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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /2007 13:01

vaninwagen.jpg
Actuellement, le débat sur le libre arbitre, le déterminisme et la responsabilité morale oppose deux thèses principales : le compatibilisme et l'incompatibilisme.

Compatibilisme : thèse selon laquelle le déterminisme est compatible avec la liberté humaine et/ou avec la responsabilité morale (cf. Van Inwagen, An Essay on Free Will).

Incompatibilisme : thèse selon laquelle le déterminisme est incompatible avec la liberté humaine ou en tout cas, avec la responsabilité morale (cf. J-M. Fischer, The Metaphysics of Free Will).

Déterminisme : thèse selon laquelle tout événement est une conséquence nécessaire des lois de la nature et du passé actuel. Soient P l'ensemble des faits du passé actuel, L l'ensemble des lois de la nature, et F l'ensemble des événements présents ou futurs. Pour un déterministe, (P et L) implique F.

Arguments incompatibilistes

1. On suppose habituellement que si un individu agit sans avoir la possibilité d'agir autrement, il n'est pas moralement responsable de son action.

2. On suppose habituellement que si un individu est empêché d'agir mieux par une cause externe, il n'est pas responsable de son action. De même s'il en est empêché par une cause interne (par exemple, un parasite installé dans son cerveau, et qui l'empêche d'agir de façon plus rationnelle, ou une cause quelconque). De même s'il en est empêché par l'absence d'un moyen ou d'un organe (par exemple, il ne peut pas secourir quelqu'un assez vite faute de moyen de déplacement, ou il ne peut pas le faire faute de jambes).

3. Nous croyons tous que nous avons des possibilités alternatives. Par exemple, dans 5 mn, je peux rester ici ou m'en aller. Et je crois que ces possibilités sont en mon pouvoir. Le déterminisme contredit cette intuition très forte.

4. Si le déterminisme est vrai, alors les promesses, les contrats, les conseils, les exhortations, les interdictions, les menaces, les encouragements, etc., semblent perdre leur sens. les compatibilistes essayent de montrer que même en étant déterministe, on peut donner un sens à ces pratiques. Cependant, il apparaît clairement que ce sens est contre-intuitif (il n'est pas celui que nous donnons habituellement à ces pratiques). 

En vertu du principe de crédulité, on doit se fier aux intuitions les plus fortes. Pour renoncer à une intuition (renoncer à croire que les choses sont comme elles semblent être), il faut avoir une bonne raison de le faire (il faut y être obligé par une intuition contraire et plus forte). Donc pour renoncer à ces quatre intuitions incompatibilistes, il faut avoir une raison impérieuse de la faire. En l'absence d'une telle raison, on doit reconnaître que le libre arbitre et la responsabilité morale sont incompatibles avec le déterminisme.
 

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /2007 10:18
resurectionmanuscrit.jpg
Depuis Vatican II, tous les textes officiels sur la musique liturgique demandent qu'on accorde au grégorien la première place dans le répertoire liturgique (voir Sacrosanctum Concilium, Sacramentum Caritatis, de 2007, et l'Introduction au nouveau missel romain, de 2002). 

Il y a des paroisses où le chant grégorien est progressivement abandonné ; il y en a d'autres où on réapprend à le chanter. Les catholiques français n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la place qui revient au grégorien dans la liturgie. Plusieurs fois, j'ai vu des vieux prêtres me dire (à moi, un jeune !) que le grégorien était bon pour les vieux et que les jeunes n'en voulaient pas. Pour ma part, il faudrait me faire subir un lavage de cerveau pour me faire croire que le grégorien n'est pas la meilleure musique liturgique qu'on puisse trouver chez les catholiques. J'ai commencé à étudier la musique à l'âge de six ans.  Ensuite, j'ai appris le piano et l'orgue. En tant qu'organiste, j'ai l'expérience de l'accompagnement liturgique. Enfin - ce qui est le plus important - je connais la plupart des chefs-d'oeuvre de la musique sacrée depuis le début du XIIIè siècle, de Pérotin le Grand à Jean-Louis Florentz, en passant par Ockeghem, Josquin, Tallis, Byrd, Palestrina, Victoria, Monteverdi, Bach, etc., et au XXè siècle, Caplet, Jolivet, Poulenc, Rachmaninov, Bloch, Zemlinsky, Martin, Messiaen, Duruflé.

Pour savoir ce que vaut le grégorien, le plus important est sûrement de savoir le goûter, ce qu'on ne saurait faire sans une bonne culture musicale. Tous les mélomanes, musicologues, et musiciens cultivés disent que le grégorien est d'une valeur artistique et liturgique exceptionnelle. Les athées nous reprochent de ne pas le chanter ; les orthodoxes aussi ; les traditionnalistes aussi. Alors qu'attendons-nous pour lui donner la place qu'il mérite ?


L'argument linguistique : "C'est du latin"

Cet argument n'est pas recevable, car nous chantons très souvent des ordinaires non grégoriens en latin, comme les messes de San Lorenzo, de St Paul, de St Boniface, etc. Nous voyons bien que le fait de les chanter en latin ne nous pose pas de problème.

Deuxièmement, la messe n'est pas une conférence ou un cours de catéchisme. Il n'est pas nécessaire de comprendre chaque mot de la messe pour la suivre. 

Troisèmement, on peut aller à la messe avec un missel (si elle est tout en latin) ou avoir des carnets de chants où il y a la traduction française à côté des paroles en latin.


L'argument musical : "C'est trop compliqué, et les gens sont incapables de chanter ça"

Là encore, l'expérience prouve le contraire : il y a de nombreuses paroisses, en ville ou en campagne, où les fidèles chantent le grégorien sans que cela pose aucun problème.

Deuxièmement, il faut distinguer les pièces chantées par l'assemblée (hymnes et ordinaires), et celles qui sont destinées au choeur ou à un soliste (graduels, offertoires, communions, voire introïts). L'assemblée est tout à fait capable de chanter quatre ou cinq ordinaires grégoriens, ainsi que les hymnes les plus connues : Veni Creator, Tantum ergo, Ubi caritas, etc.


L'argument puriste : "Oui, mais les gens ne chanteront pas bien le grégorien"

A mon avis, l'expérience prouve qu'ils ne chantent pas mieux les chants charismatiques aux rythmes syncopés, ni les chants dans le style oriental (orthodoxe - cf. Gouze, Chevetogne, etc.). Ils se trompent dans le rythme des chants charismatiques, et les prennent trop lentement. Quant aux chants de style oriental, on ne les chante presque jamais à plusieurs voix. A une seule voix, la plupart de ces chants sont pourtant insipides. Et quand on les prend à plusieurs voix, il faut chanter juste, ce qui est difficile. L'assemblée est incapable de faire cela.

Deuxièmement, il vaut mieux un beau chant mal chanté qu'un chant médiocre mal chanté. 
Personnellement, quand j'ai l'occasion (trop rare) d'entendre un credo ou un ordinaire grégorien, le fait qu'il soit mal chanté ne m'empêche pas d'être transporté par la beauté de sa mélodie.

La peur de l'opinion

Les sociologues et les philosophes disent que dans une culture démocratique, beaucoup de comportements s'expliquent par la peur de l'opinion. Cette loi se vérifie dans le domaine de la liturgie, où est obsédé par le souci de plaire aux fidèles. 
On ne voit pas assez que depuis une quarantaine d'années, la nullité esthétique de nos liturgies a largement contribué à vider nos églises. Demandons aux fidèles d'une paroisse s'il faut chanter du grégorien. La plupart répondront peut-être qu'il faut abandonner les vieilles traditions. 
Revenons pourtant au grégorien, progressivement et sans exclure les chants en français : nous verrons les fidèles découvrir la beauté du grégorien, et ils ne diront plus qu'il faut le remplacer par autre chose.
Il ne faut pas se demander ce que les gens pensent du grégorien, car ils ne connaissent pas ce répertoire. Il faut se demander ce qu'ils en penseraient s'ils le connaissaient vraiment.
Les jugements sur les chants liturgiques sont trop souvent fondés sur des vieux souvenirs totalement subjectifs et surchargés affectivement. Un tel dira que le grégorien n'est chanté que dans des paroisses de vieux, parce qu'il a vu une paroisse de ce genre, tel autre pensera au contraire à une paroisse jeune et dynamique où on le chantait. Un tel a vécu avant le concile, tel autre comme moi est né à la fin des années 70, ou au début des années 80. 

Le répertoire d'une paroisse ne doit pas être conçu pour attirer telle ou telle classe d'âge (les enfants, les jeunes, les étudiants, etc.) au détriment des autres. Il doit être objectivement beau pour convenir à tout le monde. Rien n'est moins fiable que le jugement esthétique d'un adolescent. Il faut le valoriser en lui donnant des responsabilités, mais il ne faut jamais lui donner carte blanche. Il faut toujours lui donner en même temps des indications, voire une formation appropriée à son service. Ceci est une remarque de bon sens.
 



 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 12:22
(Nota bene : pour le lecteur pressé, j'ai mis souligné quelques passages. Note de Héron).

John Henry NEWMAN, Essai sur le développement de la 
doctrine
 chrétienne,

deuxième partie, ch. VII, éd. Desclée de Brouwer, p. 407.
 
 
4. L'ÉCRITURE ET SON INTERPRÉTATION MYSTIQUE
Torah-with-pointer.jpg (...) Le fait que Théodore de Mopsueste ne reconnaît que le sens littéral de la sainte Écriture et rejette toute interpré­tation mystique, nous amène à regarder cette dernière comme l'une des conditions, l'un des principes carac­téristiques sur lesquels s'est toujours guidé l'enseignement de l'Eglise. C'est ainsi qu'elle s'est développée, comme nous l'avons remarqué en passant, sous la forme d'une Eglise catholique, puis d'une Eglise papale. Or ce qu'on invoque comme la règle que le développement devait suivre dans tous les cas, c'est bien l'Ecriture, mais l'Ecriture interprétée dans un sens mystique. Sans doute, au début, on se confina illogiquement, pour certains textes, dans le sens littéral; et c'est ainsi qu'on attendit un Millenium. Mais la suite même des événements, au cours du temps, donna une interprétation plus vraie des prophéties sur l'Eglise, d'abord en ce qui concerne sa prérogativede conquérirl'orbis terrarum, ensuite pour appuyer les prétentions du Siège de Pierre. Ce n'est là qu'un des exemples d'une certaine loi de l'enseignement chré­tien, savoir: la référence perpétuelle à l'Ecriture, et spécialement à son sens mystique 1.
 
 
Ce trait caractéristique deviendra pour nous de plus en plus manifeste, à mesure que nous l'examinerons de plus près. Dans chaque siècle, les théologiens de l'Église s'attachent à se régler sur l'Ecriture, à y faire appel pour prouver leurs conclusions, à se conformer à ses pensées et à son langage pour exhorter et en­seigner. On peut dire que l'Ecriture est le milieu au sein duquel l'esprit de l'Eglise a déployé son énergie et s'est développé 1.
Quand saint Méthode veut faire prévaloir la doc­trine des voeux du célibat, il se réfère au livre des Nombres; et quand saint Irénée proclame la dignité de la Sainte Vierge, c'est en comparant l'évangile de saint Luc et la Genèse. Saint Cyprien, dans ses Témoignages, fonde les prérogatives du martyre, comme d'ailleurs tout le cycle de la doctrine chrétienne, sur les affirmations de certains textes; et quand, dans sa lettre à Antonien, il semble faire allusion au pur­gatoire, c'est en se référant aux paroles de Notre-Seigneur sur « la prison » ou « le paiement jusqu'au dernier sou 2 ». Saint Ignace exhorte à l'unité en s'ap­puyant sur l'autorité de saint Paul ; et il cite saint Luc contre les docètes de son temps. Nous avons un premier exemple de cette loi dans l'épître de saint Polycarpe, et un dernier dans les oeuvres de dévotion de saint Alphonse de Liguori. Saint Cyprien, saint
 
Ambroise, saint Bède, saint Bernard, saint Charles, ou des ouvrages populaires comme le Paradis de l'âme d'Horstius 1,sont des spécimens d'une règle trop manifeste pour avoir besoin de preuve formelle. On la trouve appliquée dans les décisions théologiques de saint Athanase au Ivesiècle et de saint Thomas au XIIIe; dans la structure du droit canon et dans les bulles et les lettres des papes. On en voit un exemple dans cette opinion qui a longtemps prévalu dans l'Église, et que les philosophes d'aujourd'hui ne man­quent pas de nous rappeler, que toute vérité, toute science, doit être tirée du Livre inspiré. Et elle est aussi explicitement reconnue par les écrivains de la Compagnie de Jésus que copieusement appliquée par les Pères anténicéens.
3
« Les Écritures sont appelées canoniques, dit Sal­meron, comme ayant été reçues et insérées par l'Eglise dans le canon des Livres sacrés. On les appelle ainsi parce qu'elles sont pour nous une règle de sainte croyance et de bonne conduite, et aussi parce qu'elles doivent régler et mesurer toutes les autres doctrines, lois et écrits, qu'ils soient ecclésiastiques, apocryphes ou purement humains; car ils ne sont acceptés qu'autant qu'ils s'accordent avec les saintes Écritures, ou du moins qu'ils ne les contredisent pas; mais nous les rejetons et les réprouvons dans la mesure où ils s'en séparent, même de la manière la plus légère. » Et encore: « Le sujet de la sainte Écriture est simplement de traiter du Dieu-homme, ou de l'Homme-Dieu, le Christ Jésus, non seulement dans le Nouveau Testament, ce qui est évident, mais aussi dans l'Ancien. Car l'Ecriture n'a pas d'autre contenu que des préceptes
 
 
 
sur la croyance et la conduite, la foi et les oeuvres, la fin et les moyens d'y parvenir, le Créateur et la créa­ture, l'amour de Dieu et du prochain, la création et la rédemption; or puisque tout cela nous le trouvons dans le Christ, il s'ensuit que le Christ est le sujet propre des Ecritures canoniques. Car toutes les matières de foi, qu'elles concernent le Créateur ou lescréatures, sont récapitulées en Jésus, que chaque héré­sie renie, suivant ce texte: «Tout esprit qui rejette (solvit) Jésus n'est pas de Dieu. » En effet, comme homme il est uni à la divinité, et comme Dieu à l'hu­manité, uni au Père parce qu'il est engendré, à l'Esprit Saint qui procède à la fois du Père et du Fils, à Marie sa très sainte Mère, à l'Eglise, aux Ecritures, aux sa­crements, aux saints, aux anges, aux bienheureux, à la grâce divine, à l'autorité et aux ministres de l'Eglise: de sorte qu'il est vrai de dire que toute hérésie rejette Jésus. » Ailleurs encore : « La sainte Écriture est ar­rangée et composée de telle sorte par le Saint Esprit, qu'elle convient à tous les lieux, temps et personnes, aux difficultés, dangers et maladies, à l'expulsion du mal et à l'obtention du bien, à l'extirpation des erreurs et à l'établissement des doctrines, au raffermissement des vertus et à l'éloignement du vice. Aussi est-elle justement comparée par saint Basile à un dispensaire qui fournit des remèdes divers pour chaque maladie. C'est d'elle que l'Eglise a tiré sa fermeté et sa force au temps des martyrs; sa sagesse et la lumière de la connaissance au temps des Pères; au temps des héré­tiques, les moyens de renverser l'erreur; en temps de prospérité, l'humilité et la modération; la ferveur et l'activité aux époques de tiédeur; et dans les temps de dépravation, où croissaient les abus, la puissance de réformer les habitudes de corruption et de revenir à son premier état 2.»
1.I Jn, Iv, 3.
2.Alph. SALMERON, S. J., Commentarii in Evangelicam Historiam, 12 vol., 1601, réédité en 16 vol. en 1604, vol. I, p. 4, 5 et 9.
« La sainte Écriture, dit Corneille de la Pierre, ren­ferme les commencements de toute théologie. Car la théologie n'est pas autre chose que la science des con­clusions tirées des principes certains de la foi: elle est donc, de toutes les sciences, la plus auguste aussibien que la plus certaine. Mais les principes de la foiet la foi elle-même sont contenus dans l'Ecriture; d'oùil suit évidemment que la sainte Écriture pose les prin­cipes de théologie selon lesquels le théologien conçoit ses démonstrations par le raisonnement de l'esprit. Celui-là donc qui croit pouvoir rompre les attaches dela théologie scolastique avec une étude commentée de la sainte Écriture, est un homme qui attend la nais­sance d'une progéniture sans mère. » Et ailleurs : « Quel est le sujet de l'Ecriture? Dois-je le dire d'un mot? Son objet estde omni scibile; elle embrasse dans son sein toutes les études, tout ce que l'on peut connaître; aussi, c'est une sorte d'université des sciences, qui les renferme toutes ou,formaliter ou eminenter1. »
Je ne sache pas non plus que les théologiens post-tridentins nient que la foi catholique tout entière puisse être prouvée par les Ecritures, - quoiqu'ils soutiendraient certainement qu'il ne suffit pas de la lire en surface; et ils n'admettraient pas davantage que l'on puisse tout tirer de l'Ecriture sans l'aide de la tradition.
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Telle a été la doctrine de tous les siècles de l'Église, comme le montre la répugnance de ses docteurs à se confiner dans l'interprétation purement littérale de l'Écriture. Leur méthode de preuve la plus subtile et la plus puissante, dans les temps anciens comme dansles temps modernes, c'est le sens mystique, et dans lescontroverses dogmatiques il est si souvent invoqué qu'il en arrive parfois à supplanter tout autre.C'est ainsi que le concile de Trente rappelle l'offrande pacifique dont il est question dans Malachie1,pour prouver que l'Eucharistie est un sacrifice; dans ses avis sur le mélange d'eau et de vin à l'offertoire, il rappelle l'eau et le sang qui coulèrent du côté de Notre Seigneur et mentionne les « eaux » de l'Apocalypse 2.Bellarmin justifie le célibat monastique par les paroles de Notre-Seigneur en Matth. XIX 3 et renvoie au psaume « Nous allâmes à travers l'eau et le feu 4 », comme argument en faveur du purgatoire. Et l'on voit bien que ce ne sont là que des exemples d'une règle générale.
Et si maintenant nous remontons aux controverses de l'antiquité, nous voyons que l'on s'appuie sur cette méthode d'interprétation pour prouver la doctrine catholique de la Sainte Trinité. Adressez-vous aux écrivains d'avant Nicée ou à ceux de Nicée, vous ren­contrerez des textes qui ne se rapportent pas directement à cette doctrine et qui cependant sont avancés comme des preuves capitales; par exemple, au sujet de la divinité de Notre-Seigneur: « De mon coeur a jailli une bonne parole 5 »;« Le Seigneur m'a faite (ou m'a possédée) au commencement de ses voies6 »;« J'étais avec Lui, moi en qui Il se plaisait' »; « Dans ta lumière nous verrons la lumière$ »; «Qui pourra narrer sa génération? 9 »;« Elle est le souffle de la puissance de Dieu' »; « sa puissance éternelle et sa divinité 2 ».
Par contre, l'école d'Antioche, qui adoptait l'interprétation littérale, fut, comme je l'ai noté plus haut, métropole même de l'hérésie. Sans parler de Lucien, dont l'histoire est assez mal connue, - mais qui fut un des premiers maîtres de l'école, le professeur d'Arius et de ses principaux partisans -, Diodore et Théodore de Mopsueste, qui dans la génération sui-vante furent les deux maîtres les plus éminents de l'interprétation littérale, furent, nous l'avons vu, les précurseurs du nestorianisme.
Il en avait été de même à une époque encore plus reculée : les Juifs s'attachaient au sens littéral de l'An­cien Testament pour rejeter l'Évangile: les apologistes chrétiens prouvèrent sa divinité en usant du sens allé­gorique. La liaison formelle de ce mode d'interpré­tation et de la théologie chrétienne a été bien aperçue par Porphyre; selon lui, Origène et d'autres l'ont emprunté à la philosophie païenne, tout à la fois pour expliquer l'Ancien Testament et pour défendre leur propre doctrine. On peut presque poser comme une vérité historique, que l'interprétation mystique et l'orthodoxie ont partie liée, tiendront ou tomberont ensemble.
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C'est ce qu'a vu très clairement, en ce qui touche à la théologie primitive, un écrivain récent, dans une dissertation sur saint Éphrem. Il observe que Théodore d'Héraclée, Eusèbe et Diodore se sont opposés sys­tématiquement à l'interprétation mystique, qui,était en quelque sorte sanctionnée par l'antiquité et 1'Eglise orthodoxe. Puis il continue: «Éphrem n'est pas aussi
réservé dans ses interprétations, et il ne pouvait pas l'être, puisqu'il était disciple zélé de la foi orthodoxe. Car tous ceux qui se sont fait le plus remarquer par leur réserve étaient aussi éloignés que possible de la foi des conciles. Par contre, tous ceux qui retenaient la foi de l'Eglise ne se passaient jamais entièrement du sens spirituel des Écritures. Car les conciles veil­laient sur la foi orthodoxe; et il n'était guère prudent à cette époque, comme nous le montre surtout l'exem­ple de Théodore de Mopsueste, de délaisser le sens spirituel pour s'adonner exclusivement à la méthode littérale. Il y a plus : même lorsque l'on faisait plein droit au sens littéral, on conservait aussi à côté l'in­terprétation allégorique. A cette époque, en effet, les hérétiques aussi bien que les Juifs, dans les contro­verses, s'obstinaient dans leurs objections contre la doctrine catholique en soutenant que le Messie était encore à venir, en niant l'abrogation du sabbat et des lois cérémonielles, en ridiculisant la doctrine chré­tienne de la Trinité et surtout celle de la nature divine du Christ ; dans ces circonstances, les écrivains ecclésiastiques jugeaient utile, pour répondre à ces objections, de rapporter de force, par allégorie, chaque partie de l'Ecriture au Christ et à son Eglise » 1.
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A cette page d'un savant allemand, qui souligne le rôle de la méthode allégorique dans les controverses avec les Juifs ou avec les adversaires d'Athanase, il sera bon de comparer le passage suivant des Golden Remains du latitudinarien Hale, qui attaque la théo­logie romaine: « Le sens littéral, simple et incontes­table de l'Ecriture, sans aucune addition ou supplé­ment sous couleur d'interprétation, est le seul que nous
soyons absolument obligés d'accepter par motif de foi, sauf là où le Saint-Esprit lui-même nous trace une autre voie. Je ne prends pas cela pour une opinion qui me serait personnelle, mais comme une vérité à laquelle notre Eglise reste nécessairement liée. Lorsque nous nous sommes séparés de l'Eglise de Rome, l'un des motifs était qu'elle ajoutait à l'Ecriture ses propres gloses comme canoniques, pour suppléer à ce que ne pouvait fournir le texte pur et simple. Si, à la place de sesgloses, nous mettons les nôtres, nous ne faisons rien d'autre que de renverser Baal pour relever un Éphod, que tourner en rond pour venir retrouver l'Église de Rome au point où nous l'avons autrefois quittée... Cette doctrine du sens littéral n'a jamais paru importune ni préjudiciable à personne, sinon à ceux qui avaient intérieurement conscience que leurs positions n'étaient pas suffisamment fondées. Lorsque le cardi­nal Cajetan, au temps de nos ancêtres, eut renoncé au penchant d'apostiller et d'allégoriser sur l'Ecriture, qui avait prédominé longtemps dans l'Eglise, et s'en tint au sens littéral, la chose parut si contraire au goût de l'Eglise de Rome, qu'il fut forcé de trouver maint artifice et maintes justifications pour son attitude. Le fait est (comme s'en apercevra celui qui lira ses écrits) que c'est uniquement pour s'être attaché de près au sens littéral qu'il a rejeté plusieurs des doctrines sur lesquelles diffèrent l'Eglise de Rome et les Églises réformées. Mais lorsque l'insistance des réformateurs, et le grand crédit que méritaient les écrits de Calvin en ce genre, eurent forcé les théologiens de Rome à ali­gner leurs interprétations sur le même niveau ; lorsqu'ils virent que ni efforts, ni subtilité d'esprit ne pouvaient arriver à détruire l'évidence littérale de l'Écriture, cela les jeta dans ces expédients désespérés auxquels ils s'attachent encore aujourd'hui, comme de mettre en question, autant qu'ils croient pouvoir oser le faire, la valeur du texte hébreu, de recommander contre lui une traduction inexacte, d'ajouter des
traditions à l'Écriture, et de vouloir placer au-dessus de toute contestation ce qu'ils prétendent être l'inter­prétation de l'Église 1.»
Il ajoute ensuite en ce qui touche le sens allégorique :« Si nous condamnons absolument ces interprétations, il nous faut donc condamner une grande partie des écrivains de l'antiquité, qui sont très familiers avec cette manière d'interpréter. Car les critiques les plus partiaux en faveur de l'antiquité n'ont pas à choisir; ils ne peuvent que voir et avouer au moins ceci : pourle sens littéral, les exégètes de notre époque, à cause deleur connaissance des langues originales, du soin qu'ilsont de tenir compte des circonstances et de la cohérencedu texte, de la comparaison avec les passages sembla­bles de l'Écriture, ont généralement surpassé les meil­leurs interprètes de l'antiquité. »
L'usage de l'Écriture, et spécialement de son sens second ou spirituel, comme d'un instrument de pensée et de déduction, est donc un principe caractéristique de l'enseignement doctrinal dans l'Église.
Le principe que les opinions, en matière de religion, ne sont pas chose indifférente, mais définissent au regard de Dieu la position de ceux qui les professent, est un principe qui a guidé dès l'origine le dévelop­pement de la foi évangélique, et sur lequel elle a été la première à appuyer ses développements. Il n'a
guère trouvé à s'employer, je suppose, sous la Loi ancienne: car le zèle et l'obéissance des gens d'autrefois s'appliquaient surtout à maintenir le culte divin et à renverser l'idolâtrie, plutôt qu'à faire oeuvre intel­lectuelle. La foi est, à ce point de vue comme à d'autres, une caractéristique de l'Evangile; elle n'apparaît auparavant que dans la mesure où il était anticipé, où son temps approchait. Élie, et les prophètes jusqu'à Esdras, combattirent Baal ou restaurèrent le service du Temple; les trois jeunes gens refusèrent de se pros­terner devant la statue d'or; Daniel tournait son visage vers Jérusalem; les Macchabées rejetaient avec mépris le paganisme grec. (…)
1.Jn, xvIII, 37.
2.I Tim., vI, 13.
3.Cf. II et III Jn.
4.Gal., I, 6.
 
 
 
 2
Saint Irénée, à la suite de saint Polycarpe, nous donne un exemple de la même doctrine: «Je t'ai vu, dit-il à l'hérétique Florinus, quand j'étais encore enfant, en Asie Mineure, avec Polycarpe; tu vivais dans les splendeurs de la cour impériale, et tu essayaisde te recommander à lui. En vérité, je me souviens de ce qui se passa alors, mieux que d'événements plus récents, car les leçons de l'enfance grandissent avec l'esprit et ne font plus qu'un avec lui. Ainsi, je pourrais indiquer l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'as-seyait et conversait, ses allées et venues, son genre de vie, l'aspect de sa personne et ses discours au peuple; sa familiarité avec saint Jean, dont il aimait à parler, et avec les autres qui avaient vu le Seigneur; commentil aimait à répéter leurs paroles et ce qu'il avait appris d'eux touchant le Seigneur... Et devant Dieu je puis attester que si ce bienheureux, cet apostolique vieil-lard avait entendu quelque chose de ta doctrine, il se fût bouché les oreilles, en s'écriant selon sa coutume: « O Dieu bon, à quels temps m'as-tu réservé, que je doive souffrir cela! » et en entendant tes discours, qu'il eût été debout ou assis, il aurait fui loin du lieu où il se serait trouvé. » Tout chrétien de la primitive Église semble donc avoir jugé de son devoir de pro-tester, partout où il se trouvait, contre toutes les opi­nions contraires à ce qu'on lui avait enseigné dans sa catéchèse baptismale, et d'éviter la société de ceux qui les soutenaient. Saint Irénée, après avoir raconté ses souvenirs sur saint Polycarpe, continue: «Les apôtres et leurs disciples étaient si religieux, qu'ils n'adressaient même pas la parole à ceux qui falsi­fiaient la vérité'. »
1. Cf. EusÈBE, Hist. Eccl., lib. IV, cap. 14 et lib. V., cap. 20; P. G., 20, 340 et 486.
Un tel principe, cependant, n'aurait pu qu'anéantir bientôt l'Eglise en réduisant ceux qui la composaient àune poussière d'individus, si la Vérité, à laquelle ils de­vaient rendre témoignage, n'avait pas eu quelque chosede défini, de formel et d'indépendant d'eux.Les chrétiensétaient tenus de défendre et de transmettre la foi qu'ilsavaient reçue, et ils la recevaient des chefs de l'Église;et, d'autre part, c'était le devoir de ces chefs de veiller sur cette foi traditionnelle et de la définir. Il n'est pas nécessaire de revenir sur un terrain qui a été si souvent exploré dans ces dernières années. Saint Irénée nous met le sujet sous les yeux dans son récit sur saint Polycarpe, dont je viens de citer une partie, et c'est à lui que nous pouvons nous en tenir. On lit dans son écrit contre les gnostiques: « Polycarpe, que j'ai vu dans ma première enfance, a toujours enseigné les leçons qu'il avait apprises des apôtres, leçons que l'Eglise transmet aussi, et qui seules sont la vérité. Toutes les Églises d'Asie en portent le témoignage, entre autres ceux qui ont succédé à Polycarpe jusqu'à ce jour; et il est un témoin de la vérité autrement sûr et digne de confiance que Valentin, Marcion et leurs compagnons obstinés dans l'erreur. C'est lui qui vint à Rome au temps d'Anicet, et qui ramena à l'Église de Dieu beaucoup des hérétiques dont j'ai parlé plus haut, en proclamant qu'il avait reçu des apôtres cette seule et unique vérité qui avait été transmise par l'Église. »
 
4
Et ne voyons pas là seulement la doctrine ou la pratique d'une école, qui pouvait être ignorante en fait de philosophie. Les Pères alexandrins, d'un espritsi cultivé, et dont on dit qu'ils doivent tant à la sciencepaïenne, ne montrèrent certainement ni gratitude ni révérence à l'égard de leurs prétendus maîtres, mais soutinrent la suprématie de la tradition catholique.

(la suite du chapitre mériterait aussi d'être citée. Ce livre est en ligne sur
www.jesusmarie.com
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 26 juin 2007 2 26 /06 /2007 11:11
Cosmos-Nebuleuse-du-Crabe.jpg Dans l'article intitulé "Preuve par l'impossibilité d'une quantité infinie actuelle", nous avons exposé une version de l'argument du kalam (ce mot arabe désigne la théologie naturelle). Cet argument est un peu tombé aux oubliettes à cause de certaines formulations insuffisantes ou trop naïves.
On peut argumenter au moins à partir de trois fondements différents :

Premièrement, on estime que toute chose et tout fait réel (par opposition aux entités abstraites) a des propriétés entièrement déterminées, même si elles ne sont pas entièrement prédéterminées. L'histoire du monde est une suite de faits ou d'événements réels. Par conséquent, elle doit avoir, elle aussi, des propriétés entièrement déterminées. Par exemple, elle contient un nombre fini d'étoiles, de supernovae, etc.

Deuxièmement, si on admet que la série des causes passées est sans commencement, on se heurte a des contradictions liées à des principes mathématiques évidents. On ne peut pas ajouter quelque chose de réel à une quantité réelle sans que cette quantité augmente. Par exemple, si dix étoiles naissent sans qu'aucune étoile ne meure, le nombre d'étoiles doi avoir augmenté. Or l'infini plus dix égale l'infini. Donc si le nombre d'étoiles était infini, il n'a pas augmenté. Ceci s'applique également à l'histoire du monde réel. Le passé du monde ne peut pas contenir une infinité d'étoiles, de causes successives, ni d'événements réels et distincts qui se succèdent.

Troisièmement, si on admet que le monde vient d'une série infinie de causes passées, ça n'a plus aucun sens d'évaluer la probabilité des événements physiques, car ils sont tous probables, et on doit même dire qu'ils se sont tous produit, puisque leur probabilité tend vers 1. Il faut donc admettre que les ordinateurs ont déjà existé avant d'êtres fabriqués par l'homme, ou d'autres absurdités : tout événement physiquement possible s'est déjà réalisé ! Du coup, ça n'a plus aucun sens de faire une inférence à la meilleure explication. Or on ne peut pas se passer de ce type d'inférence, ni en science, ni dans les procès ou dans les enquêtes, ni dans la vie quotidienne (voir là-dessus l'article sur l'argument cosmologique).

Ces trois argument convergent pour soutenir que le monde physique a un commencement : il y a eu un premier changement. 


L'hypothèse de Hawking

Dns "Une brève histoire du temps", l'astrophysicien Hawking a imaginé une hypothèse pour éviter l'idée d'une Cause Première : l'hypothèse de l'éternel retour. On peut parcourir indéfiniment la surface de la terre en ligne droite, sans rencontrer de limite ; et pourtant, la terre constitue un espace fini. On repasse seulement aux même endroits. De la même façon, on pourrait imaginer un temps fini mais qui peut être parcouru indéfiniment. 
Cette hypothèse est extrêmement contre-intuitive. Il faut donc avoir des arguments solides pour l'adopter (il ne suffit pas qu'elle soit logiquement possible). Or on ne voit pas quels pourraient être ces arguments.

Deuxièmement, du point de vue physique, si le temps est fini, c'est qu'il a commencé. Autrement dit, si le temps physique est fini (parce que le monde n'a pas toujours existé), c'est qu'il a commencé à un certain moment du temps-coordonnée (ce temps abstrait et régulier auquel on se réfère mentalement pour situer les événements les uns par rapport aux autres). La théorie de la relativité admet cette distinction entre deux temps. Le premier est indissociable des choses concrètes et du changement ; alors que le second peut exister (abstraitement) même en l'absence de changement. Par exemple, si on admet que le monde est apparu subitement après une période infinie de néant, on admet que le temps physique a eu un commencement (il ne pouvait pas exister avant le monde physique lui-même), mais rien n'empêche de parler de t -1, t -2, etc., pour parler des instants qui ont précédé cette naissance. Or si on admet ainsi que le temps physique (comme le monde physique) a commencé, on admet tout simplement qu'il est sorti du néant, ce qui est évidemment inacceptable.

Il en est ici comme de l'espace : si la totalité des étoiles forme un amas au delà duquel il n'y a rien du tout, alors en un sens, le monde est limité, mais rien n'empêche de parler de tel ou tel point situé à quelque distance de cet amas, dans le vide. Il y a un espace physique mais aussi un espace coordonnée. L'espace coordonné peut être infini, car il ne suppose pas de quantité de matière infinie. En revanche, l'espace physique ne peut pas être infini. Il en est de même pour le temps. 

Autre objection : si le même événement se produit plusieurs fois, doit-on dire qu'il y a plusieurs événements ou un seul ? Si ces événements sont totalement indiscernables, il faut dire qu'il n'y en a qu'un, en vertu du principe d'identité des indiscernables. Mais alors il n'y a pas de retour, puisqu'il n'y a pas de pluralité d'événements numériquement identiques. Et si on dit qu'ils ont les mêmes propriétés mais qu'ils sont numériquement différents, c'est qu'ils se distinguent par leurs coordonnées dans le temps : il y a un donc un temps-coordonnée où ils prennent place et où l'un est antérieur à l'autre. Et on retombe ainsi sur les même apories, car s'il y a une infinité d'événements successifs (qu'ils aient ou non les mêmes propriétés par ailleurs), on se heurte à nouveau aux trois objections formulées plus haut.

Du point de vue pratique ou moral aussi, l'hypothèse de l'éternel retour est difficilement acceptable. Je ne vois pas comment on peut admettre une idée aussi contre-intuitive.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /2007 13:56

  Bradi-Barth-Vierge-au-pommier.JPG  

Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura 144000 élus, en prenant au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).

 

Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé sur un argument théologique, sur le sens indirect de l’Ecriture, sur la tradition, puis confirmé par des révélations privées. L’argument théologique a été formulé par Duns Scot. La forme de l’argument est la suivante :

-         (1) Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).

-         (2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.

-         (3) Dieu l’en a donc préservée.

 

Pour accomplir leurs missions, les prophètes et les saints reçoivent des grâces particulières. De même, pour que Marie accomplît sa mission de mère du Sauveur, il convenait qu’elle eût des grâces exceptionnelles. La plus grande grâce pouvant être accordée à un être humain excepté Jésus lui-même, c’est la préservation du péché originel (c’est-à-dire de la tendance au mal). Marie devait avoir une humilité parfaite pour être la mère du Sauveur. Elle devait aussi avoir une foi parfaite pour croire que son Fils était le Messie et le Fils de Dieu alors même qu’il subissait la torture et mourait crucifié comme le pire des criminels. Face à de tels événements, il lui fallait aussi une charité très grande, etc. On peut concevoir que les forces du mal se sont liguées contre Marie d'une façon toute spéciale parce qu'elle apportait au monde le Sauveur. Il convenait donc qu’elle fût préservée de toute tendance au mal. Duns Scot insiste également sur des raisons symboliques : en étant préservée du péché originel, Marie pouvait être le type de l’Eglise (autrement dit, elle pouvait représenter l’Eglise) ; elle pouvait être le type parfait du justifié, qui puise dans sa sainteté même la raison de son humilité. L’immaculée Conception est le type absolu de la grâce conférée  sans aucun mérite, avant toute œuvre. Ainsi, paradoxalement, l'idée que Marie a été préservée du péché est étroitement liée au principe de la Sola Gratia qui est à la source du protestantisme. Ce principe n'est pas une invention de Luther ou de ses successeurs, mais une idée classique dans la théologique catholique bien avant Luther (voir là-dessus Bouyer, Du protestantisme à l'Eglise).
Je m'arrête ici pour ce sujet, mais l’argument de convenance est fort complexe (ceci n’est qu’un aperçu).
Passons aux autres arguments.

 

Newman a montré que les chrétiens des premiers siècles avaient une très grande dévotion à la Sainte Vierge. Il le prouve en citant St Justin et St Irénée (IIe siècle), Tertullien, St Augustin, et beaucoup d'autres. Cet argument comptait aux yeux des anglicans de son époque, car l'opinion des premières générations de chrétiens étaient pour eux un critère d'orthodoxie. Mais il y a bien sûr d'autres chrétiens qui raisonnent autrement et ne tiennent pas compte des traditions, même les plus anciennes. Cette position est difficile à tenir. Par exemple, St Irénée a été formé par St Polycarpe, qui a été formé par St Jean l'évangéliste... Soit on tient compte de l'opinion des premiers pères de l'Eglise, soit on est réduit à supposer qu'il y a eu une vaste apostasie juste après la génération des apôtres, hypothèse hasardeuse et qui ne s'appuie sur aucune preuve historique.

Le témoignage de la tradition chrétienne milite massivement et de façon continue en faveur de la dévotion mariale, mais sur quels passages de l'Ecriture s'appuie cette tradition ?  
On sait que la Bible dit peu de choses sur Marie. Ce n'est pas étonnant puisqu'elle était en vie au moment où ont été rédigés les livres du Nouveau Testament. Le seul livre qui a sûrement été écrit après sa mort est l'Apocalypse. Or nous allons voir que l'auteur de l'Apocalypse n'hésite pas à l'exalter. Mais d'abord, notons que dans l'Evangile selon St Luc, lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel la salue en lui disant « Réjouis-toi, comblée de grâces ». Cette salutation confirme l’argument de convenance. On sait aussi que dès le IIe siècle, les chrétiens ont reconnu la mère du Sauveur dans la femme de l’Apocalypse (Ap. 12). Ils reconnaissaient que cette femme symbolisait l’Eglise, mais ils pensaient qu’elle représentait aussi Marie. Pourquoi ? Tout d'abord, la Bible utilise très peu d'allégories. Cette femme représente donc une personne avant de représenter l'Eglise. Or elle est sur le point d’accoucher, et met au monde « un enfant mâle, celui qui doit mener les nations avec un sceptre de fer » (allusion à Is. 66, qui désigne le Messie). Puisque cet enfant est une personne (Jésus), sa mère aussi doit être une personne : Marie. Ensuite, cette femme est menacée par un dragon, symbole de Satan, ce qui rappelle le passage de la Genèse où Eve est trompée par le serpent. Il y a un parallèle entre ces deux passages, dont l’un se trouve au début de la Bible tandis que l’autre est à la fin. Marie serait la nouvelle Eve, comme Jésus, d’après St Paul, est le nouvel Adam. Donc si Marie est assez discrète au début des Evangiles, ici, en revanche, elle est exaltée par l’auteur de l’Apocalypse.  Cette interprétation se trouve chez St Irénée et d'autres Pères représentant l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Ainsi, dès le deuxième siècle, elle semble admise partout, vu qu'il n'y a aucun témoignage contraire. Pour une argumentation plus complète, lire la Lettre à Pusey, de John-Henry Newman.
 

Chez les orthodoxes, l'Immaculée conception est restée un croyance plus ou moins facultative mais admise de fait, en continuité avec la Tradition. C’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise catholique a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt. 

 

Les protestants refusent généralement ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur le sens littéral de l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :

 

  1. quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent parfois.
  2. il n’y a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la raison.
  3. Il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue en un certains sens après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de la réflexion théologique.
  4. Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.
  5. Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.


En ce qui concerne les protestants, il faut savoir qu'une partie d'entre eux accorde une grande importance à la dévotion mariale. Entre les anglicans (de la "haute église") et les calvinistes, par exemple, les différences sont parfois très profondes.

Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :

http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731

Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :

www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")

Pour aller plus loin, lire par exemple : Louis Bouyer, le Trône de la Sagesse.

 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /2007 08:35

 

trinite.jpg  

Le dogme de la Trinité est tiré de nombreux passages de l’Ecriture sainte, qu’il faut accorder entre eux. Une interprétation rigoureuse de ces passages aboutit à un ensemble d’affirmations :

 

  • Il y a un seul Dieu, mais trois personnes qui sont de nature divine. Autrement dit, il y a trois personnes qui sont éternelles, incréées, parfaites, etc.
  • On ne dit pas qu’il y a trois dieux, mais un seul, parce qu’il y a une seule nature divine, et parce que Jésus a dit « celui qui m’a vu, a vu le Père », ou encore « le Père et moi, nous sommes un ». Il y a donc une seconde raison : l’action des trois personnes est commune, leur volonté est commune, etc. Ces trois personnes sont en parfait accord. Enfin, Jésus s’est attribué plusieurs fois le nom divin « Je Suis » (« Yahwé »).
  • Le Fils et l’Esprit sont engendrés du Père. Le Père est donc premier ontologiquement ou causalement. La thèse philosophique selon laquelle il n’existe qu’un seul Dieu, celui-ci étant défini comme la Cause première, ne s’oppose donc pas au dogme de la Trinité.
  • Excepté cette différence ontologique entre les trois personnes, elles sont égales en tout.

On pourrait croire qu'il y a une contradiction dans le dogme de la Trinité, car les trois propositions suivantes ne peuvent être affirmées en même temps : 

  • Un dieu est une personne.
  • Il y a un seul Dieu.
  • Il y a trois personnes que l’on peut appeler « Dieu ».

 

Conclusion : En fait, l’interprétation de l’Ecriture sainte nous conduit à renoncer à la première proposition, selon laquelle un dieu se définit comme une (seule) personne. Ainsi, dans la religion chrétienne, le mot « dieu » prend un sens nouveau. Je dis « dans la religion chrétienne », car la croyance à la Trinité est commune aux catholiques, aux protestants, et aux orthodoxes. Le dogme de la Trinité est cohérent. L'Ecriture ne nous oblige pas à croire quelque chose d'incohérent, mais à concevoir Dieu d'une façon radicalement nouvelle. C'est une vérité révélée au sens le plus fort. Les théologiens disent que dogme de la Trinité, une fois admis, permet de mieux comprendre beaucoup de questions théologiques et d'aspects de la vie morale et spirituelle. 

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 14:05

 

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Ce qui se dit du peuple juif peut aussi se dire de l’Eglise : comme lui, elle a une histoire extraordinaire et très tourmentée. Elle a toujours tenu malgré les persécutions et les efforts de nombreuses puissances pour la diviser ou pour la faire périr. 
Rappelons qu'il y avait deux royaumes chez les Juifs de l'Antiquité : celui de Jacob (Israël) et celui de Juda. D’après l’oracle de Jacob (dans la Genèse), le sceptre ne doit pas être enlevé à Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui sera "l’attente des nations", c'est-à-dire le Messie. De fait, le royaume de Juda a toujours eu la primauté sur celui d’Israël. Et en même temps, l’indépendance de Juda n’a vraiment existé qu’à la fin, pendant une courte période de quatre-vingts ans, de 142 à 63 avant J-C, entre la fin de la domination séleucide et le commencement de la domination romaine. Quand les juifs firent appel à Pompée en 66 av. J-C, ils déclarèrent, épuisés par la guerre civile, qu’ils ne voulaient plus avoir de roi. Ainsi se réalisait la prophétie, car Jésus Christ est venu juste après que le sceptre fût enlevé à Juda. Si l’on comprend la prophétie comme St Augustin dans La Cité de Dieu, elle s’est également réalisée. D’après lui, elle signifie qu’il y aura des rois en Juda avant la venue du Messie. Si cette lecture est juste, la prophétie s’est réalisée de façon très frappante, car les juifs n’ont vraiment eu de rois que pendant quatre-vingts ans, et tous n’étaient pas juifs. Ainsi, après la domination des Babyloniens, puis des Perses, des Grecs, et enfin des Séleucides, les Juifs ont eu juste assez de rois pour que la prophétie se réalise, et cela au moment prédit, c’est-à-dire juste avant la venue du Christ.

Après la mort de Jésus Christ (vers 30), les Juifs se sont entretués dans une guerre atroce. Vespasien, proclamé empereur par les légions à Alexandrie, envoya  son fils Titus en Judée, et l’armée romaine, en 70, rasa entièrement la ville, n’y laissant que trois tours et un mur. Le temple fut entièrement détruit et le sacrifice cessa définitivement. Cette destruction de la ville sainte fut un choc sans précédent depuis l’exil de 587 av. J-C. D’après les historiens, environ un tiers du peuple juif a du périr au cours de ces évènements tragiques. Depuis, le peuple juif a toujours été persécuté, sans jamais retrouver son territoire. Et malgré cela, il a toujours continué à exister en tant que peuple. Ceci est un fait unique. Quel autre peuple a tenu trois mille ans dans d’aussi mauvaises conditions ?

L’histoire de l'Eglise est tout aussi remarquable. D'abord, c'est la plus vieille institution existante. Elle a résisté aux persécutions des Romains, au gnosticisme, puis aux hérésies successives qui menacèrent son unité aux Vè et VIè siècles. Ensuite, elle a résisté aux déchirements internes liés au fait que plusieurs royaumes chrétiens voulaient s’approprier son autorité (rappelons qu'il y a même eu de faux papes, notamment en France). Puis elle a résisté à la Réforme, aux attaques des philosophes athées, à celles des sociétés secrètes. Au XIXème siècle, l'anticléricalisme féroce s'oppose à l'Eglise et à ses congrégations religieuses, qui sont interdites dans plusieurs pays. Au XXème siècle, l’Eglise a été l’ennemi n° 1 des puissances communistes et jamais il n’y avait eu tant de martyrs en un siècle.

Pascal et Newman estiment que ceci est un indice à prendre en considération. Le peuple juif et l'Eglise sont chargés par Dieu d'une Révélation à transmettre au monde entier. Le fait qu'ils résistent à toutes les attaques suggère, d'après eux, qu'ils sont protégés par Dieu à cause de cette mission.

 

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /2007 14:42

foucauld.jpg La convergence des saints et la fiabilité de leur témoignage : la plus grande partie de la connaissance humaine repose sur le témoignage. Tout ce que nous apprenons en cours, dans les livres, nous l'apprenons en nous fiant à d'autres personnes. L'histoire, l'ethnologie et la géographie, ne pourraient pas exister si les hommes refusaient par principe le témoignage des autres. Comme le dit Tocqueville, "il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d'autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de choses qu'il n'en établit" (De la démocratie en Amérique, t. II, ch. II). La manière la plus directe et la plus naturelle de traiter la question du rapport entre foi et raison consiste donc à se demander à quelles conditions il est rationnel de se fier à quelqu'un. Malheureusement, la science ne répond pas aux questions les plus importantes de l'homme, et quand les scientifiques s'y intéressent quand même, ils ne sont pas d'accord entre eux et d'ailleurs, ils n'ont pas la prétention de faire autre chose que de la philosophie.

Quels sont donc les critères d'une foi rationnelle ? Pour savoir à qui se fier, il faut tenir compte de l’intelligence ou de la compétence des personnes, mais surtout de leur sincérité. Cependant, une erreur peut se glisser chez un auteur, même très intelligent et tout à fait sincère. Aristote s’est trompé, et les autres grands philosophes, même les meilleurs. Kant et Hegel méprisaient les noirs. Voltaire n'était pas opposé à l'esclavage. Et on pourrait multiplier les exemples...

  Stjosemariaprayercard.jpg

Soyons donc plus exigeants. Si une même idée est admise par des philosophes ou des personnes répondant aux critères que nous venons de formuler, si ces auteurs sont assez nombreux, et si enfin, ils appartiennent à des époques et à des cultures très diverses, cette convergence est une preuve idéale en faveur de cette idée. On ne peut pas trouver de meilleure preuve dans le domaine de la connaissance par témoignage. Or il existe une telle preuve en faveur de la vérité de la religion chrétienne : elle est affirmée par de nombreuses personnes intelligentes et d’une vertu exemplaire qui appartiennent à des époques et des cultures très diverses. De plus, ce témoignage concorde avec celui d'une multitude de savants, de scientifiques et de philosophes appartenant aussi à des époques et à des cultures très variées (il n'est donc pas le fait de mystiques plus ou moins illuminés et idéalistes).

Ajoutons que rien d’autre ne reçoit une aussi grande confirmation par les témoignages concordants d’hommes et de femmes de valeur. Les martyrs d'Océanie, du Japon et de l'Ouganda, la bienheureuse Kateri Tekakwita (une iroquoise), et les saints de tous les continents ont donné leur vie pour une même cause. Les saints les plus riches ou les plus puissants (St Louis, St Elisabeth de Hongrie, Ste Isabelle du Portugal), comme les plus pauvres (St François d'Assise ou le clochard St Benoît Labre), les plus savants (St Tomas, Duns Scot, etc.) comme les moins cultivés, ont choisi le Christ pour seul maître. De plus, les saints ne sont pas seulement d’accord sur la vérité du christianisme ; il y a entre eux une très grande convergence de vues en ce qui concerne les différents points de la doctrine chrétienne ainsi que les moyens de progresser moralement.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /2007 10:25

 

45J--sus-enfant.jpg

Jésus est un personnage unique dans l’histoire. La figure de Jésus est à la fois très paradoxale et très cohérente : elle réunit en elle-même des idées apparemment contraires entre elles, et cela de façon parfaitement cohérente. Jésus prétend être le Messie, et même il prétend être Dieu, et en même temps, il fait preuve d’une très grande humilité jusque dans cette prétention même, et cela avec cohérence (« Mon royaume n’est pas de ce monde »). Ceci est déjà unique dan l’histoire, car autrement, seuls des fous comme l'empereur Caligula, ont prétendu être de rang divin. Moïse, Mahomet, Bouddha, Confucius ou Al Halladj n’ont pas prétendu être de rang divin : il se sont présentés eux-mêmes, soit comme des prophètes, soit comme des maîtres de morale. Mais ce n’est pas tout : Jésus meurt crucifié et ses disciples proclament qu’il est ressuscité. La sincérité de leur témoignage est prouvée par le fait que les apôtres de la première génération ont préféré subir le martyre plutôt que de renier leur foi en Jésus ressuscité. La figure de Jésus est donc unique, et très cohérente malgré son aspect paradoxal, ce qui suggère qu’elle n’est pas le fruit de l’imagination humaine, mais d’une sagesse supérieure : celle de Dieu.

En outre, à partir de ces trois traits réunis en une seule personne, on aboutit logiquement aux plus profondes idées sur le bonheur, les fins dernières, la distinction entre le bien et le mal, etc.

De plus, ces trois points mis ensemble sont en parfait accord avec l’enseignement moral de Jésus et son enseignement sur les fins dernières.

Enfin, tout cela est dans la parfaite continuité de l’Ancien Testament, notamment des prophètes. En vivant et en s’exprimant ainsi, Jésus donne la clef d’interprétation des prophéties : les différentes figures des prophéties, malgré leur diversité apparente, se rassemblent en une seule : Jésus est à la fois le Roi messie et le serviteur discret et souffrant ; il est à la fois le « Fils d’homme » annoncé par Daniel, le Fils de Dieu, et Dieu lui-même venu, comme prédit, enseigner aux hommes sa volonté ; il est à la fois grand prêtre, prophète et roi ; il est à la fois le prêtre et la victime offerte en sacrifice.

Ajoutons que les grands héros de l'Ancien Testament ont tous quelque chose de commun avec Jésus, et ce quelque chose varie d'un personnage à l'autre : ils sont des préfigurations du Christ (Sur ce sujet, voir mon article intitulé "Jésus, pain de vie et Agneau immolé" dans la rubrique "prophéties").

Tout cela est-il l'effet du hasard ? Si c'est un concours de circonstances, il est d'une extrême improbabilité... 

Cet argument, somme toute classique, a été exposé plusieurs fois par le théologien Hans Urs von Balthasar, et repris (mais simplifié pour le grand public) par Mgr Léonard, dans Les Raisons de croire, éd. Fayard, 1987.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /2007 16:15

Eleonore Stump, professeur à l'université de St Louis, a montré de façon très claire ce que suppose une des solutions traditionnelles au problème de la prescience divine et de la liberté humaine : celle de St Thomas d'Aquin. Cette solution suppose que Dieu soit hors du temps et que les événements que nous considérons comme des futurs contingents soient connus par Dieu comme s'ils étaient déjà fixés. Cette idée suppose que Dieu soit en quelque sorte simultané à tous les événements. Or cela pose évidemment un problème, car la relation de simultanéité est transitive : si a est simultané à b, et si b est simultané à c, alors a et c sont simultanés.

Dieu connaît aussi bien le résultat des élections présidentielles de 2012 que celui des élections de 1981. Mais si sa connaissance est simultanée à ces deux événements à la fois, alors ils sont simultanés entre eux, ce qui est absurde.

Il faut donc que la relation existant entre la connaissance divine et les événements du temps soient d'un type particulier, non transitif. Stump appelle cette relation "ET" (relation éternité-temps). Evidemment, cette relation est mystérieuse et sa nature nous échappe : tout ce que nous savons est qu'elle n'est pas transitive. 

Comme nous l'avons dit, la solution de St Thomas suppose la relativité des modalités : ce qui est contingent pour l'homme (ou de son point de vue) est nécessaire du point de vue de Dieu (puisque déjà fixé, déterminé). Mais cette relativité n'est pas difficile à admettre, car ce qui est contingent maintenant (le fait que je tape les prochaines lignes de cet article) ne sera plus contingent dans une heure : l'événement appartenant alors au passé, il est fixé, donc déterminé et nécessaire. Nous savons tous que les événements passés sont nécessaires, irrévocables.

Ce que suppose la thèse de Stump, c'est que Dieu soit dans un état tel qu'il peut connaître tous les évéments grâce à une relation non-transitive. Cette thèse est cohérente. Seulement, elle est obscure, et c'est pour cette raison que je préfère la thèse du Dieu ouvert, selon laquelle Dieu, bien qu'il ait la capacité de tout connaître, ne fasse pas systématiquement usage de cette faculté.

Par Héron mélomane - Publié dans : L'existence de Dieu
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