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philoreligion.com

Ce site, rédigé par un jeune enseignant en philosophie, est consacré à la philosophie de la religion et à l'apologétique. Il présente des arguments clairs et quelques explications sur les grands philosophes incontournables dans le débat sur la foi et la raison. Si vous débutez en philosophie, rendez-vous à l'article "notions de base" dans la rubrique "foi, connaissance et raison".

Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 10:11

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Anthony Flew était le philosophe athée le plus connu du monde anglo-saxon, entendons par là : le plus connu en tant que défenseur de l'athéisme. Au début des années 2000, il a officiellement changé de position et s'est converti au christianisme. Il raconte son évolution intellectuelle dans "There is a God, How the world's most notorious atheist changed his mind" (2004 – le titre est de l'éditeur). Dans le passage suivant, extrait des annexes, il donne la parole à un exégète d'Oxford : N. T. Wright. Celui résume l'argument historique permettant de montrer que Jésus est vraiment ressuscité.

 

 

[Résumé de ce qui précède : Avant les débuts du christianisme, la croyance en la résurrection des morts n'existait pas, sauf chez certains juifs, mais sous une forme très différente de celle que l'on trouve dans le christianisme primitif]

Premièrement, au lieu de concevoir la résurrection simplement comme un événement concernant tout le peuple de Dieu et ne devant arriver qu'à la fin, les premiers chrétiens disaient qu'une personne était déjà ressuscitée.

Deuxièmement, ils croyaient que la résurrection impliquait la transformation du corps physique. Ces juifs qui croyaient à la résurrection semblent être allés dans deux directions. Certains disaient que la résurrection reproduirait un corps physique identique en tous points à celui-ci, d'autres disaient que ce serait un corps lumineux, brillant comme une étoile. Les premiers chrétiens ne soutenaient rien de tel. Ils parlaient d'une nouvelle nature physique – on le voit très clairement chez Paul, mais pas seulement – un nouveau type de corporéité qui est définitivement corporel, au sens où il est stable et appartient à notre substance, mais paraît tellement transformé qu'il n'est plus soumis à la peine et à la  souffrance après la mort. Or cela est tout à fait nouveau. Cette image de la résurrection est étrangère au judaïsme.

Troisièmement, ils croyaient que le Messie lui-même avait été ressuscité des morts, ce qu'aucun Juif de l'époque du second Temple ne croyait, parce que selon le judaïsme de cette époque, le Messie ne serait jamais tué. Cela était donc nouveau.

Quatrièmement, ils employaient l'idée de "résurrection" en un sens tout à fait nouveau. Dans le judaïsme, cette idée était une métaphore pour parler du retour de l'exil, comme on le voit en Ezéchiel 37. Mais au sein du christianisme primitif – et je parle ici des tout premiers chrétiens, comme Paul – nous le voyons utilisé en lien avec le baptême, la sainteté, et divers autres aspects de la vie chrétienne qui étaient étrangers à l'esprit du judaïsme et à son utilisation du mot "résurrection".

Cinquièmement, nous voyons que dans l'esprit des premiers chrétiens, la résurrection est une chose à laquelle le peuple de Dieu contribue actuellement dans le présent. Les chrétiens sont appelés à travailler à l'oeuvre de Dieu, à réaliser ce qui est consommé à Pâques, préparant ainsi le nouveau monde que Dieu fera advenir. Cela aussi est tout à fait nouveau, et ne peut être expliqué que comme une mutation interne au judaïsme.

Sixièmement, nous voyons que dans le christianisme primitif, la résurrection, qui était une doctrine parmi d'autres, importante mais sans plus, dans le judaïsme, est devenue le centre de tout. Enlevez-la de Paul, par exemple, de 1 Pierre, de l'Apocalypse, ou des principaux pères du deuxième siècle, et vous détruisez tout leur système de croyances. Il faut en conclure que quelque chose a dû se passer pour que la résurrection deviennent le point central, au lieu de rester à la périphérie.

Septièmement et dernièrement, nous voyons que dans le christianisme primitif, il n'y a guère de variations dans les croyances sur ce qui advient après la mort. Dans le judaïsme, il y avait plusieurs opinions, et dans le monde païen, une multitude, mais il n'y en a qu'un seule dans le christianisme : la résurrection. Cela est vraiment remarquable si nous considèrons à quel point la plupart des peuples sont conservateurs dans leurs idées sur la vie après la mort. Tout se passe comme si les premiers chrétiens avaient eu de bonnes raisons de repenser cette partie la plus personnelle et la plus importante de leurs croyances. Et lorsque nous considérons les variations au sein du christianisme primitif, nous voyons que les chrétiens sont en désaccord sur une foule de sujets ; pourtant, ils sont remarquablement unanimes non seulement dans leur croyance à la résurrection, mais aussi sur ce qu'est la résurrection et sur ses effets.

Tout cela oblige les historiens à se poser cette question très simple : pourquoi tous les premiers chrétiens que nous connaissons, dès les premiers temps dont nous ayons des traces, ont cette conception de la résurrection si nouvelle, et pourtant remarquablement unanime ? C'est là une question historique très intéressante en elle-même. Bien sûr, tous les premiers chrétiens que nous connaissons diraient : "Nous avons cette croyance en la résurrection à cause de notre foi en Jésus Christ". Néanmoins, si l'idée que Jésus est ressuscité des morts avait commencé à se développer après vingt ou trente ans de christianisme, comme l'ont supposé beaucoup d'intellectuels sceptiques, alors dans une large frange du christianisme primitif, la résurrection n'aurait pas vraiment une grande place, ou bien si on trouvait partout cette croyance, elle prendrait différentes formes au lieu d'avoir cette unité très spécifique au christianisme primitif. Par conséquent, la diffusion très large et unanime de la croyance des premiers chrétiens à la résurrection nous oblige à dire qu'il s'est passé quelque chose de singulier, à l'origine du christianisme, donnant sa forme et et sa coloration particulière à tout le mouvement chrétien. 

Ici, nous devons nous devons nous demander : "Fort bien, mais que penser des évangiles ?" Que penser de Matthieu 28, de ce bref récit donné en Marc 16, de celui, plus long, que l'on trouve en Luc 24, et enfin du récit beaucoup plus long de Jean 20-21 ? [...] Je ne sais pas à quel moment ils furent écrit. Personne ne le sait, même si les exégètes veulent parfois nous faire croire qu'ils le savent. Ils ont pu être écrits au début des années 50 du premier siècle, certains diraient : encore plus tôt. Ils ont pu être écrits vers les années 70-80, certains diraient même : dans les années 90. Mais pour mon argumentation, cela n'a aucune importance.

Le point essentiel est le suivant : les récits des évangiles sur la résurrection (et le matériau relatif que l'on trouve au début des Actes) ont certaines caractéristiques remarquables, communes aux quatre récits, qui prouvent historiquement que même s'ils ont été écrits bien après les événements, ils remontent dans le passé par une voie qui n'a pas subi beaucoup d'altérations [...] jusqu'à une très ancienne tradition orale. Cela est évidemment d'une grande importance.

 

La première caractéristique est le portrait de Jésus dans les récits de la résurrection. On a dit maintes et maintes fois (...) (1) que Marc a écrit en premier et n'a presque rien dit sur la résurrection ; (2) que Matthieu vient ensuite, et n'en dit pas beaucoup plus ; puis (3) que nous trouvons Luc et Jean vers la fin du siècle, et ensuite, mais seulement ensuite, les histoires sur Jésus mangeant du poisson grillé au bord du lac, au petit-déjeûner, ou invitant Thomas à le toucher, etc. Selon cette théorie, certains chrétiens vers la fin du siècle ont commencé à croire que Jésus n'était pas vraiment humain, c'est-à-dire n'était pas un vrai homme, c'est pourquoi Luc et Jean aurait inventé ces histoires à ce moment-là pour dire que Jésus était bel et bien humain, qu'il avait une forme vraiment corporelle après sa résurrection, etc.

Le problème pour cette théorie – qui a été très populaire, comme je l'ai dit – est que ces récits (sur Jésus prenant un petit-déjeûner au bord du lac, rompant le pain à Emmaüs, invitant Thomas à le toucher, etc.) ont en commun le même Jésus, qui vient en passant à travers des portes fermées à clef, est reconnu par moments mais pas toujours, apparaît et disparaît à volonté, et finalement monte au ciel. Reprenons cette idée. Si j'écrivais un récit en 95 après JC, pour fortifier mon peuple dans la croyance que Jésus a été un être humain vraiment concret, je ne présenterais pas les matériaux de cette façon, car cela reviendrait à marquer un but dans mon propre camp.

Pour changer de point de vue, si vous étiez un Juif du premier siècle voulant inventer une histoire sur Jésus relevé d'entre les morts, la source biblique la plus naturelle pour vous serait Daniel 12, un des textes les plus importants de la période du second Temple sur la résurrection. Daniel 12 dit que les justes brilleront comme des étoiles au Royaume de leur Père. De fait, Jésus cite cela dans un passage précédent en Matthieu 13. Il est donc extrêmement étonnant qu'aucun récit de la résurrection ne décrive Jésus brillant comme une étoile. Les auteurs l'auraient décrit ainsi s'ils avaient inventé l'histoire.

Donc, à ces deux points de vue, le portrait de Jésus dans les récits de la résurrection est vraiment très étrange. Il n'y a aucun portrait de ce genre dans la littérature juive de l'époque. Et pourtant, de façon remarquable, il est cohérent à travers les récits de Matthieu, Luc, et Jean (Marc est trop bref pour que nous sachions ce qu'il aurait pu en dire). Donc quelque chose de très étrange a dû se passer. Tout se passe comme si les évangélistes voulaient nous dire : "Je sais que vous allez trouver cela très difficile à croire, mais c'est effectivement ce qui s'est passé". Quelque chose d'extraordinaire est arrivé, laissant ses empreintes dans les récits. Quiconque eût voulu écrire un récit fictif de la Pâque, eût fait Jésus plus clairement reconnaissable.

Permettez-moi une remarque en apparté. Si vous prenez les récits de la résurrection en Matthieu, Marc, Luc et Jean en les comparant dans l'original grec, il vous paraîtront tout à fait différents, même s'ils racontent le même épisode où les femmes vont au tombeau (et ainsi de suite). Ils emploient des mots toujours différents. Ils ne semblent donc pas avoir été copiés l'un sur l'autre.

Un deuxième indice est que dans ces récits, on remarque une absence quasi complète d'allusions à l'Ancien Testament. Dans les récits de la crucifixion, il apparaît clairement que la mort de Jésus a été racontée maintes et maintes fois dans la première communauté chrétienne ; et on y fait mention du psaume 22, d'Isaïe 53, de Zacharie, et d'autres passages de l'Ancien Testament, même dans le récit de la mise au tombeau. Mais si vous tournez les pages jusqu'au récit de la résurrection, vous ne trouvez cela ni chez Matthieu, ni chez Marc, Luc ou Jean (et on se souvient que Paul avait déjà dit en 1 Corinthiens 15 que le Christ était ressuscité des morts "conformément aux Ecritures" – Paul avait déjà, au début des années 50, un riche arsenal de textes de l'Ancien Testament permettant d'interpréter la résurrection). Il  eût été fort aisé pour Matthieu, qui aime beaucoup nous parler de l'accomplissement des Ecritures, de dire "Cela arriva pour que s'accomplît cette parole de l'Ecriture : ..." Mais Matthieu ne fait rien de tel.

De même, Jean dit que lorsque les disciples vont au tombeau, ils ignorent encore l'écriture selon laquelle il doit être ressuscité des morts. Mais il ne la cite pas et ne nous dit pas où est elle se trouve. Et sur le chemin d'Emmaüs, Luc présente Jésus exposant les Ecritures, mais ne nous dit jamais, là non plus, quelles Ecritures, ni ce que Jésus leur a dit.

Cela est très étrange. Soit il faut dire que la primitive Eglise a écrit des récits de résurrection saturés de réflexion sur l'Ancien Testament, et que Matthieu, Marc, Luc et Jean, l'ont fait de manière indépendante en utilisant des références explicites, soit il faut dire que ces histoires remontent pour l'essentiel à une antique tradition orale qui précède la réflexion théologique et exégétique. A mon avis, la seconde hypothèse est de loin la plus probable.

Le troisième aspect fascinant de ces récits est la place des femmes (cela est bien connu, je ne dis rien d'original ici). Dans le monde antique, aussi bien juif et païen, les femmes n'étaient pas considérées comme des témoins crédibles dans les procès. Et lorsque Paul mentionne déjà la tradition publique sur Jésus en 1 Corinthiens 15, il dit : "Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir  que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu'il est apparu à..." – puis vient une liste d'hommes : Céphas, Jacques, les Douze, et "plus de cinq-cents frères à la fois", et "en dernier lieu, à l'avorton que je suis". Là, on devient perplexe, et on réagit : "Excuse-moi, Paul, mais où sont les femmes ?" La réponse est que, dès le début des années 50, la tradition publique avait évacué les femmes de l'histoire, parce que cette tradition savait que leur présence nourrirait des doutes. Nous voyons ce doute lorsque nous lisons Celse, qui rejette dédaigneusement la résurrection un siècle plus tard en disant : "Cette foi n'est fondée que sur le témoignage de quelques femmes hystériques".

Il est donc fascinant qu'en Matthieu, Marc, Luc, et Jean, nous trouvions Marie Magdeleine, les autres Marie, et les autres femmes. Et parmi tous ces gens, c'est Marie Magdeleine, dont on connaît la carrière houleuse, qui est choisie pour être le premier témoin : elle l'est dans les quatre récits. En tant qu'historiens, nous sommes obligés de commenter cela en disant que si ces histoires avaient été inventées cinq ans plus tard, ou trente, quarante, ou cinquante, Marie Magdeleine n'y aurait jamais joué ce rôle. Du point de vue des apologistes chrétiens qui veulent montrer aux gens sceptiques que Jésus est vraiment ressuscité des morts, mettre Marie à cette place revient à se tirer une balle dans le pied. Mais pour nous, ce genre d'indice est de l'or pur du point de vue historique. Les premiers chrétiens n'auraient jamais pu inventer cela. L'histoire des femmes qui trouvent le tombeau vide puis rencontrent Jésus ressuscité, doit être considérée comme solidement historique.

Voilà pour le quatrième et dernier aspect fascinant des récits. Maintenant, je m'exprime en tant que prédicateur qui prêche abondamment à chaque fête de Pâques depuis trente-cinq ans[1]. Les prédicateurs de tradition occidentale qui prêchent à Pâques sur Jésus ressuscité des morts ont tendance à prêcher sur notre vie future, notre propre résurrection, ou notre entrée au Ciel. Mais dans les récits de la résurrection en Matthieu, Marc, Luc et Jean, il n'y a rien sur notre vie future. Au contraire, à chaque fois que Paul mentionne la résurrection, ou presque, il aborde également notre résurrection. De même, dans l'épître aux Hébreux, on nous parle de la résurrection de Jésus et de notre résurrection future ; et dans l'Apocalypse, nous trouvons encore ce lien entre notre résurrection et celle de Jésus. Justin Martyr, Ignace d'Antioche et Irénée, dans la droite ligne de la tradition, sont tous d'accord : "Nous pensons à la résurrection de Jésus pour réfléchir sur la nôtre".

 

Mais Matthieu, Marc, Luc et Jean, ne disent pas « Jésus est ressuscité, donc nous ressusciterons un jour ». Ils disent – et cela surprend souvent les gens - : Jésus est ressuscité, donc il était vraiment le Messie. La nouvelle création de Dieu a commencé. Nous avons une tâche à accomplir. Et, plus encore, nous sommes appelés à adorer ce Jésus, parce que nous voyons en lui le Dieu d'Israël incarné, le Créateur de l'univers ». En d'autres termes, ces histoires, telles qu'elles se présentent dans les Evangiles, remontent à une manière primitive de raconter l'histoire qui ne conduisait pas à dire : « Christ est ressuscité, donc nous ressusciterons », ce que nous voyons déjà fixé chez Paul vers la fin des années 40. Aussi, nous devons conclure que ces récits remontent en deçà, jusqu'au moment où nous voyons la toute première Eglise étourdie par cet événement totalement inattendu que fut la résurrection, et dégageant sa signification.

De tout cela je tire les conclusions suivantes. Pour expliquer l'apparition du christianisme primitif, pour expliquer l'existence de ces quatre récits de la résurrection ainsi que des morceaux des Actes et de Paul, nous devons dire que la toute première Eglise croyait vraiment que Jésus était ressuscité des morts sous une forme corporelle. Nous n'avons aucune trace d'un chrétien des premiers temps croyant autre chose. Or comment pouvons-nous expliquer cela d'un point de vue historique ? [...]

 

Nous devons nous demander : comment expliquer ce phénomène extraordinaire, le fait que le christianisme primitif soit apparu tout d'abord, ait pris sa forme si singulière, et ait transmis des récits si singuliers ?

Or je découvre, en cherchant une explication historique, que deux événements particuliers ont dû se produire : (1) il dut y avoir un tombeau vide connu pour être celui du Christ, de telle sorte qu'il n'y avait pas de risque d'erreur, (2) il dut y avoir des apparitions du Christ ressuscité. Chacune de ces conditions a dû se réaliser.

Pourquoi ? Parce que s'il y avait eu un tombeau vide mais pas d'apparitions, chacun aurait pu en tirer, à l'époque, la conclusion évidente (pour eux, même si elle ne l'est pas pour nous) qu'il avait été enlevé. Les tombes étaient régulièrement pillées, surtout celles des hommes riches ou célèbres ; elles pouvaient contenir des bijoux, ou quelque chose d'intéressant à voler. C'est pourquoi il auraient pu dire comme Marie-Madeleine : "Ils ont enlevé le corps. Je ne sais pas ce qu'il est devenu". Ils n'auraient jamais parlé de résurrection s'ils n'avaient rien vu d'autre qu'un tombeau vide.

De même, vous ne pouvez expliquer les données historiques dont nous avons parlé, en disant seulement que les disciples ont dû avoir une expérience particulière dans laquelle ils ont vu une rencontre avec Jésus. Ils savaient que Jésus avait été tué. Mais ils connaissaient tous l'existence d'hallucinations, de fantasmes, et de visions. La littérature antique, aussi bien juive que païenne, en est pleine. Cela remonte à Homère, apparaît chez Virgile, se rencontre partout. Récemment, on a essayé de soutenir, pour montrer que la résurrection n'a pas eu lieu, quelque chose du genre : "Oui, mais quand vous perdez une personne que vous aimez, vous avez parfois l'impression qu'elle est avec vous dans votre chambre, vous sourit, voire vous parle, puis disparaît à nouveau. C'est peut-être ce qui est arrivé aux disciples". Et certes : j'ai lu une partie de la littérature sur ce sujet, c'est un phénomène bien attesté parce qu'il intervient dans les procès, et vous pouvez l'expliquer comme vous voulez, mais le hic, c'est que les premiers chrétiens connaissaient eux-aussi ce genre de phénomènes. Ils connaissaient l'existence des visions, des hallucinations, des rêves, des fantasmes, etc. Autrement dit, s'ils avaient eu l'impression, aussi vive fût-elle, d'être avec Jésus, mais si le tombeau n'avait pas été vide, ils auraient dit : "Bonté divine, c'était très fort, et en un sens, très consolant, mais bien sûr, il n'est pas ressuscité des morts, car les morts ne ressuscitent pas (pas avant la fin des temps, où tous ressusciteront), et de toute façon, son corps est dans la tombe".

A ce sujet, il faut se rappeler comment les Juifs de cette époque ensevelissaient les morts. La plupart des ensevelissements, chez les Juifs de Palestine, se faisaient en deux étapes : d'abord, on enveloppait le corps de linges, en y mettant beaucoup d'arômates, et on le plaçait sur un rebord dans un tombeau taillé à même le roc, ou éventuellement dans les fondations d'une maison. On n'enterrait pas comme dans le monde moderne occidental, dans un trou creusé en terre puis comblé, car on revenait prendre les os une fois que toute la chair s'était décomposée (c'est la raison pour laquelle on y mettait des arômates : à cause de l'odeur liée à la décomposition ; on n'aurait pas perdu du temps et de l'argent pour des arômates si on avait enterré le corps). Donc, quand toute la chair s'était décomposée, on ramassait les os en pliant les linges, et on les plaçait dans un ossuaire, une boîte à os, qu'on entreposait dans un loculus (petite niche à l'arrière du tombeau) ou dans un autre lieu approprié. Les archéologues conservent les ossuaires exhumés à Jérusalem  [...] à chaque construction d'une nouvelle route, d'un hôtel Hilton ou d'un bâtiment administratif. Ils en ont des centaines, et même des milliers.

Le point essentiel est que si le corps de Jésus était resté dans la tombe, les disciples auraient pu le trouver facilement. Ils auraient donc dit : "Ces hallucinations que nous avons eues furent sans doute impressionantes, mais il n'est pas ressuscité des morts". Donc d'un point de vue historique, il faut dire qu'il y a vraiment eu un tombeau vide ainsi que des gens qui ont vu Jésus – ou si vous voulez, l'ont rencontré -, une personne qu'ils ont identifiée comme étant Jésus, bien qu'il semblât étrangement transformé, d'une manière inattendue pour eux, et troublante pour les lecteurs que nous sommes.

Venons-en au dernier coup de cette partie d'échecs. Comment, d'un point de vue historique, puis-je expliquer ces deux faits tels que je les ai décrits : le tombeau vide et les apparitions de Jésus ? L'explication la plus aisée est de loin celle-ci : ces choses sont arrivées parce que Jésus était vraiment ressuscité des morts, et les disciples l'ont vraiment rencontré, même si son corps était renouvelé et transformé de telle sorte qu' alors, il semblait pouvoir vivre dans deux dimensions à la fois ( car c'est peut-être la meilleure façon de comprendre le phénomène : Jésus vivait simultanément dans la dimension de Dieu et dans la nôtre, ou si vous voulez, au ciel et sur la terre).

La résurrection de Jésus fournit en effet une explication suffisante du tombeau vide et des rencontres avec Jésus. Et après avoir examiné toutes les autres hypothèses possibles que j'ai trouvées dans la littérature sur ce sujet, je pense que c'est aussi une explication nécessaire.

 

N. T. Wright, in Anthony Flew, There is a God, How the world's most notorious atheist changed his mind, p. 199 et s.



[1]    Flew donne ici la parole à un exégète qui est aussi évêque anglican.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 17:36

Vrais et faux problèmes

 

Ce n’est pas une objection de dire que l’existence de Dieu n’est pas évidente.  Du point de vue chrétien, il faut qu’il y ait des preuves de l’existence de Dieu, mais il n’est pas nécessaire qu’elles soient évidentes. Au contraire : il faut qu’elles ne s’imposent pas à nous. Pascal a développé cette idée dans un passage célèbre des Pensées :

Que ceux qui combattent la Religion apprennent au moins quelle elle est avant que de la combattre. Si cette Religion se vantait d'avoir une vue claire de Dieu, et de le posséder [2] à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le montre avec cette évidence. Mais puis qu'elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres, et dans l'éloignement de Dieu, et que c'est même le nom qu'il se donne dans les Écritures, Deus absconditus : et enfin si elle travaille également à établir ces deux choses ; que Dieu a mis des marques sensibles dans l'Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement ; et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu'il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur ; quel avantage peuvent-ils tirer, lorsque dans la négligence où ils font profession d'être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre ; puisque cette obscurité où ils sont, et qu'ils objectent à l'Église ne fait qu'établir une des choses qu'elle soutient sans toucher à l'autre, et confirme sa doctrine bien loin de la ruiner ?

Une autre objection contre la foi repose sur un contresens du même genre. Elle consiste à montrer que « l’Eglise » n’est pas parfaite, et donc que son origine divine n’est pas évidente. Mais nous pouvons répondre de la même façon qu’à propos de l’existence de Dieu : il ne faut pas que l’origine divine de l’Eglise soit évidente, sinon son autorité s’imposerait à tous les hommes et ils ne seraient pas libres de rejeter la vérité, or Dieu veut que nous croyions librement.

En montrant que des papes ou des membres de la hiérarchie se sont trompés ou ont commis des fautes graves, que prouve-t-on exactement ? Prouve-t-on que l’Eglise n’est pas une institution fondée par le Christ et assistée par Dieu tout au long de son histoire ? Prouve-t-on ainsi qu’elle n’a pas mission de guider les hommes vers la vérité ? Non, car il est possible de croire à l’infaillibilité de l’Eglise sans croire que les hommes qui la composent sont eux-mêmes parfaits ou infaillibles. La mission de l’Eglise est d’enseigner les vérités nécessaires au salut. C’est là seulement qu’elle se considère infaillible en vertu de la promesse de Jésus à Pierre : « tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle ». Cette infaillibilité n’est pas liée au mérite des hommes, mais à l’action de Dieu. C’est précisément pour cela que l’Eglise peut se croire infaillible malgré les erreurs et les fautes de ses membres.

 

La critique de l’Eglise

 

Passons en revue les objections les plus classiques contre l’Eglise :

  1. « Les hommes d’Eglise se trompent parfois ou commettent des fautes graves, donc l’Eglise n’est pas une institution fondée par Dieu ». Tout d’abord, notons ceci : non seulement l’Eglise n’a jamais prétendu être composée d’hommes parfaits, mais elle a même toujours enseigné le contraire. Jésus déclare en effet que jusqu’à la fin des temps, le bon grain et l’ivraie seront mélangés sans qu’on puisse les séparer. On objecte que si les chrétiens sont imparfaits, l’Eglise l’est aussi, et ne peut donc être fondée par Dieu. Que faut-il en penser ? que cela n’est pas concluant. Il n’est pas nécessaire que les hommes d’Eglise soient parfaits pour que l’Eglise soit une autorité infaillible quand elle s’exprime officiellement sur des questions importantes de doctrine ou de morale.. Ici, on peut raisonner comme à propos de l’existence de Dieu : l’Eglise elle-même a toujours enseigné que son caractère divin n’est pas évident à cause des fautes de ses membres, néanmoins, elle enseigne que son caractère divin est visible à travers sa fécondité, son unité, son universalité, et d’autres signes sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir. Ces preuves ne sont pas évidentes, et cela est bon, car si elles l’étaient, les hommes ne seraient pas libres de croire ou de ne pas croire, puisque la vérité s’imposerait à eux. Or Dieu respecte notre liberté ; il veut que la foi soit un acte libre et volontaire. Il fallait donc que des signes extérieurs indiquent aux hommes où se trouve la seule véritable autorité religieuse, et il fallait en même temps que ces signes ne soient pas trop évidents, pour que seules les hommes qui cherchent la vérité de tout leur cœur puissent la trouver.
  2. « L’Eglise s’est toujours opposée au progrès scientifique » : cette idée vient de la désinformation pratiquée dans les média occidentaux par les ennemis de l’Eglise. Une bonne connaissance de l’histoire des idées permet de voir que c’est le contraire qui est vrai. Il y a eu, certes, des frictions entre les autorités ecclésiastiques et certains courants scientifiques, mais le cas de l’affaire Galilée est une exception. Les exemples utilisés par ceux qui critiquent l’Eglise sont toujours les mêmes et occultent tout le reste de l’histoire. En approfondissant l’histoire et en prenant soin d’éviter les anachronismes, on voit qu’au contraire, l’Eglise a largement contribué au progrès scientifique. Au début du Moyen Age, ce furent les monastères qui transmirent l’héritage de la culture antique et continuèrent à étudier les sciences. Ensuite, ce fut l’Eglise qui fonda les universités européennes et encouragea le développement des arts. La réflexion théologique était considérée comme une étude complexe qui supposait le développement de toutes les autres sciences, en particulier la logique. Cette confiance dans la raison permit la naissance de la science moderne. Tous les grands fondateurs de la science moderne étaient chrétiens. Plusieurs étaient prêtres, comme Copernic, Gassendi, et Malebranche. L’affaire Galilée est une exception. Elle a d’ailleurs divisé l’Eglise en deux camps. Le pape et des ordres religieux entiers étaient du côté de Galilée. On ne peut donc pas dire que l’Eglise se soit opposée en bloc à Galilée. En ce qui concerne Darwin, elle évita de se prononcer officiellement, même si plusieurs de ses membres exprimèrent leur opinion à titre personnel. Quant à la théorie du Big Bang, ce sont les athées qui s’en méfièrent parce qu’elle venait d’un prêtre, le chanoine George Lemaître. Plusieurs catholiques sont parmi les fondateurs des sciences contemporaines : par exemple, Lemaître pour la cosmologie, Mendel (un moine) pour la génétique, Louis de Broglie pour la physique quantique, et Xavier Le Pichon pour la théorie de la tectonique des plaques. Visiblement, les catholiques cultivés n’ont pas de problème pour concilier la foi avec la science moderne. L’idée que ces deux domaines sont inconciliables, idée si répandue chez les incroyants, vient de leur incapacité de comprendre comment nous lisons la Bible. L’Eglise n’a jamais cru qu’il fallait lire la Bible en la prenant au pied de la lettre. Nous n’y cherchons pas des vérités scientifiques, mais un enseignement beaucoup plus profond sur le sens de la vie et les fins dernières. Le fait que certains catholiques prennent la Genèse au pied de la lettre est déplorable, mais ne prouve pas que l’Eglise soit fondamentaliste. Cela prouve plutôt qu’ils ne cherchent pas assez à se former.
  3. « L’Eglise est toujours en retard ». Puisque beaucoup de chrétiens ont été à la pointe dans leur domaine, on ne peut pas dire que l’Eglise au sens large ait toujours été en retard. On s’attaque donc à l’Eglise comme institution, en l’opposant aux individus, chrétiens ou non, qui furent les premiers à formuler une idée, ou à dénoncer un état de choses condamnable. L’argument est facile, car d’un point de vue statistique, il est toujours improbable que les innovations viennent d’un membre de la hiérarchie : il y a un milliard deux cent millions de catholiques dans le monde, et à peine deux cent cardinaux. Il y a donc une chance sur six millions pour qu’une innovation vienne du pape ou d’un cardinal. Si l’on compte les évêques, la probabilité restera faible. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les nouveautés viennent du Magistère, elle viennent évidemment d’individus qui appartiennent à la masse des fidèles, et qui après-coup, paraissent en avance sur l’Eglise officielle. Par ailleurs, le rôle du Magistère n’est pas d’innover. Il doit faire preuve d’une grande prudence face à toute idée nouvelle, pour ne pas se laisser influencer par des modes passagères. Les innovations théologiques ou intellectuelles viennent des intellectuels. Ensuite, il faut laisser ces innovations faire leurs preuves, ce qui demande du temps. Une idée qui a été progressivement assimilée par l’ensemble de théologiens et qui s’est révélée féconde peut enfin être utilisée pour la formulation des vérités de la foi, mais un tel processus prend des dizaines d’années. Quant aux nouvelles théories scientifiques, on ne peut pas reprocher à l’Eglise sa lenteur à les applaudir, car premièrement, son rôle n’est pas d’enseigner des vérités scientifiques, et deuxièmement, elle ne peut pas approuver une théorie nouvelle qui ne fait pas encore l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Prenons l’exemple de l’évolution biologique. Il a fallu attendre les années 1950 pour que la théorie de la sélection naturelle soit suffisamment bien confirmée en ce qui concerne la microévolution. En ce qui concerne la macroévolution, le débat n’est toujours pas clos, même si la quasi-totalité des spécialistes admet que les espèces vivantes ont un ancêtre commun. Tout ce que peut faire l’Eglise est de rassurer les croyants en leur disant qu’il n’y a pas d’opposition entre la foi et cette théorie. Or cela, Pie XII l’a fait il y a longtemps. Je pense que beaucoup de gens ont tendance à croire que l’Eglise est un système hypercentralisé, ce qu’elle n’a jamais été en fait. L’Eglise est une vaste communauté où la plupart des innovations viennent d’en-bas et sont approuvées tacitement ou explicitement par les autorités. Le rôle du Magistère est principalement doctrinal, mais l’exercice de l’autorité dans le domaine doctrinal a des conséquences indirectes qu’il ne faut pas sous-estimer. Pour le voir, il faut considérer l’état du protestantisme américain. Là où manque une autorité pour distinguer les bonnes et les mauvaises interprétations de la Bible, l’anarchie doctrinale donne naissance à des formes de christianisme appauvries, dévoyées, et même à une multitude de sectes millénaristes ou fondamentalistes. Par exemple, les témoins de Jéhovah viennent des adventistes du septième jour, qui viennent des baptistes, etc. Le protestantisme est souvent fidéiste, donc anti-rationaliste. Il dérive souvent vers l’illuminisme ou le fondamentalisme, deux excès qui donnent naissance à des idées dangereuses. Le Ku-klux clan lui-même est une secte dérivée du protestantisme. Elle est donc naïve, la thèse de Frédéric Lenoir, selon laquelle l’autorité de l’Eglise, contrairement au christianisme, aurait exercé une influence négative dans l’histoire de notre civilisation. Là où l’Eglise n’exerce pas son autorité, il n’y a plus de christianisme authentique, et les valeurs chrétiennes risquent de ne plus pénétrer la société. Un autre exemple en ce sens est l’attitude des catholiques allemands face au nazisme : avant la guerre, Hitler a perdu les élections dans tous les länder à majorité catholique, et il les a gagnées dans tous les länder protestants. Imaginons aussi ce qui serait arrivé si l’Europe avait dérivé vers le fidéisme à partir du début du Moyen Age. La science et la philosophie ne se seraient pas tant développées. La méfiance envers la raison aurait peut-être même abouti à un rejet de la philosophie, comme dans les pays musulmans après le XIe siècle. La science occidentale aurait décliné comme au Moyen-Orient. En maintenant un certain équilibre doctrinal, l’Eglise-institution n’a sans doute pas causé le progrès scientifique et technique, mais elle l’a tout de même permis et encouragé. Cela signifie que sans ce subtil équilibre, notre civilisation n’aurait pas progressé autant ni aussi vite.
  4. « L’Eglise est intolérante et s’oppose au progrès social » : pour montrer qu’elle est intolérante, on parle de l’inquisition en se référant à la lutte contre les cathares, puis à l’inquisition espagnole. Ecartons d’abord l’inquisition espagnole, car il ne s’agit pas directement de l’Eglise catholique, mais d’une institution proprement espagnole. Cette institution a été créée avec l’accord du pape, mais voyant les méthodes qu’elle utilisait, il n’a pas tardé à exprimé son désaccord. Il n’en est pas moins vrai que pendant des siècles, de nombreux hommes d’église ont exercé leur autorité de façon intolérante. Mais comment interpréter ce fait ? Faut-il accuser l’Eglise en tant que telle ? Je ne crois pas. D’abord, il faut voir que cette intolérance est relative. Il ne faut pas comparer l’Eglise d’autrefois aux sociétés occidentales d’après 1968, car ce serait anachronique. Il faut la comparer aux sociétés et aux institutions de la même époque. On constate alors que l’intolérance était beaucoup moins grande dans l’Eglise que dans les autres sociétés. Globalement, l’Eglise a toujours préféré combattre les hérésies par la prédication et l’argumentation que par la violence. Les tribunaux ecclésiastiques étaient bien moins sévères et bien plus rigoureux dans leurs procédures que les tribunaux civils. Le fait qu’il y ait eu trop d’intolérance dans l’Eglise est donc à relativiser, et s’explique facilement si l’on considère que toutes les sociétés humaines jusqu’à une époque très récente étaient fortement soudées, homogènes, et intolérantes. Le phénomène de l’individualisme est récent, et avant qu’il se développât au point de devenir inquiétant, les hommes avaient partout une certaine tendance à l’intolérance, au refus de la différence. Or d’où vient ce phénomène de l’individualisme ? Du christianisme lui-même. Les sociologues l’ont montré depuis Tocqueville : c’est le personnalisme chrétien qui a abouti au respect de l’individu. Marcel Gauchet va jusqu’à dire que le christianisme est la « religion de la sortie de la religion » : le christianisme aurait favorisé l’avènement du rationalisme, et toléré en son sein le développement d’idées hétérodoxes et antichrétiennes. N’oublions pas que c’est l’Eglise qui a inventé la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, considérant que le royaume du Christ « n’est pas de ce monde ». Comme le dit Bergson, les autres religions sont des religions « statiques », où le groupe prime sur l’individu. Une particularité du christianisme est d’attribuer à l’individu, ou plutôt à la personne, une valeur absolue, qui empêche de la sacrifier au nom de la société. On ne peut pas dire non plus que l’Eglise n’ait pas contribué au progrès social, politique et juridique, car c’est l’inverse qui est vrai. Au Moyen-Age, elle a supprimé l’esclavage, puis le servage. Elle a encouragé le développement des œuvres sociales : hospices, écoles, etc. L’inquisition elle-même a contribué sur certains points au progrès juridique, en inventant des procédures rigoureuses et en permettant à l’accusé d’être soutenu par un avocat. De nombreuses fois, l’Eglise a fait son possible pour éviter les conflits entre les pays occidentaux. Il est impossible de redire ici tout ce qu’on peut lire chez les historiens. Limitons-nous à une réflexion de fond. Pour relativiser l’intolérance des hommes d’Eglise, il faut se rappeler qu’elle est la plus vieille institution existante. Son histoire dure 2000 ans et s’étend sur une grande partie du monde. Benoît XVI est le 265e pape. En fouillant bien dans l’histoire de l’Eglise, il est donc facile de trouver quelques faits peu reluisants. Pourtant, ce sont toujours les mêmes faits qui sont mentionnés par ceux qui la critiquent. Au total, je pense donc que si les hommes d’Eglise sont souvent en retard par rapport à des individus comme St François, Frédéric Ozanam et tant d’autres, ils sont pourtant en avance par rapport à la masse des hommes. L’inertie de l’Eglise comme autorité s’explique par le fait que les ecclésiastiques sont issus de la société elle-même, qui a mis des siècles à assimiler les valeurs chrétiennes. Il a fallu beaucoup de temps, par exemple, pour que les peuples chrétiens refusent l’esclavage et le servage, et plus de temps encore pour qu’ils rejettent les mariages d’intérêts imposés par les parents des mariés. La lenteur des ecclésiastiques eux-mêmes à assimiler au fil des siècles l’enseignement de la Révélation ne prouve donc pas que l’Eglise soit mauvaise, puisqu’elle a toujours été en avance par rapport aux masses humaines. Cette lenteur prouve plutôt la nouveauté extraordinaire de l’enseignement du Christ. Or, l’Eglise a beau être en avance par rapport à la société, elle paraît inévitablement en retard si on la compare à ses membres les plus en avance sur leur temps. Quoi de plus naturel ? Tout cela ne l’empêche pas d’être une institution assistée par Dieu, infaillible sur le plan doctrinal. Notons d’ailleurs qu’en dehors d’elle, il n’y a aucune stabilité dans l’histoire des idées : au mieux, un courant philosophique dure quelques siècles, et encore n’y parvient-il qu’à travers des modifications importantes de son contenu. Seul l’enseignement de l’Eglise a été parfaitement stable et cohérent pendant deux-mille ans. C’est là un fait particulièrement impressionnant pour l’historien des idées. Dans Le Philosophe et la Théologie, le grand historien de la philosophie Etienne Gilson écrit :

 

Jésus-Christ, une douzaine d'apôtres bientôt rejoints par l'extraordinaire homme de Dieu que fut saint Paul, c'est dans ce petit groupe qu'il y aura bientôt de cela deux mille ans, jaillit la source du large fleuve de la pensée chrétienne. Les obstacles ne lui ont pas manqué durant ces deux millénaires, mais rien n'a pu en arrêter le cours. Presque tous, en tout cas les plus dangereux, furent des tentations de la raison, mais jamais les porte-parole de l'Église ne lui ont sacrifié la foi. Il faut avoir suivi de près les travaux du concile de Nicée pour découvrir la grandeur du spectacle. Arius était un homme raisonnable, il avait le bon sens de son côté, car enfin, comment ne pas voir que le Fils ne peut pas être l'égal du Père dont il tient l'existence? Humainement parlant, l'Église n'avait d'autre chance de survivre que de se faire arienne, parce que c'était choisir la voie de la raison. Et, en fait, il s'en fallut de peu que le monde civilisé ne devînt arien. C'est alors que, s'obstinant invinciblement à prendre le parti de la vérité contre le vraisemblable, l'Église aima mieux courir ce risque terrible que de confier son avenir à la raison de préférence à la foi. Ce n'était là que le premier de tant de grands choix, désapprouvés de la prudence humaine, où l'Église s'est exposée tout entière au plus grand risque, pour rester fidèle au foyer de vérité dont elle a la garde et qu'elle ne trahit jamais parce que le secret lui en est infailliblement connu. À elle, à elle seule. L'Église sait qu'en refusant ces tentations de la « vaine philosophie », elle peut subir temporairement des pertes cruelles, mais en y cédant, elle cesserait d'exister.

On ne voit dans l'histoire aucun cas d'une société spirituelle faite d'hommes unis par le seul amour d'une vérité commune qui transcende la raison et la maintenant pendant vingt siècles sans jamais la trahir. On cherche non moins vainement un autre exemple d'une foi religieuse alimentant pendant deux mille ans un flux ininterrompu de spéculation rationnelle et, pour tout dire, de philosophie, tout entière occupée à en définir l'objet, à la défendre contre ses ennemis du dehors, à la munir de raisons, à conquérir quelque intellection d'un mystère qu'elle s'interdit d'ailleurs d'évacuer. L'admiration saisit devant cette interminable lignée de docteurs de toute origine, se relayant en quelque sorte au long des siècles, pour maintenir intact l'enseignement d'un homme qui, pendant trois années, prêcha la doctrine du salut à des pauvres et à des simples. Trois ans seulement de vie publique, et cet immense fleuve de doctrine circulant partout depuis vingt siècles sans jamais permettre aux princes, aux peuples, aux philosophes, bref, à aucune puissance de ce monde, de le dévier si peu que ce soit de son propre cours. Rien ne peut ici remplacer l'expérience directe et personnelle de cette histoire. Ceux à qui la vie accorde le loisir de l'acquérir savent qu'elle donne invinciblement l'impression qu'une force plus qu'humaine y est sans cesse à l'oeuvre. Nous en savons au moins un pour qui la seule vue de ces vingt siècles de fécondité doctrinale, que rien d'humain n'explique, sont par eux-mêmes une preuve manifeste de l'existence d'un Dieu immédiatement présent à son église. Mais peut-être une telle vue de cette histoire présuppose-t-elle une longue vie passée à l'étudier.

(Etienne GILSON, Le Philosophe et la Théologie, VRIN, 1960, rééd. 2005, p.186-187)

 

  1. « L’Eglise a un langage hermétique ; elle ne cherche pas à se faire comprendre » : c’est une objection naïve au sens où elle suppose une complète ignorance des problèmes théologiques. La théologie est une discipline qui s’appuie sur toutes les autres, en particulier la philosophie. Depuis 2000 ans, les chrétiens utilisent des concepts philosophiques pour parler de Dieu et pour interpréter les Saintes Ecritures. Au XIIIe siècle à l’université de Paris, le cursus universitaire d’un moine qui veut devenir maître en théologie commence par quatre ans de logique, se prolonge par six ans de philosophie, et s’achève par dix ans de théologie. Toute personne qui s’est plongée dans une œuvre de St Thomas ou de Duns Scot, ou même dans un ouvrage scolaire plus récent, sait combien difficiles et subtiles sont les grandes notions de la théologie chrétienne. En un mot, la théologie est encore plus difficile à vulgariser que la philosophie, parce qu’elle l’inclut sans s’y réduire.

 

En somme, je crois que Newman a raison : quelques furent dans l’histoire les fautes de ses membres, y compris de ceux qui appartenaient à sa hiérarchie, l’Eglise catholique n’est pas seulement l’institution la plus combattue, la plus ancienne pourtant, et la plus universelle. C’est aussi l’institution la plus intelligente et la plus féconde. Les inventions admirables que nous attribuons à la société occidentale n’auraient pas été possibles si le christianisme des pays occidentaux n’avaient pas été protégé et développé par une Eglise hiérarchisée, seule capable d’éviter les corruptions doctrinales qui le dénaturent.

 

Quelques conversions célèbres liées à l’Eglise, à sa spiritualité, ou à sa doctrine :

-         John-Henry Newman, et environ trois cents intellectuels anglicans à sa suite après la publication de l’Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845). Dans ce livre, Newman montre que l’Eglise catholique de son temps est la seule à être en continuité avec l’Eglise des premiers siècles.

-         Louis Bouyer, théologien protestant, devenu ensuite un des plus grands théologiens catholiques.

-         Jacques et Raïssa Maritain se sont convertis après avoir lu la Somme théologique de St Thomas d’Aquin, où ils ont trouvé la philosophie la plus complète et la plus équilibrée à leurs yeux. Leur professeur préféré, Henri Bergson, également juif agnostique, s’est converti beaucoup plus tard.

-         Henri Bergson s’est converti après avoir remarqué que le mysticisme chrétien aboutissait à la forme de vie la plus haute : une vie de contemplation qui entraîne une activité extraordinairement féconde, qui se manifeste dans la vie des grands saints, mais aussi de façon plus globale, au niveau de l’occident tout entier (le christianisme serait à l’origine du développement technique et de l’industrialisme occidental).

-         De nombreux intellectuels juifs ont senti que les prophéties de l’Ancien Testament s’étaient réalisées et que l’Eglise était le nouvel Israël : par exemple Max Scheller, Edith Stein, et d’autres élèves de Husserl.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 18:12

Voici un extrait du grand historien de la philosophie Etienne Gilson. Il dit que la fécondité intellectuelle de l'Eglise et la stabilité de sa doctrine à travers 2000 ans de débats philosophiques sont des faits uniques dans l'histoire.

 

Jésus-Christ, une douzaine d'apôtres bientôt rejoints par l'extraordinaire homme de Dieu que fut saint Paul, c'est dans ce petit groupe qu'il y aura bientôt de cela deux mille ans, jaillit la source du large fleuve de la pensée chrétienne. Les obstacles ne lui ont pas manqué durant ces deux millénaires, mais rien n'a pu en arrêter le cours. Presque tous, en tout cas les plus dangereux, furent des tentations de la raison, mais jamais les porte-parole de l'Église ne lui ont sacrifié la foi. Il faut avoir suivi de près les travaux du concile de Nicée pour découvrir la grandeur du spectacle. Arius était un homme raisonnable, il avait le bon sens de son côté, car enfin, comment ne pas voir que le Fils ne peut pas être l'égal du Père dont il tient l'existence? Humainement parlant, l'Église n'avait d'autre chance de survivre que de se faire arienne, parce que c'était choisir la voie de la raison. Et, en fait, il s'en fallut de peu que le monde civilisé ne devînt arien. C'est alors que, s'obstinant invinciblement à prendre le parti de la vérité contre le vraisemblable, l'Église aima mieux courir ce risque terrible que de confier son avenir à la raison de préférence à la foi. Ce n'était là que le premier de tant de grands choix, désapprouvés de la prudence humaine, où l'Église s'est exposée tout entière au plus grand risque, pour rester fidèle au foyer de vérité dont elle a la garde et qu'elle ne trahit jamais parce que le secret lui en est infailliblement connu. À elle, à elle seule. L'Église sait qu'en refusant ces tentations de la « vaine philosophie », elle peut subir temporairement des pertes cruelles, mais en y cédant, elle cesserait d'exister.

On ne voit dans l'histoire aucun cas d'une société spirituelle faite d'hommes unis par le seul amour d'une vérité commune qui transcende la raison et la maintenant pendant vingt siècles sans jamais la trahir. On cherche non moins vainement un autre exemple d'une foi religieuse alimentant pendant deux mille ans un flux ininterrompu de spéculation rationnelle et, pour tout dire, de philosophie, tout entière occupée à en définir l'objet, à la défendre contre ses ennemis du dehors, à la munir de raisons, à conquérir quelque intellection d'un mystère qu'elle s'interdit d'ailleurs d'évacuer. L'admiration saisit devant cette interminable lignée de docteurs de toute origine, se relayant en quelque sorte au long des siècles, pour maintenir intact l'enseignement d'un homme qui, pendant trois années, prêcha la doctrine du salut à des pauvres et à des simples. Trois ans seulement de vie publique, et cet immense fleuve de doctrine circulant partout depuis vingt siècles sans jamais permettre aux princes, aux peuples, aux philosophes, bref, à aucune puissance de ce monde, de le dévier si peu que ce soit de son propre cours. Rien ne peut ici remplacer l'expérience directe et personnelle de cette histoire. Ceux à qui la vie accorde le loisir de l'acquérir savent qu'elle donne invinciblement l'impression qu'une force plus qu'humaine y est sans cesse à l'oeuvre. Nous en savons au moins un pour qui la seule vue de ces vingt siècles de fécondité doctrinale, que rien d'humain n'explique, sont par eux-mêmes une preuve manifeste de l'existence d'un Dieu immédiatement présent à son église. Mais peut-être une telle vue de cette histoire présuppose-t-elle une longue vie passée à l'étudier.

Etienne GILSON, Le Philosophe et la Théologie, VRIN, 1960, rééd. 2005, p.186-187

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /Jan /2009 21:35
Exceptionnellement, j'ai envie d'écrire un article sur un sujet d'actualité. Je ne suis pas un grand connaisseur du mouvement lefebvriste, mais je trouve que beaucoup d'articles publiés sur ce sujet sont superficiels et déforment la vérité.
On reproche à Benoït XVI de lever l'excommunication portant sur les quatre évêques de la Fraternité St Pie X fondée par Mgr Lefebvre alors que l'un d'entre eux, Mgr Williamson, a dit qu'il ne croyait pas à l'existence des chambres à gaz. AInsi, dit-on, Benoît XVI aurait réhabilité un évêque négationniste. Il faudrait dire plutôt qu'il a réhabilité un évêque qui se trouve être un négationniste, car son intention n'était évidemment pas de réhabiliter un négationniste, mais de faire un geste fort destiné à éviter que la Fraternité St Pie X se transforme petit à petit en une véritable secte.
C'est jeudi dernier, paraît-il, que Williamson a exprimé son opinion négationniste, alors que la levée de l'excommunication était prévue de longue date. Le pape n'allait donc pas revenir en arrière au dernier moment. Mais surtout, encore une fois, le but du pape est d'éviter que se crée une église parallèle ou une secte. Il pense aux quelques dizaines de milliers de personnes qui appartiennent à la Fraternité St Pie X.

Il ne faut pas être trop sévère à l'égard des membres de ce mouvement. En effet, il est indéniable que pendant les années 60-70, il y a eu une crise de l'Eglise, en particulier du point de vue liturgique. D'un seul coup, la plupart des prêtres ont abandonné la liturgie traditionnelle, qui était belle et priante, pour célébrer la messe d'une manière insipide, voire totalement fantaisiste (certains réécrivaient eux-mêmes le texte de la prière eucharistique, et on expérimentait toutes sortes d'idées farfelues). Les meilleurs théologiens français, qui étaient à l'époque experts aux concile Vatican II et ne s'opposaient pas au concile, ont critiqué très sévèrement ces abus (voir De Lubac, Considérations sur la crise actuelle, Bouyer, La Décomposition du catholicisme, etc.). Les écrivains français et étrangers (Maritain, Borghes, et tant d'autres), les musiciens (Olivier Messiaen, Maurice Duruflé et tant d'autres), une multitude d'intellectuels catholiques (Etienne Gilson, etc.) ont également critiqué les comportements délirants que l'on observait fréquemment dans l'Eglise. La cause de ces excès n'était pas le concile, mais la mentalité progressiste qui régnait pendant les années 60, caractérisée par un besoin de rompre avec le passé, quitte à inventer pour cela les pires absurdités. Face à cette crise, les catholiques de sensibilité traditionnelle mais qui n'avaient pas lu les documents du concile ont cru que l'Eglise officielle approuvait ces excès. Ou bien ils croyaient que le magistère de l'Eglise avait le pouvoir de contrôler la situation et de ramener les progressistes à la raison, et ils lui reprochaient donc de ne pas réagir, et de les approuver secrètement.

Bref, il y a bien des circonstances atténuantes en faveur de la fraternité St Pie X. Cela dit, l'acte de Mgr Lefebvre était injustifiable. Il pensait qu'une mission lui était confiée par Dieu : continuer la Tradition de l'Eglise. Malgré l'interdiction que lui avait imposée Jean-Paul II d'ordonner des évêques (sous peine d'excommunication), Mgr Lefebvre a accompli cet acte de désobéissance après s'être rétracté concernant l'accord qu'il avait signé avec le cardinal Ratzinger. Or il faut savoir que du point de vue catholique, un tel comportement est inacceptable, même en période de crise. Personne ne peut s'envoyer lui-même en mission. Il doit y être envoyé par Dieu, ce qui peut se faire de deux manières : soit par le biais de la hiérarchie, ce qui n'était évidemment pas le cas, soit directement par Dieu, mais dans ce cas, il faut que cette mission soit confirmée par une sainteté manifeste ou des miracles, etc., et même dans ce cas, il faut que la personne en question n'accomplisse pas sa mission en désobéissant. St François d'Assise et Ste Catherine de Sienne ont réformé l'Eglise, mais ils l'ont réformée de l'intérieur : leur sainteté était évidente aux yeux de tous, ils faisaient des miracles, et ils évitaient consicencieusement la désobéissance. Beaucoup de saints ont été traités injustement par la hiérarchie, mais ils n'ont pas désobéi pour autant.

Ce reproche n'est pas de mon invention. St François de Sales lui-même l'adresse auix réformateurs protestants dans sa Lettre ouverte aux protestants (à lire sur JesusMarie.com). Or il s'applique parfaitement à Mgr Lefebvre et à son mouvement, qui a néanmoins souvent accusé Ratzinger d'être un "libre penseur". Libre penseur ? N'oublions pas en effet que Ratzinger a participé activement au concile Vatican II, et qu'il n'avait pas peur des innovations. D'un autre côté, à l'époque du concile, il a émis quelques réserves à propos de certaines formulations des documents conciliaires (par exemple dans Gaudium et Spes). Mais il est ridicule de soupçonner Ratzinger de sympathie à l'égard des idées traditionnalistes et de la liturgie tridentine. Dire cela, c'est ignorer complètement sa pensée. Benoît XVI tient à la nouvelle liturgie, la liturgie Paul VI, mais il aimerait que l'on dise la prière eucharistique face à la croix (donc "dos au peuple") puisque cette prière ne s'adresse pas au peuple mais à Dieu. Il veut aussi qu'on se serve d'avantage du grégorien, par exemple. Mais rien de cela n'est contraire au concile. 
Autre différence entre Ratzinger et les lefebvristes : Ratzinger a toujours cru à la l'utilité de l'oecuménisme, il y a travaillé activement, signant un accord avec les luthériens sur la justification, invitant les patriarches orthodoxes à Rome, etc. Or les traditionnalistes ont toujours été extrêmement méfiants envers l'oecuménisme, qu'ils considèrent comme du syncrétisme ou du relativisme. Autre différence encore : Benoît XVI n'hésite pas à dire aux catholiques d'Europe occidentale qu'ils devront s'habituer à rester minoritaires, alors que beaucoup de traditionnalistes rêvent à l"Occident chrétien", à un système césaro-papiste ou à une monarchie de droit divin.

Mais revenons au grief relatif  à Mgr Williamson. Que se passerait-il si Benoît XVI le maintenait excommunié ? Je pense que ses ouailles le suivraient par solidarité et seraient donc toujours dans le schisme, avec tout ce que cela implique comme ressentiments envers le magistère de l'Eglise.Il faut comprendre que là où il y a schisme, le courant séparé de Rome développe insensiblement une justification ad hoc de sa propre séparation de l'Eglise-mère. Ainsi se constitue une nouvelle théologie, de plus en plus différente de la théologie catholique. Dans le cas des traditionnalistes, cette dérive est limitée par le fait qu'ils se justifient à partir des documents magistériels antérieurs au concile Vatican II. Mais ils appliquent le principe du libre examen dans l'interprétation de ces documents, au lieu de se fier, comme est censé le faire tout catholique, à l'interprétation qu'en donne le magistère actuel de l'Eglise. Cela suffit pour qu'ils développent leur propre théologie. Il faut comprendre également que les schismatiques, parce qu'ils sont exclus de la communion et sont extrêmement minoritaires, ont naturellement tendance à médire du magistère et même à le considérer comme investi par les forces du mal (de même que les protestants ont eu tendance à haïr l'Eglise et à considérer le pape comme l'Antichrist). Plus le temps passe, plus cette tendance se renforce, et plus l'unité devient difficile à réaliser. Petit à petit, cette minorité qui se sent assiégée de tous côtés se coupe intellectuellement du reste du monde : elle cherche à distinguer les "bons" et les "mauvais" livres, elle évite les écoles ou les collèges ordinaires (publics ou privés) pour élever ses enfants dans une doctrine pure et irréprochable à ses yeux. Enfin, les jeunes traditionalistes, qui sont nés après la séparation, ne ressentent pas comme leurs aînés la nécessité de retrouver la pleine communion avec Rome. Ils se sont habitués à cette séparation et peuvent même y trouver une certaine satisfaction, contents d'appartenir à l'élite, au petit reste d'Israël. Bref, ce que je veux dire, c'est que si nous ne donnons pas dès maintenant aux lefebvristes la possibilité d'aimer un peu plus le pape et l'Eglise, puis de s'y fier d'avantage, la fraternité St Pie X risque de devenir une véritable secte, c'est-à-dire un mouvement religieux de plus en plus coupé du monde et de plus en plus malsain. 
Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 21:50
 

Bonjour,


deux fois, j'ai voulu vous répondre, mais à chaque fois, tout ce que j'ai écrit a disparu lorsque j'ai tapé sur « entrée » pour passer à la ligne. Bref, je recommence, en utilisant une méthode plus prudente, c'est-à-dire en rédigeant sur open office ; or je ne peux faire copier-coller dans l'endroit prévu pour répondre aux commentaires. C'est pourquoi je publie cette réponse ici.

Tout d'abord, vous mentionnez deux passages de l'Ecriture pour soutenir que l'évêque de Rome ne peut être le primat de l'Eglise. Ces deux passages disent que la Bonne Nouvelle doit être annoncée partout dans le monde à commencer par Jérusalem. Et Jésus dit à ses apôtres de demeurer à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils reçoivent l'Esprit Saint. Or rien de cela n'exclut que l'Eglise se développe ensuite ailleurs et soit gouvernée à partir d'une autre ville comme Rome, lieu où St Pierre fut martyrisé. Deuxièmement, on peut dire qu' Israël préfigure l'Eglise, car Israël est le peuple de Dieu, puis c'est l'Eglise qui est le peuple de Dieu après la Pentecôte. Mais en quoi cela prouve-t-il que l'Eglise doive être gouvernée à partir de Jérusalem ? Bien entendu, on peut citer une foule de passages qui parlent de Jérusalem comme d'une ville sainte, la ville du Temple, la ville du grand Roi, etc., mais en quoi cela prouve-t-il ce que vous soutenez ? Pour un catholique, Jérusalem est effectivement une ville sainte, c'est une ville où Jésus a enseigné (dans le Temple, notamment) et où il est mort. Elle a donc une place toute particulière. Mais pourquoi faudrait-il absolument qu'en plus de cela, elle soit le lieu où l'Eglise comme institution ait sa hiérarchie ? Notez que le Temple a été détruit en 70 et, avant cela, Jésus avait dit à la Samaritaine du puits de Jacob que Dieu serait adoré non seulement à Jérusalem mais partout (“en esprit et en vérité”). Il est donc clair que Jérusalem, la ville du Temple, n'a pas une importance aussi grande avant et après la venue du Christ. Je pense que certains protestants, à force de parler de Rome, se font des idées fausses sur la place qu'a cette ville dans l'esprit d'un catholique. Pour nous, Rome est importante parce que St Pierre et St Paul, colonnes de l'Eglise, y furent martyrisés comme beaucoup d'autres chrétiens. Du coup, elle est le lieu où s'est installée la hiérarchie de l'Eglise. Mais Rome ne remplace évidemment pas Jérusalem. De même, je pense que la plupart des gens qui ne sont pas catholiques se font une idée fausse du pouvoir du pape. Ils imaginent que si le pape dit quelque chose, tous les catholiques vont le suivre comme un seul homme. En réalité, bien qu'il exerce une autorité, le pape ne contrôle pas vraiment ce qui se passe dans l'Eglise. Au fond, les catholiques font ce qu'ils veulent. Certains accordent peu d'importance à ce que dit le pape, d'autres exagèrent la valeur de ce qu'il dit, et d'autres, heureusement, ont une conception plus juste de son autorité. Au total, bien peu de gens, chez les catholiques, peuvent être considérés comme “papistes”. Il en est ici comme des préjugés sur l'utilisation des images par les catholiques. Il est évident que les catholiques n'adorent pas des images ou des statues. Sur mes étagères, il y a une icône en contreplaqué et une image de la Ste Vierge en papier que j'utilise pour prier. Est-ce que j'adore ce bout de papier ? Certainement pas, et comme tout le monde, j'ai jeté des dizaines d'images pieuses à la poubelle. Les icônes que les catholiques utilisent chez eux sont faites d'une feuille de papier collée sur un morceau de contreplaqué... Pour ma part, je n'ai jamais vu un seul catholique “adorer” une image.


Ensuite, vous dites qu'aucun passage de l'Ecriture ne suggère la primauté de Pierre. Pourtant, les passages que je mentionne dans l'article suivant une tradition d'interprétation très ancienne suggèrent cela. Premièrement, le nom donné à Jésus, sachant que Dieu ne donne pas de nouveaux noms sans qu'ils soient lourds de signification. Or il donne à Simon le nom de Pierre, mot qui s'applique jusque-là à Dieu lui-même et qui connote le fondement, la solidité, etc. Le fait que ce mot soit appliqué par St Pierre à Jésus, pierre angulaire de l'Eglise, ne veut pas dire qu'il ne s'applique pas à Simon en un certain sens. Dans la Bible, un même mot peut renvoyer à deux réalités différentes. Par exemple, la vigne est Israël, mais aussi l'Eglise ; et le Messie dont parle Isaïe est Cyrus, mais aussi Jésus Christ, etc. Deuxièmement, le fait qu'il lui promette les clés du Royaume. C'est une allusion à Elyoqim dans le livre d'Isaïe. Pierre est en quelque sorte le premier ministre de l'Eglise. Troisèmement, il y a les autres promesses. Enfin, il y a plusieurs passages des Evangiles où Jésus, en dialoguant avec Pierre, semble lui attribuer un rôle tout à fait particulier, ce que confirment les Actes des apôtres, où il est bien le chef de l'Eglise après Jésus. Bien sûr, on pourrait penser que la fonction occupée par Pierre s'est arrêtée avec lui et qu'il ne devait pas avoir de successeur. Mais cette idée n'est pas très naturelle. Tout d'abord, aucun passage de l'Ecriture n'indique que Pierre devait être le dernier à exercer cette fonction. Ensuite, si la fonction instituée par Jésus et confiée à Pierre était utile, pourquoi devait-elle s'arrêter avec lui ? Or il semble bien qu'une telle fonction est utile. Enfin, si elle devait s'arrêter avec Pierre, pourquoi a-t-il eu des successeurs ? L'Eglise aurait sombré dans l'hérésie juste après la mort de Pierre en lui désignant un successeur ? On tombe ainsi dans le mythe fondamentaliste selon lequel il y aurait eu une grande apostasie dès le début de l'histoire de l'Eglise, hypothèse gratuite qu'aucun document historique ne permet de confirmer. Puisque Jésus promet à Pierre que les portes de l'Enfer ne l'emporteront pas (ou ne seront pas fortes) contre l'Eglise, cet événement ne peut s'être produit, ou en tout cas il ne peut s'être produit sans qu'une partie des chrétiens ait formé alors la véritable Eglise. Or nous n'avons aucun document historique attestant l'existence de cette église préservée de la “corruption romaine”. Si ce débat sur l'hypothèse de l'apostasie originelle vous intéresse, je vous renvoie à un article là-dessus sur le site v-i-v.free.fr

(allez ensuite dans « Watchtower », puis « doctrine », puis cherchez l'article).

A propos de Mathieu 16, 18, vous avez raison de dire qu'il n'y a que deux fois le mot Pierre (ou pierre), mais ça ne change rien. La traduction mot à mot du grec donne ceci : « je dis que toi tu es Pierre, et sur cette la pierre, je bâtirai de moi l'église ». La Traduction Oecuménique de la Bible dit : « je te le déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».


Concernant la foi comme don de Dieu, et le fait que nous sommes sauvés par la grâce de Dieu, nous sommes d'accord. Les protestants et les catholiques ne le savent pas toujours, mais les principes de la sola gratia et de la sola fide sont affirmés par la tradition catholique bien avant Luther.


Enfin, je ne sais pas ce qui s'est passé avec le Sabbat et le dimanche, mais ce dont je suis sûr, c'est que l'affirmation suivante est arbitraire : « Ce qui existe chez les païens ne peut pas exister dans le vrai christianisme ». Pour être pur et d'origine divine, le christianisme n'a pas besoin de rejetter toutes les coutumes païennes. Il n'a même pas besoin de s'interdire l'incorporation de coutumes ou de notions nouvelles empruntées au paganisme. Ce qui est païen peut devenir chrétien, à moins d'être contraire au christianisme. Ainsi, St Jean a repris la notion de « Logos » à la philosophie stoïcienne. La Genèse reprend des symboles païens (comme l'arbre de vie) qui viennent de la culture babylonienne, etc. Voyez sur ce sujet le texte de Newman que j'ai inséré ici dans un article sur les témoins de Jéhovah.


Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 17:09


Il y a des parties de nous-mêmes que nous pouvons perdre sans cesser d'exister et d'être le même individu qu'avant : les bras, les mains, les jambes, les cheveux, etc.
Soit un individu nommé John McCullen. Il perd une partie de sa mémoire au cours d'un accident, ainsi que ses jambes. Il a changé, mais il s'agit toujours de John McCullen.

Imaginons qu'il ait commis un crime abominable avant cet accident. Après l'accident, on le considérera encore comme le criminel et il devra subir une peine proportionné au mal qu'il a commis. c'est donc qu'il s'agit toujours du même individu : John McCullen.

La question est : quelle est la partie de son être qu'il peut perdre sans cesser d'être lui-même ? C'est la question des critères de l'identité personnelle.

D'un point de vue matérialiste, il est tentant de penser que c'est le cerveau qui est le centre de l'identité personnelle. Mais, comme le montre Swinburne, cette idée pose un sérieux problème.
 
- si on enlève une partie du cerveau à un individu (pour lui enlever une tumeur par exemple), il s'agit toujours du même individu après. Par exemple, si McCullen a un cancer et qu'on lui enlève un morceau de l'hémisphère droit, il reste John McCullen après l'opération. On sait d'ailleurs que ce genre d'opération, lorsqu'elle est réussie, n'enlève à l'individu qu'une partie de ses facultés (il ne peut plus jouer de musique, par exemple).

- notons que si on enlève à un individu la moitié de son cerveau, il survit dans certains cas. Les enfants peuvent subir cette opération et recouvrer toutes leurs facultés au bout d'un certain temps (l'hémisphère restant finit par remplir toutes les taches à lui seul).

Swinburne se demande donc : que se passe-t-il si on sépare les deux hémisphères cérébraux d'un individu sans les détruire ? Par exemple, on échange des hémisphères cérébraux de deux personnes (disons John et son frère Mark). Du point de vue matérialiste, la réponse serait celle-ci : nous avons deux personnes qui sont chacune un peu de John et un peu de Mark.

Objection de Swinburne : dans ce cas, il fallait dire tout à l'heure que si John perd une petite partie de son cerveau au cours d'une opération, il n'est plus tout à fait John McCullen.

Comment résoudre la contradiction ? Soit le fait de retirer une partie du cerveau fait qu'il ne s'agit plus du même individu, soit cela n'empêche pas qu'il s'agisse du même individu. Swinburne soutient que le matérialiste ne peut pas se sortir de cette difficulté...

Il faut bien voir que l'identité d'une personne à travers le changement est d'un type particulier. Chisholm la distingue de l'identité d'un fleuve. Le Missouri et l'Ohio se jettent dans le Mississipi. Le Mississipi est-il le même fleuve en amont et en aval des lieux où le rejoignent ses deux affluents ? Oui et non. Nous lui donnons le même nom, mais il ne s'agit pas tout à fait du même fleuve.
En revanche, lorsque nous parlons d'une personne qui change au cours de sa vie, nous disons que c'est toujours de la même personne qu'il s'agit. Encore une fois, si elle a commis un crime et qu'on lui enlève une partie du cerveau au cours d'une opération, on pense bien qu'il s'agit toujours de la même personne après l'opération et qu'elle doit subir une peine de prison.
L'énigme est là : si le critère matérialiste de l'identité personnelle était correct, comment expliquer cette différence ?

Swinburne suggère que le centre de l'identité personnelle n'est pas le cerveau, mais une partie indivisible (l'âme, si l'on veut).

Son argument est étrange, mais je ne vois vraiment pas comment le contrer.

Par Héron mélomane - Publié dans : Métaphysique de l'esprit et de la liberté
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 22:02

Le pari de Pascal n’est pas un choix aveugle ou arbitraire, mais un calcul rationnel, un calcul de probabilités. D’abord, insistons sur le fait que Pascal n’est pas fidéiste : il ne sépare pas la foi et la raison. Sa thèse est plutôt que la foi est incompréhensible du point de vue de la raison raisonnante, c’est-à-dire tronquée ou caricaturée. Il y a bien des raisons de croire, et le but des Pensées est de les exposer de façon persuasive. Selon Pascal, la plus importante des preuves du christianisme est la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament. Une bonne partie des Pensées porte sur ce point. Les indices en faveur du christianisme ne manquent pas mais ils manquent d’évidence, car si Dieu imposait à l’homme des preuves évidentes, il ne respecterait pas sa liberté. L’adhésion libre à la vérité révélée suppose que nous ayons la capacité de nier cette vérité en nous aveuglant volontairement. Cela n’est possible qu’à l’égard de ce qui n’est pas évident. Par exemple, je n’ai pas le pouvoir de croire que 2 + 2 = 5 ou que le monde n’existait pas il y a une heure. Il faut donc qu’il y ait des preuves, mais des preuves non évidentes.

A celui qui hésite encore après avoir considéré ces preuves du christianisme, Pascal propose un argument de son cru : le fameux pari. Il se compose de deux parties. La première relève de la théorie de la décision, et la deuxième du calcul des probabilités, inventé par Pascal lui-même, Huygens, et Fermat.

Première partie : il y a deux choix possibles : celui de la foi et l’autre (celui de l’athée ou de l’agnostique. On peut les mettre ensemble parce qu’il s’agit dans les deux cas du choix de ne pas recourir aux sacrements et de ne pas croire la vérité révélée). Donc soit on croit, soit on ne croit pas. Si on fait le premier choix, on sacrifie certains plaisirs de ce monde ; ainsi, en cas d’erreur, on aura fait un sacrifice inutile, mais cette perte est limitée. Si on fait le deuxième choix, le risque est beaucoup plus grand : perdre la vie éternelle. Nous avons donc d’un côté une perte finie, et de l’autre une perte infinie. Il n’y a donc pas à hésiter : il faut choisir de croire.

Objection : si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus grande que la probabilité de son existence, ce raisonnement n’est pas concluant…

La deuxième partie de l’argument répond à cette objection.

Deuxième partie (où interviennent les probabilités) :  Même si la probabilité de la non-existence de Dieu est plus forte que la probabilité de son existence, l’argument du pari demeure valable. Pascal le montre en imaginant un jeu de hasard. Prenons un exemple du même genre. Jouons à la roulette en modifiant le jeu de la manière suivante : il y a trois fois plus de nombres rouges que de noirs mais que le gain prévu pour les nombres rouges est cent fois plus petit que pour les noirs. Dans ce cas, le pari le plus rationnel est de choisir les noirs.

- Rouges (probabilité de ¾) : gain de 10 euros si ça tombe sur un nombre rouge.

- Noirs (probabilité de ¼) : gain de 1000 euros si ça tombe sur un nombre noir. 

De même, s’il y a peu de chances que Dieu existe compte tenu des indices dont nous disposons, le choix le plus rationnel est tout de même celui de la foi car le gain qu’il permet est infini (c’est la vie éternelle). Il s’agit d’un gain infiniment plus grand que celui du pari contraire.

Par Héron mélomane - Publié dans : La foi, la connaissance et la raison
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 12:05

La divinité de Jésus

 

  • D’abord, Jésus est le Fils de Dieu, comme l’admettent les Témoins de Jéhovah. Remarquons bien qu’il l’est en un sens tout particulier. Lequel ? Il n’est pas seulement une créature de Dieu. Le prologue de St Jean (Jn 1, 1) dit que « le verbe était Dieu ». Le texte grec est parfaitement clair « και θεος ήν ο λόγος ». Les témoins de Jéhovah traduisent « et le Verbe était de nature divine », en prétendant que cette traduction se fonde sur une connaissance du grec biblique, mais leur argumentation s’arrête là. Ils ne justifient donc pas cette traduction. En réalité, cette phrase est parfaitement claire et ne contient aucune subtilité sémantique ou grammaticale. Si Jean avait voulu dire que Jésus était (seulement) de nature divine, il aurait sans doute utilisé le mot φυσις ou le mot ουσια, mais il n’aurait pas écrit que le Verbe était Dieu (Théos).
  • Dans quatre versets de St Jean, Jésus s’attribue le nom de Dieu « Yahwé » qui veut dire « JE SUIS ». Dans le livre de l’Exode, Dieu se nomme ainsi. Les commentateurs ont toujours compris ce nom comme signifiant que Dieu est l’Etre absolu (voir sur ce point Gilson, Constantes philosophiques de l’Etre, VRIN – le grand historien de la philosophie évoque surtout les réflexions de St Augustin et St Thomas d’Aquin sur ce passage). En Jn 8, 24, Jésus dit « si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés » (le texte grec porte bien les mots εγω ειμι – pour qui en doute, il n’y a rien d’autre à faire que de consulter l’interlinéaire Grec-Français). Quelques lignes plus bas, au verset 28, « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous reconnaîtrez que JE SUIS » (là encore, on trouve les mots « égo eïmi »). De même, au verset 58 : «  avant qu’Abraham existât, JE SUIS ». Ce dernier verset, la société Watchtower le traduit « avant qu’Abraham existât, j’ai été ». Or le texte grec dit « égo eïmi ». Il s’agit bien du présent. On ne peut pas traduire autrement que par « je suis ». Il est donc clair que Jésus s’attribue le nom divin dans le ch. 8 de St Jean, et cela confirme l’idée qu’au chapitre 1, la bonne traduction est : « et le Verbe était Dieu ». Enfin, lors de son dernier repas, Jésus dit « je vous le dis à présent, avant que l’événement n’arrive, afin que, lorsqu’il arrivera, vous croyiez que JE SUIS ». Là encore, ce sont les mots égo eïmi, et on ne peut pas les traduire autrement que par « je suis ».
     
  • Autres passages déformés par la société Watchtower : Colossiens 1, 15-17, et Philippiens 2, 9. Dans ces deux textes, la traduction du monde nouveau insère le mot « autre » parce que sans cela, le sens du texte implique que Jésus est Dieu : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute création ; parce que par son moyen toutes les [autres] choses ont été crées dans les cieux et sur la terre » etc. Et en Philippiens 2, 9 : « C’est pourquoi Dieu l’a élevé à une position supérieure et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout [autre] nom ».
  • En Révélation 22, 12-13, Jésus dit de lui-même : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin ». Or le livre d’Isaïe fait aussi allusion à Dieu comme étant le « premier » et le « dernier » : « Voici ce qu’a dit Jéhovah, le Seigneur des armées : « je suis le premier et je suis le dernier, et en dehors de moi il n’y a pas de Dieu » (Isaïe 44, 6). Et : « Ecoute moi, Jacob, Israël que j’ai appelé, c’est moi, moi qui suis le premier et c’est moi aussi le dernier » (Isaïe 48, 12).
  • La croyance à la divinité de Jésus est fondée aussi sur le sens des symboles bibliques. En Mt 8, 23, il apaise la mer et le vent, or chez les Juifs, c’est Dieu qui est le maître des eaux (cf. le passage de la mer des roseaux). La mer, l’eau représente le mal, et le Léviathan, monstre marin, représente le diable. D’où la surprise des apôtres dans ce passage : « Quel est donc celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? ». Symboliquement, ce miracle est plus grand que les guérisons ou les multiplications du pain. En Mt 14, 27, Jésus marche sur les eaux. Il domine encore les eaux, les maîtrise. De plus, il dit « n’ayez pas peur, c’est moi », ce qui se dit en hébreu « Yahwé » (Yahwé a deux traductions possibles : « c’est moi » et « je suis »). Ici, il manifeste implicitement sa propre divinité. Dans plusieurs passages comme Mt 9, 15 et Mt 22, Jésus se présente comme l’Epoux. Or dans l’Ancien Testament, l’Epoux est Dieu lui-même (voir Osée, Cantique des cantiques, etc.). Jésus réalise les prophéties dans lesquelles Dieu dit qu’il viendra lui-même pour succéder aux chefs de son peuple : il sera lui-même son chef. Il réalise aussi les prophéties où Dieu annonce qu’il viendra pour faire lui-même le sacrifice (lorsqu’il a été tué, c’est Jésus qui a fait le sacrifice). En Mt 10, 1, il donne à ses disciples le pouvoir d’expulser les démons. Il manifeste encore sa divinité lorsqu’il remet les péchés, car pour les juifs, c’était un privilège de Dieu. Quand il dit « détruisez ce temple, et en trois jours, je le rebâtirai, Jésus parle de son corps, comme le dit l’évangéliste lui-même. Or il ne s’agit pas du temple en un sens large, mais en un sens étroit (le mot grec est Naos et non Hiéron – ce corps est le lieu de la présence divine…).  Il y a bien d'autres arguments pour montrer la divinité de Jésus. Pour plus d'informations, voyez les articles du site v-i-v.free.fr ("Vivre pour la Vérité").
  • En acceptant (contrairement aux Ariens), de considérer Jésus comme un vrai Dieu les Pères de l’Eglise ne se sont pas facilité la tâche. En apparence, leur thèse était source de nombreuses difficultés théologiques. Ils durent travailler avec acharnement pour comprendre comment Jésus pouvait être à la fois vrai Dieu et vrai homme. Leur thèse était difficile à faire passer auprès des païens, des philosophes, etc. La solution de facilité eût été de négliger les symboles bibliques par lesquels Jésus affirme implicitement sa divinité, et de déformer les quelques passages de St Jean où Jésus l’affirme explicitement. C’est ce qu’a fait la société Watchtower…
     
  • La croyance à la Trinité était également difficile à accepter. C’est bien l’étude de la Bible qui a poussé les Pères de l’Eglise à croire à la Trinité, et non une influence païenne, comme le disent les calomnies répandues par la société Watchtower. Pour s’en convaincre, qu’on lise le De Trinitate de St Augustin (il est sur le site www.jesusmarie.com). Toute sa réflexion est fondée sur l’Ecriture. De toute façon, St Jean lui-même n’hésite pas à emprunter une notion à la philosophie païenne. Le Logos (qu’on traduit le Verbe ou la Parole), c’est la raison universelle des stoïciens… Cela n’empêche pas Jean d’être dans la vérité. Les pères de l’Eglise ont remarqué que l’Esprit Saint était systématiquement mentionné après le Père et le Fils (c’est le cas chez St Paul, par exemple). Il est donc mis au même niveau, ce qui suggère qu’il est une personne et une personne de même rang. Jésus nous parle de la mission de l’Esprit qui doit succéder à la sienne. En parlant de l’Esprit Saint, il dit qu’il nous enverra « un autre consolateur », etc. Tout cela suggère qu’il s’agit bien d’une personne. De plus, l’Ecriture en parle comme d’un être qui accomplit des actions, prie, etc. (voir tous les verbes utilisés à propos de l’Esprit Saint). D’autres passages pas toujours clairs peuvent avoir une valeur de confirmation : sous le chêne de Mambré, Abraham reçoit la visite de Dieu lui-même, or Dieu lui apparaît sous la forme de trois personnes (« trois hommes »). L’idée que l’Esprit Saint est une personne vient de la perspicacité des Pères de l’Eglise, qui ont remarqué une multitude de détails de ce genre. Je ne les connais pas tous. Aucun n’est suffisant en lui-même, mais leur accumulation peut avoir la valeur d’une preuve. D’après le père Nicolas, la première raison mentionnée ici était la principale à l’époque patristique (voir J-H. Nicolas, Synthèse dogmatique, éd. Beauchêne).

 


Autres questions et réponses

 



1. Les Témoins de Jéhovah pensent que la date de Noël n’a aucun fondement dans l’Ecriture. Ils ne voient pas que ce fondement se trouve dans le premier chapitre de St Luc.
L’évangéliste nous dit que Zacharie est un prêtre de la classe d’Abia, et que la grossesse d’Elisabeth a commencé juste après qu’il fut allé à Jérusalem pour entrer dans le Saint des Saints. Or nous savons que les différentes classes sacerdotales entraient à tour de rôle dans le Saint des Saint et nous savons à quel moment chacune le faisait. A partir de ces éléments, on peut calculer à quel moment Elisabeth en est à son sixième mois, donc à quel moment elle rencontre Marie (puisque Luc nous dit qu’elle en est à son sixième mois lorsqu’elle rencontre Marie et que celle-ci devient enceinte à son tour). Tout cela permet de savoir que la naissance de Jésus a dû se produire dans les derniers jours de décembre. Il y a d’ailleurs une analogie entre la vision de Daniel et celle de Zacharie. Elles ont lieu à la même heure, dans les mêmes conditions liturgiques (« à l’heure de l’encensement). Chez Daniel, le Messie arrive après 70 semaines (considérées traditionnellement comme des semaines d’années) ; or dans l’évangile de Luc,  il y a 70 semaines entre la vision de Zacharie et la présentation de Jésus au Temple. Au lieu d’accuser les catholiques de ne pas s’appuyer sur l’Ecriture Sainte, les Témoins de Jéhovah feraient bien de lire les Pères de L’Eglise et de s’informer un peu plus. St Jean Chrysostome avait déjà expliqué tout ce qui concerne la date de Noël.

2. Cette attitude est fréquente chez certains protestants : ils accusent l’Eglise d’avoir inventé telle ou telle doctrine qui ne se fonde pas dans l’Ecriture, alors qu’elle s’y trouve bel et bien ; seulement elle n’apparaît pas au premier coup d’œil. Lorsque Calvin accusa l’Eglise d’avoir inventé la doctrine du purgatoire indépendamment de l’Ecriture, St François de Sales répondit en exposant tout un faisceau de preuves. La justification était convaincante, mais indirecte, et c’est pourquoi Calvin ne l’avait pas soupçonnée. De même, après avoir reproché à l'Eglise d'enseigner une doctrine étrangère à l'Eglise primitive, il fut obligé de compter pour rien l’autorité des pères de l’Eglise, parce que plusieurs d'entre eux soutenaient clairement qu'il existe un purgatoire.

3. Le sang ne peut pas être l’âme des animaux
. Si on prend un animal et qu’on sectionne les nerfs de ses pattes sans toucher au reste, elles n’auront plus qu’une vie végétative. Elles auront perdu le mouvement. L’âme (anima en latin) est par définition le principe de vie, c’est-à-dire ce qui anime l’être vivant et ce qui en maintient l’unité, l’organisation. Dans cette expérience, l’âme de l’animal n’anime plus sa patte, puisqu’il est incapable de la mouvoir. Ses cellules se nourrissent encore grâce aux éléments nutritifs apportés par le sang, mais le membre en lui-même, pris comme un tout, n’a plus de vie animale. Il ne lui reste que la vie végétative. A priori, si l’on est matérialiste, on est obligé d’identifier l’âme au centre nerveux. Chez certains animaux, il y une série de centres nerveux (chaîne de ganglions reliés entre eux). On peut diviser un lombric en deux à condition de le couper à peu près au milieu. Dans ce cas, l’âme se divise. Soit l’âme est le centre nerveux lui-même (ou la série de centre nerveux), soit elle est une entité distincte, invisible, et qui est en interaction causale avec le centre nerveux.  En tout cas, l’âme n’est pas le sang lui-même. Les passages de la Bible qui suggèrent cela ne sont donc pas à interpréter de façon littérale, mais figurative (ils signifient que le sang représente la vie). De même, la Genèse n’est pas à lire de façon littérale, sinon nous serions contraints de nier une bonne partie des données de la science moderne (il faudrait croire que la terre ne tourne pas autour du soleil, que son histoire géologique ne s’étale que sur quelques milliers d’années, etc.). Le fait qu’il y ait un passage des Actes des apôtres où ils conseillent aux chrétiens d’Antioche de s’abstenir du sang ne nous dit pas si ce conseil doit être encore suivi à notre époque. Ce conseil n’est pas plus définitif que ceux donnés par Paul aux Corinthiens ; par exemple il dit que les femmes doivent se couvrir les cheveux pour prier. Ce conseil était utile aux Corinthiens compte tenu de leurs mœurs et de leur culture. Mais dans notre culture, il ne paraît plus indigne ou indécent que les femmes aient la tête découverte au moment des offices (voir 1Co 9 à 11. Paul insiste bien sur le fait que ses conseils ne viennent pas directement de Dieu, mais de lui-même éclairé par le Saint Esprit).

4. Le calcul des Témoins de Jéhovah pour arriver à la date de 1914 à partir de la destruction de Jérusalem n’est pas correct
. En effet, Jérusalem n’a pas été détruite en 607 avant JC, mais en 587 av. JC, et le siège de la ville n’avait d’ailleurs commencé qu’en 597. Les historiens sont d’accord là-dessus. Ils ne parlent jamais d’une date aussi lointaine que 607 av. JC. La bonne date, en admettant le reste du calcul, serait donc 1934 ou 1935…De plus, il est plutôt hasardeux d’interpréter littéralement les nombres de l’apocalypse, car leur valeur est généralement symbolique. Au Moyen Age –le fait est bien connu - beaucoup de chrétiens se sont trompés en croyant être arrivés à la fin des temps. Leur erreur était justement de s’en tenir au sens littéral.

5. L’interdiction des images religieuses est inutile dans notre culture
. Les hommes de l’Antiquité avaient tendance à être animistes, donc à prendre les statues ou les images pour de véritables dieux. Au tout début du christianisme, il pouvait être utile de maintenir cette interdiction en certains lieux, et c’est ce qui a été fait puisque Celse entre autres (au IIIe siècle) reproche aux chrétiens de haïr les statues, les autels, etc. Mais maintenant, cette interdiction est inutile. Ajoutons que St Justin (au début du deuxième siècle) et Minucius Félix parlent avec respect de l’image de la croix. Cela suppose premièrement qu’ils ne s’interdisaient pas systématiquement l’utilisation d’images, deuxièmement, que pour eux, Jésus était mort sur une croix. Le terme grec utilisé dans l’Evangile pour parler de la « croix » ne nous renseigne pas sur sa forme. Mais le verbe « staurô » avait bien le sens de « crucifier », comme on le voit déjà chez Polybe (IIe s. av. JC). De toute façon, à moins d’avoir une preuve positive que Jésus n’ait pas été fixé sur une croix proprement dite, nous devons nous fier au témoignage d’auteurs aussi anciens que Justin et Minucius Félix. En histoire, on ne procède pas autrement. Tertullien et St Cyprien évoquent l’image de la croix, et nous savons que dans les synagogues anciennes, il y avait des images représentant des scènes de la Bible. Il est vrai, néanmoins, que les premiers chrétiens avaient probablement hérité du judaïsme une espèce de méfiance par rapport aux images. A propos du supplice de la croix, il faut tenir compte du fait qu’il a continué d’exister jusqu’à Constantin. Jusqu’à cette époque, la croix avait donc quelque chose d’humiliant (cela explique partiellement pourquoi les chrétiens la représentaient rarement). On sait que le symbole de la croix existait à la fois dans le paganisme (par exemple dans le Timée de Platon), et dans le judaïsme. Avant le passage de la mer, les hébreux marquent d’une croix le seuil de leur maison pour être préservés du fléau. Sur les tombes juives, on a retrouvé ce signe qui symbolise la protection de Dieu (tout cela est expliqué par le pape lui-même dans l’Esprit de la liturgie). Dans leur livret intitulé « Qu’enseigne réellement la Bible ? » (p. 205), les témoins de Jéhovah citent cette phrase de la New Catholic Encyclopedia : « on trouve la croix tant dans les cultures préchrétiennes que non-chrétiennes ». Pour être honnêtes, ils auraient dû expliquer que l’adjectif « préchrétien » renvoie au judaïsme…

6. Les Témoins de Jéhovah argumentent contre l’Eglise en lui reprochant d’avoir conservé certaines coutumes païennes. Cet argument n’a aucune valeur ; ce n’est pas parce qu’une coutume est d’origine païenne qu’elle est mauvaise. C’est le raisonnement inverse qui est valable : si une coutume est mauvaise, elle ne peut pas venir de Dieu, donc elle ne peut venir de la Révélation bien comprise. Sur ce point, lisez le texte de Newman ci-dessous.





Les origines païennes de plusieurs coutumes juives et chrétiennes

(extrait de Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, 1845)

 

 

«Le fait, admis de tous, est celui-ci: une grande partie de ce qui est généralement reçu comme vérité chrétienne, dans ses rudiments comme dans ses parties séparées, se trouve dans les philosophies et les religions païennes. Par exemple, la doctrine d'une trinité se retrouve aussi bien en Orient qu'en Occident; de même la cérémonie du baptême, de même le rite du sacrifice. Le dogme du « logos » divin est platonicien; celui de l'incarnation vient de l'Inde; celui d'un royaume de Dieu est juif; le culte des anges et des dé­mons vient des mages ; la relation du péché au corps, du gnosticisme; le célibat est connu des bonzes et des talapoins; l'ordre sacerdotal est d'origine égyptienne; l'idée d'une nouvelle naissance se trouve en Chine et à Éleusis; la croyance à la vertu sacramentelle est pythagoricienne; et les honneurs rendus aux morts sont du polythéisme. Voilà, en gros, comment les faits se présentent à nous. M. Milman en conclut: «Tout cela est dans le paganisme, donc ce n'est pas chré­tien' »; je préfère dire au contraire: «Tout cela est dans le christianisme, donc ce n'est pas païen. » En d'autres termes, je préfère dire, et je pense que l'Écri­ture confirme cette manière de parler, que dès l'ori­gine, la Providence a disséminé au loin sur toute la terre les semences de la vérité; qu'elles ont diversement pris racine et poussé comme dans le désert, pousses sauvages sans doute, mais vivantes; par suite, de même que les animaux inférieurs portent des signes de la présence en eux d'un principe immatériel, qui cepen­dant ne mérite pas le nom d'âme, de même les philo­sophies et les religions humaines tirent leur vie de certaines idées vraies et ne sont pourtant pas directement divines. Ce que l'homme est au milieu du règne animal, l'Eglise l'est parmi les écoles du monde; et comme Adam a donné des noms aux animaux qui l'environnaient, ainsi l'Eglise a tout d'abord jeté les yeux autour d'elle sur la terre, notant et examinant les doctrines qu'elle y trouvait. Elle a commencé en Chal­dée, puis a séjourné au milieu des Cananéens, est descendue en Égypte, a traversé l'Arabie pour s'in­staller dans sa propre terre. Elle a dû s'affronter aux marchands de Tyr, à la sagesse de l'Orient, aux plaisirs de Saba. Elle a été déportée à Babylone et s'est rendue jusqu'aux écoles de la Grèce. Partout où elle est allée, dans l'épreuve comme dans le triomphe, toujours elle restait un esprit vivant, l'esprit et la voix du Très-Haut, « assise au milieu des docteurs, les écoutant et leur posant des questions 2 », réclamant comme sien ce qu'ils disaient de juste, corrigeant leurs erreurs, suppléant à leurs lacunes, complétant leurs ébauches, développant leurs conjectures, et ainsi, par leur utilisation, élargissant l'ordonnance et raffinant le sens de son propre enseignement.

 

1.        Allusion à MILMAN, View of Christianity, mentionné plus haut.

2.        Allusion à Lc, II, 46.

 

Nous sommes donc bien loin d'accorder un moindre crédit à son Symbole parce qu'il ressemble à d'autres théologies. Nous tenons au contraire que la voie par­ticulière qu'a choisie la Providence pour nous com­muniquer la connaissance divine a été de donner à l'Église le pouvoir de tirer du monde et de recueillir en un tout cette connaissance. En ce sens, comme en d'autres, « elle suce le lait des gentils et le sein des rois 1 ».

 

1. Is., LX, 16.

 

Jusqu'où sont allés ces emprunts, c'est une ques­tion d'histoire; et nous croyons qu'ils ont été fortement exagérés et déformés récemment par ceux qui, comme M. Milman, ont vu dans ce fait une objection contre la doctrine catholique; mais nous n'y trouvons aucune difficulté a priori. Nous reconnaîtrions volon­tiers, pourvu qu'on en fasse une question de fait et non de théorie, que Balaam était un sage de l'Orient, que la Sibylle était inspirée, que Salomon s'est instruit auprès des fils de Mahol, ou que Moïse fut l'élève des prêtres d'Égypte. Nous ne nous alarmons pas d'ap­prendre que la doctrine des armées angéliques vient de Babylone, nous qui savons que ces anges ont chanté le soir de Noël; ni de rencontrer chez Philon la vision d'un médiateur, si le vrai médiateur est réellement mort pour nous sur le Calvaire. Et nous ne craignons pas de concéder que même après sa venue, l'Eglise a été la maison du trésor, qui produisait des choses anciennes et des choses nouvelles, qui jetait au feu de ses fondeurs l'or des tributaires et qui imprimait de plus en plus profondément sur sa monnaie, à mesure que le temps le demandait, l'image de son Maître.

La distinction entre ces deux théories est claire et patente. Selon les partisans de l'une, la Révélation a été un acte simple, complet, solitaire ou presque, pour communiquer un certain message. Tandis que nous, qui soutenons l'autre, nous constatons que l'enseignement divin a été en fait, comme nous devions nous y attendre selon l'analogie de la nature, varié, complexe, progressif et se complétant peu à peu « en des temps différents et en diverses manières 1 ». Nous remarquons que la doctrine chrétienne, si on la soumet à l'analyse, apparaît, comme son cadre humain, « étonnamment et merveilleusement construite 2 ». Eux, au contraire, y voient comme un dogme unique, ou des principes donnés une fois pour toutes dans leur plénitude, sans accroissement progressif avant la venue du Christ, ni élucidation après. Ils rejettent tout ce qui se trouve aussi chez les pharisiens ou chez les païens; pour nous, nous concevons que l'Eglise, comme la verge d'Aaron, a dévoré les serpents des magiciens. Ils sont en quête d'une fictive simplicité primitive, nous sommes en repos dans la plénitude catholique. Ils cherchent ce qui n'a jamais été trouvé; nous acceptons et nous uti­lisons ce qu'eux-mêmes reconnaissent être substantiel. Ils sont poussés à soutenir, de leur côté, que la doctrine de l'Église n'a jamais été pure; nous disons qu'elle ne peut jamais se corrompre. Pour nous, une promesse divine garde l'Eglise catholique de toute corruption doctrinale; mais sur quelle promesse ou quel encouragement ils peuvent faire fond pour re­chercher leur pureté imaginaire, personne ne le voit ».

 

1. Hébr., 1, 1.

2. Ps. 139, 14.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:21

L'objet de cet article est de montrer pour quelles raisons un catholique est nécessairement en désaccord avec la doctrine et les pratiques des témoins de Jéhovah. La liste n'est pas exhaustive.


1. Il existe une traduction oecuménique de la Bible (TOB) reconnue à la fois par les protestants, les catholiques et les orthodoxes, c’est-à-dire plus d’un milliard et demi de chrétiens. Dans d'autres pays, il y a des traductions oecuméniques, et un catholique peut utiliser occasionnellement une traduction protestante (et inversement). Or les Témoins de Jéhovah font bande à part : ils utilisent une traduction très différente des autres, et qui n'est reconnue ni par les catholiques, ni par les protestants. De plus, cette traduction est anonyme. Tout cela doit éveiller les soupçons des personnes qui cherchent sincèrement la vérité. De fait, plusieurs passages de la Bible qui ont obligé les Pères de l’Eglise à adopter la doctrine de la Trinité ont été édulcorés par les Témoins de Jéhovah. De même : le discours sur le pain de vie où Jésus dit qu’il faut manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Le résultat est bizarre dans la traduction du monde nouveau, car à la fin du passage, beaucoup de disciples quittent Jésus. Or dans la traduction des Témoins de Jéhovah, Jésus n’a rien dit de choquant. On ne voit donc pas pourquoi ses disciples le quittent ! Pour vérifier la traduction, l’idéal est de se procurer l’interlinéaire Grec-Français. Avec le texte grec sous les yeux, on peut voir que les Témoins de Jéhovah s’appuient sur une traduction falsifiée. Sur les passages déformés, voir « 77 questions aux témoins de Jéhovah », sur le site v-i-v.free.fr. Ce sont notamment ceux où Jésus s’applique le nom divin, par exemple : « Avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (« Ego eïmi » en grec, ce qui ne peut pas se traduire « j’ai été ». Jésus s’applique le nom divin en Jn VIII, 24, 28 et 58, et Jn XIII, 19).

2. Les prédictions : on ne peut pas prédire l’avenir à partir de la Bible. Les prophéties ne sont généralement comprises qu’après coup. Les apôtres n’ont pas compris les prophéties, jusqu’à ce que Jésus leur apparût sur le chemin d’Emmaüs après sa mort et sa résurrection. La Bible annonce qu’il y aura une fin des temps, mais rien ne permet de savoir à quel moment. L’interprétation que font les Témoins de Jéhovah du discours eschatologique (Mt 24 ou Luc 21) n’est pas correcte. Jésus évoque des tremblements de terre, des guerres, des famines, mais ici, il ne fait que reprendre la triade classique dans les livres prophétiques (guerres, famines et pestes – de même, il reprend l’expression « nations contre nations », classique chez les prophètes) et de toute façon, l’indice est trop vague pour nous donner une information sur le moment de la fin du monde. Au XIVe siècle, les chrétiens pouvaient se croire à la fin des temps d’après les mêmes indices (voir la tapisserie de l’Apocalypse à Angers. Les croisades étaient un fiasco, la France subissait la guerre de cent ans, la grande peste avait ravagé l’Europe, etc.). Il y a des guerres en Afrique et au proche Orient, mais l’Europe n’a jamais connu une paix aussi longue. (Notons aussi que la grande guerre de 1914 n’a pas fait plus de morts que les guerres napoléoniennes). Ce qui est impressionnant de nos jours, c’est le fait qu’à cause des moyens de communication, les événements prennent souvent une ampleur mondiale ou internationale. De plus, les médias s’intéressent principalement à ce qui va mal.
Ce passage (Mt 24) est en réalité très difficile à interpréter, c’est pourquoi il a fait l’objet de discussions infinies entre les exégètes. Un peu après, Jésus parle du siège de Jérusalem, de la destruction de la ville et du temple (qui aura lieu en 70), de la diaspora, et du temps où les nations piétineront Jérusalem. Mais le passage porte également sur la fin des temps, comme on le voit clairement en Mt 25 (conclusion du discours). Il y a donc ici deux plans plus ou moins superposés. Ce qui est clair, c’est que Jésus refuse de donner des indications permettant de prédire la fin des temps. Le message de Jésus dans tout ce passage est : « veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure » (la formule revient plusieurs fois, avec insistance). Il est d’ailleurs inutile de chercher à prédire la Parousie, puisque, comme le dit Jésus, sa venue sera évidente, manifeste, comme un éclair allant de l’Orient jusqu’à l’Occident (Mt 24, 26 ; Lc 17, 23). Sa venue doit être à la fois imprévisible, et évidente au moment où elle se produit. La seule chose à faire est donc de veiller et de prier sans chercher à prévoir le jour et l’heure de la Parousie. Jésus conclut en disant à ses disciples ce qu’ils doivent faire pour être sauvés : secourir les pauvres, visiter les malades et les prisonniers, etc. (Mt 25). Les témoins de Jéhovah accordent-ils beaucoup d’importance à cela ? La question la plus importante est : que devons-nous faire pour progresser dans la charité ? La réponse se trouve dans l’Ecriture, chez les grands auteurs spirituels et dans l’exemple donné par les saints. D’où l’importance des vies de saints et des livres de spiritualité (St Bernard, St Jean de la Croix, Ste Thérèse d’Avila, St Claude de la Colombière, etc.). Il ne faut donc pas être obsédé par la bataille d’Harmaguédon, mais par son propre progrès dans la charité. Tous les saints disent que la charité suppose l’oraison. Les témoins de Jéhovah accordent-ils du temps à l’oraison et aux autres formes de prière ? La charité suppose l’intimité avec Dieu. Les témoins de Jéhovah voient-ils Jésus comme un ami, ou comme un Juge terrifiant ? « L’amour bannit la crainte » nous dit Saint Jean. L’Eglise catholique autorise les fidèles à croire que la fin des temps est proche, mais elle n’a pas de doctrine officielle sur le moment précis de la fin des temps, tout simplement parce que l’Ecriture ne donne pas d’indication assez claire sur ce point. Les chrétiens peuvent donc spéculer là-dessus, mais ils ne peuvent en faire le cœur de la prédication. Alors pourquoi les témoins de Jéhovah accordent-ils tant d’importance à cela dans leur prédication ? Les catholiques préfèrent s’appuyer sur ce qui est au cœur de la foi : Jésus nous aime, il est ressuscité, il est venu pour nous donner la vie en abondance, il a réalisé les prophéties de l’Ancien Testament.

3. Redisons-le : dans ce passage, Jésus insiste sur l’évidence de sa venue. Il nous dit qu’il est inutile de spéculer sur le moment de sa venue, puisqu’elle sera évidente, comme un éclair qui traverse le ciel de part en part. Or actuellement, il n’est pas du tout évident que nous soyons à la fin des temps. Donc nous n’y sommes pas encore, et quand nous y serons, nous le verrons tous. La pointe de ce passage est donc celle-ci : puisque nous ne pouvons pas du tout prévoir ce moment, il faut veiller et prier comme si Dieu allait nous redemander notre vie la nuit prochaine.

4. En Mt 13, Jésus parle aussi du Royaume ou du Règne, mais il s’agit apparemment d’autre chose. En effet, d’après ses paroles, ce Royaume doit venir d’une façon discrète et progressive, comme l’indiquent toutes les images utilisées par Jésus (le levain dans la pâte, le bon grain et l’ivraie, etc.). De plus, ce Royaume est déjà là : « si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume est déjà parmi vous » (Mt 12, 28). Les Témoins de Jéhovah sous-estiment l’importance de ces passages. Avant 1914 et avant la naissance de Russell, le Royaume était déjà en ce monde ; il croissait et se développait. C’est l’image de l’Eglise : depuis le premier avènement du Christ, elle se développe à travers le monde entier. Elle contient en son sein le bon grain et l’ivraie. Le bon grain ne sera séparé de l’ivraie qu’au moment du second avènement du Christ. Dans leur livret intitulé « Ce qu’enseigne réellement la Bible », les témoins de Jéhovah font le raisonnement suivant : lorsque le diable tente Jésus au désert, il lui promet tous les royaumes de la terre. C’est donc qu’il les possède… A cela, il faut répondre que l’événement se déroule avant la passion du Christ, au tout début de sa vie publique. Peu de temps avant sa passion, Jésus indique clairement que la situation va changer : « « Maintenant le monde va être jugé, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » - par ces paroles il signifiait de quelle genre de mort il allait mourir » (Jean 12, 31). En Luc 22, 69, Jésus, interrogé par le Sanhédrin, répond qu’il est bien le Messie et ajoute : « Mais dès maintenant, le Fils de l’homme  siègera à la droite du Tout-puissant ».

5. Les témoins de Jéhovah interprètent la plupart des chiffres de façon symbolique, ce qui est légitime (par exemple ceux qui donnent les dimensions de la Jérusalem céleste). Mais il y en a un ou deux qu’ils interprètent de façon littérale. Si les chiffres de l’Apocalypse sont à interpréter de façon métaphorique, pourquoi interpréter de façon littérale le passage sur les 144000 élus ? Si ce nombre est une exception dans l’Apocalypse, pourquoi ? Aucune raison ne justifie la préférence pour cette interprétation bizarre. D’ailleurs, s’il fallait interpréter littéralement ce passage, il faudrait croire que seuls des hommes d’origine juive peuvent faire partie du nombre, puisqu’il se compose de 12000 hommes de chacune des 12 tribus d’Israël.

6. Inversement, il y a des passages pour lesquels les témoins de Jéhovah admettent une interprétation métaphorique sans raison valable. Lorsque l’interprétation métaphorique d’un passage n’est pas évidente, il faut qu’elle repose sur le symbolisme de la Bible. Par exemple, rien dans le symbolisme utilisé par l’Ancien ou le Nouveau Testament ne justifie l’idée que la bête de l’Apocalypse est l’Eglise catholique. Tout ce que nous pouvons dire, compte tenu du contexte historique et des symboles bibliques, c’est que cette bête est l’Empire romain, puisque la ville de Rome comprend sept collines et que le message de l’Apocalypse est d’abord lié aux persécutions romaines. L’interprétation anticatholique de l’Apocalypse est une simple conjecture puisqu’elle ne repose ni sur le symbolisme biblique, ni sur la connaissance du contexte historique dans lequel ce livre a été écrit. D’ailleurs le Vatican ne comprend qu’une seule colline.

7. Inversement, là où il faut accepter une interprétation métaphorique parce qu’elle repose sur le symbolisme biblique, les témoins de Jéhovah n’en tiennent pas toujours compte. Par exemple, il y a des passages où Jésus affirme implicitement sa propre divinité : lorsqu’il se présente comme l’Epoux, comme le maître des eaux, etc. Ce sont des attributs de Dieu dans l’Ancien Testament. L’Epoux représente Dieu dans le Cantique des Cantiques, dans Osée, etc. (et Jérusalem est l’épouse, comme on le voit aussi dans l’Apocalypse). Le maître des eaux est Dieu, qui sauve Noé du déluge, puis les hébreux en noyant les soldats de Pharaon dans la mer, etc. Quand Jésus marche sur l’eau, ses disciples ont peur, et il leur dit « c’est moi ». Or « c’est moi » se dit en hébreux « Yahwé ». De même encore, lorsque Jésus calme la tempête, il manifeste sa divinité. Apaiser la mer est l’œuvre de Dieu lui-même (cf. Ps 65, 8-9 ; Jonas 1, 4-6 ; Ps 69, 2-16 ; Ps 107, 23-29).

8. Puisqu’il est si difficile d’interpréter l’Ecriture sainte, il faut qu’une autorité instituée par Dieu guide les hommes dans l’interprétation de la Bible
(cf. l’Ethiopien dans les Actes de apôtres : il demande qu’on l’aide à interpréter le texte sacré). Si Dieu est bon, il doit avoir pensé à donner aux hommes une autorité spirituelle parfaitement fiable. Le pape et le magistère de l’Eglise peuvent se tromper, mais Dieu les assiste à chaque fois qu’ils doivent se prononcer sur un point de morale ou de doctrine vraiment important. Jésus a promis à Pierre que les « portes de l’enfer » (ou de l’Hadès) ne prévaudraient pas contre l’Eglise. Si Dieu soutient l’Eglise dans sa mission, alors pourquoi penser qu’elle a été vaincue par le diable et par « l’Hadès » ? Dans la Bible, les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Il faut donc voir la signification du nom donné par Jésus à Simon. « Kephas » signifie le roc, le rocher. Or dans la Bible, ce mot a une signification très forte : le rocher, c’est ce qui est parfaitement fiable, sûr, solide, et Jésus nous dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc (en général, ce mot désigne Dieu lui-même). Ce n’est donc pas un hasard si juste après avoir donné ce nom à Pierre, Jésus lui dit : « sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne l’emporteront pas contre elle ». Pour nous, catholiques, ce passage exprime la fiabilité de l’Eglise, son infaillibilité qui n’est que la conséquence de l’infaillibilité de Dieu. Attention ! cette infaillibilité ne signifie pas que les papes soient des hommes parfaits. Lorsqu’ils sont des pécheurs, Dieu nous dit en quelque sorte : « écoutez-les et faites tout ce qu’ils vous diront mais ne les imitez pas ». Comme les pharisiens en leur temps, les papes occupent la chaire de Moïse. Ils sont l’autorité visible à laquelle il faut se fier. S’il existe une autorité visible, c’est l’Eglise catholique. Et s’il n’y a pas d’autorité visible, alors il n’y a pas du tout d’autorité, et chacun doit se fier à son propre jugement. Mais il faut qu’il y ait une autorité visible.


9. S’il en était autrement, les hommes seraient condamnés à être déboussolés.
En France, il y a plus de 1800 églises évangéliques. Chacune a la prétention de connaître la seule véritable doctrine chrétienne. A qui se fier ? Soit on est condamné à suivre son propre jugement, et il y a en droit autant d’églises que de chrétiens ; soit on se fie à une autorité qui se distingue par son ancienneté, son universalité, sa stabilité doctrinale à travers les siècles, son unité interne, sa fécondité, et par le témoignage des saints. Seule l’Eglise catholique se distingue par tout cela à la fois : 1°) L’Eglise catholique est une. Son unité doctrinale est impressionnante si on la compare aux églises protestantes, qui ne cessent de se diviser. Les témoins de Jéhovah viennent des Adventistes du septième jour, qui viennent des baptistes, etc. Son enseignement est également cohérent dans le temps. Les Pères de l’Eglise ont déjà une grande dévotion à Marie ; ils croient à la primauté de l’évêque de Rome, et ils s’opposent vigoureusement à ceux qui « lacèrent » le corps du Christ en provoquant des schismes. 2°) Elle est répandue partout à travers le monde. Actuellement, elle compte environ un milliard 200 millions de membres, auxquels on peut ajouter plusieurs centaines de millions d’orthodoxe, dont la doctrine est la même que celle des catholiques. 3°) Elle est la continuatrice de l’Eglise primitive, par sa doctrine et ses institutions (voir Newman, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne : John Henry Newman est passé de l’anglicanisme au catholicisme parce qu’en lisant les Pères de l’Eglise, il a découvert que l’Eglise catholique était la vraie continuatrice de l’Eglise primitive). 4°) Tous les grands saints occidentaux se sont attachés à l’Eglise catholique et ont cultivé l’obéissance à l’Eglise en même temps que la pauvreté, la charité et l’humilité. 5°) L’Eglise a été très féconde : elle fondé les premières universités européennes (XIIe-XIIIe s.), elle a encouragé le développement des arts, de la culture, de la science et de la philosophie. Elle a permis du même coup l’évolution du droit et des institutions politiques dans le sens de la tolérance et de la démocratie. Elle a obtenu la suppression de l’esclavage (au début du Moyen Age) puis du servage (au XIIIe siècle). Les grandes idées du XVIIIe siècle (liberté, égalité, tolérance) sont des idées chrétiennes. L’Eglise a aussi lutté (non sans peine !) contre les mariages arrangés ; elle a élevé la femme à sa dignité. En somme, ce n’est pas un hasard si la civilisation européenne a été à la pointe du progrès dans tous les domaines ; ce n’est pas non plus par le mérite des hommes, mais grâce à Dieu, qui a façonné notre culture en agissant à travers l’Eglise. Croire que les choses pouvaient aller beaucoup plus vite, c’est faire un anachronisme ; les mœurs et les mentalités ne changent que très lentement.


10. En somme, si on a la foi, on doit croire que Dieu est assez bon pour guider les hommes dans l’interprétation de sa parole.
Dans ce cas, il n’a pas abandonné son Eglise mais l’a préservée de l’erreur sur tous les points essentiels (de doctrine et de morale). Il y a des arguments scripturaires en ce sens. Voir sur ce site l'article sur la suprématie du pape.

N. B. : De toute façon, si l’Eglise n’était pas fiable, il faudrait que chaque chrétien se fie à un pasteur ou à une église qui lui paraisse intellectuellement solide. Or il y a des grands théologiens, philosophes et scientifiques, chez les catholiques, les orthodoxes et les réformés, mais il n’y en a pas chez les témoins de Jéhovah, même pas aux Etats-Unis. Stump, Anscombe, Dummett, et Fischer sont catholiques ; Swinburne est orthodoxe après avoir été anglican ; Van Inwagen est épiscopalien ; Plantinga est calviniste, etc. Mais je n’ai jamais entendu parler d’un seul philosophe Témoin de Jéhovah, alors que je passe mon temps à lire des philosophes américains. Même remarque en ce qui concerne la science et la théologie. Newton est anglican, Eddington est quaker, Gödel et Lemaître sont catholiques, Einstein est plus ou moins déiste, Gamow et Friedmann sont orthodoxes, etc. Mais je ne trouve aucun témoin de Jéhovah...

11. On ne juge pas de ce qui est visible par ce qui est invisible, mais de ce qui est invisible (la fiabilité doctrinale de l’Eglise) par ce qui est visible (l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique, comme dit le credo). C’est là le fond du problème
. Même un individu très cultivé est généralement incapable de savoir, en étudiant la Bible, si la véritable autorité est l’Eglise catholique ou l’Eglise anglicane, par exemple. Les différences doctrinales entre les églises sont complexes et les débats théologiques sont d’une subtilité infinie. C’est la raison pour laquelle Dieu a voulu qu’il y ait une autorité visible, reconnaissable extérieurement par son universalité, son unité, sa continuité avec St Pierre, et sa sainteté. Prenons un exemple : si Luther avait sauvé le christianisme, il serait chargé d’une mission exceptionnelle. Aussi devrait-il être un homme d’une sainteté exceptionnelle, doué de charismes exceptionnels, manifestes. On pourrait s’attendre à ce qu’il fasse autant de miracles que St Jean Bosco. Il faudrait également qu’il ne se trompe pas dans ses prévisions. Or Luther n’est pas un saint à miracles, ni un homme d’une vie exemplaire. Enfin, il s’est trompé dans ses prévisions en croyant que le schisme avec Rome n’allait pas durer longtemps. Cela nous interdit de voir en lui le fondateur d’un courant religieux qui aurait sauvé le christianisme authentique. Appliquons les mêmes critères à Russell, le fondateur des Témoins de Jéhovah. Je doute qu’il réussisse beaucoup mieux l’examen… Etait-il comparable à St François, à St Dominique, à St Jean Bosco, à St Ignace de Loyola, à St François-Xavier, à Ste Catherine de Sienne ?

12. Autres choses suspectes chez les Témoins de Jéhovah : La doctrine enseignée par les témoins de Jéhovah est une doctrine chrétienne simplifiée de telle sorte qu’elle est plus facile à croire que la doctrine transmise depuis les grands conciles œcuméniques des premiers siècles : elle ne contient plus la Trinité, ni la divinité de Jésus. Voyons : est-ce pour séduire les païens et les philosophes que les Pères de l’Eglise ont affirmé qu’il y avait une Trinité en Dieu ? C’est peu probable… Ils ont admis cette idée malgré eux, parce qu’elle se trouvait indéniablement dans l’Ecriture. Pour s’en convaincre, on peut lire le traité De la Trinité de St Augustin : toute sa réflexion se fonde sur l’Ecriture sainte. Deuxièmement, les Témoins de Jéhovah ne semblent pas avoir de spiritualité. La théologie spirituelle n’existe pas chez eux. On ne leur donne pas d’enseignements sur la charité, la foi, l’espérance, la patience, la chasteté, les vertus cardinales et théologales, etc. Ils paraissent donc négliger ce qu’il y a de plus important : le progrès spirituel de chacun. Au lieu de tout cela, ils ont une foi centrée sur des spéculations hasardeuses concernant la fin des temps. Il y a quelque chose de gnostique dans cette curiosité mal contrôlée. Troisièmement, on leur impose tous le même moule, comme s’il n’y avait pas de diversité dans les charismes, et comme s’il n’y avait qu’une seule voie possible pour progresser dans la charité : faire du porte à porte et suivre des cours de formation biblique. Ils n’ont pas de moines, de prêtres, de diacres, de vierges consacrées et de laïcs consacrés. Leur organisation ne ressemble donc pas du tout à l’Eglise des premiers siècles, ni même à celle des Actes des Apôtres. Les responsables des témoins de Jéhovah sont beaucoup trop directifs dans les conseils qu’ils donnent aux membres du mouvement. Ils ne respectent pas leur liberté. Tout ceci, ajouté au reste, montre que la doctrine des Témoins de Jéhovah, là où elle diffère du christianisme traditionnel, n’est qu’une invention humaine. Jésus disait « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » et « les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle ». Pour rejeter l’enseignement des Pères de l’Eglise, les Témoins de Jéhovah sont obligés de dire que la doctrine chrétienne est fausse depuis le début (depuis le IIe siècle ?). S’ils avaient raison, alors comment interpréter la promesse faite par Jésus à Pierre ? Les portes de l’Hadès l’auraient emporté depuis longtemps contre l’Eglise !

13. Qu’y a-t-il de sectaire chez les Témoins de Jéhovah ?
Ici, je ne peux m’appuyer que sur les témoignages de personnes qui ont fait partie des témoins de Jéhovah. Apparemment, on reproche aux témoins de Jéhovah d’utiliser la méthode suivante pour recruter des adeptes et les couper du monde extérieur. Premièrement, ils invitent les gens à des formations bibliques en excitant leur curiosité par une manière ésotérique et presque gnostique d’interpréter l’Ecriture sainte. Deuxièmement, pour éviter d’être réfutés par les catholiques, protestants ou orthodoxes, ils utilisent une traduction à part. Troisièmement, lorsqu’une personne assiste à quelques heures de formation biblique dans le mouvement, on lui fait croire que pour être sauvée, elle doit faire du porte à porte et sacrifier quatre ou cinq heures par semaine à la formation biblique. Vu le temps que ça lui prend, elle perd progressivement la possibilité d’avoir une vie sociale en dehors du mouvement. Quatrièmement, on fait croire aux adeptes que tout enseignement venant de l’extérieur est plus ou moins diabolique. Ainsi, on les empêche d’être réceptifs aux arguments. Cinquièmement, on surveille toutes leurs activités.


 

Conclusion : qu’est ce qui vous prouve, à vous, témoins de Jéhovah, que votre doctrine est la bonne ? Vous la défendez à partir d’une certaine traduction, différente de la TOB. Or qu’est-ce qui vous prouve que votre traduction est la bonne ? A priori, la TOB est plus fiable, puisqu’elle est reconnue à la fois par les catholiques, les orthodoxes et les protestants. Pour défendre votre propre traduction, vous dites qu’elle est faite à partir des manuscrits les plus anciens, mais les autres chrétiens ne vous croient pas. Pour montrer que ce n’est pas un mensonge, vous devez donc vous faire archéologues. Ainsi, vous devez être à la fois théologiens, exégètes, historiens et archéologues. Puisque c’est impossible, vous devez reconnaître que les chrétiens sont obligés de se fier à une autorité visible. Dire qu’elle est visible, c’est dire qu’elle est reconnaissable extérieurement (autrement qu’à partir d’un examen attentif de sa doctrine). Les critères sont les suivants : l’unité, l’universalité, la continuité avec les premiers siècles de l’Eglise, la sainteté et la fécondité. Or c’est l’Eglise catholique qui correspond à ces critères. 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 14:25

 

  

La suprématie du pape s’appuie sur plusieurs arguments :

 

  1. L’argument de convenance : il convenait de donner aux chrétiens une autorité visible, pour que tous soient un. Jésus lui-même a exprimé ce désir « que tous soient un », et le souci de l’unité et de l’organisation dans l’Eglise se manifeste aussi dans les Actes des Apôtres (ch. 15) lorsqu’ils envoient une lettre apostolique à Antioche. Sans une autorité suprême identifiable à partir de signes extérieurs (son unité, son universalité, sa sainteté, et le fait qu’elle descende de St Pierre), les hommes sont perdus, car la doctrine chrétienne n’est pas contenue de façon explicite dans l’Ecriture. Elle se fonde sur elle, mais moyennant des principes d’interprétation, une certaine exégèse et une certaine traduction. Pour interpréter la Bible à la seule lumière de son intelligence, il faut donc être à la fois philosophe, théologien, historien, exégète et archéologue. Bref, c’est impossible. C’est pourquoi les réformateurs protestants, tout en adoptant le principe du libre examen, censé affranchir l’homme de toute autorité autre que celle de l’Ecriture, n’ont pas pu s’empêcher de créer de nouvelles institutions en concurrence avec l’Eglise catholique. Pour éviter l'anarchie doctrinale, Calvin a mis en place une autorité religieuse officielle liée aux pouvoirs politiques. Mais cette solution est peu satisfaisante, puisqu'une telle autorité est purement humaine. La légitimité d'une autorité religieuse dépend du fait qu'elle est assistée ou non par Dieu. Or en l'absence de toute autorité, c'est l'esprit de division (ou de clocher) qui l'emporte, comme chez les évangéliques. Rien qu’en France, ils se divisent en plus de 1800 églises !

 

  1. Le recours aux Pères de l’Eglise : les pères de l’Eglise à partir du IIIe siècle croient à la primauté de l’évêque de Rome. Ils le considèrent comme l’autorité suprême et font appel à lui lrosqu'ils sont en désaccord sur des questions doctrinales. C’est une des raisons qui ont poussé Newman et d’autres théologiens du mouvement d’Oxford à se faire catholiques. On peut ajouter que le judaïsme avait sa hiérarchie et son autorité suprême. Il était somme toute assez naturel que les chrétiens en eussent également une, en continuité avec la religion instituée par Dieu lors de l’Ancienne Alliance. On connaît l’attachement des orthodoxes à l’Eglise des premiers siècles. Or ils ont signé en 2007 un accord par lequel ils reconnaissent tous la primauté de l’évêque de Rome (reste à préciser quelle primauté : les orthodoxes parlent d'une "primauté d'honneur" et celle-ci n'est pas comprise exactement de la même façon, pour l'instant, par les patriarchats de Moscou et de Constantinople. Les discussions continuent entre eux et avec l'Eglise catholique). Les protestants et les témoins de Jéhovah sont en rupture avec l’Eglise des premiers siècles en refusant toute primauté à l'évêque de Rome.

 

  1. L’argument scripturaire :

·        « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Mt 16, 18). Dans la Bible, le mot pierre ou rocher (en effet, le mot Kephas signifie roc, rocher) signifie la solidité, la stabilité. Et on sait que les noms donnés par Dieu ont toujours une signification. Jésus dit que l’homme sensé construit sa maison sur le roc. Le rocher désigne même Dieu dans certains passages, pour la même raison (il est fiable). La suite de la phrase va dans le même sens : les portes de l’enfer ne l’emporteront pas contre l’Eglise construite sur Simon-Pierre. Si Luther avait raison en croyant que la papauté est l’œuvre du diable, ce passage deviendrait très difficile à interpréter. A propos des clefs du royaume, voir Isaïe 22, 20-24 : Ezechias remet les clefs à Elyaqim pour que tous voient qu'il est son nouveau premier ministre. Jésus fait allusion à ce passage pour signifier que Pierre et ses successeurs auront désormais, de façon visible, l'autorité légitime.

·        A la fin du dernier évangile, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21, 15). Que veut dire ce passage, sinon que c’est à Pierre et à ses successeurs que Jésus confie l’autorité sur son troupeau ?

·        « Satan vous a réclamés ; j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères… » (Lc 22, 32). Ce passage indique que Jésus préserve son Eglise de l’influence de Satan. Il confirme l’interprétation catholique du premier passage : les portes de l’enfer ne peuvent pas l’emporter contre l’Eglise, tout simplement parce que Dieu, dans sa toute-puissance, la protège des corruptions doctrinales. 

·        Il faut ajouter à cela plusieurs indices insuffisants en eux-mêmes, mais qui ont valeur de confirmation : avec l’aide du Seigneur, Pierre marche sur le lac (la mer et l’eau symbolisent le mal – el la Bible voit en Dieu le « maître des eaux ») ; il accomplit une pêche miraculeuse (deux fois) (ceci semble avoir un sens prophétique, Jésus ayant dit à Pierre qu’il le ferait pêcheur d’hommes) ; la prédication de Notre Seigneur se fait à partir de la barque de Pierre ; enfin, après sa prédiction, c’est à Pierre que Jésus apparaît en premier.

 

N. B. : le chiffre de la bête dans l’Apocalypse ne peut pas désigner le pape. Les adventistes du septième jour pensent qu’il désigne le pape parce que le total des lettres VICARIUS FILII DEI est 666. Mais l’argument est sans valeur car ce n’est pas un titre du pape. Aucun document de l’Eglise catholique ne porte cette signature. Ce titre n’a jamais été donné au pape. En revanche, il est VICARIUS CHRISTI, ou PONTIFEX ROMANUS, mais ça ne fait pas 666. Il paraît d’ailleurs que le nom de la fondatrice des Adventistes correspond à un total de 666…Nous ne dirions pas pour autant que c’est la bête de l’Apocalypse.

 

 

Par Héron mélomane - Publié dans : Dogme et théologie
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