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Portraits

philoreligion.com

Ce site, rédigé par un professeur de philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Mardi 6 mai 2008

  

La suprématie du pape s’appuie sur plusieurs arguments :

 

  1. L’argument de convenance : il convenait de donner aux chrétiens une autorité visible, pour que tous soient un. Jésus lui-même a exprimé ce désir « que tous soient un », et le souci de l’unité et de l’organisation dans l’Eglise se manifeste aussi dans les Actes des Apôtres (ch. 15) lorsqu’ils envoient une lettre apostolique à Antioche. Sans une autorité suprême identifiable à partir de signes extérieurs (son unité, son universalité, sa sainteté, et le fait qu’elle descende de St Pierre), les hommes sont perdus, car la doctrine chrétienne n’est pas contenue de façon explicite dans l’Ecriture. Elle se fonde sur elle, mais moyennant des principes d’interprétation, une certaine exégèse et une certaine traduction. Pour interpréter la Bible à la seule lumière de son intelligence, il faut donc être à la fois philosophe, théologien, historien, exégète et archéologue. Bref, c’est impossible. C’est pourquoi les réformateurs protestants, tout en adoptant le principe du libre examen, censé affranchir l’homme de toute autorité autre que celle de l’Ecriture, n’ont pas pu s’empêcher de créer de nouvelles institutions en concurrence avec l’Eglise catholique. Quant aux évangéliques, rien qu’en France, ils se divisent en plus de 1800 églises !

 

  1. Le recours aux Pères de l’Eglise : les pères de l’Eglise à partir du IIIe siècle croient à la primauté de l’évêque de Rome. Ils le considèrent comme l’autorité suprême. C’est une des raisons qui ont poussé Newman et d’autres théologiens du mouvement d’Oxford à se faire catholiques. On peut ajouter que le judaïsme avait sa hiérarchie et son autorité suprême. Il était somme toute assez naturel que les chrétiens en eussent également une, en continuité avec la religion instituée par Dieu lors de l’Ancienne Alliance. On connaît l’attachement des orthodoxes à l’Eglise des premiers siècles. Or ils ont signé en 2007 un accord par lequel ils reconnaissent tous la primauté de l’évêque de Rome. Les protestants et les témoins de Jéhovah sont en rupture avec l’Eglise des premiers siècles en refusant cette primauté.

 

  1. L’argument scripturaire :

·        « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Mt 16, 18). Dans la Bible, le mot pierre ou rocher (en effet, le mot Kephas signifie roc, rocher) signifie la solidité, la stabilité. Et on sait que les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Jésus dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc. Le rocher désigne même Dieu dans certains passages, pour la même raison (il est fiable). La suite de la phrase va dans le même sens : les portes de l’enfer ne l’emporteront pas contre l’Eglise construite sur Simon-Pierre. Si Luther avait raison en croyant que la papauté est l’œuvre du diable, ce passage deviendrait très difficile à interpréter. A propos des clefs du royaume, voir Isaïe 22, 20-24 : Ezechias remet les clefs à Elyaqim pour que tous voient qu'il est son nouveau premier ministre. Jésus fait allusion à ce passage pour signifier que Pierre et ses successeurs auront désormais, de façon visible, l'autorité légitime.

·        A la fin du dernier évangile, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21, 15). Que veut dire ce passage, sinon que c’est à Pierre et à ses successeurs que Jésus confie l’autorité sur son troupeau ?

·        « Satan vous a réclamés ; j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères… » (Lc 22, 32). Ce passage indique que Jésus préserve son Eglise de l’influence de Satan. Il confirme l’interprétation catholique du premier passage : les portes de l’enfer ne peuvent pas l’emporter contre l’Eglise, tout simplement parce que Dieu, dans sa toute-puissance, la protège des corruptions doctrinales. 

·        Il faut ajouter à cela plusieurs indices insuffisants en eux-mêmes, mais qui ont valeur de confirmation : avec l’aide du Seigneur, Pierre marche sur le lac (la mer et l’eau symbolisent le mal – el la Bible voit en Dieu le « maître des eaux ») ; il accomplit une pêche miraculeuse (deux fois) (ceci semble avoir un sens prophétique, Jésus ayant dit à Pierre qu’il le ferait pêcheur d’hommes) ; la prédication de Notre Seigneur se fait à partir de la barque de Pierre ; enfin, après sa prédiction, c’est à Pierre que Jésus apparaît en premier.

 

N. B. : le chiffre de la bête dans l’Apocalypse ne peut pas désigner le pape. Les adventistes du septième jour pensent qu’il désigne le pape parce que le total des lettres VICARIUS FILII DEI est 666. Mais l’argument est sans valeur car ce n’est pas un titre du pape. Aucun document de l’Eglise catholique ne porte cette signature. Ce titre n’a jamais été donné au pape. En revanche, il est VICARIUS CHRISTI, ou PONTIFEX ROMANUS, mais ça ne fait pas 666. Il paraît d’ailleurs que le nom de la fondatrice des Adventistes correspond à un total de 666…Nous ne dirions pas pour autant que c’est la bête de l’Apocalypse.

 

 

par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 3 avril 2008

 

La justice veut que les malfaiteurs soient punis en recevant une peine proportionnée au méfait. Le pardon, au contraire, suppose qu’on renonce à punir le coupable. Le pardon semble donc contraire à la justice. Comment résoudre cette difficulté ? Je crois qu’il y a dans la Bible, implicitement ou explicitement, tout ce qu’il faut pour répondre à cette question :

1. « Ne jugez pas afin de n’être pas jugés, car du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on vous mesurera » (Mt 7, 1). C’est une conséquence de la « règle d’or » : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas subir » (Tobie 4, 14). Cette règle est formulée de façon positive dans le Nouveau Testament : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes » (Mt 7, 12). Dieu récompense ceux qui pardonnent comme Lui, et il leur montre d’autant plus de miséricorde.

2. Cependant, s’il est juste de pardonner, ce n’est pas seulement parce que Dieu y invite les hommes, mais aussi parce que chacun désire être pardonné. Il est donc juste de pardonner aux autres lorsqu’on veut soi-même être pardonné. Pourtant, lorsqu’un individu pardonne à un autre, et que celui-ci ne lui rend pas la même mesure de pardon, il y a une injustice. Mais c’est l’injustice d’un état de choses, et non celle d’une action ou d’une attitude. Son attitude est juste, mais l’absence de réciprocité entre lui et l’autre est injuste. Celui qui pardonne n’est pas la cause d’une injustice, car il a agi justement. C’est bien le donataire qui est responsable de l’injustice, du moins s’il ne lui rend rien : ni pardon, ni gratitude, ou autre chose.

3. Ainsi, lorsqu’on parle de justice, il faut distinguer la justice d’un état de chose, la justice dans les actes extérieurs, et la justice dans les intentions ou attitudes intérieures. Par exemple, il est juste de soutenir financièrement une bonne cause (par exemple, une association au service des pauvres), mais on peut le faire avec une intention injuste (attirer les louanges d’autrui). L’orgueil est une forme d’injustice : est orgueilleux celui qui s’estime plus qu’il ne convient. « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi que font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes (…). Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6, 1-3).

4. La charité est un amour juste. L’amitié et l’amour sentimental reposent sur des préférences qui n’ont pas de fondement objectif (leur fondement est plutôt subjectif). La charité, au contraire, est un amour qui se règle selon les degrés de perfection métaphysique. Plus un être est parfait, plus il est digne d’être aimé ou estimé. D’où le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tous les êtres humains sont des personnes, c’est-à-dire des êtres doués de raison, de libre arbitre et de volonté. Ils ont la même dignité, qu’ils soient saints ou débauchés. Il est donc rationnel et juste d’aimer son prochain comme soi-même. De même, il est juste d’aimer Dieu par-dessus tout puisqu’il est l’Etre le plus parfait. D’où le commandement « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». La charité, dans la Bible se définit à partir de ces deux commandements. A l’analyse, nous voyons bien qu’elle est liée à la justice…

 

par Héron mélomane publié dans : Philosophie morale et anthropologie
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Jeudi 13 mars 2008
Louis Bouyer, prêtre de l'Oratoire, expert au concile Vatican II, est un des principaux théologiens français de l'époque du concile. Il a écrit un petit livre passionnant intitulé Architecture et Liturgie (1967). Ratzinger le cite dans l'Esrpit de la liturgie (2000). En le lisant, on découvre l'organisation des lieux et des objets liturgiques à l'intérieur du temple, de la synagogue, puis des églises syriennes, romaines, byzantines, et occidentales. Dans le dernier chapitre, Bouyer dégage quelques principes généraux pour la construction des nouvelles églises et l'utilisation des églises déjà construites. On est surpris de voir comment Bouyer conçoit la liturgie participative. Son idée de la liturgie participative (comme celle d'autres théologiens du concile) est à mille lieux de celle qui est actuellement répandue dans beaucoup d'esprits. Participer, c'est prier, donc aussi s'incliner et se mettre à genoux quand il convient, et ne pas regarder passivement le prêtre comme si la messe était une sorte de spectacle. Pour faciliter la participation des fidèles, Bouyer propose ceci :

- il faut que la communauté ne soit pas refermée sur elle-même, mais orientée vers un côté de l'église où se trouve la croix et une image (fresque, mosaïque, vitrail, etc.) donnant une dimension cosmique ou supracosmique à la liturgie. 
- il est bon que le prêtre dise la prière eucharistique dans cette direction, et par conséquent "dos au peuple". Cette orientation de l'assemblée et du célébrant existe dans toutes les liturgies catholiques et orthodoxes ; elle manifeste l'espérance chrétienne et l'attente de la parousie. Dans cette position, le prêtre invite les fidèles à se tourner vers un au-delà (au-delà de la communauté chrétienne rassemblée dans l'église)*. 
- Cependant, il faut que le prêtre ne soit jamais trop loin des fidèles. Dans les églises occidentales, l'autel ne ressemble pas assez à une table ; de plus, il est souvent trop loin des fidèles, ce qui donne l'impression que seule une petite élite de clercs participe vraiment à la liturgie. Le choeur pourrait être en plein milieu de l'assemblée, et l'autel (séparé du choeur) se trouverait plus au fond, séparé par quelques marches de la nef, mais pas trop loin des fidèles. Pendant la liturgie de la parole, le prêtre est face au peuple et au milieu des fidèles ; puis il se déplace jusqu'à l'autel pour la prière eucharistique, qu'il prononce "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix.
Or, même pendant cette partie de la messe, le célébrant ne doit pas être éloigné des fidèles, sinon on retrouve l'héritage le plus criticable du Moyen-Age occidental : la cléricalisation de la liturgie.
 - Pour que les fidèles participent pleinement à la liturgie, l'idéal serait de supprimer les bancs, en gardant seulement quelques chaises pour les personnes âgées ou fatiguées. Chez les orthodoxes, il n'y a pas de bancs, et cela contribue beaucoup à l'impression de participation intense que l'on ressent dans les liturgies orientales. Les fidèles sont debout ou à genoux selon les moments, mais jamais assis et "coincés" entre les bancs ; il se déplacent d'un endroit à l'autre en suivant le prêtre et les ministres. En occident, d'ailleurs, les bancs n'existaient pas avant le XVIe siècle.


L'autel "face-au-peuple"

La position face au peuple a existé dans les basiliques romaines, mais elle n'a jamais eu le sens qu'on se plaît à imaginer. L'autel se trouvait soit au fond de l'église, soit au milieu, dans la nef. Dans le second cas, le prêtre se trouvait face à une partie des fidèles au moment de l'eucharistie, mais une autre partie des fidèles se trouvait derrière lui. Plus tard, il y eut des églises de Rome où le célébrant était vraiment face au peuple.

L'évolution des pratiques n'étaient pas nécessairement la même dans tous les cas. A St Pierre, l’autel était d’abord au milieu (et le célébrant était face à l’est, au soleil levant, symbole du Christ, donc face à la grande porte), puis il fut déplacé pour être mis au-dessus du tombeau de St Pierre, donc au fond. Par conséquent, au lieu d’avoir la moitié de l’assemblée derrière lui, le célébrant se trouvait face à toute l’assemblée. Dans le passage cité ci-dessous, Bouyer prend un autre exemple, celui de Ste Marie Majeure, où l’origine de la célébration face au peuple est toute autre. Cette pratique avait donc des causes différentes selon les endroits. Mais, insiste Bouyer, jamais la messe face-au-peuple n'a eu le sens qu'on lui donne actuellement :

(...) Le Liber pontificalis nous dit que, deux siècles après saint Grégoire, le pape Pascal Ier, à Sainte-Marie-Majeure, avait toujours son siège au milieu de la nef, les hommes étant devant lui et les femmes derrière lui, l'autel demeurant au fond. Ce qui lui fit, là aussi, placer le trône pontifical pour le transférer dans l'abside, derrière l'autel, ce fut, nous dit-on son mécontentement d'entendre les femmes faire des remarques sur ce qu'il disait à ses diacres. Tous ces faits - et ce sont là tous les faits que nous avons concernant l'origine de l'autel « face au peuple » - montrent que la disposition rendue célèbre par Saint-Pierre de Rome, et la plus grande partie des autres basiliques romaines qui ont suivi son exemple, remonte sans aucun doute à une grande antiquité et s'autorise d'une longue pratique des papes. Mais ils montrent non moins clairement qu'on en est arrivé là par toute une série d'évolutions qui ne correspondent guère à ce que bien des gens aiment à imaginer aujourd'hui. Ce qui est plus important, c'est que l'origine de l'autel « face au peuple » n'a peu ou rien à voir avec le sens qu'on lui a attribué aux temps modernes.

Loin d'être primitif, l'usage d'un autel « face au peuple » est tout d'abord le produit relativement récent (il n'est pas antérieur au Ve siècle) d'une évolution assez complexe. Tout ce que nous savons de la célébration primitive ou de la célébration qui s'organisa à l'époque constantinienne indique un autel situé soit au fond de l'édifice, soit au milieu de la nef. Dans le premier cas, personne ne pouvait se trouver en face du célébrant. Dans le second cas, il n'y avait qu'une partie de l'assistance à se trouver en face de lui, et elle semble n'avoir été composée que des femmes.

L'idée qu'une célébration face au peuple ait pu être une célébration primitive, et en particulier celle de la Cène, n'a d'autre fondement qu'une conception erronée de ce que pouvait être un repas dans l'antiquité, qu'il fût chrétien ou non. Dans aucun repas du début de l'ère chrétienne, le président d'une assemblée de convives ne faisait face aux autres participants. Ils étaient tous, ou allongés, sur le côté convexe d'une table en forme de sigma, ou d'une table qui avait en gros la forme d'un fer à cheval. L'autre côté était toujours laissé libre pour le service. Donc nulle part, dans l'antiquité chrétienne, n'aurait pu survenir l'idée de se mettre « face au peuple » pour présider un repas. Le caractère communautaire du repas était accentué bien plutôt par la disposition contraire : le fait que tous les participants se trouvaient du même côté de la table.

 

Louis Bouyer, Architecture et Liturgie (1967), p. 48-49.


par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 20 février 2008

undefinedOn le dit souvent, surtout depuis les années 90 : beaucoup de chrétiens ne se satisfont pas de la liturgie romaine telle qu'elle est pratiquée actuellement dans la plupart des paroisses. Il y a un gouffre entre la réforme modérée proposée par le concile Vatican II, et les habitudes prises dans la quasi totalité des paroisses et des mouvements d'Eglise.

En 2000, lorsqu'il était encore cardinal, Ratzinger a écrit un livre intitulé L'Esprit de la Liturgie, dans lequel il propose une réflexion de fond sur la signification des gestes, des prières et des parties de la messe, dans le but de corriger les excès nés dans l'ambiance fébrile des années 70. Pendant les années, 90, les idées de Ratzinger se sont diffusées aux Etats-Unis et ont suscité de nombreux débats, mais en France, elles sont moins connues malgré Sacramentum caritatis et le Motu proprio.

Il est assez amusant, d'ailleurs, de voir comme les journalistes s'emmêlent les pinceaux : ils opposent la messe Paul VI à la messe en latin, mais la messe Paul VI peut être dite en latin ! Ce qui distingue la messe tridentine ( = d'avant le concile) de la messe Paul VI, ce n'est ni le latin, ni le grégorien, ni même le fait que le prêtre soit "dos au peuple", c'est-à-dire face à la croix. Ce qui les distingue, c'est principalement leur structure. Par exemple, il n'y a plus de Benedictus dans la messe Paul VI, ni le Prologue de St Jean tout à la fin. En revanche, elle contient une nouvelle prière : l'anamnèse.

Je me propose de résumer ici les propositions faites par Ratzinger et par beaucoup de catholiques qui ne sont ni lefevristes, ni traditionnalistes, mais simplement désireux que la liturgie romaine soit belle et priante. 

1°) Il faut célébrer la messe face à la croix (face à l'abside). Pourquoi ? Pendant la prière eucharistique, le prêtre ne s'adresse pas à l'assemblée, mais à Dieu. Il réitère le sacrifice du Christ. C'est pourquoi il prie avec l'assemblée, et tous sont tournés vers la croix posée sur le maître autel. De plus, traditionnellement, les églises sont tournées vers l'est, le soleil levant symbolisant le Christ ressuscité. D'un point de vue symbolique, il n'y a aucune raison de dire cette prière face à l'assemblée. J'ajoute qu'il est très difficile de prier, à ce moment de la messe, en voyant le célébrant en face de soi. Ceux qui ont participé à de "vraies" messe Paul VI ont pu apprécier la différence. A St Pierre de Rome, le célébrant est face à l'assemblée, mais pour une raison accidentelle : le tombeau de St Pierre, sur lequel a été édifiée la basilique, est à l'ouest de Rome. Pour que l'entrée de la basilique soit du côté de la ville, il fallait donc que l'abside soit tournée vers l'ouest, et comme la tradition veut que le célébrant se tourne vers l'est, il se trouve ainsi face à l'assemblée. 
Après le concile, on a pris l'habitude de célébrer face à l'assemblée, mais souvent pour se rapprocher des protestants. C'est oublier que la liturgie fonctionne tout autrement chez eux, et consiste essentiellement en une liturgie de la parole (centrée sur la Bible et la prédication).

2°) Il n'est pas nécessaire cependant d'éliminer tous les autels qui ont été rajoutés dans le choeur après le concile. D'après Ratzinger, là où l'autel est trop loin de l'assemblée, il vaut mieux célébrer la messe sur le nouvel autel. Symboliquement, c'est meilleur, car il se situe plus près du centre de l'église. Ceci est donc à déterminer au cas par cas, et Benoît XVI a décidé récemment d'enlever le nouvel autel de la chapelle sixtine pour des raisons à la fois artistiques et liturgiques (il est vrai que dans une chapelle, on n'est jamais très loin de l'assemblée).

3°) Il faut accorder une place beaucoup plus grande au chant grégorien, à la fois pour avoir un répertoire commun (fort utile dans toutes les cérémonies internationales, désormais fréquentes), et en raison de la qualité exceptionnelle du chant grégorien aux points de vue musical, poétique, et liturgique. Les mélomanes et les "lettrés" sont d'accord...

4°) Il faut prier d'avantage avec son corps, non en dansant autour de l'autel, mais en utilisant les gestes traditionnels de la liturgie, dont la signification est claire et objective : on s'incline profondément en se frappant la poitrine au moment du "je confesse à Dieu" (sur les mots "oui, j'ai vraiment péché") ; on reste à genoux en signe d'adoration entre le sanctus et la fin de la doxologie ; on s'incline profondément (éventuellement en s'agenouillant) et en se frappant la poitrine sur les mots "Seigneur, je ne suis pas digne...), on s'incline pendant le Credo sur les mots "et incarnatus est", etc.

5°)
Il faut être capable de célébrer la messe (Paul VI) en latin, et recourir au latin lors des cérémonies internationales.

6°) La messe n'est pas un cours de catéchisme, c'est pourquoi il est inutile d'accompagner chaque geste liturgique d'un commentaire explicatif. Les néophytes n'ont pas besoin de tout comprendre dès la première messe (c'est d'ailleurs impossible), mais plutôt de voir une vraie liturgie et d'être touchée par sa beauté.
 
7°) Ratzinger propose de réfléchir sur le moment opportun pour le geste de paix. Actuellement, nous passons sans transition des poignées de main chaleureuses à la contemplation de l'Agneau immolé dans la prière de l'Agnus Dei, ce qui est assez étrange. Dans la liturgie zaïroise, le geste de paix a lieu à l'offertoire. Ratzinger se demande donc s'il ne faut pas déplacer le geste de paix. Le débat est ouvert, et rien de précis n'est fixé pour l'instant. 

Si vous voulez voir une "vraie" messe Paul VI, sachez que ça existe : par exemple, en Autriche, en Europe de l'est, à Kergonan (en particulier chez les soeurs, où la messe est célébrée face à la croix).
Je connais un certain nombre de jeunes prêtres et de séminaristes qui rêvent de célébrer la messe dans le bon sens. Du côté des laïcs, surtout les jeunes, beaucoup en ont assez de voir une église complexée et incapable d'offrir une liturgie vraiment belle. Les artistes et les intellectuels, les orthodoxes, les protestants, les traditionnalistes critiquent la "nullité esthétique" (dixit un ami athée) de la liturgie catholique. On vante la beauté des rites orthodoxes. Qu'attendons-nous pour les imiter (mais à notre manière) dans l'attachement à la belle liturgie ? 
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Ci-contre, le père Alexandre Men, prêtre orthodoxe assassiné à coups de hache par les communistes le 9 septembre 1990
par Héron mélomane publié dans : Dogme et théologie
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Mercredi 30 janvier 2008
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William Hasker refuse à la fois le matérialisme et le dualisme traditionnel (celui de Platon, Descartes et Leibniz). Pour concilier les données empiriques et la théologie chrétienne, il compare l’esprit humain à un champ magnétique : « Un être vivant génère son champ de conscience de la même manière qu’un aimant génère son champ magnétique. Disposez correctement un assemblage de molécules de fer, et une nouvelle chose apparaît : un champ magnétique. Disposez correctement un assemblage de neurones, et il apparaît une chose nouvelle et distincte : la conscience ou l’esprit ». Dans le passage suivant, Hasker traite le thème de l’immortalité de l’âme et de la résurrection des corps :

 

Toute théorie de l’esprit doit s’interroger sur la possibilité d’une vie après la mort. Et là-dessus, il semble que les conceptions dualistes traditionnelles aient un sérieux avantage. La plupart, en effet, ont soutenu que l’âme était « naturellement immortelle », c’est-à-dire incapable de périr ou d’être détruite d’une manière naturelle. On a objecté à cela que les Ecritures ne parlaient jamais de l’âme en ces termes, mais associaient la résurrection des morts à l’espérance du croyant en une vie éternelle. Néanmoins, il semble qu’il faille encore une âme pour garantir l’identité personnelle. S’il n’y a nulle âme susceptible de survivre entre la mort et la résurrection, en quel sens peut-on dire que c’est la même personne qui vivait, qui est morte, et qui est maintenant ressuscitée ? (…)


Au premier abord, il peut sembler que les implications du dualisme émergentiste ne soient pas favorables à la possibilité d’une vie future. Si l’esprit (ou l’âme) dépend du cerveau et du système nerveux pour continuer son existence, il semble que détruire le cerveau, c’est détruire également l’esprit. Et l’analogie du champ magnétique semble appuyer cette conclusion : détruisez un aimant (ou dans le cas d’un électro-aimant, stoppez le courant), et le champ disparaît. Mais ceci est loin d’être décisif. Le point essentiel est que d’après cette théorie, l’esprit conscient est une entité ontologiquement distincte du cerveau (physical brain). Dans des circonstances normales, la permanence de l’esprit dépend du corps en tant que support. Mais pour citer le neurobiologiste Wilder Penfield, « c’est à chacun de voir pour lui-même si après la mort, l’énergie peut venir à l’esprit de l’homme à partir d’une source extérieure. La science ne répond pas à cette question »1. Penfield admet ici la possibilité que l’esprit, bien que normalement dépendant du cerveau et du corps dans sa permanence, soit soutenu directement par le pouvoir de Dieu en l’absence d’un tel support. Le dualisme émergentiste admet cela, affirmant que la continuité d’existence d’une personne décédée est un miracle dû au pouvoir de Dieu, non une conséquence de l’ « immortalité naturelle » de l’âme. D’après un examen plus attentif, l’analogie du champ admet cette possibilité. Il a été montré que la théorie physique impliquait la possibilité qu’un champ magnétique suffisamment intense maintienne sa propre cohésion par gravité, même si on retire l’aimant qui l’a produit. On peut faire une remarque similaire à propos des trous noirs, qui sont devenus récemment un sujet de réflexion prioritaire en cosmologie. D’après Roger Penrose, une fois constitué, un trou noir devient « un champ gravitationnel qui se maintient lui-même dans ses droits » et « n’a désormais plus besoin du corps qui l’a construit à l’origine »2. 

William Hasker

  

1 Wilder Penfield, The Mystery of the Mind, Princeton University Press, Princeton 1975, p. 215.

2 Roger Penrose, « Black Holes » in Cosmology Now, Taplinger, New York 1976, p. 124 ; voir aussi Thorne, Black Holes, p. 30.

par Héron mélomane publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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