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Portraits

philoreligion.com

Ce site, rédigé par un professeur de philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Mardi 26 juin 2007
Cosmos-Nebuleuse-du-Crabe.jpgDans l'article intitulé "Preuve par l'impossibilité d'une quantité infinie actuelle", nous avons exposé une version de l'argument du kalam (ce mot arabe désigne la théologie naturelle). Cet argument est un peu tombé aux oubliettes à cause de certaines formulations insuffisantes ou trop naïves.
On peut argumenter au moins à partir de trois fondements différents :

Premièrement, on estime que toute chose et tout fait réel (par opposition aux entités abstraites) a des propriétés entièrement déterminées, même si elles ne sont pas entièrement prédéterminées. L'histoire du monde est une suite de faits ou d'événements réels. Par conséquent, elle doit avoir, elle aussi, des propriétés entièrement déterminées. Par exemple, elle contient un nombre fini d'étoiles, de supernovae, etc.

Deuxièmement, si on admet que la série des causes passées est sans commencement, on se heurte a des contradictions liées à des principes mathématiques évidents. On ne peut pas ajouter quelque chose de réel à une quantité réelle sans que cette quantité augmente. Par exemple, si dix étoiles naissent sans qu'aucune étoile ne meure, le nombre d'étoiles doi avoir augmenté. Or l'infini plus dix égale l'infini. Donc si le nombre d'étoiles était infini, il n'a pas augmenté. Ceci s'applique également à l'histoire du monde réel. Le passé du monde ne peut pas contenir une infinité d'étoiles, de causes successives, ni d'événements réels et distincts qui se succèdent.

Troisièmement, si on admet que le monde vient d'une série infinie de causes passées, ça n'a plus aucun sens d'évaluer la probabilité des événements physiques, car ils sont tous probables, et on doit même dire qu'ils se sont tous produit, puisque leur probabilité tend vers 1. Il faut donc admettre que les ordinateurs ont déjà existé avant d'êtres fabriqués par l'homme, ou d'autres absurdités : tout événement physiquement possible s'est déjà réalisé ! Du coup, ça n'a plus aucun sens de faire une inférence à la meilleure explication. Or on ne peut pas se passer de ce type d'inférence, ni en science, ni dans les procès ou dans les enquêtes, ni dans la vie quotidienne (voir là-dessus l'article sur l'argument cosmologique).

Ces trois argument convergent pour soutenir que le monde physique a un commencement : il y a eu un premier changement. 


L'hypothèse de Hawking

Dns "Une brève histoire du temps", l'astrophysicien Hawking a imaginé une hypothèse pour éviter l'idée d'une Cause Première : l'hypothèse de l'éternel retour. On peut parcourir indéfiniment la surface de la terre en ligne droite, sans rencontrer de limite ; et pourtant, la terre constitue un espace fini. On repasse seulement aux même endroits. De la même façon, on pourrait imaginer un temps fini mais qui peut être parcouru indéfiniment. 
Cette hypothèse est extrêmement contre-intuitive. Il faut donc avoir des arguments solides pour l'adopter (il ne suffit pas qu'elle soit logiquement possible). Or on ne voit pas quels pourraient être ces arguments.

Deuxièmement, du point de vue physique, si le temps est fini, c'est qu'il a commencé. Autrement dit, si le temps physique est fini (parce que le monde n'a pas toujours existé), c'est qu'il a commencé à un certain moment du temps-coordonnée (ce temps abstrait et régulier auquel on se réfère mentalement pour situer les événements les uns par rapport aux autres). La théorie de la relativité admet cette distinction entre deux temps. Le premier est indissociable des choses concrètes et du changement ; alors que le second peut exister (abstraitement) même en l'absence de changement. Par exemple, si on admet que le monde est apparu subitement après une période infinie de néant, on admet que le temps physique a eu un commencement (il ne pouvait pas exister avant le monde physique lui-même), mais rien n'empêche de parler de t -1, t -2, etc., pour parler des instants qui ont précédé cette naissance. Or si on admet ainsi que le temps physique (comme le monde physique) a commencé, on admet tout simplement qu'il est sorti du néant, ce qui est évidemment inacceptable.

Il en est ici comme de l'espace : si la totalité des étoiles forme un amas au delà duquel il n'y a rien du tout, alors en un sens, le monde est limité, mais rien n'empêche de parler de tel ou tel point situé à quelque distance de cet amas, dans le vide. Il y a un espace physique mais aussi un espace coordonnée. L'espace coordonné peut être infini, car il ne suppose pas de quantité de matière infinie. En revanche, l'espace physique ne peut pas être infini. Il en est de même pour le temps. 

Autre objection : si le même événement se produit plusieurs fois, doit-on dire qu'il y a plusieurs événements ou un seul ? Si ces événements sont totalement indiscernables, il faut dire qu'il n'y en a qu'un, en vertu du principe d'identité des indiscernables. Mais alors il n'y a pas de retour, puisqu'il n'y a pas de pluralité d'événements numériquement identiques. Et si on dit qu'ils ont les mêmes propriétés mais qu'ils sont numériquement différents, c'est qu'ils se distinguent par leurs coordonnées dans le temps : il y a un donc un temps-coordonnée où ils prennent place et où l'un est antérieur à l'autre. Et on retombe ainsi sur les même apories, car s'il y a une infinité d'événements successifs (qu'ils aient ou non les mêmes propriétés par ailleurs), on se heurte à nouveau aux trois objections formulées plus haut.

Du point de vue pratique ou moral aussi, l'hypothèse de l'éternel retour est difficilement acceptable. Je ne vois pas comment on peut admettre une idée aussi contre-intuitive.

par Héron mélomane publié dans : L'existence de Dieu
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Lundi 28 mai 2007

 Bradi-Barth-Vierge-au-pommier.JPG  
Au fond, l’Eglise reconnaît deux autorités : l’Ecriture et la raison. La raison peut nous obliger à accepter un argument fondant une croyance dépourvue de fondement scripturaire direct. Elle peut aussi nous obliger à accepter une révélation privée reçue, par exemple, lors d’une apparition mariale. En réalité, on ne peut pas lire la Bible de façon intelligente sans un travail d’interprétation. Pour savoir ce que l’Ecriture nous oblige à croire, nous devons donc nous servir de la raison. Sans elle, on tombe dans le fondamentalisme (comme ceux qui pensent qu’il y aura 144000 élus, parce qu’ils prennent au pied de la lettre un passage de l’Apocalypse).

 

Le dogme de l’Immaculée Conception (1854) n’a pas de justification scripturaire directe. Il est fondé principalement sur des arguments théologiques, et sur des révélations privées, et sur des arguments scripturaires indirects. Les arguments théologiques, dont celui de Duns Scot, ont la forme suivante :

      (1)Dieu pouvait préserver Marie du péché originel (qui n’est rien d’autre qu’une tendance naturelle au péché, une caractéristique de l’homme qui se transmet de génération en génération).

      (2) il convenait de préserver Marie de cette souillure.

     (3) Dieu l’en a donc préservée. viergechinoise.jpg

 

Mais c’est à la suite des apparitions de la rue du bac en 1830 que l’Eglise a formulé le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Enfin, le 25 mars 1858 (jour de l’Annonciation), Bernadette Soubirous, une jeune paysanne, a vu une « belle dame » lui dire en patois occitan : « je suis l’Immaculée Conception ». Après les vérifications qui s’imposent, les apparitions de Lourdes ont été interprétées comme une confirmation du dogme proclamé quatre ans plus tôt. 

 

 Les protestants refusent ce dogme parce qu’il n’est pas fondé sur l’Ecriture Sainte. Ils admettent en effet que la seule autorité en matière de doctrine est l’Ecriture (c’est le principe de la Sola Scriptura). Cette position est contestable pour plusieurs raisons :

 

1°) Quel est le fondement scripturaire du principe de la Sola Scriptura ? Il n’y en a pas, et les protestants eux-mêmes le reconnaissent parfois. 

2°) Il n’a aucune raison de croire que les arguments philosophiques ou théologiques inventés au cours de l’histoire (comme celui de Duns Scot) soient a priori sans valeur. S’ils sont solides et finissent par s’imposer chez les théologiens, il est normal qu’ils jouent un rôle dans le développement du dogme. On ne peut pas refuser l’autorité de la raison. 

3°) Au contraire, il y a des arguments scripturaires pour montrer que la Révélation continue après Jésus et grâce à l’Esprit Saint, dans le développement de la réflexion théologique. Cf. Jn 16, 12-13 : "j'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière (...)".

4°) Il n’y a aucune raison de croire que les révélations privées n’ont aucun rôle à jouer dans le développement du dogme.

5°) Chez les Juifs, avant la venue du Christ, la Révélation se faisait non seulement grâce à des textes, mais aussi grâce à des révélations privées, et surtout, à l’Esprit Saint, qui a inspiré les prophètes. Les catholiques et les protestants sont d’accord pour dire qu’aucun livre nouveau ne peut être ajouté à la Bible, mais cela ne veut pas dire que la Révélation ne continue pas sous l’action de l’Esprit saint ou d’une autre manière.  

6°) L'interprétation mystique (ou si l'on veut, non littérale) de l'Ecriture ne peut pas être négligée. En effet, l'Ancien et le Nouveau Testament nous montrent que les Juifs on toujours tenu compte de l'interprétation mystique, ou qu'ils auraient dû en tenir compte (dans l'interprétation de prophéties par exemple). Jésus lui-même et les apôtres, ainsi que St Paul attribuent manifestement une grande importance à l'interprétation mystique. C'est aussi une interprétation admise chez les Pères de l'Eglise, et le dogme de la Trinité (admis par les protestants) suppose ce genre d'interprétation. (Voir sur ce blog le texte de Newman sur l'interprétation mystique). Pour voir comment l'Ecriture justifie le dogme de l'Immaculée Conception, voir ce que dit Newman dans la Lettre à Pusey.

Sur l'Immaculée conception, on trouve quelques documents sur internet, comme ici :

http://vitamivero.free.fr/spip/article.php?id_article=731

Mais je doute qu'on puisse comprendre ce sujet sans passer par un étude théologique approfondie du rapport entre grâce, liberté, et salut. Le site que je viens de mentionner contient des articles intéressants sur divers sujets théologiques, notamment des passages de grands théologiens ou de philosophes : Newman, Urs von Balthasar, De Lubac, Tresmontant, etc.
Pour comprendre l'idée selon laquelle il convenait de préserver Marie de toute inclination au mal, voir aussi :

www.salve-regina.com (lire le deuxième article de Garrigou-Lagrange dans la rubrique "Mariologie")

Dans cet article, Garrigou-Lagrange utilise des arguments scripturaires indirects et soutient que puisque les saints reçoivent des grâces particulières pour les missions que Dieu leur confie, Marie a dû recevoir des grâces encore plus grandes pour accomplir sa mission de mère du Sauveur.

 

par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 25 mai 2007

 

trinite.jpg 

Le dogme de la Trinité est tiré de nombreux passages de l’Ecriture sainte, qu’il faut accorder entre eux. Une interprétation rigoureuse de ces passages aboutit à un ensemble d’affirmations :

 

  • Il y a un seul Dieu, mais trois personnes qui sont de nature divine. Autrement dit, il y a trois personnes qui sont éternelles, incréées, parfaites, etc.
  • On ne dit pas qu’il y a trois dieux, mais un seul, parce qu’il y a une seule nature divine, et parce que Jésus a dit « celui qui m’a vu, a vu le Père », ou encore « le Père et moi, nous sommes un ». Il y a donc une seconde raison : l’action des trois personnes est commune, leur volonté est commune, etc. Ces trois personnes sont en parfait accord. Enfin, Jésus s’est attribué plusieurs fois le nom divin « Je Suis » (« Yahwé »).
  • Le Fils et l’Esprit sont engendrés du Père. Le Père est donc premier ontologiquement ou causalement. La thèse philosophique selon laquelle il n’existe qu’un seul Dieu, celui-ci étant défini comme la Cause première, ne s’oppose donc pas au dogme de la Trinité.
  • Excepté cette différence ontologique entre les trois personnes, elles sont égales en tout.

On pourrait croire qu'il y a une contradiction dans le dogme de la Trinité, car les trois propositions suivantes ne peuvent être affirmées en même temps : 

  • Un dieu est une personne.
  • Il y a un seul Dieu.
  • Il y a trois personnes que l’on peut appeler « Dieu ».

 

Conclusion : En fait, l’interprétation de l’Ecriture sainte nous conduit à renoncer à la première proposition, selon laquelle un dieu se définit comme une (seule) personne. Ainsi, dans la religion chrétienne, le mot « dieu » prend un sens nouveau. Je dis « dans la religion chrétienne », car la croyance à la Trinité est commune aux catholiques, aux protestants, et aux orthodoxes. Le dogme de la Trinité est cohérent. L'Ecriture ne nous oblige pas à croire quelque chose d'incohérent, mais à concevoir Dieu d'une façon radicalement nouvelle. C'est une vérité révélée au sens le plus fort. Les théologiens disent que dogme de la Trinité, une fois admis, permet de mieux comprendre beaucoup de questions théologiques et d'aspects de la vie morale et spirituelle. 

 

 

par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Lundi 21 mai 2007

 

jerusalem.jpg 

Ce qui se dit du peuple juif peut aussi se dire de l’Eglise : comme lui, elle a une histoire extraordinaire et très tourmentée. Elle a toujours tenu malgré les persécutions et les efforts de nombreuses puissances pour la diviser ou pour la faire périr. 
Rappelons qu'il y avait deux royaumes chez les Juifs de l'Antiquité : celui de Jacob (Israël) et celui de Juda. D’après l’oracle de Jacob (dans la Genèse), le sceptre ne doit pas être enlevé à Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui sera "l’attente des nations", c'est-à-dire le Messie. De fait, le royaume de Juda a toujours eu la primauté sur celui d’Israël. Et en même temps, l’indépendance de Juda n’a vraiment existé qu’à la fin, pendant une courte période de quatre-vingts ans, de 142 à 63 avant J-C, entre la fin de la domination séleucide et le commencement de la domination romaine. Quand les juifs firent appel à Pompée en 66 av. J-C, ils déclarèrent, épuisés par la guerre civile, qu’ils ne voulaient plus avoir de roi. Ainsi se réalisait la prophétie, car Jésus Christ est venu juste après que le sceptre fût enlevé à Juda. Si l’on comprend la prophétie comme St Augustin dans La Cité de Dieu, elle s’est également réalisée. D’après lui, elle signifie qu’il y aura des rois en Juda avant la venue du Messie. Si cette lecture est juste, la prophétie s’est réalisée de façon très frappante, car les juifs n’ont vraiment eu de rois que pendant quatre-vingts ans, et tous n’étaient pas juifs. Ainsi, après la domination des Babyloniens, puis des Perses, des Grecs, et enfin des Séleucides, les Juifs ont eu juste assez de rois pour que la prophétie se réalise, et cela au moment prédit, c’est-à-dire juste avant la venue du Christ.

Après la mort de Jésus Christ (vers 30), les Juifs se sont entretués dans une guerre atroce. Vespasien, proclamé empereur par les légions à Alexandrie, envoya  son fils Titus en Judée, et l’armée romaine, en 70, rasa entièrement la ville, n’y laissant que trois tours et un mur. Le temple fut entièrement détruit et le sacrifice cessa définitivement. Cette destruction de la ville sainte fut un choc sans précédent depuis l’exil de 587 av. J-C. D’après les historiens, environ un tiers du peuple juif a du périr au cours de ces évènements tragiques. Depuis, le peuple juif a toujours été persécuté, sans jamais retrouver son territoire. Et malgré cela, il a toujours continué à exister en tant que peuple. Ceci est un fait unique. Quel autre peuple a tenu trois mille ans dans d’aussi mauvaises conditions ?

L’histoire de l'Eglise est tout aussi remarquable. D'abord, c'est la plus vieille institution existante. Elle a résisté aux persécutions des Romains, au gnosticisme, puis aux hérésies successives qui menacèrent son unité aux Vè et VIè siècles. Ensuite, elle a résisté aux déchirements internes liés au fait que plusieurs royaumes chrétiens voulaient s’approprier son autorité (rappelons qu'il y a même eu de faux papes, notamment en France). Puis elle a résisté à la Réforme, aux attaques des philosophes athées, à celles des sociétés secrètes. Au XIXème siècle, l'anticléricalisme féroce s'oppose à l'Eglise et à ses congrégations religieuses, qui sont interdites dans plusieurs pays. Au XXème siècle, l’Eglise a été l’ennemi n° 1 des puissances communistes et jamais il n’y avait eu tant de martyrs en un siècle.

Pascal et Newman estiment que ceci est un indice à prendre en considération. Le peuple juif et l'Eglise sont chargés par Dieu d'une Révélation à transmettre au monde entier. Le fait qu'ils résistent à toutes les attaques suggère, d'après eux, qu'ils sont protégés par Dieu à cause de cette mission.

 

par Héron mélomane publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Dimanche 13 mai 2007

foucauld.jpgLa convergence des saints et la fiabilité de leur témoignage : la plus grande partie de la connaissance humaine repose sur le témoignage. Tout ce que nous apprenons en cours, dans les livres, nous l'apprenons en nous fiant à d'autres personnes. L'histoire, l'ethnologie et la géographie, ne pourraient pas exister si les hommes refusaient par principe le témoignage des autres. Comme le dit Tocqueville, "il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d'autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de choses qu'il n'en établit" (De la démocratie en Amérique, t. II, ch. II). La manière la plus directe et la plus naturelle de traiter la question du rapport entre foi et raison consiste donc à se demander à quelles conditions il est rationnel de se fier à quelqu'un. Malheureusement, la science ne répond pas aux questions les plus importantes de l'homme, et quand les scientifiques s'y intéressent quand même, ils ne sont pas d'accord entre eux et d'ailleurs, ils n'ont pas la prétention de faire autre chose que de la philosophie.

Quels sont donc les critères d'une foi rationnelle ? Pour savoir à qui se fier, il faut tenir compte de l’intelligence ou de la compétence des personnes, mais surtout de leur sincérité. Cependant, une erreur peut se glisser chez un auteur, même très intelligent et tout à fait sincère. Aristote s’est trompé, et les autres grands philosophes, même les meilleurs. Kant et Hegel méprisaient les noirs. Voltaire n'était pas opposé à l'esclavage. Et on pourrait multiplier les exemples...

 Stjosemariaprayercard.jpg

Soyons donc plus exigeants. Si une même idée est admise par des philosophes ou des personnes répondant aux critères que nous venons de formuler, si ces auteurs sont assez nombreux, et si enfin, ils appartiennent à des époques et à des cultures très diverses, cette convergence est une preuve idéale en faveur de cette idée. On ne peut pas trouver de meilleure preuve dans le domaine de la connaissance par témoignage. Or il existe une telle preuve en faveur de la vérité de la religion chrétienne : elle est affirmée par de nombreuses personnes intelligentes et d’une vertu exemplaire qui appartiennent à des époques et des cultures très diverses. De plus, ce témoignage concorde avec celui d'une multitude de savants, de scientifiques et de philosophes appartenant aussi à des époques et à des cultures très variées (il n'est donc pas le fait de mystiques plus ou moins illuminés et idéalistes).

Ajoutons que rien d’autre ne reçoit une aussi grande confirmation par les témoignages concordants d’hommes et de femmes de valeur. Les martyrs d'Océanie, du Japon et de l'Ouganda, la bienheureuse Kateri Tekakwita (une iroquoise), et les saints de tous les continents ont donné leur vie pour une même cause. Les saints les plus riches ou les plus puissants (St Louis, St Elisabeth de Hongrie, Ste Isabelle du Portugal), comme les plus pauvres (St François d'Assise ou le clochard St Benoît Labre), les plus savants (St Tomas, Duns Scot, etc.) comme les moins cultivés, ont choisi le Christ pour seul maître. De plus, les saints ne sont pas seulement d’accord sur la vérité du christianisme ; il y a entre eux une très grande convergence de vues en ce qui concerne les différents points de la doctrine chrétienne ainsi que les moyens de progresser moralement.

par Héron mélomane publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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