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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 14:57

 

1.      Kant a sans doute raison d’insister sur la valeur de l’intention. Quand on juge quelqu’un, on doit tenir compte de ses intentions, bonnes ou mauvaises. Mais l’acte en lui-même est-il moralement neutre ? Et les conséquences de l’acte : sont-elles secondaires ? Quand on est de bonne intention, on cherche les meilleurs moyens d’aboutir au résultat espéré. En réalité, tout compte : l’intention de l’agent, la conformité de l’acte à la règle morale, et les conséquences de l’acte. Les Grecs négligeaient l’intention. Kant, à l’inverse, propose une sorte de caricature de la morale chrétienne, où seule compte la « bonne volonté »[1]. Il est toujours bon d’aider un pauvre, même quand on le fait avec une intention qui n’est pas pure (pour s’assurer une bonne réputation, par exemple). Ainsi, pour mesurer la valeur morale de l’acte, il faut considérer l’intention, l’acte en lui-même, et ses conséquences.

 

 

2.      Kant ne donne aucune solution aux conflits de devoirs. Pour les résoudre, il faut qu’il y ait une valeur suprême au-dessus de toutes les autres, dont elles découlent logiquement. Cette valeur est la charité (amour d’autrui), car justement, elle implique toutes les autres, alors que ni l’honneur, ni la compassion, ni la justice, ni aucune autre valeur ne peut rendre raison de toutes les autres. Pour Kant, il ne faut jamais mentir (cette loi est sans exception). Mais il y a des cas où on ne peut pas respecter cette loi sans faire une exception à une autre loi, plus importante, qui nous commande de tout faire pour protéger la vie des personnes innocentes. Si je cache une personne poursuivie injustement et condamnée à mort, quand ses poursuivants me demandent si elle est chez moi, j’ai clairement le devoir de mentir pour éviter qu’elle soit arrêtée. Non seulement Kant a nié l’existence d’un droit de mentir dans ce genre de situations, mais en plus, il n’a pas vu qu’ici, il était impossible d’agir sans faire une exception à une des lois morales. Face aux conflits de devoirs, il ressort avec évidence que la morale n’est pas un ensemble de lois sans exceptions. 

 

 

3.      Il y a une contradiction dans la morale kantienne : Kant soutient que les lois morales sont des « impératifs catégoriques », c’est-à-dire des lois sans exceptions, qu’il faut appliquer dans tous les cas. D’autre part, Kant dit que la seule chose qui compte du point de vue moral, c’est la « bonne volonté ». Mais si c’est l’intention qui fait la valeur morale de l’acte, comment peut-il dire que les lois morales sont sans exception ? Par exemple, si je mens sans mauvaise intention, simplement parce que je veux sauver une personne condamnée injustement à la peine de mort (un juif, par exemple), mon acte est-il moins bon que celui d’une personne qui révèle le lieu où se cache l’accusé, mais par haine des juifs ? Si la conformité de l’acte à la règle morale est importante, pourquoi dire que seule la bonne volonté compte ? Il est clair que ces deux idées sont incompatibles… 

 

 

4.      Kant dit que la morale ne s’intéresse pas aux moyens d’être heureux. Il veut qu’elle soit désintéressée. Bien sûr, quand on agit, il vaut mieux être désintéressé. Mais on ne peut pas empêcher l’homme de rechercher son bonheur. Il faut donc que l’homme sache où trouver son bonheur. Alors, pourquoi la morale n’indiquerait-elle pas la voie du vrai bonheur ? Pour inciter quelqu’un à bien agir, il est d’abord nécessaire de lui montrer qu’il a intérêt à agir moralement. D’ailleurs, c’est ce qu’on fait dans l’éducation morale des enfants (par exemple, on les punit quand ils se sont battus). Au début, l’individu ne fait le bien que par intérêt. Ensuite, mais ensuite seulement, il devient capable de faire le bien de façon altruiste et désintéressée. Refuser un tel état de choses, c’est manquer de réalisme. De plus, comme nous venons de le dire, le fait de savoir que nous avons intérêt à agir moralement ne nous empêche pas d’accomplir des actions altruistes et désintéressées. Si je prouve à un homme altruiste qu’il a intérêt à agir comme il le fait (que c’est la voie la plus sûre pour accéder au bonheur), il ne va pas se transformer subitement en égoïste, même si par moments, en agissant, il se rappellera que ses sacrifices contribuent indirectement à son bonheur.

5.      Il existe une manière altruiste et morale de rechercher son bonheur : quand l’individu a compris où est le vrai Bien, il sait que son bonheur est lié à celui des autres, alors il cherche son bonheur dans celui des autres, ou pour mieux dire, il cherche le Bien (et trouve son plaisir) dans ce qui est vraiment bon.

 

 

6.      Toute recherche d’une fin est en même temps (en un sens) une recherche du bonheur. En effet, on ne peut atteindre son but, quel qu’il soit, sans y trouver une satisfaction. Dès lors, puisque toute action est accomplie en vue d’une fin, toute action est faite en vue du bonheur. Ainsi, l’action altruiste, telle que la conçoit Kant, n’existe pas ; ou bien si elle existe, elle n’a pas de sens, puisqu’elle ne vise aucune fin.

 

 

7.      Dire que la loi morale vient de la raison, c’est trop peu. Pour que l’obéissance à la loi morale ne soit pas aveugle, il faut savoir d’où vient cette « voix de la raison ». Autrement dit, il faut s’interroger sur le fondement des valeurs morales.      

 

 



[1] La morale chrétienne accorde une grande importance à la pureté de l’intention, mais aussi à l’acte lui-même et a ses conséquences plus ou moins éloignées. Cf. là-dessus le « Sermon sur la montagne » (Mt 5-7).

Par Héron mélomane - Publié dans : Philosophie morale et anthropologie
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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 08:37

Newman invente cette expression pour désigner une faculté intellectuelle : celle qui permet à tout être humain de s’orienter dans la vie pratique. Lorsque nous prenons une décision, lorsque nous acceptons ou rejetons une croyance, nous le faisons généralement sans appliquer des critères de rationalité consciemment et explicitemment. Si nos choix sont pourtant justes, c’est que nous faisons preuve de jugement, ou de ce qu’Aristote nommait la phronèsis (la prudence). Pour expliquer cette idée de Newman, comparons le sens illatif avec le sens esthétique : en matière de musique, le jugement d’un mélomane a plus de valeur que celui d’une personne qui s’intéresse peu à la musique. Pourtant, l’expert, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, n’est pas celui qui sait bien calculer pour arriver à la conclusion. Il porte un bon jugement sans avoir appliqué de critères explicites (de qualité musicale, par exemple). Mais comment arrive-t-il à la bonne conclusion ? Il y arrive grâce à une longue habitude de la musique et grâce à une certaine "prudence".

Le jugement esthétique suppose une activité de l’intelligence, mais sans critères explicites. Assurément, il peut être justifié, au moins en partie, mais la justification vient généralement après coup. Il en est de même pour les croyances qui déterminent nos choix de vie. Elles sont le résultat d’une rationalité implicite, diffuse.

Newman défend ainsi la liberté de conscience et la "foi des simples" : le meilleur guide n’est pas tel ou tel critère de rationalité. Face à l’imperfection des preuves disponibles aussi bien en faveur de la religion qu’en faveur  de l’athéisme, les critères de rationalité doivent être affinés, assouplis, rectifiés. Finalement, ils deviennent si complexes et si peu maniables que l’honnêteté intellectuelle reste le meilleur guide en matière de croyances. Personne n’est tenu de pouvoir justifier sur le champ toutes ses croyances. Une telle exigence est disproportionnée et manifeste un manque total de réalisme. Chacun doit rester libre de suivre sa conscience, même s’il manque d’arguments pour se justifier. Autrement, la rationalité est un idéal inaccessible : au mieux, elle appartient à une petite élite de savant (et encore...).

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 09:33

Valeur apologétique de cette étude. Loi naturelle et morale révélée

 

En comparant le contenu de la morale chrétienne avec celui des autres morales, qu’elles soient d’origine religieuse ou philosophique, on prend conscience de sa valeur exceptionnelle. Jésus est mort à  trente-trois ans. Sa vie publique a duré trois ans. Il n’a pas étudié les religions, ni les systèmes philosophiques. D’ailleurs, même s’il les avaient étudiés, le fait que son enseignement ait permis au genre humain de faire un tel bond en avant dans le sens du progrès moral resterait un fait unique dans l’histoire, et difficilement explicable par des causes purement humaines. Les quelques pages du Sermon sur la montagne (Mt 5-8) montrent de façon particulièrement frappante la nouveauté et la profondeur inédite de cet enseignement. Il est possible de montrer que cet enseignement moral n’a jamais été dépassé ni même égalé, ce qui est proprement extraordinaire, car normalement, dans tous les domaines où l’intelligence humaine s’exerce, il est toujours possible de faire quelques progrès. Deux mille ans après le Christ, on voit encore des philosophes, parfois très savants, inventer des morales plus ou moins contradictoires et souvent très réductrices, qui ne supportent pas la comparaison avec la morale chrétienne et qui sont bien vite oubliées ou reléguées au musée des antiquités philosophiques.

Mais ce n’est pas tout : Jésus n’a aucun précurseur. Bien sûr, il s’inscrit jusqu’à un certain point dans la continuité des prophètes d’Israël. Mais ceux-ci sont trop éloignés encore de son enseignement pour être considérés comme de véritables précurseurs. Il y a un gouffre entre eux et Jésus. Il y en a un aussi entre Platon et Jésus, ou bien entre Aristote et Jésus. Nous reviendrons là-dessus un peu plus loin.

L’argument que nous présentons ici s’appuie sur une étude comparée des différentes morales. Il suppose donc qu’un être humain soit naturellement capable, à l’aide de sa raison ou de son intelligence, de voir la supériorité de la morale de Jésus. Autrement dit, il suppose que les vérités morales du christianisme puissent être atteintes, d’une certaine manière, par la lumière de la raison naturelle.

D’un point de vue chrétien, cette idée pose un problème : pourquoi Dieu a-t-il révélé aux hommes la vraie morale, s’ils étaient capables de la trouver tous seuls, par leurs propres efforts ? En fait, c’est grâce à la Révélation que la raison humaine est devenue capable de montrer, à l’aide d’arguments, que la charité, à la fois, dépasse toutes les normes morales et les justifie toutes. La raison de l’homme ne fonctionne pas aussi bien avant et après la Révélation, car celle-ci lui indique dans quel sens il faut chercher, en lui montrant les vérités à approfondir. (Tout chercheur sait combien il est important, pour un travail de recherche, de partir dans la bonne direction). A cet égard, l’évolution de la morale ressemble à celle de la métaphysique : avant le christianisme, les philosophes grecs étaient sur la bonne voie, mais aucun ne la suivit jusqu’au bout. Certains comprirent qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, mais aucun ne parvint à l’idée qu’il avait tout créé, et aucun ne comprit qu’il était l’Etre par soi. Ce sont donc les philosophes chrétiens, éclairés par la Révélation, qui unifièrent en une synthèse cohérente les intuitions des philosophes antiques. Après coup, cette métaphysique paraît s’accorder avec la raison naturelle, et c’est le cas. Il n’est est pas moins vrai qu’elle fut atteinte à la lumière de la Révélation. 

Comme d’autres arguments de l’apologétique chrétienne, celui qui s’appuie sur l’étude comparée des morales est une inférence à la meilleure explication : il s’appuie sur des faits constatables et qui ne peuvent être expliqués que de deux manières, soit en affirmant l’origine divine du christianisme, soit en supposant un concours de circonstances tout à fait improbable.

Newman raisonne souvent de cette façon, comme on le voit dans le passage suivant :

« Maintenant, considérant (…) que ce corps militant [l’Eglise] a dès le début rempli le monde, qu’il a eu de merveilleux succès, que ses succès ont été dans l’ensemble un extrême bienfait pour la race humaine, qu’il a communiqué une notion intelligente du Dieu Suprême à des millions d’êtres qui auraient vécu et seraient morts dans l’irréligion, qu’elle a élevé la tenue de la moralité partout où elle est parvenue, qu’elle a aboli de grandes anomalies et misères sociales, élevé la femme a sa propre dignité, protégé les classes les plus pauvres, détruit l’esclavage, encouragé la littérature et la philosophie (…). Considérant que tout ceci commence à la saison fixée, attendue, je sens que j’ai le droit de dire que c’est là une coïncidence remarquable ». (Cardinal J-H. Newman, Grammaire de l’Assentiment, 1870).

 

 

 

Le fondement naturel de la morale

 

 

 

 

Aristote avait bien vu que la morale se fondait sur la nature humaine. Pourquoi ? Ce qui est bon pour nous, c’est ce qui nous convient en raison de notre nature. Ce qui est bon pour l’homme diffère de ce qui est bon pour un autre animal. Par exemple, l’homme ne se nourrit pas comme les ruminants, en broutant pendant la moitié de la journée. Il a d’autres besoins que le cheval. Nous connaissons les besoins naturels de l’homme, non par une sorte de déduction abstraite, mais par expérience. Nous savons, par exemple, que la consommation de drogue ne procure pas le bonheur, mais tout au plus une euphorie passagère. Inversement, nous savons par expérience qu’un être humain a besoin d’apprendre à parler, de développer son intelligence, d’avoir des amis, de rendre service, d’aimer et d’être aimé.

S’il n’était pas possible de savoir tout cela, il serait difficile de porter un jugement sur la vérité ou la fausseté de telle ou telle morale. Or nous pouvons savoir, à l’aide de la raison et de l’expérience, que certaines morales sont inférieures à d’autres et que toutes les cultures ne se valent pas. Sans cela, il ne serait même pas possible d’affirmer que l’esclavage et la polygamie sont des coutumes inacceptables.

Nous pouvons donc dire qu’il y a des normes morales objectives. Il convient d’insister sur ce point. Nos contemporains ne sont que trop enclins au relativisme moral. Or si les valeurs morales sont relatives, comment croire sans contradiction à l’existence de droits de l’homme ou de règles juridiques et morales valables en tout lieu ?

Il est clair, également, qu’il ne suffit pas d’obtenir ce qu’on désire pour être heureux. Pour rendre un enfant heureux, il faut souvent l’empêcher de faire ce qu’il désire. La différence entre les vrais et les faux moyens du bonheur est donc une différence objective, connue à la fois grâce à la raison et à l’expérience. Par exemple, il est évident que la consommation d’alcool n’a jamais permis à un homme d’atteindre le bonheur. Cette vérité relève de ce que l’Eglise appelle la « loi naturelle ».

Bref, l’être humain est bel et bien capable, grâce à ses facultés de connaissance, de savoir quels sont ses devoirs et les moyens d’atteindre un bonheur véritable. C’est aussi cette faculté qui lui permet de voir que l’enseignement moral de Jésus est vrai, juste, et supérieur à tout ce que l’homme a pu dire par lui-même.

 

 

 

Contenu de la morale chrétienne et des autres morales

 

 

 

 

  • La charité : Blaise pascal, dans ses Pensées, déclare que la morale chrétienne est la seule qui ait enseigné la charité (amour de Dieu et des hommes). Or cette vertu est la plus haute. Elle dépasse toutes les autres normes, et en même temps, elle les fonde. On ne peut pas aimer les autres sans être à la fois juste, sincère, humble, honnête, patient, etc. Au contraire, il est possible d’être sincère et juste sans aimer son prochain[1]. La charité est donc supérieure à toutes les autres vertus. Comme le dit Jésus, elle est le meilleur résumé de nos devoirs. De plus, cette vertu est rationnelle, car si tous les hommes ont la même dignité et si Dieu est supérieur en bonté et en perfection à toutes ses créatures, il est juste, pour n’importe quel être humain, d’aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme lui-même. La charité est donc conforme à la raison métaphysique Elle est aussi conforme à l’expérience, car nous savons par expérience que le bonheur, sans elle,  est impossible à la fois aux individus et aux communautés humaines.
  • La miséricorde et la compassion : la morale bouddhiste est centrée sur la pitié ou compassion, mais la compassion chrétienne est d’une autre nature.  Si le sage bouddhiste est plein de compassion pour les hommes, c’est parce qu’ils ne sont rien, parce qu’ils sont insignifiants. Le but du sage bouddhiste n’est pas la vie éternelle, mais l’Extinction (Nirvana), car il croit que toute existence, même celle des dieux, est d’abord marquée par la douleur. De plus, le bouddhisme est un docétisme (du grec dokeïn : « sembler, paraître ») : il professe que ce monde changeant n’est qu’illusions, apparences. A la limite, dit Henri de Lubac, la compassion bouddhiste ne semble pas relever de l’amour du prochain dans son individualité propre, mais d’une lutte abstraite contre la douleur en général. Le cardinal de Lubac, fin connaisseur du bouddhisme, insiste sur l’absence de réalisme qui caractérise la bouddhisme : d’abord, il nie l’existence du monde que nous percevons, néglige le fait que toute existence est bonne en tant que telle, ensuite, les récits de la tradition bouddhiste sont très oniriques et on ne sait même pas si Bouddha a réellement existé. La charité chrétienne, à l’inverse de la compassion bouddhique, est ancrée dans la réalité, et fut enseignée par un homme dont l’existence en un certain temps et en un certain lieu ne fait l’objet d’aucun doute. De plus, si elle prône la compassion, ce n’est pas parce que les hommes ne sont rien, mais parce qu’ils sont quelque chose, à savoir des personnes, êtres libres et doués de raison[2]. Il est juste d’admirer les vertus des sages bouddhistes, mais ça n’empêche pas de préférer une morale plus réaliste, liée à une métaphysique solide et à des textes historiques. La morale du bouddhisme est incompatible avec la métaphysique : pourquoi se soucier de ce qui n’est que néant ? Pourquoi rechercher le néant ? C’est l’être qui mérite d’être aimé. Le non-être est contraire à la perfection.

  • Le pardon et la non-violence : cette valeur existe déjà dans le judaïsme, mais elle ne devient centrale que dans le christianisme. De plus, Jésus prône le pardon illimité (pardonner jusqu’à « soixante-dix fois sept fois », autrement dit, indéfiniment). Une des conséquences de cet enseignement est la non-violence : Jésus exhorte ses disciples à supporter patiemment souffrances et injures, et à ne pas rendre le mal pour le mal. Mais ce n’est pas tout, car il montre aussi pourquoi le pardon, au lieu de s’opposer à la justice, en est finalement indissociable. Il est juste de pardonner aux hommes leurs offenses quand on espère soi-même être pardonné, sinon par les hommes, du moins par Dieu. (cf. aussi "ne jugez pas, et vous ne serez point jugés").
  • L’humilité : D’après Pascal, seul le christianisme indique la norme suprême (la charité), et lui seul apprend aux hommes où est la source du mal moral. Cette source desséchante, c’est l’orgueil. Le péché d’Adam, d’après la tradition chrétienne, est un péché d’orgueil, car si dans le fameux récit du livre de la Genèse, Adam désobéit à Dieu en mangeant la pomme, c’est pour devenir semblable à un dieu, ce qui est impossible autrement qu’en se soumettant humblement à la volonté du Créateur. Et tous les grands auteurs de la spiritualité chrétienne considèrent de même l’orgueil comme la source du péché. Or l’humilité est étrangère à la plupart des autres morales. Les Grecs anciens ne la connaissent pas. Au contraire, l’Islam, religion de la soumission aux préceptes divins rapportés dans la Coran, semble accorder une grande importance à l’humilité. Pourtant, l’humilité ne consiste pas seulement dans une obéissance extérieure ; elle ne consiste pas seulement à faire certaines choses prescrites. Elle est d’abord une attitude intérieure. La morale de l’Islam n’est pas assez intérieure, me semble-t-il, pour éviter de confondre l’humilité avec l’obéissance. Par conséquent, elle ne connaît pas vraiment l’humilité, et quand bien même elle la connaîtrait, elle en sous-estimerait l’importance.

 

  • La justice : La morale chrétienne n’est évidemment pas la seule à affirmer l’importance de la justice. Cette norme est une des plus répandues à travers les différentes morales. On la trouve par exemple, chez les Juifs, les Grecs et les Romains. Mais seul le christianisme a enseigné la vraie justice, car lui seul affirme énergiquement l’égalité de tous les hommes : « Il n’y a plus ni hommes, ni femmes, ni Juifs, ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, car tous ne sont qu’un dans le Christ Jésus ». Cette idée était si nouvelle qu’il a fallu près de vingt siècles pour qu’elle soit vraiment mise en pratique en Europe. La pensée des Lumière n’est elle-même égalitaire que sus l’influence du christianisme. L’égalitarisme d’un Kant ou d’un Voltaire est d’ailleurs limité (ils méprisent les noirs) et il n’a rien d’original au XVIIIème siècle. Elles étaient dans l’air du temps, ces idées qu’on leur attribue comme s’ils en étaient les premiers inventeurs.

  • Une conception positive de l’ascèse : le but de l’ascèse chrétienne n’est pas seulement l’impassibilité ou l’absence de trouble (ataraxie) voire l’Extinction (Nirvana). L’ascèse chrétienne ne consiste pas seulement à fuir le mal (douleur ou inquiétude) ; elle est un entraînement pour atteindre un Bien supérieur. En cela, le christianisme diffère à la fois de l’hellénisme et du bouddhisme. Inversement, la plupart des français, aujourd’hui, ne semblent pas comprendre le rôle de l’ascèse ou de la tempérance. On réduit souvent la morale à la morale sociale (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, etc.), en laissant de côté la morale personnelle (éviter les excès dans les plaisirs sensibles et dans la possession de biens matériels). Or ces deux parties de la morale sont indissociables : c’est en devenant dépendant de plaisirs, ou même de petites habitudes bien ancrées, que l’on devient odieux, nuisible, voire dangereux, comme les alcooliques au volant. Les cambrioleurs ont d’abord été des hommes dépensiers ou trop attachés à l’argent. A une toute autre échelle, le rapport entre la maîtrise de soi et le respect d’autrui est encore perceptible. Par exemple, si on se rend odieux en critiquant la nourriture, c’est qu’on est trop attaché aux plaisirs gastronomiques.
  • Tout être est bon en tant que tel. Donc le corps et la matière doivent être respectés : le degré de bonté d’un être est proportionné à son degré d’être ou de perfection. De plus, Tout ce qui est a été créé par Dieu, être souverainement bon. C’est aussi pour cette raison que l’ascèse chrétienne est positive : elle n’implique aucun mépris du corps. St Paul la compare à l’entraînement des athlètes : quand ils s’imposent un régime ou un entraînement rigoureux, ce n’est pas par mépris de leur corps, mais pour courir vite et gagner la couronne.
  • Les passions ne sont pas toujours mauvaises : contrairement aux morales des grecs, la morale chrétienne ne méprise pas les passions. Son but n’est ni l’absence de sensation (cf. bouddhisme) ni même l’impassibilité, car elle prône la compassion : « pleurez avec ceux qui pleurent, dit St Paul, réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ». Il y donc de bonnes et de mauvaises passions.

 

  • L’intention compte, mais l’acte aussi : Contrairement à presque toutes les morales traditionnelles, la morale chrétienne accorde une grande importance à l’intention. Dans le Sermon sur la montagne (Mt 5-7), Jésus dit qu’il faut prier, jeûner et donner des aumônes mais sans chercher à être admiré par les hommes. La morale ne demande pas seulement d’exécuter certaines actions ; elle demande en plus que celles-ci soient faite avec une intention pure. Kant, sous l’influence du christianisme, ira jusqu’à dire que du point de vue moral, seule l’intention compte (ou la "bonne volonté"). Mais cette idée est excessive, car il est toujours bon, par exemple, de rendre un service, même avec une intention qui n’est pas tout à fait pure. L’acte en lui-même n’est pas neutre. Ajoutons que les conséquences de l’acte importent également. Par exemple, s’il est nécessaire de mentir pour sauver la vie d’une personne, alors, même si le mensonge n’est jamais bon en lui-même, il vaut mieux mentir que de la condamner à une mort certaine.

     

  • La morale n'est pas un ensemble de règles ou de préceptes : Dans le judaïsme traditionnel et dans la plupart des religions, la morale se présente comme un ensemble de règles à mettre en pratique. Jésus, quant à lui, déclare fermement que l’amour contient « toute la loi et les prophètes ». Le christianisme professe qu’il y a une norme supérieure à toutes les autres : la charité. Cette norme n’est pas une règle, mais plutôt une vertu ou une valeur. Sans l’existence d’une telle norme suprême, les conflits de devoirs sont insolubles. Par exemple, devant une situation où il est nécessaire de mentir ou de laisser mourir un innocent, la morale kantienne choisit la deuxième solution, pour éviter le mensonge ! Bien entendu, un chrétien choisirait ici de mentir sans mauvaise intention, puisque que la charité préfère que la personne menacée soit sauvée. Il faut donc qu’il y ait une norme unique au-dessus de tous les préceptes. Or seule la morale chrétienne enseigne à la fois qu’il y a un telle norme et que cette norme est la charité.

     

  • La moralité n’implique pas d’imposer un ordre social particulier : Dans presque toutes les religions avant le christianisme (à l’exception du bouddhisme ?), la morale implique l’existence d’un ordre social bien défini, de loi et de coutumes déterminées. C’est notamment pour cette raison qu’elles ne peuvent pas se diffuser aussi largement que le christianisme. Ces religions s’accordent difficilement avec la diversité culturelle, parce que leur morale consiste en un ensemble de lois et de pratiques extérieures. Du coup, elles s’accordent mal aussi avec la tolérance, la liberté individuelle, et la laïcité. La morale chrétienne exclut toutefois certaines lois comme injustes, mais ses rapports avec le droit sont beaucoup moins stricts que dans les autres religions, y compris des religions plus tardives telles que l’Islam.

     

  • Le personnalisme chrétien et le respect de la liberté de l’individu : C’est un fait bien connu que la laïcité est une idée d’origine chrétienne, bien qu’elle ait mis si longtemps à s’imposer en Europe. Les Pères de l’Eglise condamnaient l’usage de la force dans le domaine des croyances : il faut convertir par la persuasion. Le Dieu du christianisme est un « Dieu caché » ; il se fait discret pour éviter que les hommes soient contraints de croire et d’obéir. Dieu attend patiemment que l’homme réponde à son amour, précisément parce qu’il veut que cette réponse soit libre. Ce qui importe, d’un point de vue chrétien, ce n’est pas seulement le bon fonctionnement de la société, mais aussi la liberté de l’individu et son salut. On sait que la notion de personne est d’origine chrétienne. Une personne, grosso modo, est un être doué de raison et de libre arbitre. L’homme, parce qu’il a cette capacité de connaître le Bien et de l’aimer librement, est à l’image de Dieu et possède une valeur infinie. Cette idée est proprement chrétienne. On ne la trouve ni chez les Grecs, ni dans l’Islam, ni dans le bouddhisme, ni dans le judaïsme.

     

  • Le but de la morale est le bonheur, et pourtant son but est en même temps de lutter contre l’égoïsme : L’amour véritable est intéressé au sens où il vise un Bien (qui procure nécessairement le bonheur), mais il est en même temps désintéressé car celui qui aime vise ce Bien sans chercher à se l’approprier ou à l’atteindre avant les autres. La morale chrétienne, contrairement à celle de Kant, parvient à tenir ensemble ces deux idées. Le christianisme évite ainsi deux excès : le quiétisme (qui néglige la recherche du bonheur), et l’utilitarisme ou ce qui y ressemble.
  • La fin ultime est le bonheur, et en même temps, c’est Dieu : car Dieu est parfaitement bon et c’est l’union à Dieu qui procure un bonheur parfait (lié à l’amitié entre Dieu et l’homme et à la contemplation béatifique de la vérité en Dieu).

     

 

Restons-en à ces quelques idées et revenons sur la structure de notre argument. Que l’on considère une à une les différentes morales, en se limitant aux plus remarquables. On verra alors qu’excepté la morale chrétienne, aucune n’a enseigné toutes ces vérités à la fois. Bien plus, on verra même que les autres morales ont manqué la plupart de ces vérités. Même Kant, pourtant élevé dans le christianisme 1700 ans après, en a manqué la moitié. Comment se fait-il qu’un jeune homme, tout seul et sans connaissances philosophiques (contrairement à Kant), ait découvert une morale à ce point supérieure à toutes les autres ? On peut tenter d’expliquer ce fait par un concours de circonstances. Mais comme le dit Newman, une telle explication reste fort improbable, et si l’on considère aussi le fait que l’enseignement de Jésus s’inscrit parfaitement dans le prolongement des Ecritures juives, qu’il réalise les prophéties (notamment en enseignant une morale nouvelle « inscrite dans les cœurs » et non sur des tables de pierre), et qu’il les réalise au moment prédit, l’explication la meilleure consiste plutôt à dire qu’il est bien le Messie annoncé.

 

 

 

Fécondité de la morale chrétienne

 

Nous oublions souvent ce que notre civilisation doit à l’enseignement moral de Jésus et à ses répercussions à plus ou moins long terme, sans doute, précisément, parce que nous vivons dans une civilisation profondément marquée par le christianisme. La diffusion de la morale chrétienne a permis :

  • La suppression de l’esclavage en Europe (et du servage au XIIIe siècle) puis dans les colonies, puis dans d’autres parties du monde.
  • L’abandon de la polygamie et l’amélioration de la condition des femmes (comparer la condition des femmes en Europe et en Inde, en Chine, au Japon, en Afrique, en Océanie et dans les sociétés primitives où elles sont souvent traitées comme des esclaves ou comme des êtres inférieurs). Cf. le rôle des femmes dans les Evangiles et l’attitude de Jésus à leur égard. Cf. aussi St Paul : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni homme, ni femme, ni homme libre ni esclave, car tous ne sont qu’un dans le Christ Jésus ».
  • Le progrès des libertés individuelles : liberté de penser, liberté de religion, liberté de choisir son conjoint, liberté politique et développement de la démocratie[3].
  • Le progrès du droit (auquel l’inquisition elle-même a contribué, paradoxalement)
  • Le progrès social, grâce au développement des œuvres de charité, des hospices, des écoles pour l’instruction et l’alphabétisation des enfants de tous milieux, grâce à l’évolution des lois sociales, etc. cf. Mt 25, la parabole du bon Samaritain, et les guérisons accomplies par Jésus et par ses disciples.
  • La diffusion d’une attitude universaliste qui exclut tout racisme et toute xénophobie.
  • La suppression de la peine de mort et la lutte contre la torture.
  • La lutte contre le totalitarisme au XXe siècle. (Cf. la résistance, cf. aussi Jean-Paul II et Solidarnosk, etc.)
  • L’encouragement au pardon dans la diplomatie et dans les relations entre les différentes religions (cf. Jean-Paul II)

 

 

 

 

 

               

 

 

 

 

 

 



[1] Du moins, si l’on s‘en tient à une conception habituelle de la justice. 

[2] Cf. Henri de Lubac, Aspects du bouddhisme.

 

 

[3] Il est vrai que l’Eglise officielle est restée longtemps méfiante à l’égard de la démocratie. Il n’en reste pas moins que le développement de la démocratie est liée à un changement des mentalités qui est lui-même la conséquence à long terme de la vision chrétienne de l’homme. Alexis de Tocqueville a très bien compris cela, comme on peut le voir dans son œuvre majeure : De la Démocratie en Amérique (1835-1840).

Par Héron mélomane - Publié dans : Philosophie morale et anthropologie
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Mardi 27 février 2007 2 27 /02 /2007 08:56

La mort de Jésus sur la croix, et le fait qu’il ait subi cette mort volontairement, est ce qu’il y a de plus choquant dans la religion chrétienne : « scandale pour les Juifs, et folie pour les païens », elle l’est aussi pour les musulmans, et on sait que les premiers chrétiens en avaient souvent honte, parce que le supplice de la croix étaient le plus infâmant chez les Romains. Pourtant, cet acte de Jésus est le plus riche de signification. Tout semble converger dans le sacrifice de la croix. En mourant sur la croix, Jésus

1.      réalise de nombreuses prophéties (par ex, Is 53). Voir la rubrique "prophéties" où on peut en lire quelques unes.

2.      il prolonge plusieurs préfigurations. Par exemple, Joseph, vendu par ses frères (notamment Juda), sort de la citerne (ce qui préfigure sa résurrection). Ensuite, il les sauve tous. Avant cela, il est dans une prison entre deux hommes. A l’un, il promet le salut (la liberté). A l’autre, qui se moque de lui, il ne la promet pas (préfiguration des deux larrons). Jonas est à bord d’un bateau, pendant une tempête. L’équipage le choisit comme bouc émissaire et veut le sacrifier en le jetant à l’eau pour faire cesser la tempête. Jonas accepte d’être tué pour sauver les autres, ce qui préfigure la passion du Christ. Il est avalé par une baleine, puis il sort de son ventre, ce qui préfigure la résurrection. La mort de certains prophètes comme Jérémie ou Zacharie, préfigure la mort du prophète par excellence, Jésus Christ. La mort d’Abel le juste, tué par son frère Caïn, préfigure aussi celle du juste par excellence.

3.      La croix existait chez les Juifs (notamment sur les tombes) et représentait la protection de Dieu (cf. aussi avant le passage de la mer rouge, quand les Hébreux doivent dessiner une croix sur leurs maisons pour être protégé du fléau envoyé contre les Egyptiens).

4.      Cette mort sur la croix abolit et accomplit tous les sacrifices des religions plus anciennes. Ceux-ci étaient toujours des sacrifices de substitution, consistant à tuer un animal ou un être humain au lieu de se sacrifier soi-même d’une manière ou d’une autre. Les sacrifices anciens sont donc des préfigurations de ce sacrifice parfait, qui est le dernier. Ce sacrifice signifie aussi que l’homme ne peut pas se sauver ou se racheter par ses propres forces. Seul Dieu peut le sauver en lui pardonnant. La mort de Jésus sur la croix (et sa résurrection) est l’aboutissement de toute l’histoire religieuse de l’humanité.

5.      En mourant ainsi, Jésus donne un parfait exemple de la non-violence, du pardon, surtout quand il dit « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »

6.      Il donne aussi le plus parfait exemple de l’amour. Il fait ce qu’il a enseigné en disant : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Il donne aussi un parfait exemple de la foi et de l’espérance (confiance en la bonté du Père, et assurance qu’il peut redonner vie).

7.      Il manifeste l’amour de Dieu pour l’homme.

8.      Il montre que la mort peut être vaincue et que Dieu veut donner aux hommes la vie éternelle.

9.      Enfin, il donne un sens à la souffrance. Désormais, si un homme souffre, il peut offrir cette souffrance pour les autres, ce qui lui donne un sens et une valeur (ce qui ne veut pas dire que la souffrance soit bonne en elle-même, bien sûr).

 

Le fait qu’un acte apparemment absurde ait autant de signification et qu’il prolonge autant de prophéties et de préfigurations est tout simplement extraordinaire.

 

Pour lire des prophéties annonçant la mort de Jésus, rendez-vous à la rubrique "Bible et prophéties" sur ce site. Nous n'y avons pas mis le psaume 22, car elle porte avant tout sur les livres prophétiques. D’après les évangélistes, Jésus, au moment de sa mort, a cité le début du psaume 22, comme pour exprimer sa souffrance tout en indiquant que ce psaume était une prophétie de sa mort. Le début du psaume est un cri de détresse (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »). La suite préfigure certains détails de la passion relatés par St Jean et correspond au genre de supplice infligé à Jésus, à savoir la crucifixion (« une bande de vauriens m’entourent, comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds »). La fin du texte est une louange affirmant joyeusement que Dieu aime les pauvres, qu’ils « mangeront et seront rassasiés », puis que les hommes de toutes les nations adoreront Yavhé.

 

Quelques préfigurations

Le pain de l'eucharistie est préfiguré dans l'Ancien Testament par le pain que donne le grand prêtre Melchisédek en offrande à Yahvé, mais aussi par les pains du sacrifice qui sont dans l'arche d'alliance. Enfin, la manne préfigure l'eucharistie car elle nourrit le peuple de Dieu pendant sa traversée du désert. Le sacrifice du Chist est préfiguré par l'offrande de Melchisédek, par celle d'Isaac (qui accepte d'être sacrifié), par celui de l'agneau pascal, renouvelé chaque année par les Juifs, et par celui de Jonas, qui se laisse jeter par dessus bord pour calmer la tempête alors que les marins l'accusent injustement. La mort de Jésus est aussi préfigurée par celle d'Abel le juste, par celle de plusieurs prophètes, et par celle à laquelle Joseph et Jonas échappent de justesse.

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /2007 09:22

Les croyants de confession catholique sont tenus de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. "Réelle" signifie par exemple qu'il ne s'agit pas d'une présence symbolique, mais aussi que :

(1) La présence du Christ dans l'hostie consacrée ne dépend pas de l'attitude des célébrants ou des fidèles qui participent à la messe (même si aucun d'eux n'est dans une attitude de prière, le Christ est réellement présent).

Or d'après la tradition catholique, la présence réelle suppose la transsubstantiation, autrement dit ceci :

(2) L'hostie consacrée, en devenant le corps du Christ, cesse d'être un morceau de pain. Elle n'est plus un morceau de pain, même si elle en a l'apparence. 

Précisons qu'aucun catholique n'est tenu d'adhérer aux théories imaginées par les théologiens pour montrer la possibilité de la présence réelle. Souvent, les philosophes ne distinguent pas assez le dogme et les théories théologiques. En ce qui concerne la transsubstantiation, on a souvent recours à la théorie de St Thomas d'Aquin, mais elle ne fait pas partie du dogme. Voyons maintenant les principales objections contre ce dogme.

 

 

 

Objection : comment pourrait-ce être le corps du Christ, puisque ce n’est que du pain ?

Réponse : cette objection suppose d’accorder une priorité à la connaissance sensible sur la connaissance par témoignage. Soit notre critère d’identification du pain et du corps du Christ est purement sensible : nous appelons alors « pain » ce qui a tel goût, tel couleur, telle consistance. Soit notre critère d’identification est celui du témoignage d’une personne en qui nous avons confiance : Jésus lui-même nous a dit que ceci serait son corps dans le sacrement de l’eucharistie.

En dernière analyse, la dénotation d’un terme comme « pain » est fixée par ostension. Quand nous apprenons la signification de ce mot, nous percevons un objet, et nous nous fions à une personne qui désigne cet objet en employant le mot « pain » : c’est ainsi que nous savons que c’est du pain. La connaissance du sens des mots repose donc sur le témoignage d’autrui. Quand Jésus dit « ceci est mon corps », il nous apprend, par une définition ostensive, que dans des conditions particulières (celle de l’eucharistie après son sacrifice parfait sur la croix), ce que nous appelons autrement du pain devient son corps. 

 

Mais tout cela ressemble à une querelle de mot. Le pain ne reste-t-il pas le pain, avec sa couleur habituelle, sa consistance, etc. ? Non, il n’est plus le même. Il a acquis des propriétés absolument nouvelles : il transmet la Vie à ceux qui le reçoivent dans de bonnes dispositions de cœur et d’esprit. Le chrétien n’a plus besoin de sacrifier un agneau et d’en manger la viande. Il mange l’hostie et celle-ci, transformée miraculeusement par la puissance divine, le fortifie en vue des épreuves qui l’attendent. Les propriétés causales de l’hostie ont changé. Donc il n’est pas excessif de dire que sa substance a changé. Il y a eu transsubstantiation. 

 

 

 

On peut formuler l’objection autrement : vous croyez donc, nous dit-on, qu’en mangeant ce morceau de pain, vous mangez de la chair humaine (Jésus étant vrai Dieu et vrai homme par son incarnation) ?

 

Réponse : Le mot « chair », tel que nous l’entendons spontanément, désigne des propriétés sensibles particulières. Or le pain azyme, dans le sacrement de l’eucharistie, conserve ses propriétés sensibles. Ce n’est donc pas en ce sens-là qu’il devient le corps du Christ.

Que signifie cette expression : « corps du Christ » ? Le corps du Christ peut être défini comme la réalité matérielle (c’est-à-dire sensible) en laquelle le Christ se rend réellement présent. En ce sens, le pain azyme consacré peut être le corps du Christ, bien qu’il ne soit pas de la chair humaine. Le fidèle catholique, d’ailleurs, s’il est tenu de croire à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, n’est pas tenu, en revanche, de croire que le pain consacré soit réellement de la chair humaine. Au contraire.

 

 

 

En instituant le sacrement de l’eucharistie, le Christ a choisi un moyen très simple de fortifier les croyants grâce à un objet (le pain) qui remplace à la fois l’agneau pascal et le pain du sacrifice. Une fois de plus, ici, on peut admirer la continuité entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, et la manière dont la Nouvelle Alliance, tout en réalisant les prophéties, unifie de façon cohérente des éléments divers de l’ancienne religion.

 

 

 

Qu’est-ce qu’être présent ?

 

Pourquoi puis-je dire que je suis présent ici, et dans ce corps ?

Imaginons une hostie qui se met à bouger, en se tordant toute seule, puis en bondissant. Dirait-on alors que c’est du pain ? Non, en dépit de sa couleur et de sa consistance, on ne la verrait plus comme un morceau de pain, à cause de son comportement.

De même, l’hostie consacrée n’est plus du pain parce qu’en dépit de sa couleur, de sa masse et de sa consistance, elle « fait » certaines choses qu’aucun morceau de pain ne peut « faire ». Elle n’a pas les mêmes facultés ou les mêmes propriétés causales que le pain, car elle donne aux croyants une force qu’ils n’auraient pas autrement.

 

L’hostie est donc le corps du Christ, parce qu’elle est la matière sensible dans laquelle il est présent, c’est-à-dire à travers laquelle il agit. Pourquoi puis-je dire, quand je vois un ami, que le corps que je vois est bien son corps, ou qu’il est présent dans ce corps ? Parce que ce corps se comporte d’une certaine manière. Il accomplit certaines actions, certains gestes, et il manifeste des expressions bien particulières, que j’attribue à une même personne.

Imaginons que l’on m’ampute de la main ou de l’avant bras, et que ce membre, une fois coupé, soit conservé quelque part. Peut-on dire qu’il fait partie de mon corps ? Non, bien sûr. Un membre mort ne peut pas faire partie d’un corps vivant. Je suis présent dans mon corps tant que ce corps manifeste mon action et la permet. Je ne suis donc plus présent dans cette main inerte. Ainsi, ce qui définit la présence d’une personne dans une matière sensible, ou sa possession d’un corps, ce n’est pas la matière qui constitue ce corps (peau, sang, muscles, etc.) mais ce sont les relations causales existant entre cette personne et ce corps.

Il n’est donc pas contradictoire de croire que Jésus est réellement présent dans le pain consacré (ou ce qui en garde les apparences sensibles), devenant ainsi tout à la fois le grand prêtre et la victime parfaite, l’agneau pascal et le pain du sacrifice.

Ce fait n’est pas contradictoire, mais mystérieux. C’est un mystère sublime parce qu’il est le point d’aboutissement, non seulement du judaïsme, mais de toute l’histoire religieuse de l’humanité. Dans ce sacrement si paradoxal, de nombreux rites anciens trouvent leur unité, non seulement des rites, mais aussi des prophéties et des préfigurations. 

 

Nous voyons maintenant que la croyance à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie n’est pas contradictoire, en dépit de son caractère paradoxal. En fait, il est possible d’aller beaucoup plus loin en montrant quelle est la signification de cette présence réelle. Le sacrifice du Christ et l’institution de l’eucharistie, qui en découle, ont un sens très profond et sont le point d’aboutissement de nombreuses prophéties et préfigurations.

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /2007 10:25

John Henry Newman, théologien anglais du XIXè siècle, nous a laissé, au milieu de nombreux écrits théologiques, un grand livre de philosophie sur la foi et la raison : la Grammaire de l’assentiment (1870). Ce livre est l’aboutissement de plus de vingt ans de réflexion sur le rapport entre la foi et la raison. Tout en travaillant à la rédaction de ce livre, Newman correspondait avec un ami athée pour échanger des arguments sur ce délicat problème[1]. La démarche de Newman consiste à utiliser l’épistémologie pour savoir si les croyances religieuses sont compatibles avec les critères de la rationalité.

 

 

 Deux conceptions de la rationalité

 

 

Le cardinal Newman distingue deux conceptions de la rationalité. La rationalité à l’œuvre dans les démonstrations mathématiques peut être comparée à une tige métallique (quelque chose d’étroit et de ferme). Mais en réalité, la justification rationnelle ne prend pas souvent cette forme. Dans la plupart des cas, elle correspond plutôt à celle du câble, qui est aussi solide, mais dont la solidité vient de l’assemblage de plusieurs fils, fragiles quand ils sont séparés. Dans la plupart des situations de la vie, nous ne pouvons pas fonder nos choix sur des démonstrations de type mathématique, mais nous nous appuyons sur plusieurs indices qui convergent vers une même conclusion. Les preuves que nous possédons sont en général imparfaites, mais nous en possédons plusieurs. Le modèle cartésien des « chaînes de raisons » est donc inapplicable en réalité[2]. D’après Aristote, il est absurde de demander des preuves de type mathématique dans des matières où il est impossible d’en trouver. Newman se réclame volontiers d'Aritote. D’après Newman, il est non seulement déraisonnable, mais irrationnel d’exiger des preuves de type mathématique lorsqu’il s’agit de justifier ses choix de vie, ses valeurs morales, ou ses croyances religieuses. Newman propose une forme de réalisme épistémologique[3].

 

 

Les probabilités convergentes

 

 

La certitude du croyant ne repose donc pas sur une chaîne de déductions absolument rigoureuses du point de vue logique. Elle s’appuie sur un ensemble d’indices ou de preuves qui sont seulement probables[4], mais qui, en convergeant vers une même conclusion, confirment celle-ci au point de la rendre certaine aux yeux du croyant. La rationalité des croyances religieuses ne ressemble donc pas à celle des mathématiques, mais plutôt à celle d’autres sciences comme l’histoire : l’historien s’appuie sur un ensemble d’indices plus ou [5]moins imparfaits, dont certains consistent en témoignages. La fiabilité des témoignages est jugée en fonction des qualités des témoins : de leur sincérité, et parfois de leur compétence. L’historien, pas plus que le juge dans un procès, ne peut exiger le même degré d’évidence qu’un géomètre, car cette attitude le condamnerait à ne trouver aucun indice et à rester éternellement dans l’indécision. Il en est de même pour le croyant.

Les arguments évoqués par Newman sont traditionnels : la réalisation des prophéties, la nouveauté et l’universalité de l’enseignement du Christ, convaincant pour les hommes de toutes cultures, la diffusion très rapide du message évangélique pendant les premiers siècles, la vie des saints, les miracles, anciens ou récents, la solidité philosophique de la morale chrétienne et de la pensée chrétienne en général, les preuves philosophiques de l’existence de Dieu, etc.



[1] Voir J.H.Newman, Correspondance avec Froude

 

[2] Le philosophe américain Ch.S.Peirce, à la même époque, dit à peu près la même chose en usant d’une image très proche de celle de Newman. Cf. Peirce, Textes anticartésiens. Peirce ne traite pas, dans ce livre, de la croyance religieuse. Mais il est possible qu’il ait subi l’influence de Newman.

 

[3] “An iron rod represents mathematical or strict demonstration ; a cable represents moral demonstration, which is an assemblage of probabilities….A man who said “I cannot trust a cable, I must have an iron bar” would, in certain given cases, be irrational and unreasonable” (Letters and Diaries of John Henry Newman, vol. 21, p. 146, Clarendon press, 1973).

 

[4] On distingue habituellement deux espèces de probabilités (cf. Keynes, Russell, Swinburne, etc.) : les probabilités quantifiables (cf. statistiques, jeux de hasard, etc.) et les probabilités non quantifiables (enquête policière, enquête historique, etc.). Celles dont parle Newman sont évidemment du second type.

[5] En français, la  « prudence », mais cette traduction ne rend pas compte de toutes les connotations du mot grec. La phronèsis est la vertu intellectuelle qui guide la pratique, c’est l’intelligence pratique, la capacité de bien choisir lorsque la certitude manque.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 12:12

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas". Tout le monde a entendu cette fameuse citation de Pascal. L'ennui, c'est que très peu de gens connaissent sa véritable signification. Qu'est-ce que le coeur, chez Pascal ? Ce n'est pas le sentiment, ni l'affectivité. Pascal est-il en train dire que la foi relève du sentiment et non de la raison ? Non, non et non ! Absolument pas !

Pour Pascal, il y a bien des raisons de croire. Le but des Pensées (ou du livre qu'il avait l'intention d'écrire en écrivant ses pensées, notes de brouillon qui furent retrouvées après sa mort) est bien d'exposer les raisons de croire, pour aider les libres penseurs à accueillir la vérité révélée. D'après lui, l'argument le plus fort en faveur de la vérité du christianisme est celui des prophéties, auxquelles il consacre une bonne partie des Pensées.

Alors que veut dire la citation ? Pascal donne un sens très particulier au mot coeur. Le coeur est la faculté de connaître certaines vérités de façon intuitive. Par là, il se distingue de la raison, capacité de connaître la vérité de façon dicursive (c'est-à-dire à l'aide de raisonnements que l'on peut formuler verbalement). Pascal dit que tout raisonnement mathématique repose sur des axiomes, propositions évidentes et indémontrables. Ces vérités premières sont connues par le coeur (et non, bien entendu, au terme d'un raisonnement).

Le coeur joue aussi un rôle après la formulation des raisonnements : si on me présente une multitude d'arguments pour et contre la foi, après un examen rationnel plus ou moins détaillé, c'est finalement au coeur de discerner la vérité, car c'est toujours de façon plus ou moins intuitive que nous estimons la qualité des arguments proposés.

Le mot coeur, dans la Bible, désigne le centre de la personne : c'est le coeur qui décide ultimement de suivre ou de rejeter la vérité. Pascal a sans doute repris le sens biblique du mot, en y ajoutant ses considérations épistémologique sur le rapport entre la démonstration et la connaissance intuitive.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /2007 08:42

Traditionnellement, surtout depuis Descartes et les "Lumières", on définit la rationalité de façon purement négative. Cette manière de voir aboutit à des incohérences : on applique aux croyances religieuses des critères qu'on est loin d'appliquer en histoire, dans les sciences humaines, voire dans les sciences de la nature (par exemple, les théories physiques ne sont pas démontrables à proprement parler). Au XVIIIème siècle, un philosophe écossais, Thomas Reid, a pris le contrepied de cette tendance en décrivant de façon positive et réaliste le fonctionnement de la connaissance humaine .

Descartes applique le principe suivant :

(PR) : Il ne faut rien croire sauf ce qui est démontré ou absolument évident. (il ne faut donc jamais se fier aux autres - ou même à ses propres facultés de connaissances, comme la vue - sauf si ce qu'ils disent est démontrable ou immédiatement évident).

Thomas Reid propose exactement l'inverse :

(PC) : Il faut croire que les choses sont comme elles semblent être, sauf s'il y a une apparence contraire et plus forte. Il faut donc se fier aux autres (ou à ses propres facultés de connaissance) sauf si on a une bonne raison de croire qu'ils ne sont pas fiables.

Reid note que si les enfants appliquaient le principe PR, ils "seraient absolument incrédules, et par conséquent, absolument incapables d'instruction". En effet, on ne peut rien apprendre si on applique ce principe. Quand un enfant apprend à parler, il ne peut apprendre le sens des mots qu'en se fiant aux personnes qui l'entourent. Par exemple, si on lui montre un chat en disant "Oh ! un chat !" il ne peut savoir que c'est un chat que s'il croie ce qu'on lui dit. Or, même à l'âge adulte, ce principe est valable. Par exemple, dans une enquête policière, on est souvent obligé de se fier à des témoins ; et on ne s'en méfie que si on a de bonnes raisons de le faire (s'ils ne sont pas sains d'esprit, s'ils sont intéressés, s'ils se contredisent, etc.).

Le principe de crédulité (PC) s'applique à toutes les facultés de connaissance. S'il vous semble "que vous voyez une orange ou que vous ouvrez une boîte de petits pois, alors probablement, vous voyez une orange ou vous ouvrez une boîte de petits pois. Bien plus, vous devez le croire, à moins que vous n'ayez une bonne raison de vous croire victime d'une illusion : pour cela, il faut qu'il y ait un conflit entre ce qui vous semble vrai et d'autres choses qui vous semblent également vraies. Par exemple, ce ne peut être une orange si vous pouvez passez la main au travers ; et s'il vous semble avoir passé la main au travers, c'est une raison de croire que vous êtes victime d'une illusion en croyant voir cette orange." (Richard Swinburne, The Evolution of the Soul, p.11)

Depuis vingt ou trente ans, l'oeuvre de Reid intéresse de plus en plus les philosophes anglosaxons, qui reprennent volontiers certaines de ses idées. 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /2007 20:48

Les apparitions de Fatima et toute la série d'événements mystérieux qui a suivi, pendant des dizaines d'années, jusqu'à la révélation du troisième secret par le pape Jean-Paul II, forment un tout parfaitement cohérent. Certains miracles, dans cette série d'événements, ont été vus et racontés par des témoins très sûrs, dont le pape Pie XII lui-même. Enfin, le miracle du 13 octobre 1917 a duré une dizaine de minutes et s'est produit devant une foule de 70000 personnes.  

Le sens des apparitions de Fatima est prophétique. Dans les messages de la Vierge aux trois enfants qui pouvaient la voir lors des apparitions, elle évoque le sort de la Russie, la fin de la guerre 14-18, et le risque d'une autre guerre mondiale. Le message de Fatima est donc lié, en partie, aux grands événements tragiques du XXè siècle. En même temps, ce message est un appel à la conversion (comme chez les prophètes de l'Ancien Testament). Pour en savoir plus sur le sens des événements de Fatima, vous pouvez cliquer sur le lien suivant :

www.jesusmarie.com/apparitions_fatima_1.html.

Ce qui nous intéresse plus particulièrement, ici, c'est la qualité des preuves disponibles pour confirmer la réalité de ces miracles. Le 13 octobre 1917, après la cinquième apparition, une foule d'environ 70000 personnes s'est rendue à Cova da Iria, à 3 km de Fatima, pour assister au miracle promis par la Vierge exactement trois mois plus tôt "pour que tout le monde croie". Tout d'abord, la Vierge apparaît aux enfants, se présente comme étant "Notre Dame du Rosaire" et renouvelle sa demande que l'on construise une chapelle en ce lieu. Elle invite les "justes" à faire pénitence et à prier pour la paix dans le monde et la conversion de la Russie, puis elle s'en va.

La foule voit alors le soleil tourner trois fois sur lui-même en lançant des faisceaux de lumières de différentes couleurs, d'un côté et de l'autre. Soudain, la foule crie, effrayée : le soleil semble se précipiter vers la Terre, mais il s'arrête. D'après les témoins, ceci a duré environ dix minutes et pendant tout ce temps, il était possible de contempler le soleil fixement sans être ébloui.

Peu de temps après, la guerre prend fin.

Pendant les années 1920-1930, Lucie, devenue religieuse, continue à avoir quelques apparitions. Le 26 janvier 1938, après avoir vu une "aurore boréale", elle annonce à son évêque, ses confesseurs et ses supérieurs que la guerre est imminente.

Mi-octobre 1943 : le pape demande à soeur Lucie d'écrire le contenu du troisième secret que lui a révélé la Vierge en août 1917. Ce message est rendu public en 2000. Il semble prédire l'attentat contre le pape Jean-Paul II. Auparavant, il a été lu par Jean XXIII (en 1960) et par Paul VI (en 1965) ; l'un et l'autre ont refusé de le rendre public.

En 1950, les 30 et 31 octobre,et le 1er novembre, puis le 11 novembre, à 16 heures, le pape Pie XII, dans les jardins du Vatican, voit le soleil "danser", d'une manière qui rappelle le fameux miracle du 13 octobre 1917.  

Imaginons un assassinat en pleine rue, devant mille témoins qui ne se connaissent pas, qui viennent de régions diverses et de milieux tout aussi variés. Ils ont largement le temps de voir l'assassin (plusieurs minutes). Ensuite, lorsque le criminel est inculpé, ils témoignent tous contre lui en racontant les mêmes faits de la même façon. Leurs récits sont cohérents entre eux alors qu'ils n'ont pas pu se concerter pour raconter la même "version' des faits. Ceci est normalement considéré comme une preuve largement suffisante. Ajoutons maintenant qu'aucun témoin n'est venu pour défendre l'accusé ou pour diriger les soupçons vers une autre personne. Dans un cas comme celui-ci, serait-il rationnel de croire que l'individu en question n'est pas vraiment le coupable ? Non, bien sûr. Alors pourquoi ne pas raisonner de la même façon pour les miracles de Fatima, notamment celui du 13 octobre 1917 ? Les témoignages sont nombreux, cohérents entre eux, de qualité, et provenant pourtant de personnes très diverses, de sources indépendantes. Le fait s'est reproduit plus tard, d'après le pape Pie XII lui-même, trois de suite, en 1950. Si tout cela était une supercherie, plusieurs papes y auraient participé... Enfin, si le miracle de 1917 ne s'était pas produit de façon claire, des témoins assez nombreux l'auraient dit. Il y aurait donc eu des contradicitons dans les témoignages.  

Pour plus de détails, lire le résumé des événements dans le QUID, ou bien cliquer sur le lien proposé un peu plus haut...

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Miracles et vies de saints
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Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /2007 09:24

 

 

 

 

On peut admettre la possibilité que le nombre des choses futures soit infini, car cette hypothèse est compatible avec le fait qu’à chaque instant, il y a un nombre fini de choses existantes. Elle est également compatible avec l’idée qu’à chaque instant, le nombre total de choses qui existent ou qui ont existé est fini.

Ce qui paraît inadmissible, en revanche, c’est l’idée qu’il puisse y avoir au même instant un nombre infini de choses ou d’êtres. Sur ce point, les philosophes semblent d'accord. Car il faut bien que le nombre des choses existantes soit tel ou tel, par exemple qu’il soit pair ou impair. Or l’infini n’est ni pair ni impair, ni quoi que ce soit. C’est un nombre complètement indéterminé. Or tout ce qui existe (tout ce qui est réel) est déterminé, à la fois dans ses propriétés et dans sa grandeur. Par exemple, un objet coloré ne peut pas être ni bleu, ni rouge, ni jaune, ni d'aucune couleur déterminée. De la même façon, une quantité de pain, ou de blé est toujours déterminée : elle a une certaine masse, etc. Il n'y a donc aucune propriété indéterminée dans la réalité, ni aucune quantité indéterminée. C'est seulement dans notre esprit (ou dans nos raisonnements) qu'il y a des quantités ou des concepts indéterminés : des variables, par exemple.  L’espace est un infini actuel, mais l’espace n’est pas une chose, pas plus que le temps. Ce n’est que le cadre abstrait, ou le système de positions et de coordonnées dans lequel nous situons mentalement les choses et les phénomènes. Toute collection d’êtres réels et simultanés est donc nécessairement finie, puisqu’elle est nécessairement déterminée.

Imaginons un terrain de golf infini. Sur ce terrain, il y a une infinité de trous, une infinité de balles, et une infinité de brins d’herbes. Si je creuse dix trous de plus, le nombre de trous n’a pas changé : il est toujours égal à l’infini. Pourtant, il faut bien que ce nombre soit réellement différent. On voit donc que l’idée d’un nombre infini de choses existant simultanément est contradictoire.

Or ceci vaut également pour le nombre de choses ayant existé. A n’importe quel point du temps, il est nécessaire que le nombre de choses ayant existé soit déterminé, et donc fini. Par conséquent, il est impossible qu’il y ait eu une infinité de causes sans cause première. Il y a donc eu une cause première.

Al-Ghazâlî dit que nombre de tours accomplis par la terre autour du soleil jusqu’à ce jour est sans doute immense, mais pas infini, sinon il ne serait ni pair, ni impair, mais indéterminé. Admettre l’existence d’une succession infinie de choses ou d’évènements dans le passé, c’est admettre que ce qui est indéterminé peut exister réellement. Autant croire qu’on peut rencontrer la chevaléité au hasard d’une promenade dans la campagne.

Lorsqu’on ajoute plusieurs choses à un ensemble de choses réelles, cet ensemble s’en trouve augmenté. Or on ne peut rien ajouter à l’infini (par exemple, l’infini plus dix égale l’infini). Imaginons un terrain de golf comprenant une infinité de trous. Si je creuse dix trous de plus, j’ai ajouté dix trous au terrain, et pourtant il n’y a pas plus de trous qu’avant, car l’infini plus dix égale l’infini. On voit donc que le concept d’infini est un pur instrument de l’esprit, qui ne correspond à aucun ensemble de choses dans la réalité. Si j’ajoute plusieurs choses à l’ensemble des êtres ayant existé, cet ensemble ne peut pas rester le même ; il est évident qu’il s’en trouve changé et augmenté. Il ne peut donc pas y avoir eu une infinité de choses. Il faut donc qu’il y ait eu, avant la succession des choses, un Premier Etre immuable et nécessaire, celui que tous les philosophes appellent « Dieu »[1].

Certains physiciens utilisent un autre argument pour montrer qu’il n’y a pas d’infini actuel et que la notion d’infini n'a pas de sens physique, mais seulement un sens mathématique. Ils déclarent que l’idée d’un univers infini rend probable n’importe quel évènement physique[2], y compris les plus improbables. Par exemple, il est extrêmement peu probable qu’un singe placé devant un ordinateur écrive par hasard la Critique de la raison pure en tapant sur les touches du clavier. Or si l’on suppose que la matière se combine depuis un temps infini, ou qu’il y a une infinité de mondes matériels dans l’univers, ce fait devient probable, et finalement, on doit admettre qu’il s’est déjà sans doute produit. Cette idée rejoint les arguments précédents : la succession des phénomènes physiques a eu un commencement. Or dans la causalité physique, tout changement est produit par un autre changement. Il faut donc croire que la cause première des phénomènes physiques est une cause surnaturelle. 

Pour connaître les débats entre scientifiques sur la notion d'infini, voir les sites suivants :

www.lacosmo.com/infini                                                                                     

villemin.gerard.free.fr

                                                                                               Héron mélomane



[1] Al-Ghazâlî utilise un argument proche de celui-ci pour réfuter la thèse de l’éternité du monde. Cf. L’incohérence des philosophes (existe en traduction anglaise : The Incoherence of the Philosophers, p.18, trad. Michael E. Marmura, Brigham Young University Press, Provo, Utah , 2000,).

[2] N’importe quel événement qui est physiquement possible, c’est-à-dire qui n’est pas contraire aux lois de la nature.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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