer à s'occuper des enfants pauvres des faubourgs de Turin. D'autres prêtres de la ville étaient déjà absorbés par cette tâche.

L'oeuvre de don Bosco est immense, et ses miracles sont tout aussi étonnants, à la fois par leur nombre, par leur diversité, et par la qualité des preuves que nous en avons.

Voici un des faits les plus étranges de la vie de don Bosco.

 

 

Au cours d'un après-midi glacial de décembre 1854 don Bosco raconte à don Alasonatti, Rua, Cagliero, Francesia, Buzzetti et Anfossi (les prêtres qui travaillaient avec lui) qu'il a fait un rêve étrange : il était au milieu du terrain de récréation et, tout à coup, avait vu arriver un valet de la cour royale, habillé de rouge, qui criait : « Grand enterrement à la Cour ! Grand enterrement à la Cour ! ».

Don Bosco raconte qu'à son lever, il a écrit au roi pour lui raconter ce rêve.

Cinq jours plus tard, le rêve semble se répéter, à ceci près : le valet habillé de rouge dit cette fois « Annonce : non pas grand enterrement à la Cour mais grands enterrements à la Cour !" De nouveau, dès qu'il se lève, Don Bosco écrit une lettre au roi d'Italie, lui demandant de "faire en sorte d'écarter les menaces de châtiments et le priant à cette occasion de s'opposer de toutes ses force à la loi en question".

Il s'agit d'une loi antireligieuse qui interdisait les ordres de soeurs et de moines contemplatifs, considérés comme des improductifs.

Le 5 janvier 1855, la reine mère Marie-Thérèse tombe gravement malade. Elle meurt une semaine après, le 12 janvier (à l'âge de 54 ans).

Le 20 janvier. On donne le sacrement des malades à la reine Marie-Adélaïde, épouse du roi Victor-Emmanuel II. Douze jours plus tôt, elle a donné naissance à un enfant et ne s'est pas remise. Elle meurt le jour même. Elle n'a que trente-trois ans.

Le 11 février, après vingt jours de maladie grave, meurt le prince Ferdinand de Savoie, duc de Gênes, frère du roi. Il a trente-trois ans.

Evidemment, cette série d'événements (trois enterrements à la cour en à peine un mois) n'est pas passée inaperçue. Le roi d'Italie connaissait le contenu des lettres envoyées par Don Bosco, et on peut supposer que certains de ses proches le connaissaient aussi.

Les abbés de l'oratoire (qui sont seuls, à l'oratoire, à connaître les songes et les lettres de don Bosco au roi) sont « terrifiés de voir réalisées d'une manière aussi foudroyante les prophéties de don Bosco », écrit don Lemoyne. « Même en période d'épidémie on n'avait jamais ouvert trois tombes royales en l'espace d'un mois ».

Pour en savoir plus sur la vie de Don Bosco, lire Teresio Bosco, Don Bosco, éd. Don Bosco (ce n'est pas difficile à retenir !). Ce livre est bien écrit, facile à lire, très bien documenté, et assez complet sans être trop long. Il replace les événements dans le contexte historique et politique de l'époque, ce qui permet d'apprendre aussi des choses sur l'histoire italienne du XIXè siècle.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Mardi 16 janvier 2007 2 16 /01 /Jan /2007 09:15

 

 

 

Avant l’avènement du christianisme, Platon et d’autres philosophes païens avaient argumenté pour montrer l’immortalité de l’âme. On pourrait croire que les premiers philosophes chrétiens adoptèrent d’emblée ces arguments. En fait, parce qu’ils croyaient à la résurrection des corps, la seule survie de l’âme ne leur suffisait pas. Mais surtout, il est clair que si l’homme, après sa mort, subsiste naturellement par lui-même, il n’y a nul besoin d’un Dieu pour le ressusciter. Aussi, constate Gilson, « même les Pères qui admettent l’immortalité de l’âme refusent immédiatement de concéder à Platon que l’âme soit naturellement immortelle ». Certains auteurs chrétiens préfèrent dire que l’homme meurt tout entier, corps et âme, pour être ressuscité par Dieu. Mais cette idée suppose qu’il y ait une interruption dans l’existence de l’homme. On se demande alors si Dieu peut reconstruire entièrement un individu humain sans que cette création ex nihilo soit celle d’un nouvel individu différent du premier. Progressivement, la plupart des philosophes chrétiens ont cru à la survie de l’âme seule, complétée par la résurrection du corps.  

 

 

1.      L’observation du cerveau

 

Les nouvelles techniques d’observation du cerveau telles que l’IRM (imagerie par résonance magnétique) permettent de voir que chaque type d’activité mentale est lié à l’activité d’une certaine partie du cerveau. Par exemple, l’IRM permet de voir que pour une activité de mémorisation, ou bien pour une activité de raisonnement, c’est telle ou telle partie du cerveau qui est active. Cela prouve qu’il y a un lien étroit entre l’activité de l’esprit (raisonner, imaginer, se souvenir, etc.) et l’activité du cerveau.

 

2.      Réponse

 

Mais cela ne prouve ni que l’esprit soit le cerveau, ni même que chaque état ou activité de l’esprit soit causé par un certain état ou événement physique dans le cerveau. Ces observations prouvent seulement qu’il y a un lien entre ces deux types d’états, sans indiquer lequel est la cause de l’autre. En effet, on peut penser que l’esprit sollicite librement le cerveau pour agir et qu’il est donc la cause des phénomènes (flux sanguins, etc.) observés dans le cerveau, tout comme le fait que je lève le bras au moment où j’en ai l’intention ne prouve nullement que l’événement physique observable (le mouvement du bras) soit la cause de mon intention.

 

Par contre, si on découvrait que chaque décision d’un certain type était précédée d’un phénomène physique particulier précédant toujours et exclusivement les décisions de ce type, ce serait un puissant argument en faveur du matérialisme. Mais rien de ce genre n’a été observé jusqu’à maintenant.

 

3.      Le vieillissement de l’esprit

 

Le meilleur argument matérialiste est sans doute celui-ci : Nous savons, par expérience, que les capacités de notre esprit dépendent de l’état de notre cerveau et de notre corps. Par exemple, de nombreuses personnes âgées perdent la mémoire ou certaines facultés intellectuelles quand leur corps se dégrade. De même, une lésion du cerveau ou un infarctus peut entraîner une perte partielle de la mémoire ou du langage. Bref, l’esprit, dans son fonctionnement, est étroitement dépendant de la santé du corps. Il est donc très probable que quand le corps ou le cerveau cesse complètement de fonctionner, l’esprit cesse également de fonctionner et d’exister. La mort du corps entraîne inéluctablement la mort de l’esprit. Il n’y a donc pas de vie après la mort.

 

Ce problème philosophique n’est pas nouveau. Bien entendu, St Thomas d’Aquin sait que l’activité de l’esprit décline souvent en même temps que la santé du corps.

 

4.      L’intellect dépend de la sensation

 

Aristote et St Thomas pensent que l’activité intellectuelle est liée à l’imagination, qui est liée elle-même à la sensation. Par exemple, un géomètre a besoin de tracer des figures pour s’aider à raisonner. L’objet de son raisonnement n’est pas le triangle qu’il dessine, mais une catégorie de triangles (par exemple, les triangles isocèles). St Thomas et Aristote pensent que toute activité intellectuelle suppose un recours aux images sensibles (reçues directement par les sens ou stockées dans la mémoire). Or le fonctionnement des sens et de la mémoire dépend de certains organes.

 

5.      Réponse 1 : L’intellect n’a plus les mêmes besoins après la mort

 

St Thomas d’Aquin doit donc montrer qu’au moment de la mort, l’esprit survit malgré sa dépendance par rapport au corps dans lequel il s’est développé. Il soutient que l’esprit, une fois séparé du corps, n’a plus les mêmes besoins que lorsqu’il est lié au corps :

 

« l’âme humaine séparée du corps pense d’une autre manière que l’âme unie au corps, de même qu’elle est d’une autre manière (…) Tant que l’âme est dans le corps, elle ne peut penser sans image, ni se souvenir autrement que par les pouvoirs cogitatif et mémoratif, qui préparent les images, comme il ressort de ce que l’on a dit ; voilà pourquoi penser, selon cette manière déterminée, ainsi que se souvenir, <sont des opérations qui< sont détruites avec la destruction du corps. – L’être de l’âme séparée, en revanche, lui appartient à elle seule, indépendamment du corps. C’est pourquoi son opération, qui est de penser, ne s’accomplira pas non plus en recourant à des objets qui existent dans les organes corporels -les images-, mais elle pensera par elle-même, à la manière des substances qui sont totalement séparées des corps selon l’être » (Somme contre les gentils II, 81, §6). 

 

St Thomas ne donne aucun exemple à l’appui de cette affirmation. Que vaut son argument ? Nous y reviendrons un peu plus loin.

 

 

 

6.      Réponse 2 : L’intellect acquiert de l’autonomie

 

Le développement de l’intelligence, chez un enfant, passe par l’apprentissage du langage, qui suppose à son tour la sensation. Il est très difficile de développer l’intelligence d’un enfant à la fois sourd et aveugle (il faut employer un langage tactile !).

 

Cependant, plus notre intelligence se développe, moins elle dépend des images sensibles, et plus elle devient capable de penser abstraitement ou d’imaginer librement par elle-même les objets sur lesquels elle veut s’exercer. On pourrait donc penser que notre esprit, en grandissant, devient indépendant de la sensation qui le liait au départ au monde sensible, c’est-à-dire matériel.

 

Problème : ceci ne permet pas de montrer que l’esprit d’un enfant, dont l’intelligence est encore peu développée, peut subsister après la mort corporelle.

 

 

7.      Réponse 3 : L’intellect dépend du sensible comme un agent dépend de son objet

 

L’intelligence d’un enfant s’exerce d’abord sur des choses sensibles, autrement dit, sur ce qu’il peut voir, goûter, toucher, entendre ou sentir (il apprend des mots comme « chat », « jouet », « gâteau », avant de maîtriser des concepts comme « racine carrée » ou « suffrage universel », qui ne désignent rien de directement perceptible). L’intelligence d’un enfant dépend donc des choses perceptibles, mais comme un agent dépend de ce sur quoi il agit. Par exemple, un sculpteur ne peut sculpter sans une matière, mais si celle-ci vient à manquer, sa vie n’est pas en danger. Si on sépare le sculpteur de ses matériaux, il ne peut plus sculpter, mais il continue à vivre. Il en serait de même avec l’esprit et les images sensibles.

 

8.      Résumé du problème

 

Tout le problème est lié au fait que l’esprit, dans son fonctionnement, dépend manifestement de l’état du corps, en particulier du cerveau. L’argument du vieillissement de l’esprit ne signifie rien d’autre. La remarque d’Aristote, selon laquelle l’intellect ne peut fonctionner sans la sensation, rejoint la même idée.

 

9.      Réponse

 

Ceci dit, il est encore possible de soutenir qu’il y a une vie après la mort physique. Comment ? En distinguant le fonctionnement de l’esprit, et son existence. Admettons que l’esprit, au moment de la mort, soit entravé dans son fonctionnement. Cela ne prouve nullement qu’il doive cesser d’exister. Richard Swinburne le montre à l’aide d’une comparaison très simple. Soit une ampoule fixée sur un appareil dont elle reçoit l’électricité qui lui permet de briller. Cette ampoule dépend, dans son fonctionnement, du bon état de l’appareil, qui représente ici le corps. Mais si l’appareil est détruit, l’ampoule peut continuer d’exister, et même, de fonctionner. Il suffit de la relier à un autre appareil du même type ou à une autre source d’électricité. De la même, bien que l’esprit dépende du corps dans son fonctionnement, cela ne prouve pas qu’il en dépende aussi dans son existence.

 

Pour confirmer cette distinction entre deux formes de dépendance, nous pouvons multiplier les exemples à volonté : Je coupe les racines et les branches d’un jeune peuplier, comme pour me faire un bâton. Si je plante ce bout de bois dans un sol riche et humide, le peuplier peut survivre en se constituant de nouvelles branches et de nouvelles racines. Aussi dépend-il de ces organes dans son activité, mais non dans son existence.

 

Avec St Thomas, on peut même penser que le corps, en vieillissant, finit par entraver le fonctionnement de l’esprit, bien qu’il en soit d’abord une condition nécessaire. Une brebis, dans son activité, dépend assurément de l’état de ses membres. Pourtant, si l’un d’eux est atteint d’une gangrène, il finit par entraver l’activité de l’animal, épuisé par une vive douleur. Aussi l’amputation peut-elle faciliter la vie de l’animal[1].

 

10.   Y a-t-il des preuves positives de l’immortalité de l’âme ?

 

Contrairement à Platon, les philosophes chrétiens comme St Thomas d’Aquin, Descartes ou Swinburne cherchent avant tout à réfuter les arguments par lesquels on prétend prouver qu’il n’y a pas de vie après la mort physique. Cependant, quand on met en évidence l’autonomie de l’esprit par rapport au monde physique ou matériel, on montre, d’une certaine manière, la probabilité qu’il subsiste après la mort physique. Tout d’abord, l’intelligence conceptuelle et la raison, qui permettent de faire des déductions et de connaître des vérités éternelles et nécessaires, ne peuvent pas se réduire à la sensation. Ensuite, l’homme possède le libre arbitre. Donc il n’est pas soumis à un déterminisme strict : dans une situation donnée, un être humain a la capacité d’agir de plusieurs façons différentes. Si on admet que les choses du monde matériel sont soumises à des lois auxquelles l’homme n’est pas soumis, celui-ci est en partie immatériel ou imperceptible, puisqu’il échappe en partie aux lois qui gouvernent le monde perceptible[2].                                                       

 

 

               

 

 

 

 

 

Karl Popper (philosophe) et John Eccles (prix Nobel de médecine, neurophysiologiste) ont défendu ensemble la thèse dualiste. Pour Eccles, c’est au niveau des synapses que l’âme contrôle le cerveau.                                                                               

 

 

 



[1] On pourrait objecter que la bête, une fois amputée d’un membre, est quand même plus limitée qu’avant l’apparition de la maladie. Mais faisons un peu de science fiction : il est possible au vétérinaire du futur de remplacer la patte coupée par une excellente prothèse. A fortiori, un Créateur tout-puissant et omniscient peut former une prothèse parfaite, c’est-à-dire compléter notre être en lui redonnant un membre ou un corps entièrement fonctionnel et comme neuf.    

 

[2] La physique contemporaine admet l’existence de processus physiques indéterminés à un niveau subatomique. Même en tenant compte de cette indétermination relative des processus physiques, l’homme fait encore figure d’exception, car il est beaucoup moins déterminé que les autres réalités perceptibles. De plus, l’indéterminisme physique ne permet absolument pas d’expliquer l’existence du libre arbitre, car si un choix libre était simplement le résultat de processus physiques partiellement indéterminés, il échapperait au contrôle de l’agent, de même que le résultat, dans un jeu de hasard, n’est pas déterminé par le joueur.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /Jan /2007 09:36

I.                    L’exemple des saints

 

L’exemple des saints oriente l’intelligence et le cœur de l’homme vers Dieu. Dans Les raisons de croire, Mgr Léonard n’hésite pas à dire que l’exemple des saints est l’argument qui a le plus d’effet sur son esprit : « La fécondité débordante de leur vie est une éminente vérification existentielle qui signe la vérité de la foi à laquelle ils se sont voués (…). Les saints ne peuvent avoir tort, ils sont la preuve vivante de la vérité de la foi » (p 174 – lire aussi, page 171, le récit de la conversion d’Edith Stein, après la lecture de l’autobiographie de St Thérèse d’Avila).

 

·      Il est impossible que les saints mentent et peu probable qu’ils se trompent. La connaissance humaine repose, pour sa plus grande part, sur le témoignage d’autrui ; elle dépend donc surtout de la qualité des témoins. Or les saints sont d’une sincérité certaine, et très souvent, d’une intelligence supérieure. Il est donc peu probable qu’ils se trompent.

 

·       C’est d’autant moins crédible qu’ils sont nombreux et tous d’accord.

 

·       Or tous désignent le Christ comme leur maître, comme le Fils de Dieu, comme Dieu fait homme.

 

·       Leur témoignage est confirmé par leurs miracles, qu’ils expliquent eux-mêmes par l’intervention surnaturelle de Dieu.

 

 

II.                  Questions de méthode

 

Pour vérifier qu’un miracle s’est bien produit, on applique les critères de la connaissance par témoignage. Autrement dit, on procède de la même façon qu’un historien rigoureux qui refuse de se fier à n’importe qui. C’est ainsi que procèdent les personnes travaillant pour les causes de béatification et de canonisation. Bien entendu, un miracle récent est souvent plus facile à vérifier qu’un miracle éloigné dans le temps. Pourtant, il arrive qu’un miracle ancien soit mieux attesté qu’un miracle du XXème siècle. Tout dépend :

 

·        Du nombre des témoins d’accord entre eux, surtout s’ils ne se connaissent pas.

 

·        De leurs qualités. Il ne faut pas qu’ils soient malhonnêtes, ou illuminés. Dans certains cas, la constatation d’un miracle suppose des compétences particulières. Par exemple, une guérison ne peut être considérée comme miraculeuse qu’après des examens attentifs faits par des médecins aux compétences très sûres.

 

·        De l’absence ou non de témoignages contraires.

 

 

 

III.                L’objection théologique : « Dieu ne change pas d’avis »

 

Il y a principalement deux objections classiques contre la croyance aux miracles : une objection théologique, et une objection épistémologique. La première peut être ainsi formulée :

 

1.       Un miracle est un fait contraire aux lois de la nature et que l’on suppose dû à une force surnaturelle (en général, Dieu, dans la religion chrétienne). Ex : guérison extraordinaire, lévitation, bilocation, etc.

 

2.       Or d’un point de vue chrétien, c’est Dieu qui a créé la nature et ses lois.

 

3.       Donc les lois de la nature sont des lois divines ; elles manifestent la volonté de Dieu.

 

4.       Or, Dieu étant parfait et immuable, il ne change pas d’avis et ses volontés sont parfaitement cohérentes, c’est-à-dire éternelles, immuables.

 

5.       Donc Dieu ne peut pas agir à l’encontre des lois de la nature. Bref, les miracles sont impossibles.

 

 

Les propositions 1 et 2 sont difficilement contestables. Les points à discuter sont dans les deux étapes suivantes. En effet, tout dépend de ce qu’on appelle « manifester la volonté de Dieu ». Les lois de la nature ne la manifestent pas directement. On peut penser qu’il y a une hiérarchie dans les volontés de Dieu. Les premières volontés se rapportent aux fins ultimes. Dieu veut certaines fins, mais il veut aussi les moyens qui permettent de les atteindre. Toutes les volontés se rapportant aux moyens sont subordonnées par rapport à celles qui visent les fins ultimes. Soit x une fin ultime, visée pour elle-même. Il est tout à fait possible qu’une même chose soit tantôt un bon moyen, tantôt un obstacle à l’égard d’une même fin, par exemple, à l’égard de x.

 

Considérons l’exemple suivant : je veux être en bonne santé. Pour cette raison, je décide d’aller à la piscine tous les samedi matin, parce que j’y vois un moyen de rester en bonne santé. Pourtant, je n’irai pas à la piscine le samedi matin quand j’aurai rendez-vous ce jour-là avec un médecin. La même fin (la santé) me commande en général d’aller à la piscine, mais parfois aussi, de ne pas y aller. Ainsi, la même fin implique une règle subordonnée (aller à la piscine le samedi matin) et les exceptions à cette règle. Celles-ci sont des exceptions à l’égard de la règle subordonnée, mais non à l’égard de la première règle (rechercher la santé). Donc le fait que j’admette des exceptions à la règle subordonnée ne veut pas dire que je change d’avis, car ma volonté suit toujours la première règle.

 

Pour illustrer ceci, Leibniz a utilisé une métaphore mathématique : par un nombre limité de points, on peut toujours faire passer une ligne dont la trajectoire se conforme à une certaine équation, donc à une règle (aussi, même les lignes les plus complexes peuvent obéir à un ordre).

 

Prenons encore un exemple. Admettons que Dieu ait créé le cheval pour l’homme, par exemple, pour lui offrir une monture. Ceci n’empêche pas, d’après un texte bien connu du livre de l’Exode, qu’il fasse périr des chevaux égyptiens lors du passage de la mer rouge. Le miracle de la mer rouge implique-t-il une contradiction dans la volonté divine ? Non, car Dieu ne fait pas cela par haine des chevaux, ni pour priver l’homme de sa monture, mais pour sauver les Hébreux  de la colère du pharaon. Si Dieu se révèle au peuple hébreu, c’est pour révéler plus tard son amour à l’humanité entière. En sauvant le peuple hébreu, Dieu prépare le salut de toute l’humanité. Bref, un miracle comme celui-ci ne suppose pas que Dieu se contredise.

 

1.       La volonté divine est cohérente, car parfaite.

 

2.       Donc elle suit des lois constantes, qui ne sont jamais contredites.

 

Mais les lois de la nature ne sont pas nécessairement ces lois, ou pas directement. Elles ne sont peut-être que des lois subordonnées, c’est-à-dire des moyens.

 

 

Pourquoi Dieu fait-il des miracles ?

 

 

Nous ne le savons pas toujours. En tout cas, d’après les nombreux récits de miracles, ils lui permettent de manifester son existence en montrant qu’il y a un Etre au-dessus de la nature. Ils montrent aussi quelque chose de sa nature, par exemple, sa bonté et sa miséricorde (comme dans les guérisons miraculeuses, ou dans les conversions extraordinaires). Autre avantage : ils affermissent l’autorité des saints et de l’Eglise, en augmentent le rayonnement.

 

 

 

IV.                L’objection épistémologique (Hume)

 

 

Hume a montré qu’une grande partie de nos connaissances venait de l’induction. Or l’induction n’est pas rigoureuse. On appelle déduction toute inférence rigoureuse du point de vue logique. Par exemple :

 

(1)     Si Marie était là, sa voiture serait là.

 

(2)     La voiture de Marie n’est pas là.

 

(3)     Donc Marie n’est pas là.

 

 

Au contraire, l’induction n’est pas rigoureuse. En effet, elle part d’un nombre limité de cas, pour en tirer une affirmation universelle telle que « tous les corbeaux sont noirs ». Même si j’ai vu dix mille corbeaux noirs, et pas un seul d’une autre couleur, je ne puis déclarer avec une certitude absolue que tous les corbeaux soient noirs. Pourtant, nombre de nos connaissances sont de ce type. Par exemple, je crois que le soleil se lèvera demain, c’est-à-dire dans quelques heures et non dans six mois. Or je ne le sais que par induction. Dans les sciences de la nature, nos connaissances reposent également sur l’induction. Ces connaissances ne sont pas absolument certaines, mais nous ne pouvons pas les écarter sous prétexte qu’elles ne sont pas acquises par déduction. Si nous faisions cela, nous ne pourrions plus vivre, vu l’importance et le nombre des connaissances acquises par induction. Il n’y aurait plus de physique, plus de biologie, plus de médecine, plus d’industrie, plus de météo !

 

 

En revanche, on peut retenir le principe suivant : il faut admettre en priorité ce qui est confirmé par des expériences nombreuses, et se méfier des généralisations fondées sur quelques cas seulement.  C’est sur ce principe que Hume construit sa critique des miracles. En résumé, il dit ceci :

 

 

(1)     Moins une proposition est confirmée, moins elle est probable.

 

(2)     Moins une proposition est probable, moins elle mérite d’être crue.

 

(3)     Les faits contraires aux lois de la nature sont moins probables que ceux qui y sont conformes. Les faits extraordinaires sont moins probables que ceux qui sont conformes au cours normal des choses.

 

(4)     Donc il ne faut jamais croire ceux qui prétendent avoir assisté à un miracle, car l’affirmation contraire est toujours plus probable que la leur. Par exemple, si quelqu’un prétend avoir vu une autruche voler, je ne puis le croire, car il est plus probable que l’autruche en question ne puisse pas voler.

 

 

 

Réponse

 

 

Hume fait un bond entre (3) et (4) ; il saute plusieurs étapes. Bien sûr, si nous considérons un fait en lui-même, isolément, il est plus probable s’il est plus conforme au cours habituel des choses. Par exemple, il est peu probable que je me mette à léviter. Mais allons un peu plus loin…

 

Imaginons ceci : un homme de bonne foi dit avoir vu son confesseur en lévitation, à quelques mètres de lui, en plein jour et pendant un bon quart d’heure. Mieux encore : dix personnes de bonne foi ont assisté à cet événement. Je les connais depuis longtemps et elles n’ont jamais menti, à ma connaissance. Puis-je rejeter leur témoignage ? Il est très peu probable qu’elles mentent (quand c’est une plaisanterie, ça ne dure pas, et souvent, ça se voit aussitôt).

 

·       On voit qu’il s’agit de comparer deux degrés de probabilité. Qu’est-ce qui est le plus improbable : qu’un fait surnaturel se soit produit, ou bien qu’une personne tout à fait sincère ait menti sans aucune raison ? Si on admet que Dieu existe, on doit croire à la possibilité des miracles. Alors le fait le moins probable pourrait bien être le deuxième…

 

·       Si on prétend que le témoignage des hommes ne vaut rien, même quand il s’agit de personnes honnêtes, sincères, compétentes et intelligentes, alors on rejette toute connaissance par témoignage. Il faut donc rejeter toutes nos connaissances en histoire, en géographie, et dans bien d’autres domaines. Evidemment, cette position est intenable. Les épistémologues disent souvent que la plupart de nos connaissances reposent sur la confiance en d’autres personnes. Il faut donc reconnaître la valeur de la connaissance par témoignage et chercher quelles en sont les règles. Si mes meilleurs amis – ceux en qui j’ai le plus confiance - viennent me raconter un miracle, l’un après l’autre, je peux difficilement douter de leur témoignage, à moins d’être totalement dépourvu de sentiment humain. Mais cette confiance a une raison d’être :

 

 

1.    Ce ne sont pas des illuminés, ni des menteurs, et ils ont constaté le fait dans de bonnes conditions.

 

2.    Si Dieu existe, il est bon et il est donc probable qu’il y ait des miracles. Comme il est bon, il s’intéresse à ses créatures, à l’homme en particulier. Or le miracle a une utilité. Il Lui permet de manifester sa présence, sa toute-puissance, sa bonté, voire sa colère, et d’assurer le rayonnement des saints. Si un prétendu miracle n’a apparemment aucun sens, aucune utilité du point de vue de Dieu, il paraît douteux. Mais dans le cas contraire, il n’est pas impossible.

 

3.    L’Eglise reconnaît certains miracles. Pourtant, sa rigueur est connue dans ce domaine.

 

4.    Notons qu’il y a des constantes dans les miracles, à tel point qu’on peut les classer dans des rubriques : apparitions, guérisons miraculeuses, prescience ou connaissance surnaturelle, lévitations, bilocations, stigmates, multiplications des pains ou des hosties. Les miracles des saints les font ressembler au Christ (stigmates, multiplications des pains, lévitations qui rappellent l’Ascension) ou bien augmentent leur capacité de faire du bien (bilocations, connaissance surnaturelle). Les apparitions de la Vierge ou du Christ sont accompagnées d’un message.

 

5.    Même d’un point de vue strictement scientifique, on doit souvent admettre des faits contraires aux régularités observées. En effet, la science progresse en découvrant des faits contraires aux lois de la nature. Je m’explique : on a découvert, un jour, que la vitesse de la lumière était constante dans tous les référentiels, ce qui contredisait le théorème d’addition des vitesses. On a donc observé un fait apparemment contraire aux lois considérées jusqu’alors considérés comme des lois de la nature. Or ce fait a pourtant été admis, ce qui a finalement abouti, après des recherches acharnées, à la théorie de la relativité générale. Les révolutions scientifiques sont liées à l’observation de faits contraires à des lois fortement confirmées par l’expérience et considérées comme des lois de la nature. D’un point de vue épistémologique, la constatation d’un miracle est du même ordre qu’une expérience réfutant un énoncé appelé « loi de la nature »[1]. On peut même dire que la constatation, dans l’expérience scientifique, est plus complexe et moins sûre, car elle suppose l’utilisation d’un appareillage compliqué. Dans les deux cas, on se fie au témoignage des générations précédentes. Par exemple, les physiciens d’aujourd’hui ne se sentent pas obligés de refaire l’expérience par laquelle on a découvert un jour la constance de la vitesse de la lumière.

 

 

Le raisonnement de Hume serait juste si la connaissance par induction était toujours plus solide que la connaissance par témoignage. Or ce principe est faux. D’ailleurs, la connaissance par témoignage peut être considérée comme une forme particulière d’induction. Nous savons par induction que certaines personnes sont fiables et d’autres non. Par conséquent, quand on entend le témoignage d’une personne relatant un fait apparemment contraire aux lois de la nature, on doit comparer deux conclusions induites, en tenant compte du fait que si Dieu existe, les miracles sont possibles.

 

 

 

V.                  Quelques miracles bien attestés

 

 

Certains miracles sont particulièrement difficiles à contester. Par exemple :

 

·      Quand il y a eu beaucoup de témoins. A Fatima, le 13 octobre 1917, environ 70000 personnes assistèrent au miracle promis par la Sainte Vierge exactement deux mois plutôt « pour que tout le monde croie » : ils virent le soleil danser dans le ciel. Juste après, les enfants rapportèrent à la foule un message de la Sainte Vierge : elle invitait les justes à la prière et à la pénitence pour obtenir la paix et la conversion de la Russie.

 

·      Quand le témoin est extrêmement fiable. Par exemple, plusieurs saints ont raconté les miracles accomplis par eux volontairement ou non. Dans son autobiographie, Ste Thérèse d’Avila a raconté ses lévitations et l’embarras extrême qu’elle éprouvait à chaque fois que ce phénomène se produisait en public. L’authenticité de son livre ne fait aucun doute. A-t-elle menti ? Comment croire qu’une personne aussi sainte, dont la sincérité et l’humilité extrême imprègnent chaque page de son récit, ait pu mentir en s’attribuant des miracles inventés de toutes pièces ? Le cas de Don Bosco est également intéressant. Il avait de très nombreuses relations dans tous les milieux, dans la rue aussi bien qu’au palais royal ou dans les milieux intellectuels. Une équipe d’historiographes, tous amis de Don Bosco, s’est constituée et s’est réunie régulièrement de son vivant pour faire le récit de sa vie. Or le saint a fait de nombreux miracles en public. Mariam Beouardi a prédit deux fois des attentats à la bombe organisés contre le Vatican. Le premier attentat s’est effectivement produit. Du coup, la fois suivante, l’avertissement a été pris au sérieux et l’attentat a été évité. Tout cela a été raconté par des témoins, notamment par ceux qui avaient eu le tort, la première fois, de ne pas prendre au sérieux les avertissements de la jeune carmélite. Peut-on douter de leur sincérité ? Avaient-ils intérêt à inventer ces faits, et la prescience de sœur Mariam ? Le cardinal Antonelli n’avait pas intérêt à s’attribuer une fausse culpabilité. De plus, les cardinaux ne sont pas des illuminés ; ils ne reconnaissent pas facilement les miracles. Pour finir, je mentionnerai encore St Joseph de Copertino, qui a été vu en lévitation par ses supérieurs, par l’amiral de Castille et sa suite, par le pape Urbain VIII en personne, et par des aristocrates protestants parmi lesquels se trouvait le duc de Saxe, Johann Friedrich de Brunswick, qui fut par la suite le protecteur de Leibniz. Tous ces gens de la haute société étaient-ils des menteurs et des illuminés ? C’est peu vraisemblable…

 

·      Quand le miracle prend la forme d’une trace matérielle permanente, ou d’un document pouvant être examiné à volonté pendant plusieurs siècles. Depuis cinq cents ans, on peut admirer, à Guadalupe, une image représentant la Sainte Vierge sur le tilma de Juan Diego. Ce vêtement en feuilles d’agave aurait dû se décomposer en quelques dizaines d’années. Or il subsiste encore. Le miracle est donc patent. De plus, l’image qu’il porte n’a pas été peinte, ni dessinée d’une manière ou d’une autre. Enfin, dans les années 1950, des scientifiques ont découvert, en analysant l’image des yeux, qu’elle représentait en reflet, avec une parfaite conformité aux lois de l’optique, des personnages situés en face de la Ste Vierge. Evidemment, peindre une telle image aurait été un prodige d’habileté au début du XVIème siècle.

 

 

Conclusion

 

 

Chaque fait miraculeux, ou prétendu tel, doit être examiné soigneusement selon une méthode appropriée, soit la méthode historique, soit celle de l’archéologie ou de la médecine. Mais aucune critique épistémologique vraiment sérieuse ne peut réfuter d’avance toute croyance aux miracles. La critique humienne, qui a eu tant de succès, est dépassée. Elle date d’une époque où la connaissance par témoignage était entièrement négligée. D’ailleurs, au milieu du XVIIIème, la philosophie des sciences en était encore à ses débuts. Hume a été lucide en voyant l’importance de la connaissance inductive, mais il s’est trompé en comptant pour rien le témoignage, sur lequel repose pourtant la plus grande partie de nos connaissances.   

 

 



[1] On pourrait objecter ici que les débats sur la vérité ou la fausseté de la religion sont trop passionnés pour qu’on puisse s’y fier au témoignage d’autrui. Mais les passions entravent aussi la recherche scientifique. Il est difficile, pour un chercheur ayant défendu la même thèse pendant vingt ans, d’y renoncer d’un coup face au résultat d’une expérience, surtout si ce résultat, comme souvent dans les sciences contemporaines, fait nécessairement l’objet d’une interprétation délicate et complexe.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 09:09

 

C’est la question qui nous reste à traiter. Nous avons déjà vu pourquoi il était nécessaire que le mal moral devînt possible : Dieu ne pouvait pas créer des êtres libres tout en les empêchant de choisir le mal.

Mais considérons maintenant une autre forme du mal : la souffrance. D’après St Thomas d’Aquin, tout être est bon en tant qu’être. C'est pourquoi Dieu, par bonté, a crée des êtres aussi variés que possible. Si l’on retient ce principe, on peut comprendre pourquoi il était nécessaire que le mal physique devînt possible. En effet, la sensation est un mode de connaissance inférieur à la connaissance conceptuelle, parce qu’elle ne permet pas, à elle seule, de savoir ce qui est bon objectivement. Néanmoins, elle permet d’appréhender ce qui est bon ou mauvais subjectivement, c’est-à-dire pour le sujet qui perçoit. Par exemple, le chien, au moyen de son odorat, peut distinguer ce qui est bon ou mauvais pour lui. Evidemment, cette connaissance lui est fort utile. Or elle implique la possibilité de sensations désagréables. Il en est de même avec les autres sens. Bref, Dieu ne pouvait pas créer des êtres capables d’une connaissance subjective et infraconceptuelle du bien sans les rendre en même temps susceptibles de souffrir dans certaines situations.

 

 

Peut-on reprocher à Dieu de ne pas réparer ce mal dès ici-bas, en supprimant ou en atténuant les souffrances trop aiguës ? Si Dieu faisait cela, il montrerait sa puissance d’une façon beaucoup trop manifeste. Personne ne pourrait nier son existence et tout le monde serait obligé de se plier à sa volonté. Puisque Dieu respecte la liberté de l’homme, il ne peut pas multiplier à ce point les miracles. La possibilité du mal physique demeure donc nécessaire en raison d’un bien supérieur.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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