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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /Mai /2007 13:56

  Bradi-Barth-Vierge-au-pommier.JPG  

Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura 144000 élus, en prenant au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).

 

Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé sur un argument théologique, sur le sens indirect de l’Ecriture, sur la tradition, puis confirmé par des révélations privées. L’argument théologique a été formulé par Duns Scot. La forme de l’argument est la suivante :

-         (1) Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).

-         (2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.

-         (3) Dieu l’en a donc préservée.

 

Pour accomplir leurs missions, les prophètes et les saints reçoivent des grâces particulières. De même, pour que Marie accomplît sa mission de mère du Sauveur, il convenait qu’elle eût des grâces exceptionnelles. La plus grande grâce pouvant être accordée à un être humain excepté Jésus lui-même, c’est la préservation du péché originel (c’est-à-dire de la tendance au mal). Marie devait avoir une humilité parfaite pour être la mère du Sauveur. Elle devait aussi avoir une foi parfaite pour croire que son Fils était le Messie et le Fils de Dieu alors même qu’il subissait la torture et mourait crucifié comme le pire des criminels. Face à de tels événements, il lui fallait aussi une charité très grande, etc. On peut concevoir que les forces du mal se sont liguées contre Marie d'une façon toute spéciale parce qu'elle apportait au monde le Sauveur. Il convenait donc qu’elle fût préservée de toute tendance au mal. Duns Scot insiste également sur des raisons symboliques : en étant préservée du péché originel, Marie pouvait être le type de l’Eglise (autrement dit, elle pouvait représenter l’Eglise) ; elle pouvait être le type parfait du justifié, qui puise dans sa sainteté même la raison de son humilité. L’immaculée Conception est le type absolu de la grâce conférée  sans aucun mérite, avant toute œuvre. Ainsi, paradoxalement, l'idée que Marie a été préservée du péché est étroitement liée au principe de la Sola Gratia qui est à la source du protestantisme. Ce principe n'est pas une invention de Luther ou de ses successeurs, mais une idée classique dans la théologique catholique bien avant Luther (voir là-dessus Bouyer, Du protestantisme à l'Eglise).
Je m'arrête ici pour ce sujet, mais l’argument de convenance est fort complexe (ceci n’est qu’un aperçu).
Passons aux autres arguments.

 

Newman a montré que les chrétiens des premiers siècles avaient une très grande dévotion à la Sainte Vierge. Il le prouve en citant St Justin et St Irénée (IIe siècle), Tertullien, St Augustin, et beaucoup d'autres. Cet argument comptait aux yeux des anglicans de son époque, car l'opinion des premières générations de chrétiens étaient pour eux un critère d'orthodoxie. Mais il y a bien sûr d'autres chrétiens qui raisonnent autrement et ne tiennent pas compte des traditions, même les plus anciennes. Cette position est difficile à tenir. Par exemple, St Irénée a été formé par St Polycarpe, qui a été formé par St Jean l'évangéliste... Soit on tient compte de l'opinion des premiers pères de l'Eglise, soit on est réduit à supposer qu'il y a eu une vaste apostasie juste après la génération des apôtres, hypothèse hasardeuse et qui ne s'appuie sur aucune preuve historique.

Le témoignage de la tradition chrétienne milite massivement et de façon continue en faveur de la dévotion mariale, mais sur quels passages de l'Ecriture s'appuie cette tradition ?  
On sait que la Bible dit peu de choses sur Marie. Ce n'est pas étonnant puisqu'elle était en vie au moment où ont été rédigés les livres du Nouveau Testament. Le seul livre qui a sûrement été écrit après sa mort est l'Apocalypse. Or nous allons voir que l'auteur de l'Apocalypse n'hésite pas à l'exalter. Mais d'abord, notons que dans l'Evangile selon St Luc, lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel la salue en lui disant « Réjouis-toi, comblée de grâces ». Cette salutation confirme l’argument de convenance. On sait aussi que dès le IIe siècle, les chrétiens ont reconnu la mère du Sauveur dans la femme de l’Apocalypse (Ap. 12). Ils reconnaissaient que cette femme symbolisait l’Eglise, mais ils pensaient qu’elle représentait aussi Marie. Pourquoi ? Tout d'abord, la Bible utilise très peu d'allégories. Cette femme représente donc une personne avant de représenter l'Eglise. Or elle est sur le point d’accoucher, et met au monde « un enfant mâle, celui qui doit mener les nations avec un sceptre de fer » (allusion à Is. 66, qui désigne le Messie). Puisque cet enfant est une personne (Jésus), sa mère aussi doit être une personne : Marie. Ensuite, cette femme est menacée par un dragon, symbole de Satan, ce qui rappelle le passage de la Genèse où Eve est trompée par le serpent. Il y a un parallèle entre ces deux passages, dont l’un se trouve au début de la Bible tandis que l’autre est à la fin. Marie serait la nouvelle Eve, comme Jésus, d’après St Paul, est le nouvel Adam. Donc si Marie est assez discrète au début des Evangiles, ici, en revanche, elle est exaltée par l’auteur de l’Apocalypse.  Cette interprétation se trouve chez St Irénée et d'autres Pères représentant l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Ainsi, dès le deuxième siècle, elle semble admise partout, vu qu'il n'y a aucun témoignage contraire. Pour une argumentation plus complète, lire la Lettre à Pusey, de John-Henry Newman.
 

Chez les orthodoxes, l'Immaculée conception est restée un croyance plus ou moins facultative mais admise de fait, en continuité avec la Tradition. C’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise catholique a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt. 

 

Les protestants refusent généralement ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur le sens littéral de l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :

 

  1. quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent parfois.
  2. il n’y a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la raison.
  3. Il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue en un certains sens après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de la réflexion théologique.
  4. Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.
  5. Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.


En ce qui concerne les protestants, il faut savoir qu'une partie d'entre eux accorde une grande importance à la dévotion mariale. Entre les anglicans (de la "haute église") et les calvinistes, par exemple, les différences sont parfois très profondes.

Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :

http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731

Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :

www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")

Pour aller plus loin, lire par exemple : Louis Bouyer, le Trône de la Sagesse.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /Mai /2007 08:35

 

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Le dogme de la Trinité est tiré de nombreux passages de l’Ecriture sainte, qu’il faut accorder entre eux. Une interprétation rigoureuse de ces passages aboutit à un ensemble d’affirmations :

 

  • Il y a un seul Dieu, mais trois personnes qui sont de nature divine. Autrement dit, il y a trois personnes qui sont éternelles, incréées, parfaites, etc.
  • On ne dit pas qu’il y a trois dieux, mais un seul, parce qu’il y a une seule nature divine, et parce que Jésus a dit « celui qui m’a vu, a vu le Père », ou encore « le Père et moi, nous sommes un ». Il y a donc une seconde raison : l’action des trois personnes est commune, leur volonté est commune, etc. Ces trois personnes sont en parfait accord. Enfin, Jésus s’est attribué plusieurs fois le nom divin « Je Suis » (« Yahwé »).
  • Le Fils et l’Esprit sont engendrés du Père. Le Père est donc premier ontologiquement ou causalement. La thèse philosophique selon laquelle il n’existe qu’un seul Dieu, celui-ci étant défini comme la Cause première, ne s’oppose donc pas au dogme de la Trinité.
  • Excepté cette différence ontologique entre les trois personnes, elles sont égales en tout.

On pourrait croire qu'il y a une contradiction dans le dogme de la Trinité, car les trois propositions suivantes ne peuvent être affirmées en même temps : 

  • Un dieu est une personne.
  • Il y a un seul Dieu.
  • Il y a trois personnes que l’on peut appeler « Dieu ».

 

Conclusion : En fait, l’interprétation de l’Ecriture sainte nous conduit à renoncer à la première proposition, selon laquelle un dieu se définit comme une (seule) personne. Ainsi, dans la religion chrétienne, le mot « dieu » prend un sens nouveau. Je dis « dans la religion chrétienne », car la croyance à la Trinité est commune aux catholiques, aux protestants, et aux orthodoxes. Le dogme de la Trinité est cohérent. L'Ecriture ne nous oblige pas à croire quelque chose d'incohérent, mais à concevoir Dieu d'une façon radicalement nouvelle. C'est une vérité révélée au sens le plus fort. Les théologiens disent que dogme de la Trinité, une fois admis, permet de mieux comprendre beaucoup de questions théologiques et d'aspects de la vie morale et spirituelle. 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /Mai /2007 14:05

 

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Ce qui se dit du peuple juif peut aussi se dire de l’Eglise : comme lui, elle a une histoire extraordinaire et très tourmentée. Elle a toujours tenu malgré les persécutions et les efforts de nombreuses puissances pour la diviser ou pour la faire périr. 
Rappelons qu'il y avait deux royaumes chez les Juifs de l'Antiquité : celui de Jacob (Israël) et celui de Juda. D’après l’oracle de Jacob (dans la Genèse), le sceptre ne doit pas être enlevé à Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui sera "l’attente des nations", c'est-à-dire le Messie. De fait, le royaume de Juda a toujours eu la primauté sur celui d’Israël. Et en même temps, l’indépendance de Juda n’a vraiment existé qu’à la fin, pendant une courte période de quatre-vingts ans, de 142 à 63 avant J-C, entre la fin de la domination séleucide et le commencement de la domination romaine. Quand les juifs firent appel à Pompée en 66 av. J-C, ils déclarèrent, épuisés par la guerre civile, qu’ils ne voulaient plus avoir de roi. Ainsi se réalisait la prophétie, car Jésus Christ est venu juste après que le sceptre fût enlevé à Juda. Si l’on comprend la prophétie comme St Augustin dans La Cité de Dieu, elle s’est également réalisée. D’après lui, elle signifie qu’il y aura des rois en Juda avant la venue du Messie. Si cette lecture est juste, la prophétie s’est réalisée de façon très frappante, car les juifs n’ont vraiment eu de rois que pendant quatre-vingts ans, et tous n’étaient pas juifs. Ainsi, après la domination des Babyloniens, puis des Perses, des Grecs, et enfin des Séleucides, les Juifs ont eu juste assez de rois pour que la prophétie se réalise, et cela au moment prédit, c’est-à-dire juste avant la venue du Christ.

Après la mort de Jésus Christ (vers 30), les Juifs se sont entretués dans une guerre atroce. Vespasien, proclamé empereur par les légions à Alexandrie, envoya  son fils Titus en Judée, et l’armée romaine, en 70, rasa entièrement la ville, n’y laissant que trois tours et un mur. Le temple fut entièrement détruit et le sacrifice cessa définitivement. Cette destruction de la ville sainte fut un choc sans précédent depuis l’exil de 587 av. J-C. D’après les historiens, environ un tiers du peuple juif a du périr au cours de ces évènements tragiques. Depuis, le peuple juif a toujours été persécuté, sans jamais retrouver son territoire. Et malgré cela, il a toujours continué à exister en tant que peuple. Ceci est un fait unique. Quel autre peuple a tenu trois mille ans dans d’aussi mauvaises conditions ?

L’histoire de l'Eglise est tout aussi remarquable. D'abord, c'est la plus vieille institution existante. Elle a résisté aux persécutions des Romains, au gnosticisme, puis aux hérésies successives qui menacèrent son unité aux Vè et VIè siècles. Ensuite, elle a résisté aux déchirements internes liés au fait que plusieurs royaumes chrétiens voulaient s’approprier son autorité (rappelons qu'il y a même eu de faux papes, notamment en France). Puis elle a résisté à la Réforme, aux attaques des philosophes athées, à celles des sociétés secrètes. Au XIXème siècle, l'anticléricalisme féroce s'oppose à l'Eglise et à ses congrégations religieuses, qui sont interdites dans plusieurs pays. Au XXème siècle, l’Eglise a été l’ennemi n° 1 des puissances communistes et jamais il n’y avait eu tant de martyrs en un siècle.

Pascal et Newman estiment que ceci est un indice à prendre en considération. Le peuple juif et l'Eglise sont chargés par Dieu d'une Révélation à transmettre au monde entier. Le fait qu'ils résistent à toutes les attaques suggère, d'après eux, qu'ils sont protégés par Dieu à cause de cette mission.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /Mai /2007 14:42

foucauld.jpg La convergence des saints et la fiabilité de leur témoignage : la plus grande partie de la connaissance humaine repose sur le témoignage. Tout ce que nous apprenons en cours, dans les livres, nous l'apprenons en nous fiant à d'autres personnes. L'histoire, l'ethnologie et la géographie, ne pourraient pas exister si les hommes refusaient par principe le témoignage des autres. Comme le dit Tocqueville, "il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d'autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de choses qu'il n'en établit" (De la démocratie en Amérique, t. II, ch. II). La manière la plus directe et la plus naturelle de traiter la question du rapport entre foi et raison consiste donc à se demander à quelles conditions il est rationnel de se fier à quelqu'un. Malheureusement, la science ne répond pas aux questions les plus importantes de l'homme, et quand les scientifiques s'y intéressent quand même, ils ne sont pas d'accord entre eux et d'ailleurs, ils n'ont pas la prétention de faire autre chose que de la philosophie.

Quels sont donc les critères d'une foi rationnelle ? Pour savoir à qui se fier, il faut tenir compte de l’intelligence ou de la compétence des personnes, mais surtout de leur sincérité. Cependant, une erreur peut se glisser chez un auteur, même très intelligent et tout à fait sincère. Aristote s’est trompé, et les autres grands philosophes, même les meilleurs. Kant et Hegel méprisaient les noirs. Voltaire n'était pas opposé à l'esclavage. Et on pourrait multiplier les exemples...

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Soyons donc plus exigeants. Si une même idée est admise par des philosophes ou des personnes répondant aux critères que nous venons de formuler, si ces auteurs sont assez nombreux, et si enfin, ils appartiennent à des époques et à des cultures très diverses, cette convergence est une preuve idéale en faveur de cette idée. On ne peut pas trouver de meilleure preuve dans le domaine de la connaissance par témoignage. Or il existe une telle preuve en faveur de la vérité de la religion chrétienne : elle est affirmée par de nombreuses personnes intelligentes et d’une vertu exemplaire qui appartiennent à des époques et des cultures très diverses. De plus, ce témoignage concorde avec celui d'une multitude de savants, de scientifiques et de philosophes appartenant aussi à des époques et à des cultures très variées (il n'est donc pas le fait de mystiques plus ou moins illuminés et idéalistes).

Ajoutons que rien d’autre ne reçoit une aussi grande confirmation par les témoignages concordants d’hommes et de femmes de valeur. Les martyrs d'Océanie, du Japon et de l'Ouganda, la bienheureuse Kateri Tekakwita (une iroquoise), et les saints de tous les continents ont donné leur vie pour une même cause. Les saints les plus riches ou les plus puissants (St Louis, St Elisabeth de Hongrie, Ste Isabelle du Portugal), comme les plus pauvres (St François d'Assise ou le clochard St Benoît Labre), les plus savants (St Tomas, Duns Scot, etc.) comme les moins cultivés, ont choisi le Christ pour seul maître. De plus, les saints ne sont pas seulement d’accord sur la vérité du christianisme ; il y a entre eux une très grande convergence de vues en ce qui concerne les différents points de la doctrine chrétienne ainsi que les moyens de progresser moralement.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /Mai /2007 10:25

 

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Jésus est un personnage unique dans l’histoire. La figure de Jésus est à la fois très paradoxale et très cohérente : elle réunit en elle-même des idées apparemment contraires entre elles, et cela de façon parfaitement cohérente. Jésus prétend être le Messie, et même il prétend être Dieu, et en même temps, il fait preuve d’une très grande humilité jusque dans cette prétention même, et cela avec cohérence (« Mon royaume n’est pas de ce monde »). Ceci est déjà unique dan l’histoire, car autrement, seuls des fous comme l'empereur Caligula, ont prétendu être de rang divin. Moïse, Mahomet, Bouddha, Confucius ou Al Halladj n’ont pas prétendu être de rang divin : il se sont présentés eux-mêmes, soit comme des prophètes, soit comme des maîtres de morale. Mais ce n’est pas tout : Jésus meurt crucifié et ses disciples proclament qu’il est ressuscité. La sincérité de leur témoignage est prouvée par le fait que les apôtres de la première génération ont préféré subir le martyre plutôt que de renier leur foi en Jésus ressuscité. La figure de Jésus est donc unique, et très cohérente malgré son aspect paradoxal, ce qui suggère qu’elle n’est pas le fruit de l’imagination humaine, mais d’une sagesse supérieure : celle de Dieu.

En outre, à partir de ces trois traits réunis en une seule personne, on aboutit logiquement aux plus profondes idées sur le bonheur, les fins dernières, la distinction entre le bien et le mal, etc.

De plus, ces trois points mis ensemble sont en parfait accord avec l’enseignement moral de Jésus et son enseignement sur les fins dernières.

Enfin, tout cela est dans la parfaite continuité de l’Ancien Testament, notamment des prophètes. En vivant et en s’exprimant ainsi, Jésus donne la clef d’interprétation des prophéties : les différentes figures des prophéties, malgré leur diversité apparente, se rassemblent en une seule : Jésus est à la fois le Roi messie et le serviteur discret et souffrant ; il est à la fois le « Fils d’homme » annoncé par Daniel, le Fils de Dieu, et Dieu lui-même venu, comme prédit, enseigner aux hommes sa volonté ; il est à la fois grand prêtre, prophète et roi ; il est à la fois le prêtre et la victime offerte en sacrifice.

Ajoutons que les grands héros de l'Ancien Testament ont tous quelque chose de commun avec Jésus, et ce quelque chose varie d'un personnage à l'autre : ils sont des préfigurations du Christ (Sur ce sujet, voir mon article intitulé "Jésus, pain de vie et Agneau immolé" dans la rubrique "prophéties").

Tout cela est-il l'effet du hasard ? Si c'est un concours de circonstances, il est d'une extrême improbabilité... 

Cet argument, somme toute classique, a été exposé plusieurs fois par le théologien Hans Urs von Balthasar, et repris (mais simplifié pour le grand public) par Mgr Léonard, dans Les Raisons de croire, éd. Fayard, 1987.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /Mai /2007 16:15

Eleonore Stump, professeur à l'université de St Louis, a montré de façon très claire ce que suppose une des solutions traditionnelles au problème de la prescience divine et de la liberté humaine : celle de St Thomas d'Aquin. Cette solution suppose que Dieu soit hors du temps et que les événements que nous considérons comme des futurs contingents soient connus par Dieu comme s'ils étaient déjà fixés. Cette idée suppose que Dieu soit en quelque sorte simultané à tous les événements. Or cela pose évidemment un problème, car la relation de simultanéité est transitive : si a est simultané à b, et si b est simultané à c, alors a et c sont simultanés.

Dieu connaît aussi bien le résultat des élections présidentielles de 2012 que celui des élections de 1981. Mais si sa connaissance est simultanée à ces deux événements à la fois, alors ils sont simultanés entre eux, ce qui est absurde.

Il faut donc que la relation existant entre la connaissance divine et les événements du temps soient d'un type particulier, non transitif. Stump appelle cette relation "ET" (relation éternité-temps). Evidemment, cette relation est mystérieuse et sa nature nous échappe : tout ce que nous savons est qu'elle n'est pas transitive. 

Comme nous l'avons dit, la solution de St Thomas suppose la relativité des modalités : ce qui est contingent pour l'homme (ou de son point de vue) est nécessaire du point de vue de Dieu (puisque déjà fixé, déterminé). Mais cette relativité n'est pas difficile à admettre, car ce qui est contingent maintenant (le fait que je tape les prochaines lignes de cet article) ne sera plus contingent dans une heure : l'événement appartenant alors au passé, il est fixé, donc déterminé et nécessaire. Nous savons tous que les événements passés sont nécessaires, irrévocables.

Ce que suppose la thèse de Stump, c'est que Dieu soit dans un état tel qu'il peut connaître tous les évéments grâce à une relation non-transitive. Cette thèse est cohérente. Seulement, elle est obscure, et c'est pour cette raison que je préfère la thèse du Dieu ouvert, selon laquelle Dieu, bien qu'il ait la capacité de tout connaître, ne fasse pas systématiquement usage de cette faculté.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /Avr /2007 09:47
Formulation du problème 

Dieu est parfait, donc omniscient. Dieu sait tout à l’avance. Mais comment pourrait-il savoir tout ce que les hommes vont faire ? L’homme est libre. Son comportement est donc imprévisible, au moins en partie. On voit que l’omniscience divine est incompatible avec la liberté humaine. Autant dire que l’existence de Dieu est incompatible avec la liberté humaine.

Un problème de définitions

·       « Liberté » : est libre, au sens large, celui qui peut faire ce qu’il veut. Or on peut imaginer cela chez un homme dont le vouloir est entièrement prédéterminé. Par exemple, imaginons qu’un savant fou le contrôle à distance en déterminant ses choix par des ondes, captées grâce à un minuscule appareil situé dans le cerveau.

·       « Libre arbitre », « Volonté libre » : capacité de vouloir librement, autrement dit, capacité de celui dont le vouloir n’est pas déterminé, contrairement à l’individu « téléguidé » par un savant fou. Or celui qui veut et choisit par lui-même a la possibilité de choisir autrement. Le libre arbitre est donc la capacité d’agir et de choisir autrement.

Pour certains auteurs, la liberté se définit comme ci-dessus (première définition). Elle est donc compatible avec la nécessité, ou avec un déterminisme absolu. Pour moi et pour la plupart des gens, la liberté bien comprise suppose le libre arbitre, qui s'oppose au déterminisme. La nature a des lois, mais elles ne déterminent pas entièrement le comportement des hommes.

 

Une solution traditionnelle

 

·          Dieu est parfait et omniscient. Il prévoit toutes les actions des hommes.

·          Les hommes agissent librement et ils ont la possibilité de vouloir autrement.

·          Comment concilier ces deux thèses ? En distinguant le point de vue de Dieu du point de vue de l’homme. Dieu ne connaît pas de la même façon que nous, car sa connaissance est parfaite. De plus, Dieu est hors du temps. On ne donc pas dire qu’il prévoit tout, car du point de vue de Dieu, tout est présent. Il se rapporte de la même façon à n’importe quel point du temps,  tout comme le centre d’un cercle est équidistant à tous les points du cercle.  

Objections 

1.       En disant que Dieu connaît le futur comme le présent, on ne résout pas le problème. Car les événements du présent, dès qu’ils sont connus ou dès qu’ils se produisent, sont aussi nécessaires et inévitables que des événements futurs prédits avec certitude. Si Dieu connaît tout comme le présent, alors tous les faits de l’histoire humaine sont absolument inévitables. eleonorestump2.jpg

2.       La seule solution pour sortir de cette difficulté consiste à dire que ce qui est nécessaire du point de vue de Dieu est contingent du point de vue de l’homme. Nos actes libres seraient donc absolument imprévisibles pour nous, mais parfaitement prévisibles pour Dieu. Cette solution a été envisagée par St Thomas d’Aquin. Mais elle pose problème, car normalement, les notions de nécessité et de contingence ne sont pas considérées comme relatives. En effet, cette solution revient à dire que tout est inévitable (car connu par Dieu comme le présent ou le passé), et en même temps, que certains faits peuvent être évités. Ce qui est évitable l’est absolument, et non seulement du point de vue de tel ou tel observateur. Dans un prochain article, nous verrons comment Eleonore Stump, une américaine, a reformulé cette solution.

  

La thèse du « Dieu ouvert »

 

Elle permet d’éviter la difficulté rencontrée par la thèse de St Thomas d’Aquin, mais elle prête le flanc à une autre objection. En résumé, la thèse du Dieu ouvert consiste à dire ceci :

En créant le monde et l’homme, Dieu a choisi librement de créer un monde où le mal pouvait surgir. Là-dessus, tout le monde est d’accord. Or cette idée s’applique aussi au problème de la prescience divine : en créant l’homme libre , Dieu a choisi librement de créer un être en partie imprévisible.

On pourrait dire que Dieu choisit de ne pas tout contrôler. Mais cette formule est sans doute excessive, car même s’il n’a pas tout prévu, Dieu répare tout. Ainsi, après la chute des anges prévaricateurs, puis celle de l’homme, Dieu s’est révélé et s’est incarné pour sauver les hommes.

Objection : Si Dieu ne prévoit pas tout, alors sa connaissance est imparfaite. Or Dieu est parfait.

Réponse : En fait, Dieu a bien une intelligence parfaite. Il a la capacité de tout prévoir, mais il n’exerce pas toujours cette faculté. C’est librement que Dieu a choisi de ne pas tout prévoir. Dieu possède donc la faculté de tout prévoir, mais il a aussi la faculté de ne pas user de cette faculté.

Dieu pourrait tout prévoir s’il le voulait ; il suffirait qu’il détermine les actions des hommes, mais alors, les hommes ne seraient pas libres. Bref, tout ce que montre la théologie naturelle, c’est que Dieu est capable de tout savoir. Or la thèse du Dieu ouvert ne nie pas l’existence de cette capacité.

Objection : Mais si Dieu ne prévoit pas les actions libres, alors il apprend quelque chose au moment où l’homme se détermine à agir d’une certaine manière. Donc Dieu dépend de l’homme, puisque le contenu de sa connaissance dépend des choix de l’homme. Or normalement, on considère Dieu comme un Etre absolument indépendant.

Réponse : Cette relation entre les actions humaines et l’intellect divin qui les connaît au fur et à mesure qu’elles se produisent (quand elles sont rigoureusement imprévisibles), cette relation –dis-je-, n’est pas une relation de dépendance. En effet, quand un être y est entièrement dépendant de x, c’est un non-sens de dire que x dépend de y. C’est comme si l’on disait que x est dépendant alors qu’il ne dépend de rien d’autre que lui-même. La dépendance est une relation asymétrique ; il n’y a pas de dépendance en cercle comme entre deux êtres qui se créeraient mutuellement. Puisque Dieu a tout créé, et que tout ce qui existe est entièrement dépendant de lui, on ne peut pas dire qu’il dépend de ses créatures. Et pourtant, il est indéniable que Dieu s’intéresse à ses créatures et agit pour leur bien, en fonction de ce qui leur arrive[2]. On ne peut pas y voir une relation de dépendance. Cette relation d’implication est d’une autre nature que la relation de dépendance. D’ailleurs, même si Dieu choisit de ne pas tout prévoir, il reste tout-puissant et entièrement libre dans cette décision de renoncer à une partie de sa prescience.

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Conclusion

Le débat est serré. Personnellement, je pense que la thèse du Dieu ouvert n’est pas contradictoire et qu’elle s’accorde bien avec la théologie chrétienne. Traditionnellement, sous l'influence des grecs, les philosophes chrétiens considèrent Dieu comme un Etre absolument immuable et hors du temps parce qu’il est parfait. Mais cette conception métaphysique de la perfection pose un problème dès qu’il s’agit de penser le rapport entre Dieu et le monde. Le Christ est Dieu, mais il a vécu à une certaine époque. Aussi, la deuxième personne de la Trinité n’est certainement pas hors du temps. L’idée d’un Dieu hors du temps doit-elle s’appliquer seulement au Père, ou bien faut-il y renoncer en disant qu’elle est trop marquée par le paganisme, par l’influence des grecs anciens  (Platon, et Aristote) qui voyaient Dieu comme un Etre impassible et plus ou moins indifférent au sort des hommes ? Le débat reste ouvert…  

En tout cas, je ne vois aucune raison de croire que Dieu connaît nécessairement tout. On peut seulement trouver des raisons de croire qu'il en a la capacité, ce qui n'est pas la même chose. Dieu est "Acte pur" dit-on, mais ça revient à dire que toutes ses facultés sont parfaites (par opposition à un enfant ou à un être inachevé) ; ça ne veut pas dire qu'il s'en sert en permanence, sinon il faudrait croire que Dieu crée toutes les choses simultanément et en permanence, ce qui est absurde.    

 



[1] St Thomas ne fait pas lui-même cette comparaison.

[2] Pour tout chrétien, même celui qui croit que Dieu est hors du temps, immuable, et parfaitement prescient, Dieu n’est pas indifférent au sort de l’homme. Dans les deux théories concurrentes, il est nécessaire d’admettre que les choix de Dieu se font en fonction de ce que sont les créatures et de ce qu’elles font. Que cette relation liant l’intellect divin aux créatures apparaisse ou non dans le temps ne change rien au problème. Dans les deux théories, on doit parler d’une relation d’implication qui n’est pas en même temps une relation de dépendance, à moins de devenir hégélien, et de dire, par exemple, que le Père est Fils du Fils parce qu’il ne serait pas Père sans son Fils.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 13:53

 

Dès les origines de la philosophie, les philosophes se sont fait une certaine idée de la perfection ou de la divinité. Par exemple, pour les Grecs anciens, la perfection implique l’immutabilité et l’éternité ; être parfait, c’est être indépendant, impassible, immuable, éternel. En effet, rien ne peut détruire ni influencer un être parfait. De plus, il n’a pas besoin de se mouvoir, car rien ne lui manque.

Petit à petit, cette conception de la perfection métaphysique a été plus ou moins reprise et corrigée par les philosophes chrétiens.

 

 

 

1.       Dieu = Etre absolument indépendant, donc illimité, tout-puissant, et absolument libre.                                                 

 

                                 

 

2.       Dieu = Etre éternel et nécessaire (i.e. qui ne peut pas ne pas être) car rien ne peut le détruire, le limiter ou l’influencer. Or on ne pense pas que Dieu puisse se suicider.

                                

 

3.       Dieu = Etre immuable, car rien ne peut le transformer en agissant sur lui, etc.

 

 

 

Question : comment montrer que Dieu est une personne ?

 

·  Si Dieu n’était pas une personne, il lui manquerait des perfections importantes : l’intelligence, la raison, la liberté, la volonté.

·  Dieu est tout-puissant, donc il a toutes les puissances ou facultés (sinon, certaines choses lui seraient impossibles). Toute faculté est une forme d’indépendance ; et Dieu est absolument indépendant. Une incapacité est toujours due à une cause interne ou externe (obstacle, défaut, maladie, imperfection, etc.). Si un être n'est pas incapable de faire une chose, il est capable de la faire. Dieu ne dépend d'aucune cause. Il a donc toutes les facultés, y compris celles de penser, de connaître, de vouloir, et d’aimer. Comme Dieu est parfait, on lui attribue ces facultés sous une forme parfaite : il a une intelligence parfaite, une volonté parfaite, etc. Finalement, on aboutit à l’idée d’un Dieu bon (car sa volonté est parfaite), et omniscient.

 

 

Les limites logiques de la toute-puissance

 

Ce point est de la première importance : Dieu est au-dessus des lois de la nature, mais il ne peut pas faire ce qui est logiquement impossible. Par exemple, il serait contradictoire qu’un Etre absolument bon fasse le mal. Donc Dieu ne peut pas faire le mal. Mais si cela est impossible, ce n’est pas à cause d’une forme d’impuissance ou d’imperfection ; au contraire, c’est précisément parce qu’il est parfait et tout-puissant qu’Il ne peut pas faire le mal. Il faut donc distinguer l’impuissance, ou incapacité, de la simple impossibilité. La toute-puissance implique une impossibilité qui n’est pas de l’impuissance. Ce principe est généralement admis, depuis St Thomas, par les métaphysiciens chrétiens. On le trouve chez Duns Scot, Leibniz, et Swinburne, pour ne citer que quelques noms.

Il n'y a ici aucune incohérence, car l'impossibilité logique qui fait que Dieu ne peut pas faire le mal n'a rien à voir avec une limite imposée par une cause ou par un obstacle. 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /Avr /2007 14:37

(sur la photo : le mathématicien Kurt Gödel, qui a formulé une version de la preuve ontologique, version qui fut trouvée dans ses notes, après sa mort, et publiée en 1987)

Dans mon article sur la preuve modale de l’existence de Dieu, j’ai présenté un argument qui me paraît toujours correct, mais qui peut être simplifié. En effet, contrairement à ce que j’ai dit, il n’est pas nécessaire de résoudre le problème du mal pour que cet argument soit valable. Reprenons :

 

 

(1) Par définition, l’Etre nécessaire, s’il existe, existe dans tous les mondes possibles, y compris le monde actuel.

(2) Donc cet être ne peut pas exister dans certains mondes possibles seulement. Si c’était le cas, il serait contingent, donc il ne serait pas nécessaire. Donc soit l’existence de cet être est nécessaire, soit elle est impossible (autrement dit, il n’existe dans aucun monde possible).

(3) Or l’existence de cet être n’est pas impossible.

(4) Donc il existe dans tous les mondes possibles, y compris le monde actuel.

 

 

La proposition 3 est celle qu’il faut examiner. La charge de la preuve revient à ceux qui soutiennent que Dieu n’existe pas ; en effet, d’après cet argument, l’Etre nécessaire existe, à moins qu’on démontre que cette idée renferme une contradiction. Si la proposition « Il y a un être nécessaire » est contradictoire, alors l’être nécessaire n’existe pas. Dans le cas contraire, il faut conclure qu’il existe.

L’existence d’être imparfaits, souffrants, méchants, etc. ne constitue pas une objection contre cet argument, car l’impossibilité que l’athée doit prouver est une impossibilité logique, c’est-à-dire interne à la proposition « l’être nécessaire existe ». Il doit donc prouver que le concept d’être nécessaire est contradictoire.

A première vue, rien n’indique qu’il le soit. Il n’en est pas de même que dans la proposition « il y a des sphères cubiques ». En effet, la notion d’être, en elle-même est indéterminée (elle ne se définit pas aucune propriété particulière, contrairement à la notion de sphère). De plus, le fait d’être nécessaire n’est pas une limitation ; au contraire.

Il y a pourtant deux arguments utilisés par des athées pour montrer que la notion d’être nécessaire est contradictoire, mais nous allons voir, dans le prochain article, qu’aucun des deux n’est valable.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 08:58

 

Il est clair que les chrétiens et les hommes d’Eglise ont commis des fautes. Mais que prouve-t-on en disant cela ? Les chrétiens ne prétendent pas être parfaits. Ils pensent que même les saints sont des pécheurs. Voici comment Newman répond à l’objection des fautes de l’Eglise :

 

Alors qu'il est si fortement établi dans les Evangiles, que l'histoire du Royaume des Cieux commence dans la souffrance et la sainteté, il est aussi clairement dit qu'il aboutit à l'infidélité et au péché, c'est-à-dire que, bien qu'il y ait en lui, dans tous les temps, beaucoup de personnes saintes, beaucoup de personnes religieuses, et bien que la sainteté, comme à ses débuts, soit toujours la vraie vie, la substance et la semence germinale du Royaume de Dieu, il y en aura toujours un grand nombre, il y en aura davantage dont la vie sera un scandale et un déshonneur, non une défense pour ce Royaume.

Ceci encore est une annonce étonnante (…). Pourtant, les paroles du Seigneur sont for­melles : Il nous dit que « Plusieurs sont appelés, peu sont élus » ; dans la parabole du Festin des Noces, les serviteurs sont envoyés pour rassembler « tout ce qu'ils trouveront, à la fois les bons et les mauvais » les vierges folles « n'avaient pas d'huile dans leurs lampes» ; au milieu du bon grain, un ennemi a semé une semence qui est nuisible et sans valeur ; et « le royaume est semblable à un filet qui ramasse toutes sortes de poissons » ; et « à la fin du monde, les Anges sortiront et sépareront les mauvais d'avec les justes ». (…) Si donc l'on objecte que le christianisme n'abolit pas, comme les vieux prophètes semblent le promettre, le péché et l'irréligion à l'intérieur de son enceinte, nous pouvons répondre, non seulement qu'il ne s'est pas engagé à le faire, mais qu'en fait, en esprit prophé­tique, il avertit ses adeptes de ne pas s'attendre à ce qu'il le fasse. (Grammaire de l’Assentiment, 1870)

 

Mais si les hommes d’Eglise sont faillibles, pourquoi penser que l’Eglise est infaillible ? Tout simplement parce qu’elle a été instituée par Dieu. Or si Dieu permet que certaines fautes soient commises à l’intérieur de l’Eglise, il ne peut pas laisser un pape ou un concile faire fausse route en une matière grave ou sur un point de doctrine important. S’il permettait cela, l’Eglise ne remplirait plus la fonction pour laquelle il l’a instituée. Le dogme de l'infaillibilité est donc une conséquence logique de l'idée que Dieu existe et a fondé l'Eglise pour guider les hommes.

Il est important de voir que le dogme n'attribue pas aux papes et aux conciles l'infaillibilté dans tous les domaines et à n'importe quel moment ; il les déclare infaillibles quand ils se prononcent sur un point de doctrine important. Si un pape s'est trompé en portant un jugement faux sur une théorie scientifique ou philosophique, on peut considérer qu'il a eu tort et qu'il a parlé trop vite, mais ça ne prouve pas que l'Eglise soit faillible au sens précédent.

Mais pourquoi Dieu laisse-t-il les chrétiens faire des fautes ? Pourquoi ne les rend-il pas entièrement parfaits ? Premièrement, Dieu respecte la liberté des hommes. L'assentiment à une vérité n'a aucune valeur si elle est prédéterminée par des causes (imaginons un homme qui pour être aimé de sa femme, lui fait installer un appareil dans le cerveau, appareil qui provoque mécaniquement l'amour - cette solution est évidemment absurde).

Deuxièmement, s’il n’y avait jamais de faute dans l’Eglise, la vérité du christianisme s’imposerait tellement à l’esprit des hommes qu’ils ne pourraient pas éviter de croire. Ils ne seraient donc pas libres d’accepter ou de refuser la vérité. Le scandale des fautes commises par les chrétiens, c’est encore, au fond,  le scandale de l’Incarnation. Quand Dieu s’incarne, puis quand il se rend présent dans l’Eglise, c’est toujours de manière assez visible pour que ceux qui cherchent la vérité puissent la trouver, et assez discrète pour que ceux qui ne la cherchent pas ne la trouvent pas. Car si Dieu a créé l’homme libre, ce n’est pas pour lui imposer la vérité, ni pour le contraindre à l’aimer. Bref, le dogme de l’infaillibilité ne signifie pas que toutes les décisions des hommes d’Eglise soient justes, mais que l’Eglise parvient toujours à remplir sa fonction essentielle malgré la faiblesse des hommes qui la composent. Autrement dit, quand un pape, un homme d’église, ou un chrétien se trompe, ce n’est pas l’Eglise elle-même qui se trompe, mais un individu qui est censé appartenir à l’Eglise.

 

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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