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Portraits

philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Vendredi 13 mars 2009

Voici un extrait du grand historien de la philosophie Etienne Gilson. Il dit que la fécondité intellectuelle de l'Eglise et la stabilité de sa doctrine à travers 2000 ans de débats philosophiques sont des faits uniques dans l'histoire.

 

Jésus-Christ, une douzaine d'apôtres bientôt rejoints par l'extraordinaire homme de Dieu que fut saint Paul, c'est dans ce petit groupe qu'il y aura bientôt de cela deux mille ans, jaillit la source du large fleuve de la pensée chrétienne. Les obstacles ne lui ont pas manqué durant ces deux millénaires, mais rien n'a pu en arrêter le cours. Presque tous, en tout cas les plus dangereux, furent des tentations de la raison, mais jamais les porte-parole de l'Église ne lui ont sacrifié la foi. Il faut avoir suivi de près les travaux du concile de Nicée pour découvrir la grandeur du spectacle. Arius était un homme raisonnable, il avait le bon sens de son côté, car enfin, comment ne pas voir que le Fils ne peut pas être l'égal du Père dont il tient l'existence? Humainement parlant, l'Église n'avait d'autre chance de survivre que de se faire arienne, parce que c'était choisir la voie de la raison. Et, en fait, il s'en fallut de peu que le monde civilisé ne devînt arien. C'est alors que, s'obstinant invinciblement à prendre le parti de la vérité contre le vraisemblable, l'Église aima mieux courir ce risque terrible que de confier son avenir à la raison de préférence à la foi. Ce n'était là que le premier de tant de grands choix, désapprouvés de la prudence humaine, où l'Église s'est exposée tout entière au plus grand risque, pour rester fidèle au foyer de vérité dont elle a la garde et qu'elle ne trahit jamais parce que le secret lui en est infailliblement connu. À elle, à elle seule. L'Église sait qu'en refusant ces tentations de la « vaine philosophie », elle peut subir temporairement des pertes cruelles, mais en y cédant, elle cesserait d'exister.

On ne voit dans l'histoire aucun cas d'une société spirituelle faite d'hommes unis par le seul amour d'une vérité commune qui transcende la raison et la maintenant pendant vingt siècles sans jamais la trahir. On cherche non moins vainement un autre exemple d'une foi religieuse alimentant pendant deux mille ans un flux ininterrompu de spéculation rationnelle et, pour tout dire, de philosophie, tout entière occupée à en définir l'objet, à la défendre contre ses ennemis du dehors, à la munir de raisons, à conquérir quelque intellection d'un mystère qu'elle s'interdit d'ailleurs d'évacuer. L'admiration saisit devant cette interminable lignée de docteurs de toute origine, se relayant en quelque sorte au long des siècles, pour maintenir intact l'enseignement d'un homme qui, pendant trois années, prêcha la doctrine du salut à des pauvres et à des simples. Trois ans seulement de vie publique, et cet immense fleuve de doctrine circulant partout depuis vingt siècles sans jamais permettre aux princes, aux peuples, aux philosophes, bref, à aucune puissance de ce monde, de le dévier si peu que ce soit de son propre cours. Rien ne peut ici remplacer l'expérience directe et personnelle de cette histoire. Ceux à qui la vie accorde le loisir de l'acquérir savent qu'elle donne invinciblement l'impression qu'une force plus qu'humaine y est sans cesse à l'oeuvre. Nous en savons au moins un pour qui la seule vue de ces vingt siècles de fécondité doctrinale, que rien d'humain n'explique, sont par eux-mêmes une preuve manifeste de l'existence d'un Dieu immédiatement présent à son église. Mais peut-être une telle vue de cette histoire présuppose-t-elle une longue vie passée à l'étudier.

Etienne GILSON, Le Philosophe et la Théologie, VRIN, 1960, rééd. 2005, p.186-187

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Jeudi 29 janvier 2009
Exceptionnellement, j'ai envie d'écrire un article sur un sujet d'actualité. Je ne suis pas un grand connaisseur du mouvement lefebvriste, mais je trouve que beaucoup d'articles publiés sur ce sujet sont superficiels et déforment la vérité.
On reproche à Benoït XVI de lever l'excommunication portant sur les quatre évêques de la Fraternité St Pie X fondée par Mgr Lefebvre alors que l'un d'entre eux, Mgr Williamson, a dit qu'il ne croyait pas à l'existence des chambres à gaz. AInsi, dit-on, Benoît XVI aurait réhabilité un évêque négationniste. Il faudrait dire plutôt qu'il a réhabilité un évêque qui se trouve être un négationniste, car son intention n'était évidemment pas de réhabiliter un négationniste, mais de faire un geste fort destiné à éviter que la Fraternité St Pie X se transforme petit à petit en une véritable secte.
C'est jeudi dernier, paraît-il, que Williamson a exprimé son opinion négationniste, alors que la levée de l'excommunication était prévue de longue date. Le pape n'allait donc pas revenir en arrière au dernier moment. Mais surtout, encore une fois, le but du pape est d'éviter que se crée une église parallèle ou une secte. Il pense aux quelques dizaines de milliers de personnes qui appartiennent à la Fraternité St Pie X.

Il ne faut pas être trop sévère à l'égard des membres de ce mouvement. En effet, il est indéniable que pendant les années 60-70, il y a eu une crise de l'Eglise, en particulier du point de vue liturgique. D'un seul coup, la plupart des prêtres ont abandonné la liturgie traditionnelle, qui était belle et priante, pour célébrer la messe d'une manière insipide, voire totalement fantaisiste (certains réécrivaient eux-mêmes le texte de la prière eucharistique, et on expérimentait toutes sortes d'idées farfelues). Les meilleurs théologiens français, qui étaient à l'époque experts aux concile Vatican II et ne s'opposaient pas au concile, ont critiqué très sévèrement ces abus (voir De Lubac, Considérations sur la crise actuelle, Bouyer, La Décomposition du catholicisme, etc.). Les écrivains français et étrangers (Maritain, Borghes, et tant d'autres), les musiciens (Olivier Messiaen, Maurice Duruflé et tant d'autres), une multitude d'intellectuels catholiques (Etienne Gilson, etc.) ont également critiqué les comportements délirants que l'on observait fréquemment dans l'Eglise. La cause de ces excès n'était pas le concile, mais la mentalité progressiste qui régnait pendant les années 60, caractérisée par un besoin de rompre avec le passé, quitte à inventer pour cela les pires absurdités. Face à cette crise, les catholiques de sensibilité traditionnelle mais qui n'avaient pas lu les documents du concile ont cru que l'Eglise officielle approuvait ces excès. Ou bien ils croyaient que le magistère de l'Eglise avait le pouvoir de contrôler la situation et de ramener les progressistes à la raison, et ils lui reprochaient donc de ne pas réagir, et de les approuver secrètement.

Bref, il y a bien des circonstances atténuantes en faveur de la fraternité St Pie X. Cela dit, l'acte de Mgr Lefebvre était injustifiable. Il pensait qu'une mission lui était confiée par Dieu : continuer la Tradition de l'Eglise. Malgré l'interdiction que lui avait imposée Jean-Paul II d'ordonner des évêques (sous peine d'excommunication), Mgr Lefebvre a accompli cet acte de désobéissance après s'être rétracté concernant l'accord qu'il avait signé avec le cardinal Ratzinger. Or il faut savoir que du point de vue catholique, un tel comportement est inacceptable, même en période de crise. Personne ne peut s'envoyer lui-même en mission. Il doit y être envoyé par Dieu, ce qui peut se faire de deux manières : soit par le biais de la hiérarchie, ce qui n'était évidemment pas le cas, soit directement par Dieu, mais dans ce cas, il faut que cette mission soit confirmée par une sainteté manifeste ou des miracles, etc., et même dans ce cas, il faut que la personne en question n'accomplisse pas sa mission en désobéissant. St François d'Assise et Ste Catherine de Sienne ont réformé l'Eglise, mais ils l'ont réformée de l'intérieur : leur sainteté était évidente aux yeux de tous, ils faisaient des miracles, et ils évitaient consicencieusement la désobéissance. Beaucoup de saints ont été traités injustement par la hiérarchie, mais ils n'ont pas désobéi pour autant.

Ce reproche n'est pas de mon invention. St François de Sales lui-même l'adresse auix réformateurs protestants dans sa Lettre ouverte aux protestants (à lire sur JesusMarie.com). Or il s'applique parfaitement à Mgr Lefebvre et à son mouvement, qui a néanmoins souvent accusé Ratzinger d'être un "libre penseur". Libre penseur ? N'oublions pas en effet que Ratzinger a participé activement au concile Vatican II, et qu'il n'avait pas peur des innovations. D'un autre côté, à l'époque du concile, il a émis quelques réserves à propos de certaines formulations des documents conciliaires (par exemple dans Gaudium et Spes). Mais il est ridicule de soupçonner Ratzinger de sympathie à l'égard des idées traditionnalistes et de la liturgie tridentine. Dire cela, c'est ignorer complètement sa pensée. Benoît XVI tient à la nouvelle liturgie, la liturgie Paul VI, mais il aimerait que l'on dise la prière eucharistique face à la croix (donc "dos au peuple") puisque cette prière ne s'adresse pas au peuple mais à Dieu. Il veut aussi qu'on se serve d'avantage du grégorien, par exemple. Mais rien de cela n'est contraire au concile. 
Autre différence entre Ratzinger et les lefebvristes : Ratzinger a toujours cru à la l'utilité de l'oecuménisme, il y a travaillé activement, signant un accord avec les luthériens sur la justification, invitant les patriarches orthodoxes à Rome, etc. Or les traditionnalistes ont toujours été extrêmement méfiants envers l'oecuménisme, qu'ils considèrent comme du syncrétisme ou du relativisme. Autre différence encore : Benoît XVI n'hésite pas à dire aux catholiques d'Europe occidentale qu'ils devront s'habituer à rester minoritaires, alors que beaucoup de traditionnalistes rêvent à l"Occident chrétien", à un système césaro-papiste ou à une monarchie de droit divin.

Mais revenons au grief relatif  à Mgr Williamson. Que se passerait-il si Benoît XVI le maintenait excommunié ? Je pense que ses ouailles le suivraient par solidarité et seraient donc toujours dans le schisme, avec tout ce que cela implique comme ressentiments envers le magistère de l'Eglise.Il faut comprendre que là où il y a schisme, le courant séparé de Rome développe insensiblement une justification ad hoc de sa propre séparation de l'Eglise-mère. Ainsi se constitue une nouvelle théologie, de plus en plus différente de la théologie catholique. Dans le cas des traditionnalistes, cette dérive est limitée par le fait qu'ils se justifient à partir des documents magistériels antérieurs au concile Vatican II. Mais ils appliquent le principe du libre examen dans l'interprétation de ces documents, au lieu de se fier, comme est censé le faire tout catholique, à l'interprétation qu'en donne le magistère actuel de l'Eglise. Cela suffit pour qu'ils développent leur propre théologie. Il faut comprendre également que les schismatiques, parce qu'ils sont exclus de la communion et sont extrêmement minoritaires, ont naturellement tendance à médire du magistère et même à le considérer comme investi par les forces du mal (de même que les protestants ont eu tendance à haïr l'Eglise et à considérer le pape comme l'Antichrist). Plus le temps passe, plus cette tendance se renforce, et plus l'unité devient difficile à réaliser. Petit à petit, cette minorité qui se sent assiégée de tous côtés se coupe intellectuellement du reste du monde : elle cherche à distinguer les "bons" et les "mauvais" livres, elle évite les écoles ou les collèges ordinaires (publics ou privés) pour élever ses enfants dans une doctrine pure et irréprochable à ses yeux. Enfin, les jeunes traditionalistes, qui sont nés après la séparation, ne ressentent pas comme leurs aînés la nécessité de retrouver la pleine communion avec Rome. Ils se sont habitués à cette séparation et peuvent même y trouver une certaine satisfaction, contents d'appartenir à l'élite, au petit reste d'Israël. Bref, ce que je veux dire, c'est que si nous ne donnons pas dès maintenant aux lefebvristes la possibilité d'aimer un peu plus le pape et l'Eglise, puis de s'y fier d'avantage, la fraternité St Pie X risque de devenir une véritable secte, c'est-à-dire un mouvement religieux de plus en plus coupé du monde et de plus en plus malsain. 
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 9 janvier 2009
 

Bonjour,


deux fois, j'ai voulu vous répondre, mais à chaque fois, tout ce que j'ai écrit a disparu lorsque j'ai tapé sur « entrée » pour passer à la ligne. Bref, je recommence, en utilisant une méthode plus prudente, c'est-à-dire en rédigeant sur open office ; or je ne peux faire copier-coller dans l'endroit prévu pour répondre aux commentaires. C'est pourquoi je publie cette réponse ici.

Tout d'abord, vous mentionnez deux passages de l'Ecriture pour soutenir que l'évêque de Rome ne peut être le primat de l'Eglise. Ces deux passages disent que la Bonne Nouvelle doit être annoncée partout dans le monde à commencer par Jérusalem. Et Jésus dit à ses apôtres de demeurer à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils reçoivent l'Esprit Saint. Or rien de cela n'exclut que l'Eglise se développe ensuite ailleurs et soit gouvernée à partir d'une autre ville comme Rome, lieu où St Pierre fut martyrisé. Deuxièmement, on peut dire qu' Israël préfigure l'Eglise, car Israël est le peuple de Dieu, puis c'est l'Eglise qui est le peuple de Dieu après la Pentecôte. Mais en quoi cela prouve-t-il que l'Eglise doive être gouvernée à partir de Jérusalem ? Bien entendu, on peut citer une foule de passages qui parlent de Jérusalem comme d'une ville sainte, la ville du Temple, la ville du grand Roi, etc., mais en quoi cela prouve-t-il ce que vous soutenez ? Pour un catholique, Jérusalem est effectivement une ville sainte, c'est une ville où Jésus a enseigné (dans le Temple, notamment) et où il est mort. Elle a donc une place toute particulière. Mais pourquoi faudrait-il absolument qu'en plus de cela, elle soit le lieu où l'Eglise comme institution ait sa hiérarchie ? Notez que le Temple a été détruit en 70 et, avant cela, Jésus avait dit à la Samaritaine du puits de Jacob que Dieu serait adoré non seulement à Jérusalem mais partout (“en esprit et en vérité”). Il est donc clair que Jérusalem, la ville du Temple, n'a pas une importance aussi grande avant et après la venue du Christ. Je pense que certains protestants, à force de parler de Rome, se font des idées fausses sur la place qu'a cette ville dans l'esprit d'un catholique. Pour nous, Rome est importante parce que St Pierre et St Paul, colonnes de l'Eglise, y furent martyrisés comme beaucoup d'autres chrétiens. Du coup, elle est le lieu où s'est installée la hiérarchie de l'Eglise. Mais Rome ne remplace évidemment pas Jérusalem. De même, je pense que la plupart des gens qui ne sont pas catholiques se font une idée fausse du pouvoir du pape. Ils imaginent que si le pape dit quelque chose, tous les catholiques vont le suivre comme un seul homme. En réalité, bien qu'il exerce une autorité, le pape ne contrôle pas vraiment ce qui se passe dans l'Eglise. Au fond, les catholiques font ce qu'ils veulent. Certains accordent peu d'importance à ce que dit le pape, d'autres exagèrent la valeur de ce qu'il dit, et d'autres, heureusement, ont une conception plus juste de son autorité. Au total, bien peu de gens, chez les catholiques, peuvent être considérés comme “papistes”. Il en est ici comme des préjugés sur l'utilisation des images par les catholiques. Il est évident que les catholiques n'adorent pas des images ou des statues. Sur mes étagères, il y a une icône en contreplaqué et une image de la Ste Vierge en papier que j'utilise pour prier. Est-ce que j'adore ce bout de papier ? Certainement pas, et comme tout le monde, j'ai jeté des dizaines d'images pieuses à la poubelle. Les icônes que les catholiques utilisent chez eux sont faites d'une feuille de papier collée sur un morceau de contreplaqué... Pour ma part, je n'ai jamais vu un seul catholique “adorer” une image.


Ensuite, vous dites qu'aucun passage de l'Ecriture ne suggère la primauté de Pierre. Pourtant, les passages que je mentionne dans l'article suivant une tradition d'interprétation très ancienne suggèrent cela. Premièrement, le nom donné à Jésus, sachant que Dieu ne donne pas de nouveaux noms sans qu'ils soient lourds de signification. Or il donne à Simon le nom de Pierre, mot qui s'applique jusque-là à Dieu lui-même et qui connote le fondement, la solidité, etc. Le fait que ce mot soit appliqué par St Pierre à Jésus, pierre angulaire de l'Eglise, ne veut pas dire qu'il ne s'applique pas à Simon en un certain sens. Dans la Bible, un même mot peut renvoyer à deux réalités différentes. Par exemple, la vigne est Israël, mais aussi l'Eglise ; et le Messie dont parle Isaïe est Cyrus, mais aussi Jésus Christ, etc. Deuxièmement, le fait qu'il lui promette les clés du Royaume. C'est une allusion à Elyoqim dans le livre d'Isaïe. Pierre est en quelque sorte le premier ministre de l'Eglise. Troisèmement, il y a les autres promesses. Enfin, il y a plusieurs passages des Evangiles où Jésus, en dialoguant avec Pierre, semble lui attribuer un rôle tout à fait particulier, ce que confirment les Actes des apôtres, où il est bien le chef de l'Eglise après Jésus. Bien sûr, on pourrait penser que la fonction occupée par Pierre s'est arrêtée avec lui et qu'il ne devait pas avoir de successeur. Mais cette idée n'est pas très naturelle. Tout d'abord, aucun passage de l'Ecriture n'indique que Pierre devait être le dernier à exercer cette fonction. Ensuite, si la fonction instituée par Jésus et confiée à Pierre était utile, pourquoi devait-elle s'arrêter avec lui ? Or il semble bien qu'une telle fonction est utile. Enfin, si elle devait s'arrêter avec Pierre, pourquoi a-t-il eu des successeurs ? L'Eglise aurait sombré dans l'hérésie juste après la mort de Pierre en lui désignant un successeur ? On tombe ainsi dans le mythe fondamentaliste selon lequel il y aurait eu une grande apostasie dès le début de l'histoire de l'Eglise, hypothèse gratuite qu'aucun document historique ne permet de confirmer. Puisque Jésus promet à Pierre que les portes de l'Enfer ne l'emporteront pas (ou ne seront pas fortes) contre l'Eglise, cet événement ne peut s'être produit, ou en tout cas il ne peut s'être produit sans qu'une partie des chrétiens ait formé alors la véritable Eglise. Or nous n'avons aucun document historique attestant l'existence de cette église préservée de la “corruption romaine”. Si ce débat sur l'hypothèse de l'apostasie originelle vous intéresse, je vous renvoie à un article là-dessus sur le site v-i-v.free.fr

(allez ensuite dans « Watchtower », puis « doctrine », puis cherchez l'article).

A propos de Mathieu 16, 18, vous avez raison de dire qu'il n'y a que deux fois le mot Pierre (ou pierre), mais ça ne change rien. La traduction mot à mot du grec donne ceci : « je dis que toi tu es Pierre, et sur cette la pierre, je bâtirai de moi l'église ». La Traduction Oecuménique de la Bible dit : « je te le déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».


Concernant la foi comme don de Dieu, et le fait que nous sommes sauvés par la grâce de Dieu, nous sommes d'accord. Les protestants et les catholiques ne le savent pas toujours, mais les principes de la sola gratia et de la sola fide sont affirmés par la tradition catholique bien avant Luther.


Enfin, je ne sais pas ce qui s'est passé avec le Sabbat et le dimanche, mais ce dont je suis sûr, c'est que l'affirmation suivante est arbitraire : « Ce qui existe chez les païens ne peut pas exister dans le vrai christianisme ». Pour être pur et d'origine divine, le christianisme n'a pas besoin de rejetter toutes les coutumes païennes. Il n'a même pas besoin de s'interdire l'incorporation de coutumes ou de notions nouvelles empruntées au paganisme. Ce qui est païen peut devenir chrétien, à moins d'être contraire au christianisme. Ainsi, St Jean a repris la notion de « Logos » à la philosophie stoïcienne. La Genèse reprend des symboles païens (comme l'arbre de vie) qui viennent de la culture babylonienne, etc. Voyez sur ce sujet le texte de Newman que j'ai inséré ici dans un article sur les témoins de Jéhovah.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 18 septembre 2008


Il y a des parties de nous-mêmes que nous pouvons perdre sans cesser d'exister et d'être le même individu qu'avant : les bras, les mains, les jambes, les cheveux, etc.
Soit un individu nommé John McCullen. Il perd une partie de sa mémoire au cours d'un accident, ainsi que ses jambes. Il a changé, mais il s'agit toujours de John McCullen.

Imaginons qu'il ait commis un crime abominable avant cet accident. Après l'accident, on le considérera encore comme le criminel et il devra subir une peine proportionné au mal qu'il a commis. c'est donc qu'il s'agit toujours du même individu : John McCullen.

La question est : quelle est la partie de son être qu'il peut perdre sans cesser d'être lui-même ? C'est la question des critères de l'identité personnelle.

D'un point de vue matérialiste, il est tentant de penser que c'est le cerveau qui est le centre de l'identité personnelle. Mais, comme le montre Swinburne, cette idée pose un sérieux problème.
 
- si on enlève une partie du cerveau à un individu (pour lui enlever une tumeur par exemple), il s'agit toujours du même individu après. Par exemple, si McCullen a un cancer et qu'on lui enlève un morceau de l'hémisphère droit, il reste John McCullen après l'opération. On sait d'ailleurs que ce genre d'opération, lorsqu'elle est réussie, n'enlève à l'individu qu'une partie de ses facultés (il ne peut plus jouer de musique, par exemple).

- notons que si on enlève à un individu la moitié de son cerveau, il survit dans certains cas. Les enfants peuvent subir cette opération et recouvrer toutes leurs facultés au bout d'un certain temps (l'hémisphère restant finit par remplir toutes les taches à lui seul).

Swinburne se demande donc : que se passe-t-il si on sépare les deux hémisphères cérébraux d'un individu sans les détruire ? Par exemple, on échange des hémisphères cérébraux de deux personnes (disons John et son frère Mark). Du point de vue matérialiste, la réponse serait celle-ci : nous avons deux personnes qui sont chacune un peu de John et un peu de Mark.

Objection de Swinburne : dans ce cas, il fallait dire tout à l'heure que si John perd une petite partie de son cerveau au cours d'une opération, il n'est plus tout à fait John McCullen.

Comment résoudre la contradiction ? Soit le fait de retirer une partie du cerveau fait qu'il ne s'agit plus du même individu, soit cela n'empêche pas qu'il s'agisse du même individu. Swinburne soutient que le matérialiste ne peut pas se sortir de cette difficulté...

Il faut bien voir que l'identité d'une personne à travers le changement est d'un type particulier. Chisholm la distingue de l'identité d'un fleuve. Le Missouri et l'Ohio se jettent dans le Mississipi. Le Mississipi est-il le même fleuve en amont et en aval des lieux où le rejoignent ses deux affluents ? Oui et non. Nous lui donnons le même nom, mais il ne s'agit pas tout à fait du même fleuve.
En revanche, lorsque nous parlons d'une personne qui change au cours de sa vie, nous disons que c'est toujours de la même personne qu'il s'agit. Encore une fois, si elle a commis un crime et qu'on lui enlève une partie du cerveau au cours d'une opération, on pense bien qu'il s'agit toujours de la même personne après l'opération et qu'elle doit subir une peine de prison.
L'énigme est là : si le critère matérialiste de l'identité personnelle était correct, comment expliquer cette différence ?

Swinburne suggère que le centre de l'identité personnelle n'est pas le cerveau, mais une partie indivisible (l'âme, si l'on veut).

Son argument est étrange, mais je ne vois vraiment pas comment le contrer.

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Lundi 14 juillet 2008

Le pari de Pascal n’est pas un choix aveugle ou arbitraire, mais un calcul rationnel, un calcul de probabilités. D’abord, insistons sur le fait que Pascal n’est pas fidéiste : il ne sépare pas la foi et la raison. Sa thèse est plutôt que la foi est incompréhensible du point de vue de la raison raisonnante, c’est-à-dire tronquée ou caricaturée. Il y a bien des raisons de croire, et le but des Pensées est de les exposer de façon persuasive. Selon Pascal, la plus importante des preuves du christianisme est la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament. Une bonne partie des Pensées porte sur ce point. Les indices en faveur du christianisme ne manquent pas mais ils manquent d’évidence, car si Dieu imposait à l’homme des preuves évidentes, il ne respecterait pas sa liberté. L’adhésion libre à la vérité révélée suppose que nous ayons la capacité de nier cette vérité en nous aveuglant volontairement. Cela n’est possible qu’à l’égard de ce qui n’est pas évident. Par exemple, je n’ai pas le pouvoir de croire que 2 + 2 = 5 ou que le monde n’existait pas il y a une heure. Il faut donc qu’il y ait des preuves, mais des preuves non évidentes.

A celui qui hésite encore après avoir considéré ces preuves du christianisme, Pascal propose un argument de son cru : le fameux pari. Il se compose de deux parties. La première relève de la théorie de la décision, et la deuxième du calcul des probabilités, inventé par Pascal lui-même, Huygens, et Fermat.

Première partie : il y a deux choix possibles : celui de la foi et l’autre (celui de l’athée ou de l’agnostique. On peut les mettre ensemble parce qu’il s’agit dans les deux cas du choix de ne pas recourir aux sacrements et de ne pas croire la vérité révélée). Donc soit on croit, soit on ne croit pas. Si on fait le premier choix, on sacrifie certains plaisirs de ce monde ; ainsi, en cas d’erreur, on aura fait un sacrifice inutile, mais cette perte est limitée. Si on fait le deuxième choix, le risque est beaucoup plus grand : perdre la vie éternelle. Nous avons donc d’un côté une perte finie, et de l’autre une perte infinie. Il n’y a donc pas à hésiter : il faut choisir de croire.

Objection : si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus grande que la probabilité de son existence, ce raisonnement n’est pas concluant…

La deuxième partie de l’argument répond à cette objection.

Deuxième partie (où interviennent les probabilités) :  Même si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus forte que la probabilité de son existence, l’argument du pari demeure valable. Pascal le montre en imaginant un jeu de hasard. Prenons un exemple du même genre. Jouons à la roulette en modifiant le jeu de la manière suivante : il y a trois fois plus de nombres rouges que de noirs mais que le gain prévu pour les nombres rouges est cent fois plus petit que pour les noirs. Dans ce cas, le pari le plus rationnel est de choisir les noirs.

- Rouges (probabilité de ¾) : gain de 10 euros si ça tombe sur un nombre rouge.

- Noirs (probabilité de ¼) : gain de 1000 euros si ça tombe sur un nombre noir. 

De même, s’il y a peu de chances que Dieu existe compte tenu des indices dont nous disposons, le choix le plus rationnel est tout de même celui de la foi car le gain qu’il permet est infini (c’est la vie éternelle). Il s’agit d’un gain infiniment plus grand que celui du pari contraire.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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